‹ Visions antiques: La danseuse, romanChapitre 1 sur 10 · LES EAUX DE BAIES · texte numérisé non relu

LES EAUX DE BAIES

A litière de pourpre longeait la mer, entre Neapolis et Baies.

Huit porteurs noirs marchaient vêtus de rouge, statues de jais sous des tuniques de flamme.

L'équipage écarlate éblouissait la route qui blanchoie parmi les verdures et les laves des Champs-Phlégréens.

Les eaux se fleurirent d'iles bienheureuses : Nisita, que Lucullus fit percer pour la franchir en barque, caprice qui lui mérita d'être appelé un Xerxès en toge; Pithécuse, qui opprime le corps de Typhon, précipité par les dieux au fond des abîmes marins. Prochyté et sa montagne assombrirent le bleu du golfe; Caprée, jeu d'un sculpteur divin, sembla profiler le visage et la gorge d'une sirène renversée sur les vagues, et vaincue elle-même par la douceur de son chant.

Les Phéniciens et les Grecs de l'Odyssée avaient couru cette mer et colonisé ces rivages. Baïes, qui souriait au fond d'une anse arrondie, était la fille de Baios, compagnon d'Ulysse; le cap qui pyramidait au-dessus d'elle servait de tombeau à Misène, le héros d'Enée. Sur ce pays flottait encore le souffle de Virgile et d'Homère.

On avait quitté Puteoli, que choisit pour exil le dernier Tarquin, chassé de Rome. Sous la chaleur, les huit hommes d'Afrique se hâtaient, ignorant la sueur et la fatigue. Ils accentuaient le pas comme s'ils eussent marché à la parade.

La litière couverte était de celles que la loi réserve aux personnes de rang sénatorial. Dans l'ouverture des rideaux une femme apparaissait.

Grande et pâle, drapée dans une robe dont le tissu imitait la chair des roses blanches, Marcia, l'épouse de Furius, préteur d'Illyrie, ressemblait à la Junon latine. La bandelette des patriciennes pressait ses cheveux noirs; les perles de son col représentaient le tribut d'une province. Ses yeux étaient fiers et sombres, sa lèvre farouche, son menton saillait puissamment. Elle possédait cette beauté impérieuse qui semble s'offenser du désir qu'elle provoque.

En face d'elle se tenait l'affranchie Leontium, Syrienne fauve et indolente. Dans ses prunelles alanguies, la pensée brillait par éclairs. Son corps ondoyait sous les gazes teintes de Cos, qui laissaient transparaître la nacre de ses membres: elle avait l'air d'être vêtue avec les nuées du crépuscule. Leontium n'était pas moins belle que sa maîtresse, quoique différemment.

L'âme de l'été montait de la terre volcanique. Jadis meurtriers, les Champs-Phlégréens ne sont plus que splendides sous la végétation qui abonde autour des anciens cratères.. Leur sol redoutable et magnifique a séduit tous les peuples. Ici se succédèrent les Osques primitifs, à peine sortis de la gangue du rocher, si vieux dans l'histoire du monde que leur langage

même a péri; les navigateurs de Phénicie, laboureurs infatigables de l'Océan, et les Hellènes harmonieux qui bâtissaient leurs villes comme des temples, au son des lyres. Dans la plaine de Phlégra, les géants ont combattu les dieux; la terre convulsée a vomi des dragons et des flammes; de la moindre colline un Phlégéthon a jailli. Ensuite, la paix s'est faite, l'Olympe a souri à la nature pardonnée et jeté sur ses plaies un manteau de fleurs. Le théâtre du pire cataclysme est devenu le jardin de l'Europe. Le ciel bleuit, pur de soufre et de nitre, sur les campagnes qui lui envoient leur encens.

D'abord les voyageuses parlèrent peu. Bercées par le rythme de la marche et comme assoupies, elles cédaient au poids du jour.

(( Nous arriverons bientôt, dit enfin Leontium; voici le pont de Caligula. )>

On l'apercevait en effet, tel qu'un long serpent déroulé sur les eaux, de Puteoli à Baies. Jadis Caligula l'avait franchi, à la tête de ses troupes, au galop d'Incitatus, le cheval magnanime que son maître fit consul. Il attestait encore la folie impériale qui l'imposa comme un joug à la mer tyrrhénienne.

(( Peu m'importe d'arriver, répondit Marcia

au bout d'un instant. Je crains de m'ennuyer à Baïes autant qu'à Neapolis. »

Un sourire moqueur plissa les lèvres de la Syrienne.

(( Quoi donc, noble Marcia? Serais-tu plus difficile à distraire que Priscilla et Ouintilla, tes amies? Celles-là ont pris tant de plaisir à Baïes qu'elles rougissent malgré elles toutes les fois qu'elles en parlent. Ou bien croirai-je que l'absence de ton époux Furius, retenu par sa charge en lUyrie, t'afflige jusqu'à te rendre tout divertissement insipide?

— Leontium, tu railles, il me semble. Tu sais bien que Furius m'est devenu indifférent.

— Et le bel Elius?

— Elius! répéta Marcia, d'une voix songeuse, Elius!... »

Leontium considérait avec malignité cette maîtresse à qui elle venait de parler si hardiment. Esclave favorite de Furius, elle avait reçu de lui la liberté, sous réserve qu'elle ne cesserait pas de lui consacrer ses talents de brodeuse et de musicienne : cette clause était fréquente dans les actes d'affranchissement. Elle avait, quelque temps, gouverné la maison, avec le despotisme que lui inspirait son ancienne servitude. Puis il

s'était marié sur le tard, et cette union avait mis fin à l'empire de Leontium.

Détrônée, la Syrienne gardait rancune à son maître. Pour Marcia, elle la méprisait, se flattant de la dominer par son intelligence et de la conduire. Déjà, pour se venger de Furius, elle avait formé sur elle de secrets desseins.

(( Elius! reprit la patricienne. Il ne me déplaît point. Par Pollux, je n'en saurais disconvenir.

— L'aimerais-tu vraiment?

— Je n'en suis pas encore sûre. »

Sa figure n'était plus hautaine, mais rêveuse.

(( Ecoute, Leontium. Tu me diras peut-être, toi, si je l'aime. »

Avant de parler, elle attendit. Des histrions passaient dans la campagne, en chantant de leurs voix efféminées une chanson d'amour que la lyre babylonienne, la sambuque chère aux courtisanes, accompagnait de ses sons énervants. Une blonde jeune fille menait la troupe, en marchant d'un pas souple comme une danse.

Quand ils se furent éloignés :

(a T'ai-je rapporté, dit Marcia, les circonstances et le lieu de notre première rencontre? Tous deux, nous assistions aux jeux de l'amphithéâtre, dont l'éclat était inaccoutumé : jamais.

à Neapolis, on n'avait vu de si beaux lions ni de gladiateurs si braves. Ces fêtes avaient attiré un concours de peuple extraordinaire. Il advint qu'étant assise à ma place parmi la noblesse sénatoriale, mes yeux, délaissant le spectacle, se portèrent sur les gradins occupés par les chevaliers. Entre tous, je ne vis que le seul Elius.

— Quoi d'étonnant ? repartit Leontium. N'estil pas toujours le plus beau et le plus richement vêtu ? Partout où il se montre, il semble le premier.

— N'est-ce pas? )) dit Marcia avec un accent de triomphe.

Cette louange la rendait plus orgueilleuse que si elle lui eût été adressée à elle-même.

Elle continua :

(( Je tins donc mes regards attachés sur lui beaucoup plus longtemps qu'il n'aurait convenu à ma pudeur et à ma dignité. Lui aussi me regardait. Il sourit; ce sourire acheva de me troubler, tellement que j'eus honte de moi-même.

— Et pourquoi donc?

— Pour me comprendre, il faudrait que tu fusses née d'un sang noble. Devais-je oublier mon rang au point de me laisser émouvoir par la grâce de ce jeune inconnu, obéir à l'amour

dès le premier signe? Moi, l'épouse de Furius, un personnage consulaire!

— Que t'importe Furius? Tu ne l'aimes pas.

— Mais ce mariage m'a établie au sommet du patriciat. Elius n'est qu'un simple chevalier.

— Plus magnifique que maint sénateur. Songe que son père a commandé la cavalerie dans la dernière guerre et fut l'ami de notre empereur Vespasianus. Parmi tous ceux qui portent l'anneau équestre, nul ne l'égale.

— Je le sais.

— D'ailleurs, il n'a tenu qu'à lui de devenir sénateur un jour. Il n'a pas voulu, tu me l'as dit toi-même.

— Oui, il a refusé le laticlave.

— Et sagement. Un sénateur, qu'est-ce? Un esclave de l'État. Il faut qu'il dépense le meilleur de sa fortune à donner des fêtes au peuple.

— Elius ne vit que pour le plaisir. C'est un débauché.

— L'aimerais-tu mieux philosophe, avec une barbe pleine de sentences?... Mais tu ne m'as pas dit, maîtresse, comment vous vous êtes parlé pour la première fois. Car à l'amphithéâtre, ainsi séparés, vous en étiez réduits au langage des yeux.

— Le Cirque, où nous nous retrouvâmes, favorisa notre premier entretien. Comme les places n'y sont pas désignées, chacun s'y assied à sa convenance. J'étais installée à peine depuis un moment, quand le hasard ou quelque dieu permit qu'Elius survînt et m'aperçût : il se mit sans plus de façon à côté de moi. Cette hardiesse, je l'avoue, me rendit tout heureuse, mais je n'en fis rien paraître, et je demeurai dans un silence glacé.

— Evidemment, c'était à lui à parler d'abord.

— Il n'y manqua point. Au Cirque, les spectateurs sont assez libres entre eux. D'un ton naturel, il me demanda mon avis sur un attelage pour lequel il avait parié. Puis, comme je n'avais point la liste des conducteurs de chars, il me passa la sienne.

— Ensuite?

— Il ne perdit pas de temps; déjà il me tenait des propos d'amour. Cette précipitation me choqua : je l'interrompis avec sévérité, mais je ne pus lui faire perdre contenance. Il avait à peine engagé le combat qu'il se croyait sûr de vaincre. Je le détestais!

— En vérité?

— Mais vois, Leontium, si nous sommes

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étranges... Ma colère ne faisait qu'accroître mon trouble... Cependant, le tumulte redoublait, les fouets claquaient sans relâche, les conducteurs hurlaient et le sol tremblait de la course. Une clameur immense m'assourdissait. Il y eut, tout à coup, une explosion de cris plus formidable : deux chars, au passage de la borne, s'étaient renversés. Tous les spectateurs, debout à la fois, vociféraient... Et moi, dans ce vacarme digne du Tartare, je n'écoutais, je n'entendais que la voix d'Elius... Enfin, le charme dissipé, je revins à moi-même. Je me levai en défendant au jeune homme de me poursuivre désormais... Je restai huit jours sans le revoir, pendant lesquels je ne pensai qu'à lui. ..Après ce temps, il se présenta chez moi... Et je le reçus. Mais retiens bien ceci, Leontium : Elius n'obtiendra jamais rien de moi. Et je me flatte de le lui avoir fait comprendre. ))

La Syrienne ne répondit que par un rire clair.

(( Tu ris? Prends garde que je ne te fasse fouetter, tout aff'ranchie que tu es, rebut de Furius, jouet qui as cessé de plaire!

— Ne sois pas fâchée, domina. Et ne doute pas davantage. Un enfant pourrait te le dire : tu aimes cet Elius.

— Je ne veux pas l'aimer. Je veux l'oublier, et c'est pour cela que nous allons à Baïes, Leontium. J'y trouverai l'amitié et les conseils de mon illustre parente, Polla Argentaria, la veuve du poète Lucanus. Je me confierai à elle...

— Vertueuse pensée!

— Même la folie qui règne dans cette ville me sera salutaire; elle dissipera mes rêves et ce dangereux ennui.

— Tu ne semblais pas l'espérer tout à l'heure.

— Est-ce que je sais ce que j'espère, ce que j'attends, ce que je pense? Tu me persécutes toujours.

— Méfie-toi des eaux de Baïes, noble Marcia. Elles sont insidieuses; elles agissent comme un philtre d'amour et portent en elles le poison des plus doux crimes. Ton cher Properce l'a dit.

— Je sais, y) fit la patricienne.

Et elle murmura languissamment :

« oihl p créant 'Baiœ, crimen amoris, aquae! »

— Et puis, ajouta Leontium, il vient tant d'élégants à Baïes! Elius s'y trouvera peut-être.

— Crois-tu? )) dit Marcia.

Là-dessus elles se turent. La route s'acheva silencieusement.

L'octophore, balancé au pas rythmique de

ses porteurs, atteignait les faubourgs de Baïes. Le golfe qui, pendant des siècles, a contenu toute la volupté du monde romain, arrondissait sa courbe, d'une mollesse infinie : Caprée, Pithécuse et la presqu'île de Surrientum fermaient l'horizon, de sorte que cette mer, enclose de toutes parts, semblait un lac, le plus calme et le plus beau de tous. Certes, la côte orientale de Neapolis, les montagnes plantées d'orangers par la nymphe Amalphée, et qui descendent en terrasses vers les flots, frappent la vue par des merveilles plus hardies et plus magnifiques, mais l'aménité de Baïes et les clairs enchantements de ses rivages surent mieux enchaîner les caprices du peuple latin. Ici Flaccus a chanté, Marius s'est reposé de ses guerres: la Cynthie de Properce y a sans doute trompé son poète, conseillée par ces eaux funestes à la constance des femmes. Néron y a bâti ses étuves et célébré d'impurs mystères; les Pisons, dans leur villa, conspirèrent sans interrompre leurs débauches, jusqu'à ce que la hache fît tomber de leur front la couronne de roses. Héros ni philosophes ne résistèrent jamais à l'air amollissant de Baïes, les sages y défendirent mal leur vertu. Aristote et Platon y seraient devenus des Alcibiades. Telle qui arri-

vait là chaste comme Pénélope s'en retournait Hélène, au bras d'un Paris. Le malade qui était venu demander son salut aux sources chaudes oubliait de guérir; il s'en allait emportant au cœur une blessure pire que sa maladie.

Le soleil se couchait; le golfe était un bassin d'or parfaitement uni, semé de gondoles, dont la carène se gonflait comme la poitrine d'un cygne quand il vogue avec un lent orgueil. Les voiles peintes des barques semblaient des fleurs géantes nuancées de toutes les pourpres : pourpre violette, pourpre verte, pourpre écarlate. Au milieu, immobile, comme la reine de cet essaim nautique, et doublée dans le beau miroir éblouissant, une galère impériale. Des villas de marbre, enflammées par les rayons horizontaux de l'astre, s'étageaient sur les collines jusqu'à l'acropole de Cumes, chargeaient la pyramide tronquée du cap iMisène; d'autres surplombaient les rochers et se penchaient, fascinées par la splendeur des eaux riches de lumière. Des chants, des symphonies s'élevaient des embarcations et de la plage, où marchaient des couples chancelants d'un festin trop généreux et couronnés de roses.

Des jeunes gens entraînaient des femmes;

des courtisanes s'avançaient d'une allure lascive, et chaque fois qu'elles levaient leur sandale, la semelle de terre cuite, gravée, laissait un mot tracé sur le sable du rivage : a oicolouthei — Suismoi. »

Etait-ce Baies ? Était-ce Cythère? Deux amoureux enlacés dirigeaient vers les bosquets de myrtes, au-dessus des bains, leur marche de rêve.

Eaux de Baies, eaux de jeunesse et d'amour! 'Baiœ, crimen amoris, aquae !

Marcia soupire, elle ne s'aperçoit pas que la litière s'est arrêtée devant la porte de sa villa, blanche comme un temple, qui domine les flots où déjà se violacé le crépuscule.

Leontium sourit. L'épouse aime ou va aimer, l'époux sera trahi, la favorite sera vengée.

La nuit ne fut pour Marcia qu'une longue insomnie. C'était à Baies une loi générale : personne ne dormait ni ne laissait autrui dormir. A l'oisiveté des jours succédait une ardente vie nocturne. Dans les rues blanches de lune, les sérénades se prolongeaient jusqu'à l'heure des aubades: on chantait quand Hespérus naissait derrière le promontoire; quand Phosphorus brillait.

larme d'argent sur la pâleur de l'aube, on chantait encore éperdument, à faire mourir d'amour les étoiles. Couchée, les yeux ouverts, sur son lit de marbre, qui semblait l'autel de sa beauté, Marcia sentait pénétrer en elle, par l'étroite ouverture du cubiculum, toute la mollesse de cette nuit : sans savoir pourquoi, elle pleurait dans les chaudes ténèbres, tandis que la lune baisait ses cheveux.

Elle se leva et s'attarda au bain jusqu'à la sixième heure du jour. Son corps fondait dans la tiédeur de l'eau et aussi sa pensée. Elle savourait une volupté parfaite, avant-goût du néant bienheureux. Etant au bain, elle mangea quelques gâteaux et but un peu de vin grec : le plaisir de ce repas lui rendit alors le sentiment d'exister. Ensuite la coiffeuse et l'habilleuse la parèrent longuement. Lorsqu'elle jugea sa beauté complète par leurs soins, elle décida d'aller, sans plus attendre, visiter sa parente, la veuve de Lucanus. Elle n'emmena qu'une seule esclave, et, au lieu du somptueux octaphore qui l'avait transportée de Neapolis à Baies, elle prit une chaise légère à deux porteurs.

Polla Argentaria habitait, au sommet du cap Misène, une villa entourée de jardins célèbres,

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plantés des plus beaux arbres de Perse, ornés de marbres grecs qui avaient été rassemblés à grands frais par son mari, dont le goût était magnifique. Le philosophe Annseus Seneca, oncle du poète, blâmait en lui cette dépense et cette recherche. Mais le jeune homme, secouant ses boucles parfumées, répondait au vieillard avec un sourire : (( La demeure d'un mortel consacré aux Muses doit être parée comme un sanctuaire, et le génie ne s'épanouit que parmi les formes harmonieuses. )) Aussi les allées de ces jardins, bordées de statues, ressemblaient-elles aux avenues qui mènent à des temples.

Marcia s'était engagée sous une voûte d'yeuses éclairée par la blancheur des nymphes qui sortaient d'entre les feuillages, lorsqu'elle vit venir à elle Polla.

La veuve de Lucanus s'avançait sous les habits de deuil qu'elle ne quittait plus. Elle glissait comme une ombre sur le gazon. Après tant d'années, elle avait conservé le pas silencieux et suspendu de ceux qui marchent dans les chambres des morts, et l'on s'étonnait de ne pas voir à ses mains des flambeaux et des offrandes funèbres, tellement elle semblait, dans les actes les plus ordinaires de la vie, vaquer aux rites

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d'une éternelle douleur. Quand elle fut tout près de Marcia, la jeune femme remarqua que ses cheveux s'éclaircissaient d'argent sous le voile, mais le visage, malgré sa pâleur, semblait avoir gardé, par un tendre miracle, l'âge qu'il avait quand le regard de l'époux s'était posé sur lui pour la dernière fois.

(( Vales ' ? demanda Marcia, émue.

— Valeo^. ))

Elles s'embrassèrent longuement.

(( Je te remercie, dit Polla, d'être venue voir une femme si triste et si peu attrayante pour toi, qui es jeune, belle et heureuse.

— Heureuse?... » répondit Marcia avec un soupir.

La veuve considéra sa parente, non sans quelque étonnement. Elle ne pouvait concevoir la mélancolie d'une épouse au milieu des félicités conjugales, elle dont la vie était consumée par le regret de son époux.

Un doute lui vint. Elle posa sa main sur l'épaule de Marcia.

(( Furius t'aime toujours? demanda-t-elle.

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