‹ Visions d'aveugle; recueil de poésiesChapitre 2 sur 2 · INSTITUTION DES AVEUGLES · texte numérisé non relu

INSTITUTION DES AVEUGLES

Au doux souvenir de ta gloire.

Nous te chantons avec amour.

Père dont la douce mémoire Fait vibrer notre àme en ce jour.

La bonté de ton cirur s'exhale ('.oninu' un i)artuni autour de toi, Kt ta charité n'a d'égale Que la i)ureté de la loi.

Tu (|uillcs ton i)ays de Fiance Kt le beau ciel (jui t'a souri.

Au premier jour de ton enfance.

Le lieu de ton loyer chéri ;

Tu traverses les mers immenses Kt tu viens nous tendre les bras ; Ami de toutes les souffrances, Tu les soutiens à chaque pas.

Comme le doux Jésus sur terre, Aux petits, tu donnes la main ; Tu les secours dans leur misère, 0 toi, père de l'orphelin.

Trop faiblement ma voix te chante, 0 toi dont le rôle ici-bas, Fut de rendre à l'âme souffrante. Le doux espoir daiïs les combats.

De semer parmi les épines D'immortelles tleurs de bonté, D'épandre des clartés divines, Dans les jours pleins d'obscurité.

Si nos yeux restent sans lumière.

N'avons-nous pas un clair rayon Dont notre vie enlin s'éclaire, l'ne étoile à notre horizon ?

Nazareth, ce n'est i)lus un rêve ; Rousselot, par tes soins constants.

Son enceinte déjà s'élève Et s'ouvre à tous les dévouements.

L'aveugle y vit, l'aveugle y chante.

L'aveugle y sourit au destin ; Ici l'heure coule moins lente.

Et moins dur est notre chemin,

La science écarte ses voiles Et luit enfin à notre esprit ; A notre ciel, comhien d'étoiles Rendent moins somhre notre nuit..,

Depuis cinquante tins ilorissante.

Ton œuvre, o digne fondateur.

En notre àme reconnaissante A lait luire du honheur.

Nous ganlerons vive mémoire Du hien par tes laheurs produit.

Et ton nom, en rayon de gloire.

Resplendira dans notre nuit.

La violette emblème de l'humilité

Au fond (l'im valoii solilaire. Vivait sous la uioussc U'içôrc, La plus luuuhlc pi'lilc lleur, A la (ii)U('(' l't suave odcui".

Sur sa corolle simple et belle, Alin (l'y i)arruiiier son aile, Le papillon, eoninie un baiser, Venait parfois se reposer.

La biise en |)arcourant la plaine, I.a caressait de son haleine ; Le petit ruisseau, dans son cours, Lui disait aussi ses amours.

Pourtant, toujours l'humble tteurette Semblait se i)laire en sa retraite.

De même il est une autre (leur Qui croît toujours au fond du cœur,

Mais dont la corolle odorante.

Par son doux parfum nous enchante.

Cette tleur, c'est l'humilité.

C'est l'aimable simj)licilé.

Le ruisseau

Parmi les tlems cl la mousse.

Là-bas, sous les verts sapins.

On entend une voix douce Aux sons purs cl cristallins.

Frais bijou de la nature, Aimable petit ruisseau, Tu mêles ton gai murmure Aux joyeux chants de Foiseau.

Quand tout vibre en la nature.

Sous le soufîle du printemps.

Quand les fleurs et la verdure De nouveau parent les champs.

On entend ta voix qui chante La chanson du renouveau.

Et la brise caressante Qui vient sillonner ton eau.

Enivré de ton murmure.

L'oiseau, sur les rameaux verts.

D'une voix suave et pure Entonne de gais concerts.

Mirant dans ton flot qui passe Ses heaulôs et sa IVaîelieur, Sous le leuillai^e, avec grâce, Se l)ei-ee la tendre ileur.

Quand pâlit la teinte rose, Le soir sur le tiruiainent, Va (|ue (loueeuient repose Le bois odorilérant.

Sous im dôme de verdure.

On entend chanter toujours Ton eau claire qui murmure Kn suivant son léger cours.

Reste là pour me sourire, Lors(jue mon front est rêveur Ami, j'aime à te redire Tous les secrets de mon cœur>

Va dans ta course rapide.

Sans souci de l'avenir, !Mais, dans ton onde limpide, A])porte mon souvenir.

A la Recherche du Bonheur

Chère âme, où vas-tu donc, joyeuse et eonliante. Sur l'aile d'un espoir de plus en plus ardent ? Tu vas boire, sans doute, à la coui)e enivrante Où l'on voit le boidieur, eoniinc un ncelar brillant, S'c'couler doueeinent.

Mais non, tu tuis eneor, radieuse et léi*ère. Et vers un autre but, tu send)les t'élaneer : L'horison devant toi, d'un feu nouveau s'éelaire. Va l'or et les grandeurs en [c voyant passer, ^'iennenl pour t'enlacer.

Trop fière pour jouir de leur superbe étreinte. Tu t'éloignes toujours et tu montes plus haut. Libre de tout lien, tu voles sans contrainte Vers l'amour qui t'appelle et te sourit bientôt. Mais, sais-tu ce (pi'il vaut ?

L'amour du monde est vain et ton cœur reste vide. Ton regard assond)ri s'illumine soudain : Tu reprends ton essor [)lus ferme et plus rai)ide : Pauvre àme ! ... le bonheur que tu cherches en vain, Kst-là sur ton chemin.

Xas-lii pas t'oiiltMiipIr cclto aimable phalanj^e Acc'()inpajj;nanl Ion vol constant et soucieux ? Elle a su te garder de la terrestre lange, Te faire dédaigner les attraits dangereux Va l'entrainer loin d'eux.

Ali ! vois-lu maintenant, heureuse et lriomi)hante, La troupe des vertus t'iiivitant au bonheur ? Avec elle toujours suis la voie ascendante. Sans regarder la terre où germe la douleur, Sous le chaiiue trompeui'.

Le Printemps

Si tôt que nous revient le radieux printemps, Plus léger est l'oiseau, plus joyeux ses doux chants; Ainsi, l'humble poëte ouvre grande son aile, Et salue en chantant, la saison la plus belle.

Dans le bleu firmament, le soleil resplendit : De ses rayons dorés, déjà l'on s'éblouit. Voici que le printemps, cet ange plein de grâce, A repris radieux, son élan dans l'espace.

Son sonfïTo einhauine l'air, rev(M(Iit los <;azons, Kt son vol (lonne essor aux bi'illanls papillons. Des ileursaiix donx pailunis s'éehappenl de son aile. Kl sur les veiis buissons ou sur l'herbe nouvelle.

Etalent au soleil un calice enti'ouvert, Ou cache leurs couleurs sous un Irais rameau vert. Partout on voit fleurir d'aimables violettes, Des grap[)es de lilas et des roses cocjuettes.

Sous des toits verdoyants [)lus riants et plus beaux Que les rideaux légers, les gazes des berceaux. Le printemps vient suspendre à la branche(|ui ploie. Des nids pleins de chansons, d'espérance et de joie.

Dans les prés refleuris, le ruisseau diligent Roule ses tlots d'azur sur des cailloux d'argent. Kt cette onde limpide au cadre de verdure. Semble un saphir brillant dans rémeraude pure.

L'ange du doux printemps s'y mire avec bonheur, Kn jetant aux échos, un chant plein de douceur. Bel ange printanier, dans mon âme ravie, Verse ta douce paix, ta suave harmonie.

L*aveugle au retour du printemps

Sons \c piiu'i'iiu divin de Tadoiahle Artiste, L'iiidvors s'iMnhellit des plus riches couleurs, Tandis (ju'en sa prison, mon âme seule et triste, Doit rester étrangère à ces vives sj)lendeurs.

(Vest en vain que les fleurs enlr'ouvrent leurs calices Sur un lond de verdure encadré de rayons ; Que les oiseaux légers, en chantant leurs délices, Placent des nids tout Irais sous les plus verts buissons.

C/est en vain (jue le ciel se mire dans la source Pour donner de l'azur à sa limpidité, Pour réchautîer ses bords déjà couverts de mousse Où l'insecte Irileux sautille avec gaîté.

('/est en vain que le jour à tous les yeux étale Des merveilles sans nom (jui font vibrer les cœurs; Ma pauvre àme est fermée au bonheur qui s'exhale De ce spectacle où Dieu révèle ses grandeurs.

Et tandis que chacun se grise de lumière, ('aresse des espoirs (ju'animent les beaux jours. Je salue en pleurant la saison printanière. Puisque la sombre nuit m'environne toujours.

Douce étoile (jui l)rille au sein de rempirée, lùi posant sur mon front tes rellets elKupie soir. Tu ne sais i)as. hélas ! (jue mon âme est navrée. Que le ciel de ma vie est un ciel toujours noir !. . .

Silence de la nuit, calme de la nature. Pourquoi ne rends-tu pas mon rêve plus heureux? Pourquoi ne verses-tu dans mon cœur, sans mesure, La douceur de la vie en des songes joyeux ?

Je demande sans cesse à tout ce (|ui res[)ire, A l'uni ver.s entier, aux cieux mêmes, pour(|uoi X'ai-je ma faible part à cet heureux délire Dont tout être vivant sent l'indicible émoi ?

Ma lyre, réponds-moi, toi qui comprends mes larmes. Dis-moi ({ue le Seigneur de mon regard jaloux, Ne veut le réjouir que par ses divins charmes. Qu'il promet le bonheur à qui pleure à genoux.

Une matinée de printemps

(Ma première pièce en vers)

(Vcsl le matin, déjà l'auroiv A chassé l'oniljre de la luiil, l'^t dans le ciel (jni se colore, I/aslre radienx resplendit.

Ses rayons, dans les cieux d'opale, Etincellent d'nn si doux l'eu.

Qu'on croirait sur la voûte pâle.

Voir une image du bon Dieu.

Aussi, la nature splenditle Se pare de ses beaux atours :

Ici, c'est un ruisseau limpide Dont l'onde gazouille toujours.

Là, sous cette épaisse f'euillée.

Des nids se bercent doucement, El la joyeuse troupe ailée Nous réjouit par ses doux chants.

La brise, haleine parfumée Fait ondoyer le vert gazon.

Autour de la fleur embaumée Voltige le blanc papillon.

Le l)ruissemonl di's verts feuillages, La eourse rapide des eaux Oui coulent sous les Irais ombrages, Le zéj)hir, les lleuis, les oiseaux,

Dans une sublime harmonie, (.hantent, du divin (Créateur, I.a bonté, la gloire infinie. Et l'incomparable grandeur.

A ce concert de la nature Se mêle un son mélodieux, lue note vibrante et pure Oui résonne jus({ues aux cieux.

Du cœur humain, c'est la prière, Qui s'élève comme un encens, Au séjour de la lumière Où règne un éternel printemps.

Fin d'octobre

].vs l)()s(|iu'ls sont déserts, plus croiscaux dans les nitls, Plus (le tendre veidiiie et de buissons lleuris. Déjà le sond)re automne au iront triste et sévère, A, de sa froide main, tout détruit sur la terre ;

Kt sur le sol aride oii son souille a passé. Les feuilles sans couleurs, tombent à flot pressé. Votre sort est le mien, pauvre feuille séchée Courant en tourbillon, par le vent emportée.

Oui, je sais ciu'ici-bas, tout passe comme vous. Les instants de bonbeur, les rêves les plus doux. . . De mes illusions vous êtes bien Timage, Vous vivez un printemps bravant plus d'un orage ;

Mais l'automne api)araît, je vous vois vous flétrir : Tout passe ainsi que vous, tout finit par mourir. Pourquoi nous attacher aux choses de la terre ? N'est-ce pas envier un bonheur éphémère ?

Levons plutôt au ciel, un regard confiant. N'espérant qu'en Dieu seul un bonheur permanent. La terre c'est l'exil, et bien courte est la vie ; Guidés par l'espérance, allons vers la Patrie.

Bon Pasteur

Du pasli'ur hirn-aiiiu', je sens la douce élreiiile ; Mes jours sont plus heureux (|uand sur son Cd'ur je vis Ici. jamais j)our moi d'amertume et de crainte, Je suis du bon Jésus, la [X'tite liiebis.

Si l'ennemi puissant, sur la pente m'entraîne, [jO vigilant Pasteur vient me tendre les bras ; Me prenant tendrement, alors il me ramène : (( Mon cœur qui bat i)our toi ne le sulïit-il pas ? »

Oh ! oui. Maître adoré, je t'adore et je t'aime ; Je veux plus près de toi, voir s'écouler mes jours ; Hélas, pauvre brebis, ma faiblesse est extrême ; Toi seul est mon appui, viens, soutiens-moi toujours.

L'ange Noël

Tout layonne et sourit : partout la terre est blanche Kt semble tressaillir sous le ciel azuré. Noël, l'ange Noël sur l'univers se penche ; D'un ninihe rayonnant son beau Iront est paré.

Il lait planer sur nous son aile de lumière. Et dans son doux regard laisse entrevoir les cieux. En ce jour solennel, il descend sur la terre Pour chanter res[)érance et l'aire des heureux.

Il a pour les souffrants un céleste sourire. Pour les cœurs délaissés, le mot le plus aimant ; In rayon de bonheur pour celui qui soupire ; Il a pour tous eniin, un regard bienveillant.

Auprès d'un saint berceau, Noël conduit l'enfance Que le divin Sauveur toujours aime à bénir ; Il guide la jeunesse au co'ur i)lein d'espérance. Vers le doux protecteur des rêves d'avenir.

Cet ange bienfaisant donne à tous l'espérance. Et d'un air radieux, du doigt montre le ciel. Eternité sans lin de sainte jouissance Que promet en ce jour le doux Emmanuel.

A une amie entrant au noviciat Plus près du ciel

Plus près du ciel, sous la croix qui rayonne. Va, ciicrc sœur, t'ininioler pour Jésus. A son amour, que ton C(L'ur s'abandonne 1^11 se lonnanl aux suhliiucs vertus.

Sans te lasser, bois à l'amer calice Que le Sauveur déjà tient en sa main ; Vois le bonheur dans chaque sacrifice.

Sans rei^arder les roses du chemin.

Monte toujours sans replier ton aile, Hlanche colombe au vol majestueux ; Plus près du ciel, c'est Jésus qui t'appelle. Yole vers lui dans un etYort joyeux.

Plus près du ciel, comme saint Jean ton frère. Prends ton repos sur le cœur de Jésus, Ton réconfort dans l'auguste mystère Qui fait germer les vierges, les élus.

Brisant les nd'uds des liens éphémères.

Plus près du ciel, oh ! fixe ton séjour ; Dieu, de clartés, inonde tes paupières Et dans ton cœur répand à flot l'amour.

Plus près du ciel, alteiuls, attends encore. L'époux divin un jour t'appellera ; Et dans le ciel, une éternelle aurore A tes regards toujours resplendira.

A la mémoire d'une compagne aveugle

A chanter ton bonheur, notre espoir nous convie, Chère àme que le ciel est venu nous ravir ; De même cjue la fleur qui s'est épanouie. Le moissonneur divin a voulu te cueillir.

De ton cher souvenir s'embaume notre vie, 0 toi qui lus pour nous une amie, une sœur ; ('omme à nous, sur tes yeux. Dieu mit sa main bénie Pour ne plus les ouvrir qu'à la sainte splendeur.

Jamais, tu n'admiras la riante nature,

L'azur du firmament, les astres radieux ;

Va sur un front ami, jamais de l'ànie pure

Tu n'as vu rayonner comme un reflet des cieux.

Tes regards sont pour Dieu, pour la sainte Patrie ; Les fanges d'ici-has ne purent les souiller ; Ouvre-les dans la gloire, àme heureuse et ravie. Ces yeux que l'univers aurait pu t'envier. . .

('luHiU', niodulc l'uc'orc avec plus (riiarinoiiie, (les accents [)leins (ramoiir, écho de Ion f>ran{l Cd'ur ('es cliants [)ieux et doux dont ton ànie altendiie C.élébiait ici-bas la j^loire du Seij'neur.

('.liante dans le séjour de la pure allégresse ; Oh ! chante ton bonheur, c'est pour l'éternité !. . . (dianle, àme chérie, et ré[)ète sans cesse, lu hymne tle louante à la Divinité.

FJeur languissante

Pauvre Heur sans parfum, au calice flétri : Tu ne souriras plus à la brise qui passe ; Le soleil baise en vain ton beau satin pâli, lu languis tristement sur ta tige tro}) lasse. . . .

Demain, (juand reviendra l'aurore au Iront joyeux, Poser sur chacjue ileur une perle brillante. Tu ne seras plus là, dans les buissons ombreux, Pour t'incliner aussi, sous sa main caressante.

Tes pétales ternis, trop longtemps altérés. Demanderaient en vain à boire l'onde pure : Meurs, ainsi que les cœurs à jamais ignorés, (j!ui n'ont pas eu l'amour pour guérir leur blessure.

Au Révérend Père X

{Noces d'argent)

L'auréole d'argent sur voire Iront rayonne, Vingt-ein([ ans de laljeur lornient votre eouronne ; Vingl-cinci ans de service à l'autel du Seigneur,

Oh ! [)()ur vous ([uel bonheur !

(loninie un ange de paix vous ])assez sur la terre, Déveisant tlans les co'urs la céleste lumière. Votre rôle ici-has, prêtre de l'Iùernel, C'est de conduire au Ciel.

Dieu vous a confié la parole sublime Qui donne le pardon, qui retient sur l'abîme. Qui rend à l'espérance et calme la doideur. Fait revivre le cœur.

Aux âmes donnant Dieu, vous lui donnez des âmes: Ht du divin amour par vous brillent les flammes. Par Dieu même cboisi, vous devenez, mortel. Frère de l'Eternel.

A l'autel, c'est par vous que l'union s'opère Entre l'heureux séjour et notre triste terre ; Un désir, un appel, du ciel à votre voix. Descend le Roi des rois.

Poursuivez bien longtenijjs cette noble carrière. Apôtre du Très-Haut, anj^e de la prière ; Que votre diadème soit plus brillant Que loi", le diauuuit.

A la très sainte Vierge

ac.rostu:hk

Ma Irèle nacelle est sans voile, A mes regards le ciel se voile, Rien ne me guide sur la mer, Ici-bas, sur le flot amer, Entends ma voix, sois mon étoile.

Ma lyre aimée

Pour dire ma douleur, ma lyre, tes accents

Dans un accord plaintif" vibreront bien longtemps.

Tu n'auras à cbanter que ma vie incolore.

Que mes jours sans rayons, que mes nuits sans aurore.

Si mon triste printemps, au moins pouvait t'ofîVir lue riante fleur, un beureux souvenir !. . . Autour de moi, je cherche une feuille encor verte, Et je n'en peux trouver sur ma roule déserte.

Dans l'ohsc-ur du clieinin, toiijouis à la douleur, Dur et âpre rocher, je déchire mon co'ur ; De mes illusions la couronne llétiie.

S'efVeuille tristement, tout le loni; de ma vie.

Quand mon front, lyre aimée, une dernière lois. Vers toi se penchera, lais entendre ta voix Pour répondre à l'adieu tle mon âme (jui t'aime : Que ton dernier accent soit le baiser suprême. . .

Près d'un berceau

Repose doucement, aimable chérubin.

Sans oublier l'amour, les baisers de ta mère, Rêve aux anges des cieux, ô toi leur petit frère ; Rêve au lis qui se penche en ton cœur enfantin.

Rêve aux fleurs du printemps, à la brise embaumée. Au rayon du soleil qui dore ton berceau, A l'étoile d'argent ; mais qu'un rêve plus beau. Enfant, berce ta vie à l'aurore charmée.

lùitends vibrer là-haut les célestes concerts.

Et que ton àme heureuse en garde Tharmonie ;

A ton réveil enfin, que ta mère chérie

Cueille un reflet du ciel dans tes veux entr'ouverts.

L'Aumône

Donne (l'une main i^éiiéreusc,

l'A In i^oùleras du bonheur ;

Le bien qu'on fait rend l'ànie lieureuse,

Verse la joie en notre ca'ur.

Sur ton chemin gît la misère, Incline-toi vers le malheur ; 'l'on obole, quoique légère, Si tu souris, a sa valeur.

Donne au malheureux que la honte Retient captif à son foyer, Devine ce qu'il ne raconte, Et fais tout pour le protéger.

Bientôt sa plainte sera douce En rencontrant de la bonté ; Lui qui craint qu'on ne le repousse Souffrira mieux sa pauvreté.

Donne de la douceur aux larmes.

En y joignant ta compassion ; Et rends moins triste les alarmes En soutenant l'illusion.

Aime tous ceux (|ii(' In soullVniico I OiinucMilc i\c son aimiilloii ; Poiii- calnuT la (loulciir imiucnse.

Oh ! sois range de ratï'i'ction . . . .

Doniu' un soiiiirc. une luiinhle anniùne. Donne Ion co'ui-, la vie enlin ; On n'esl lienreux (jne lorscju'on donne, Le l)onhenr découle du bien.

Désirs et plaintes

Hélas ! (juand tombera le voile Qui nie pèse si lourdement. . .

Pour moi, plus jamais une étoile Xe brille dans le lirmament.

Belle nature que j'adore, A mes yeux montre tes splendeurs ; Je veux voir, je veux voir encore Toutes tes beautés, tes couleurs.

Je veux voir, dans le Ilot limpide.

Se mirer dainr la voûte des cieux, Et glisser sur l'onde rapide La blanche écume aux [)lis moelleux.

Je veux voir, sur les hautes cimes, Le soleil jeter ses rayons Qui, (ieseendaiît en jets suhUnies, Dorent jus(ju'aux moindres sillons.

Dans le trél'ond des cieux d'opale, Où res{)lendit l'astre argenté, Je veux voir la nuit estivale Sourire à mon rêve enchanté.

Pour saluer la pure aurore, Aux voiles d'or et de carmin.

Que mon œil se dilate encore ; Qu'il s'ouvre aux clartés du matin.

Je veux admirer la nature, Quand l'hiver blanchit le coteau, Ou quand l'oiseau, sous la ramure, (Chante gaîment le renouveau.

Je veux revoir ma tendre mère Fa lire encor dans ses beaux yeux.

Mais ce r.'ve est une chimère.

Ils ne sont plus ces jours heureux.

Ma pauijic'ie toujours est l'Iose Malj^ré le jour tjui luit aux cieux.

Malgré le rayon (jui se pose Sur uiou front i)àle et soucieux.

Jette, ô mon Dieu, de ta lumière l'n elair rayon sur mon ciel noir, Puiscjne jamais, sur cette terre.

Mes yeux ne s'ouvriront pour voir.

Du ciel fais briller l'espérance

Au pauvre c(i'ur que tu comprends ;

Dans l'éternelle joi, issance,

Dis-lui, Seigneur, que tu l'attends. . . .

Lanctot, Clara

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