OBSERVATOIRE DE M. HU6GINS
L'Observatoire de M. Iluggias à ïulse Hill, dans les environs de Londres, est installé dans une tour carrée, attenant à sa maison d'habitation et divisée en trois étages. Au rez-de-chaussée et au premier étage sont placés de nombreux instruments et appareils, parmi lesquels il convient de citer une machine de Holz de vingt-quatre plaques, une machine de Siemens, un spectroscope à nombre de prismes variable, un beau réseau sur métal, de Cafman, de New-York, qui présente di\-sept mille raies par pouce, protégé contre l'action de Tair et de la vapeur d'eau par une mince plaque de cristal. Une machine à vapeur de la force de 6 chevaux, installée au pied de la tour et extérieurement, sert à actionner les machines de*Siemens et de Holz. M. Huggins se charge lui-même du fonctionnement et de Tentrelien de la machine, sans le secours d'aucun aide. Dans Télage supérieur est l'Observatoire proprement dit.
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Sous une coupole cylindrique à double enveloppe est installé, sur un pied en fonte reposant sur un massif en maçonnerie, un réflecteur à miroir métallique de i8 pouces d'ouverture, construit par Grubb, monté équatorialement, et dont le mouvement d'horlogerie ordinaire est régularisé par Faction continue d'une pendule conduite électriquement par une bonne pendule sidérale. Cette disposition permet de maintenir pendant un temps très long un astre au même point du champ, condition indispensable dans certains travaux photographiques qui nécessitent une pose de très grande durée. En réalité, il y a deux instruments sous la même coupole ; le réflecteur peut être remplacé par un réfracteur, également construit par Grubb, de i5 pouces d'ouverture et i5 pieds de distance focale, que l'on installe sur le même pied en fonte. L'objectif est enfermé dans une boîte qui est dans la salle même ; le tube est dressé verticalement sous le plancher. Il suffit de quelques heures pour opérer la substitution. C'est avec ce réfracleur que M. Huggins a fait ses travaux sur les déplacements des raies dans les spectres des étoiles, continués depuis avec succès à l'Observatoire de Greenwich. Dans ces derniers temps, le réflecteur avait pris la place du réfracteur, en vue de la photographie des spectres des étoiles : ce dernier instrument étant impropre à ce genre d'études, à cause de l'absorption produite par le verre dans la région ultra- violette du spectre, raison pour laquelle encore le prisme et toute la partie optique du
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spectroscope avalent été construits en spath dislande. M. Huggins a bien voulu nous montrer en détail les clichés obtenus, en particulier ceux des spectres de Véga, de l'Épi de la Vierge, de a Aigle et d'Arcturus, présentant les uns des raies plus larges et plus nébuleuses, les autres des raies correspondantes plus étroites et plus fines, toutes d'une remarquable pureté; le contraste était surtout frappant pour a Lyre et a Vierge, dont M. Huggins avait obtenu les spectres sur le même cliché. La durée de la pose avait été quelquefois très longue, surtout lorsque les conditions atmosphériques s'étaient montrées défavorables; elle avait souvent dépassé une heure, et pendant tout cet intervalle de temps il avait fallu surveiller l'image de l'étoile avec une attention incessante, la maintenir en un point déterminé de la fente et la déplacer de temps à autre afiri d'obtenir un spectre d'une certaine largeur. L'observateur se tenait derrière le miroir du télescope, transformé pour la circonstance en télescope Cassegrain, et c'est M™® Huggins, le collaborateur passionné des recherches du savant astronome, fort au courant d'ailleurs des choses de l'Astronomie physique, qui avait pour mission de faire cette surveillance délicate et pénible; les résultats témoignent du soin qu'elle a su apporter à cette opération difficile. Les raies, au nombre de douze, de ces divers spectres ont été comparées à celles du spectre ultra-violet de M. Cornu, les longueurs d'onde déterminées avec précision. En ayant égard au plus ou moins
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de nébulosité ou de finesse des raies correspondantes, M. Huggins a été amené à classer les étoiles par rang d'âge : de Sirius et Véga, qui occupent l'une des extrémités de Téchelle, on arrive à Arcturus et Aldébaran, en passant par la Chèvre ; notre Soleil serait de Fâge de
cette dernière étoile. Nous avons vu enfin un très intéressant cliché pris au coucher du Soleil, dans lequel le spectre de Jupiter se projette sur le spectre solaire; la concordance des deux spectres est aussi complète que possible, ce qui tendrait à prouver que l'atmosphère de la planète ne produit pas d'absorption dans la région ultra- violette du spectre. Ce résultat est confirmé par les spectres de Mars et de Vénus pris dans les mêmes conditions. M. Huggins s'occupait, dans ces derniers temps, du spectre lumineux de la vapeur d'eau. Le savant astronome désire se procurer un instrument d'une plus grande puissance que ceux qui lui ont servi jusqu'ici dans ses travaux; on peut s'attendre à lui voir bientôt ouvrir à la Science quelque voie nouvelle, fertile en brillantes découvertes.
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