Visions d'aveugle; recueil de poésies
Avant (ie inil)Iier ces poésies, réditeur les a soumises à un uiaitre de la critique litléi'aire, M. l'abbé Camille Uoy.
Voici l'apiti'éciation qu'il eu a donnée :
« Celle pelile aveugle a vraimenl du lalent. Sa poésie esl foi'l agréable el d'une grande délicatesse de sentiment. Il y a bien ici ou là quelques vers qu'il serait bon de retoucher. . . .
«X Que l'auteur s'applique à mettre plus d'idées encore dans ses strophes pour en bien varier l'intérêt.
« C'est tout de même merveilleux qu'une pauvre aveugle ait dans soji esprit de pareilles visions de lumière. »
Mlle Clara Lanctot n'a jamais pensé à la publicité.
Aveugle depuis l'âge de huit ans, élève de Nazareth durant douze ans, elle n'a paru en public que pour chanter la gloire de Dieu et rendre hommage à son aima mater et aux institutrices qui cultivaient son talent littéraire et musical.
Sollicitée de permettre la publication de ses premières poésies — écrites par elle-même au dactylographe — elle y consent, non sans hésitation ; car vraie Fleur d'ombre — pseudonyme de l'auteur — elle peut dire avec sa sœur poétesse, Marguerite Henrv Hosier :
Je suis celle qui passe et qu'on ne connaît pas ; Mais en qui tout le songe habite et qui, tout bas. Ecoute en soi chanter la rumeur indicible ; Je suis celle qui va, les yeux dans l'invisible
Attentive on ne sait à quel rayon...
Celle qui passe, ayant son Dieu dans sa poitrine,
Et qu'un reflet seul illumine ; Mais que rien dans le monde et rien parmi le jour Ne distrait de son tendre et de son grave amour...
Avec le iiumiic i»0('I(\ elle ajoute, sans fausse humililé :
Hélas ! je n'ai pas su vous dire, 0 mon clair et chantant espoir, O mon silence et mon délire Et mes belles larmes du soir.
Il fallait une loi divine ;
Il fallait le signe sacré.
Et je n'avais dans ma poitrine
Que mon pauvre cœur déchiré...
N'est-ce pas aussi la luèuie mélancolie et le même espoir dans ravenir ?
Mes vers, je vous ai faits d'un peu d'âme tragique Et du peu que l'on sait dire de sa douleur ; Je vous ai faits d'amour, de songe et de musique Et je vous ai donné la forme de mon cœur.
Allez mes vers, allez tous seuls. . . car je suis lasse, Mais je ne voulais pas tout entière finir. Et mourir à jamais avec l'heure qui passe : Et je vous ai donnés, mes vers, à l'avenir.
A mes amis les poètes
() poôU's aimés (jui devino/ mon àiiu', Touchée (le vos acccnls, je m'incline vers vous. Et je cherche en vos vers ce que mon cœur réclame Pour aniiuer ses chants et ses rêves si doux.
Vous ([ui chantez si bien le doux bonheur de vivre, Les jours ensoJeillés du radieux printemps, Et les tendres pensées dont votre c(rur s'enivre. Oui couronnez les fronts heureux de leurs vingt ans
1 ournez votre regard vers une jeune amie Dont les yeux sont Termes aux rayons lumineux, Mais dont l'àme pourtant s'ouvre à la poésie Comme une tendre tleur à la clarté des cieux.
Oh! oui, faites briller tous les jours, à toute heure L'étoile de votre art sur mon ciel toujours noir. J'aurai l'illusion d'un astre qui demeure Pour verser sur ma vie un doux rayon d'espoir.
Souvenirs
Je jouissais cncor de la pure huuière.
Sans jamais me douter (jiie i)ienl()l un i)rouilIard Voilerait pour toujours Téclat de mon regard. Oli ! souvenirs d'alors, vivez sous ma pau[)ière. . .
Eclairez tous mes jours, beaux astres radieux. Afin (ju'après seize ans, je puisse voir encore. En mes sombres pensées, un ciel (jui se colore. Une nature en i'ète, un sourire joyeux.
L'orsqu'au sein de nui nuit, je fais chanter ma lyre, 11 me semble revivre, et je rêve parfois. Que par mes yeux ouverts, dans mon cœur je reçois Le charme des beautés dont nui muse s'inspire.
Ode à M. Tabbé Rousselot
FOXDATKUR DK NAZARKTH,