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tagne aient fait défaut, l’exposition anglaise se distingue par de beaux fusils de chasse, parmi lesquels nous remarquons deux fusils vendus au prince Albert par M. Rigby, de Dublin.
M. Piedham expose un système de chargement par la culasse, dans lequel le fulminate est enflammé par une aiguille, comme dans le fusil prussien.
M. Schlesinger expose aussi un système de chargement par la culasse dans lequel le chien ordinaire est remplacé par une aiguille.
Dans la quincaillerie anglaise s’est fourvoyé un fusil à harpon destiné à la pêche de la baleine.
En Bavière, l’ancienne et célèbre maison Kutchenreuter a exposé, entre autres objets d’arquebuserie, un beau fusil de chasse et une paire de pistolets dont les ciselures et les sculptures sont très-remarquables.
Nous signalerons, dans l'exposition autrichienne, une carabine ciselée par Rinzi, de Milan, qui mérite l’admiration de tous les amateurs.
M. Bellot, l’un des premiers qui aient introduit en France la fabrication des capsules, et qui a transporté sa maison à Prague, a exposé une très-belle collection de capsules.
Les amateurs de tir pourront voir avec intérêt, dans l’exposition suisse, plusieurs arquebuses en usage dans les tirs fédéraux.
L'exposition espagnole se distingue par de magnifiques armes exposées par MM. Zuloaga. Les unes appartiennent au roi d’Espagne, les autres au maréchal Narvaez; toutes offrent des ciselures du plus grand mérite. Les auteurs de ces belles pièces ont également exposé un bouclier, et en dehors de l'arquebuserie, un tableau d'animaux en ‘fer ciselé qui les classent parmi les grands artistes. sl
Les curieux doivent aller visiter, dans le quartier hollandais, des cangiars et des crics malais dons les lames sont empoisonnées. Les fourreaux sont en bois rare et les manches ornés de pierreries.
Les Indes anglaises ont aussi envoyé de nombreux spécimens de l'armement des indigènes.
Constructions civiles.
L'art des constructions fait appel aux produits des industries les plus diverses : il fait emploi des matériaux nombreux que lui offre la nature. Ces ressources sont aussi dispersées dans les différentes parties du Palais de l'Industrie, qu’elles sont variées dans la nature; aussi le visiteur , désireux de
les apprécier, devra-t-il se préparer à parcourir l'étendue.
presque totale de ces nombreuses galeries qui constituent aujourd'hui l'Exposition universelle. Nous essayerons de le guider pour abréger celle course, sans toutefois sortir du cadre tracé par la classification , qui à servi de base à l’arrangement des produits.
Les éléments qui prennent la première place parmi les.
moyens que l'architecte ou l'ingénieur mettent en jeu sont assurément les matériaux. Ils prennent dans les édifices un rôle de plus en plus important, à mesure que leurs qualités, leurs dimensions, leurs propriétés, en un mot, sont plus développées et plus définies, et les ouvrages qu'ils composent sont surtout caractérisés par l'emploi de ces propriétés. L'art inscrit dans ses compositions le but qu’il veut atteindre. Les formes qu’il crée servent et définissent ce but ; mais uniquement, selon que le permet la matière disponible. Aussi la nature des matériaux influe-t-elle sur le caractère monumental de chaque pays, de chaque peuple. Chaque monument d'une contrée doit avoir son originalité déduite de la destination pour laquelle on l’a fait; tous les monuments d’une même contrée ont une tournure de famille qu'ils prennent dans Ja communauté des matériaux qui les composent. Les arts de tous les temps nous parlent ainsi : l'antiquité, le moyen âge et notre âge aussi. Quand un pays est largement pourvu de pierres de grande résistance, les édifices facilement exécutés affectent des formes simples, grandes et imposantes. Quand les petits matériaux seuls se présentent, la nécessité de dis-
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positions plus cherchées et plus difficiles amène à des formes ingénieuses, mais compliquées, accidentées, quelquefois pittoresques. Là où les bois abondent, un autre genre de simplicité se produit à côté d’une apparence de légèreté inséparable de cet élément végétal. Quand le fer arrive avec ses dimensions si commodes dans l'emploi que l’industrie perfectionnée de ces derniers temps a permis d'atteindre, on voit entreprendre des ouvrages audacieux relativement à ceux du passé : les portées et les vides s’accroissent ; on franchit sans soutiens intermédiaires des espaces considérables ; le pont de Britannia est jeté sur un bras de mer avec des travées de 130 mètres. Mais les œuvres prennent une figure grêle, inusitée jusqu’alors, tout y montre une propriété de résistance qui frappe l’œil, et souvent l’inquiète péniblemént. A l’examen des nombreux efforts de production minéralogique ou industrielle dont on rencontre le témoignage à chaque pas dans les galeries, l’esprit tend, malgré soi, à s’appesantir sur ces distinctions qui portent l’art moderne sur un terrain si nouveau. C’est vers le caractère qui doit appartenir à nos grandes constructions industrielles, c’est vers la juste appré- Ciation de ce caractère que se tournent, dans la pratique, tous les efforts tentés aujourd’hui par les constructeurs. Les matériaux et la concurrence qu’ils se font prennent donc une part considérable dans cette question.
Métaux.
Depuis quelques années, les métaux se sont introduits dans la construction en augmentant chaque jour et de plus en plus le domaine de leurs applications. Ils se sont approprié des emplois dont ils ne paraissaient d’abord nullement susceptibles. Ce ne sont plus simplement des combles d’édifices, que l'exception, d'ailleurs, voyait seule s’exécuter en cette matière, ce ne sont plus des applications restreintes et secondaires, telles que la consolidation des parties principales d'une construction ; ce sont, au contraire, les ouvrages entiers et les plus importants comme les plus courants qui se font maintenant tout entiers en fer : les tabliers de nos ponts, les fondations des grands ouvrages, les-planchers, les combles et les couvertures mêmes de nos habitations. Les pilotis en fer
à vis si généralement employés en Angleterre, en concurrence avec les caisses en fonte , le mode de construction de toutes les maisons et édifices publics récemment érigés à Paris, tous ces travaux nous montrent chaque jour l'importance eéroissante que prend le métal dans les constructions.
Pour répondre à ce besoin, on comprend ce qu'ont fait les forges en parcourant les expositions de nos principales usines et celles des étrangers. Les premières surtout, parce qu’elles sont les seules qui fabriquent le fer à T, cet élément précieux et nouveau si généralement employé chez nous dans la construction de planchers. La Providence (Annexe, pile 63 D), Maubeuge (Annexe, pile 62 A), et Montataire (Annexe, pile 59 D) en France, nous montrent des fers à T de tous échantillons, propres à la confection de toutes espèces de planchers, des cornières, aussi très-variées dans leurs dimensions, et adoptées à l'agencement de pièces composées pour les résistances les plus diverses. Les fers de la Providence atteignent à 6,96 de longueur et 0",30 de hauteur. Ceux de Maubeuge ont aussi la même hauteur. A Montataire, la hauteur n'excède pas 0,26, mais la longueur s'accroît jusqu'à 44,45. Ces dernières dimensions paraissent plus appropriées aux besoins industriels qu'aux exigences du bâtiment. Montataire d’ailleurs possède des tôles ondulées à petites ondulations qui s'appliquent comme couverture sur les pannes, en supprimant les chevrons et le lattis. Cette usine fabrique aussi des tôles ondulées courbes, à fortes ondulations (0",16 sur 008)
pour l'établissement de couvertures sans fermes, ni pannes,
ni chevrons. Ces tôles ont été employées avec succès il y a deux ans par M. Eugène Flachat à la couverture de la gare de marchandises du chemin de fer de l'Ouest (rive droite). Elles se recommandent comme solution aussi économique que simple dans les cas analogues à l’application que nous venons de signaler. Les avantages de cette disposition. s'expliquent par l'absence de pièces secondaires, par ce fait que la lame de métal est, en réalité, elle-même un ensemble de fermes constituées par les parties verticales des ondulations, et qu'elle forme un contreventement général par toute sa surface horizontale. |
D'autres usines, le Creusot , Commentry, etc., offrent aussi en France les éléments de construction que nous venons de
rencontrer. Mais ces établissements réservent principalement leurproduction pour lesfers propresaux grands travaux publics ou aux constructions mécaniques. L'article métallurgie, qui comprend l'examen des forges et de leurs produits, nous dispense de parler ici des rails et de citer les prodigieux résultats auxquels on est parvenu tant chez nous que chez nos voisins, A ces résultats, il faut joindre les belles pièces de fonderie obtenues par presque toutes les usines, et, comme témoignage des ressources que donne à la construction cette industrie, nous citerons l'arc de l’étage souterrain des halles centrales de Paris, fondu par l'usine de Mazières et exposé au vestibule central de l'Annexe en face l’entrée; la conduite d’eau de Madrid, fondue par l’usine de Fourchambault et composée de tuyaux de 3 mètres de long, qui atteignent jusqu’à 0",92 de diamètre; la collection des modèles de poutres exécutées par l'usine de Marquise. | :
Ce bilan, à peine indiqué, nous montre assurément de grandes richesses et qui paraissent suffisantes. Cependant l’industrie n'échappe pas à la loi générale du progrès. Dès qu'une tentative à fait faire un grand pas dans un sens, une tentative voisine se produit pour marcher à côté, progressive aussi. Rien n’est plus clairement écrit que cette vérité à l'Exposition, dans les différents matériaux de construction qui y ont été rassemblés. On a vu les forges de tous les pays produisant des fers de construction, préparés avec un soin et une prévoyance remarquables pour presque tous les besoins qui peuvent se présenter dans l'établissement des grandes poutres de ponts, des planchers, des combles, etc. C'est un état industriel très-avancé qui se manifeste surtout par la suffisance permanente des moyens de l’usinier aux demandes qui lui sont faites. Cependant observez. Voici que ces ressources, créées surtout en vue des lacunes que nous présentaient les forêts sur le continent, vont trouver devant elles toutes les promesses que nous font les innombrables échantillons de bois de toute espèce, venus en profusion de toutes les colonies.
Bois.
Parcourez l’exposition du Canada dans l'Annexe (entre ke colonnes 11 et 13), montez aux galeries latérales supérieures,
longez les travées où sont développées les collections de bois de la Jamaïque, de la Guyane anglaise (pile 4 à 45, côté. A), de la Nouvelle-Galles du Sud, où MM. Moore et Mac Arthur ont réuni et étiqueté, avec tant desoin, plusieurs centainesdebilles de bois ; examinez les échantillons de la terrede Van-Diemen, ceux de nos colonies même où l’on a malheureusement été bien avare sous le rapport des dimensions; réunissez et comparez les propriétés si nouvelles et si diverses que vous présentent ces végétaux pour la plupartinconnus jusqu’à présent, et voyez sil n'y a pas là des éléments de construction dont on doive tirer un parti très-important dans le cas où ils pourraient nous parvenir économiquement et régulièrement. Ce dernier point s’élucidera assurément avant la fin de l'Exposiion. Les travaux des jurys nous permettent de l’espérer, l'intérêt des exposants nous le promet, et déjà, si nous avons bien pu nous renseigner, nous devons penser que l'avenir ne refusera pas au continent l'emploi permanent de ces magnifiques matériaux. ER
Les immenses forêts de la Guyane britannique qui n’exporte guère, il faut le dire, jusqu’à présent plus de 6 à 8000 mè:tres cubes de bois de construction ou d’ébénisterie, sont à peine assez explorées jusqu’à présent pour qu'on en connaisse les principales essences. Il en est de même des autres colonies. Mais que le besoin de consommation se fasse sentir, que
la hache du bûcheron pénètre plus hardie et plus intéressée
au milieu de cette riche végétation, et nous verrons bientôt apparaître sur nos chantiers, d’abord des variétés nombreuses de bois d’ébénisterie dont nous sommes si pauvres, telles que le crab-wood, le caslana ou cèdre rouge, le mariwayana Ou cœur pourpre, le wadaduri où pot de singe, le palmier t00r00, le bucaballi, le sibadani , le wamara ou ébène brun, l’'acuyuri, le hyawa bally, le ducaliballi, le cartan, etc.; des bois de menuiserie, tels que le wallaba, le kakarelli, ie war-
racoori ou cèdre blanc, le simarouba, le bully, le ouriché, etc. ;:
des bois de charpente même, tels que le simeri, déjà employé en Angleterre, l’adabadani, le kitchia, le turanira, le arumata, le moraballi, le manibelli ou bois chandelle, le sipiri, le fonka, bois présenté comme éminemment durable.
Voilà les collections que le constructeur ne doit pas négliger de visiter. Elles sont pleines d'intérêt, surtout quant aux
bois de menuiserie. L'emploi de ces bois dans nos habitations, en nous offrant des surfaces naturelles agréables à l'œil, permettrait la suppression de beaucoup de peintures coûteuses salissantes, que nous n’employons la plupart du temps que parce que nos bois sont pauvres d'aspect et remplis de défauts.
Nous devons signaler le succès complet qu’obtient à l’'Exposition le trophée du Canada, élevé au milieu de la travée14-12. Ce sont des bois d'espèces variées, mais surtout Ges portes, des croisées et des persiennes fabriquées au Canada même, et qui, si nous sommes bien renseigné, ne reviendraient en France qu'à un prix inférieur de 45 pour 400 à celui que nous payons ici pour les objets de facture analogue, sinon identique. Les Canadiens n’en sont pas seulement arrivés à tirer de leurs grandes forêts les beaux types qu’elles renferment. Ils ne se contentent pas d'exporter pour 40 millions de bois chaque année. Leur habileté industrielle s’est employée à tirer déjà le parti le plus économique de ces matières premières, en les débitant et les faconnant avec des machines qui leur permettent d'établir sur une grande échelle et d'offrir commercialement les objets de menuiseriecourante. Ce fait, que nos voisins d’Angleterre ont déjà consacré, devrait fixer quelque peu Pattention chez nous. De gré ou de force, il faudra bien que nous l'acceptions, et malgré notre juste répugnance à voir s'introduire l’élément de fabrication dans l'établissement de nos demeures, malgré la résistance que fait et doit faire l'artiste à cette tendance qui lui enlève, au bénéfice de l'industriel, une part d’aetion jusqu 101 respectée, la loï économique fait son chemin. Elle dit à l'industriel de supplanter l'artiste partout où le consommateur peut trouver augmentation de bien-être à cette substitution ; elle soutient et relève le courage de l'artiste en changeant le milieu de ses créations, en rehaussant le champ de ses études, en l'appelant à traiter des applications plus erandes et plus cénérales, à mesure que les besoins moraux des sociétés s’élargissent et s’augmentent, Mais tout cela c'est le progrès , et le progrès fatal. “Inscrivons done un fait dans nos observations, fait heureux. Le Canada nous enverra de bonnes menuiseries toutes faites en bons bois. Il nous enverra aussi des bois débités sur lesquels nous suivrons son exemple en fabriquant à la mécanique des portes, des croisées, des
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persiennes, des lambris que le commerce dispensera aux architectes, lesquels s’arrangeront pour le mieux, en guidant de leur sage influence cette fabrication industrielle , et en imprimant le cachet de l’art, c’est-à-dire de la pensée originale, à tant de choses qui en manquent.
Mais le Canada, qui nous entraîne dans des prévisions que nous ne pouvons croire hasardées, n’est pas la seule contrée qui présente cette espèce d'intérêt dépendant de tout ce qui est nouveau dars le champ de l’utile. Plus active, plus intelligente, plus audacieuse que d’autres peuples lointains aussi bien pourvus d'éléments de production, cette nation attire particulièrement sur elle l'attention. Ce que nous venons de dire concerne en même temps la plupart des colonies. Il en est une toutefois dont nous devons spécialement nous oCcuper.
L'Algérie, qui ne paraît présenter que des échantillons de bois prepres à l’ébénisterie , ne doit pas être oubliée par le constructeur. La plupart de ces bois peuvent ou doivent avoir une application prochaine dans les boiseries de celles de nos habitations privées où le luxe et le confortable se disputent la satisfaction de nos goûts ou de nos besoins. Quel architecte un peu avide de fantaisie ou de variété ne prévoit avec envie le moment où il pourra ajuster dans les panneaux de ses portes ou de ses lambris, ces belles teintes de chéne à glands doux, dont la maille rosée est d’un aspect si coquet et sinouveau ? Quelles ressources ne trouverait-il pas dans ces belles faces d’olivier et de thuya si pittoresquement accidentées, où la variété et l'harmonie des tons se marient à la finesse de la contexture? Ces deux essences, très-répandues sur notre sol africain, fournissent des aspects différents suivant qu’on en débite la racine, la loupe ou la tige. Il faut voir les bois trèsbien travaillés et très-brillants qui figurent sur les deux galeries supérieures de l'exposition alzérienne, pour'apprécier l'importance que peut prendre cette production végétale, Évitons toutefois de juger sur les meubles que quelques ébénistes d'Alger ont envoyés. Nous sommes trop habitués au goût qui préside à la confection de nos meubles parisiens, pour ne pas regretter les contrastes de tons heurtés, la lourdeur des moulures, la banalité et le manque de rapports
dans la valeur des ornements sculptés qui se rencontrent sur
ces objets, et notre œil fatigué estimerait mal la matière qu'il faut voir sous cette robe d'emprunt inopportune. Une table a jeu très-bien galbée, de jolis pianos, parmi lesquels nous signalerons celui de l'extrémité de la galerie, côté de la Seine, font au contraire valoir tout le parti qu’on peut tirer des racines et des loupes d’olivier, du bois de thuya. L'exposition du ministère de la guerre possède encore un spécimen curieux qui mérite de fixer l’attention. C’est une table formée d'une seule tranche de cèdre, débarrassée de son aubier. Cette tranche a 4 mètre 60 de diamètre, et montre la grosseur que cet arbre atteint quelquefois. Sans voir dans ces dimensions un élément normal sur lequel puisse compter l'industrie, il faut constater que la province d’Alger est la source de cette production, et que les forêts qu’elle contient sont riches en cèdres de cette nature. D'ailleurs nous avons pu voir sur les tables de l'exposition algérienne, des essences qui tiennent de
plus près aux applications utiles du constructeur, le chêne
zeem, que ses grandes dimensions rendent propre aux constructions navales, les chénes-liége, très-abondants.
Il paraît que plusieurs centaines de mètres cubes de ces différents bois sont depuis quelques mois parvenus à Paris, et vont alimenter nos ateliers d'ébénisterie. Attendons avec confiance des applications plus générales pour juger de leur emploi possible dans nos habitations. Après les longs efforts de la conquête, voici venir peut-être le temps où il faut prévoir la récolte, et se préparer à savoir en user. L’agriculteur va retourner la terre féconde qui jadis alimentait Jes villes romaines, il y implante la culture moderne du coton que nos habitudes et nos besoins réclament de développer sur un sol national; de son côté, le constructeur doit participer à cet élan, en tournant les yeux vers les produits qu’une industrie naissante paraît lui promettre pour un prochain avenir. À ces bois que nous venons d'examiner se joignent, parmi les produits algériens, des matériaux minéraux devant lesquels nous n’oublierons pas de nous arrêter, quand nous étudierons les pierres et les marbrès: |
Pierres.
Les pierres de construction se présentent en échantillons assez remarquables en deux points de l'Annexe. Vers la colonne 55, côté D, se trouve une collection de pierres des environs de Caen, présentées sous les noms de pierres d’Allemagne, d'Aubigny, de Rauville et de Fontenay. Ces matériaux, qui proviennent des affleurements jurassiques de la côte de Bretagne, sont d'un grain fin, très-homogènes, susceptibles d'être taillés à arêtes vives, et très-propres à la sculpture. Les premières surtout conservent ce caractère ; les deuxièmes, à aspect plus cristallin, sont plus dures et moins faciles à travailler : on les‘ dit quelquefois gélives. Les autres, qui paraissent être des calcaires à polypiers, ont été jusqu'ici plus spécialement employées dans les constructions hydrauliques. Cette exposition nous paraît digne d’un véritable intérêt. Nous avons vu, avec quelque espoir de les retrouver bientôt , sur nos chantiers de construction parisiens, ces spécimens de matériaux qui constituent la plus grande partie des belles
églises normandes de Caen, de Bayeux et de Falaise. Les prix’
auxquels ces pierres sont extraites dans la localité, de 15 à 35 francs, suivant le degré de dureté, ne laissent aucun doute sur la possibilité de les amener à Paris, où les qualités, dépendant de leur formation géologique, ne laisseraient pas que de leur donner des avantages marqués sur les calcaires tertiaires. Il faut regretter de ne pas voir les carrières de la Bourgogne, et particulièrement celles de la Côte-d'Or, représentées à l'Exposition. Elles avaient à fixer l'attention des constructeurs sur les ressources très-étendues que présentent en calcaires de construction leurs riches couches jurassiques. Paris et ses environs sont particulièrement intéressés à puiser dans ces carrières un peu éloignées, il est vrai, mais accessibles cependant, depuis que nos voies de communication se sont développées, et que les pierres dures, les bancs francs et les bancs royals s'épuisent, comme ils le font tous les jours dans la banlieue. On voit dans le jardin du grand Palais, à côté du hangar d'agriculture, une grande meule de grès des Vosges. Cette nature de pierre est amenée depuis quelques mois sur les chantiers de Paris; elle a servi au soubassement
du Palais de l’industrie, Sa résistance est analogue à celle de la roche de Paris; elle se coupe assez bien à l’eau, et offre un ton rosé ou vert assez agréable ; mais elle présente souvent des veines qui se délitent. LE
Parmi les produits étrangers, nous avons remarqué une pyramide étagée dans l’ordre géologique, et composée des pierres de construction du Wurtemberg. Cette petite construction donne une idée de la richesse de la contrée, et laisse préjugér le caractère général des édifices qui y sont élevés. C'est au centre de la galerie, en face de la colonne 28, qu'il faut aller observer cette réunion méthodique de matériaux qui présente sur quatre faces les coïncidences de gisements minéralogiques de mêmes étages, mais différents par leurs propriétés, quant à l’emploi dans les constructions Sur l’une de ces faces on lit et on reconnaît, à partir dé la base, le granit, le grès bigarré, cette pierre de construction que nous fournissent les Vosges ; le Muschelkalk, dont on fait des chaux , des pavages et de maçonneries; le grès du Æeuper supérieur, dont est construit le dôme de Cologne ; le grès de l’oolithe, qu’on dit résister au feu; le calcaire jurassique supérieur, dont nous
-avoñs de si beaux échantillons en Bourgogne; le calcaire ju-
ras$ique à crustacés, et le grès de la Molasse, pierre de construction de qualité inférieure.
On aurait peu de chose à dire des granits que Vire a fait figurer dans la galerie. Les environs de Bristol, dont les ma- (ériaux de construction sont représentés par divers échantil- [ons de calcaires carbonifères et colorés, nous montrent combien sont restreintes les ressources de ces contrées, où les couches inférieures de notre croûte terrestre font affleurer les Charbons et d’autres richesses minéralogiques. Cette petité colleétion instructive est due aux soins de MM. ies commissaires royaux à l'Exposition universelle de Londres (18514). Nous devons nous contenter de constater en passant les granits el calcaires carboniféres qui sont rangés dans le Canada le long de la paroi D et les porphyres pour pavés et macadams que la Belgique expose à la pile 44, côté A. Les pavages trèssolides faits avec ces matériaux sont très-sglissants sous les pieds des chevaux, et l'expérience ne paraît pas avoir prouvé l’'avantagé de leur utilisation à ce second emploi.
A côté de ces matériaux dont nous omettons certainement
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une bonne part, il convient d'examiner quelques essais de pierres artificielles. Pour certaines contrées dépourvues de pierres naturelles, la question mérite intérêt. Elle en présente même, au dire de M. Co’gnet, sous le rapport de l’économie, dans les lieux où les pierres abondent ; à Paris, par exemple. M. Coignet expose à la travée 59, À, galerie supérieure de l'Annexe, un bloc de béton analogue à celui qui a servi à la construction d'une maison édifiée à Saint-Denis, et dans les murs de laquelle il n’entre ni pierres , ni briques, ni fer. Cette construction dont les fondations, les murs, les caves, les voûtes, les arcs, les tableaux des baies et les carrelages sont en béton, a été moulée du bas en haut comme on fait du pise. Des murs isolés de 18 à 20 mètres de hauteur ont été exécutés. Tout cela est fait avec un béton composé de cendres et scories de houille, et de chaux grasse. Quand la cendre et les scories manquent dans la localité, on fait le béton avec du sable, du cailloutis et de la chaux. C est une composition qui produit une maçonnerie annoncée comme plus durable que le moellon ordinaire de Paris, et offrant sur ce dernier une économie de 50 pour 100. Le mêtre cube reviendrait à 6 francs à peine. Le sable, la terre cuite pilée, les cendres de houille et la chaux mélangés donnent une matière capable de remplacer la meulière et la brique , et son prix n’atteint pas 40 francs le mètre.
Il n’est possible de porter aucun jugement sur cette nature de produits que des expériences seules pourraient permettre d'apprécier. Il faut cependant reconnaître que , d'avance, la question est posée par cette tentative-d'une manière très-inléressante. Sa solution complète ne tend en effet à rien moins qu’à supprimer les mortiers , éléments jusqu'ici indispensables dans les constructions, mais apportant avec eux une complication très-grande de travail et mille incertitudes de résultat,
M. Dumenil, de Marouikiehredtx, nous montre une autre pierre artificielle , mais dont l'élément principal est le plâtre, et qui se fabrique en morceaux isolés. À part l économie et la légèreté qu'on peut ainsi obtenir, ce qui paraît probable, puisque cèt exposant fabrique et construit depuis plusieurs années avec quelque succès, dit-on, il nous paraît qu'il faut voir là un progrès industriel beaucoup, plus restreint que celui
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qui serait atteint par des bétons solides, économiques et moulables sur le tas. |
La galerie des machines contient, à l'entrée de l'avenue D, à gauche, dans lexposition de M. Bérard, un magmat de laitier que cet exposant présente comme bloc de fondation maritime. Cette masse, qui a plus de 1 mètre de hauteur, sur 80 centimètres de base en carré, offre un aspect de compacité et de résistance qui sont appropriées à la destination annoncée. Elle n’est qu’un échantillon de blocs beaucoup plus considérables atteignant jusqu'à 15 mètres, que l’usine de M. Bérard, sise à Vaugirard, fabrique en ce moment pour le port de Cherbourg. Il est intéressant de suivré une expérience en grand sur ces matériaux, dont l'emploi dans les travaux à la mer substituerait un corps vitrifié, c’est-à-dire résistant à un corps sensiblement décomposable, comme il a été constaté que le sont les blocs faits avec des chaux ou des ciments hydrauliques. D’un autre côté, le mode de fabrication proposé semble économique et n'exclut pas la préparation sur place, puisque c’est une simple coagulation de briques qu’il s’agit de faire par un excès de cuisson. Les travaux maritimes sont tous plus ou moins liés à la solution, de ce problème , qui mérite l’attention des constructeurs.
Ciments ; mortiers,
Les ciments ei les mortiers sont représentés à l'Exposition par des calcaires propres à leur fabrication, par des poudres de chaux vives, par des chaux prises ou des mortiers employés, par des objets moulés. Les noms de MM. Vicat et de Villeneuve, en France, témoignent de la persévérance que ces ingénieurs apportent dans la question délicate des chaux magnésiennes, qui promettent de si précieux résultats pour les travaux à la mer, et dans l’utilisation des sous-carbonates calcaires, d'où dépend la prompte solidiñcation des mortiers, et la réduction de leur prix de revient. Trois noms anglais disent que les tentatives de perfectionnement dans cette application délicate des constructions n’ont pas été négligés dans le Royaume-Uni. Ce sont MM. Cottrill, capitaine Scoit, Workman. En Wurtemberg, MM. Leube frères, d'Ulm, ont réuni des échantillons de toutes espèces et fourni des témoignages
d'expériences assez longues déjà, pour attester la valeur des produits de leurs grands établissements. Mais rous le dirons encore ici, c’est l'apparence seule des choses que l’on peut juger pour ces espèces de ‘produits où rien n'est important presque, que le fond. Dans cette course rapide que nous faisons , ce n’est point pour nous un espoir que de dire le dernier mot sur des objets à peine découverts, et nous saurons attendre, pour conclure, les résultats d’études profondes el müries qui ne manqueront pas de se faire.
Marbres et pierres dures.
Les départements de la Sarthe, de l'Allier , de la Corse, de la Mayenne, de l'Isère, de l’Aude, le Boulonnais et les Pyrénées ont envoyé des marbres qui, s'ils ne présentent pas toutes les qualités d'apparence que l’on cherche dans cette matière de luxe, dénotent au moins les recherches actives qui ont été faites depuis quelques années pour découvrir de nouvelles carrières, et en rendre l'exploitation possible à notre industrie.
Les marbres de Corse étaient connus déjà depuis longtemps par leur richesse de tons et la beauté de leur poli. Parmi les contrées nombreuses et lointaines qui furent explorées pour découvrir les matières qui conviendraient le mieux aux différentes parties du tombeau de l'Empereur, la Corse ne fut pas oubliée, et, tandis qu’on parcourait la Bretagne et les Pyrénées, tandis que la Finlande était visitée, des recherches se faisaient dans notre île, et des échantillons remarquables étaient réunis à Paris. Quelques-uns d’entre eux satisfaisaicnt à juste titre l'artiste chargé d’élever ce monument. Malheureusement les moyens de transport manquaient, les routes n'étaient pas percées, et il eût été impossible d'amener à la mer les blocs considérables que l’œuvre des Invalides réclamait. Il fallut renoncer. Le beau grès rouge de Finlande l'emporta sur les beaux marbres verts de Corse. Il paraît pourtant que cette circonstance ne resta pas inutile, puisque nous voyons arriver aujourd'hui, en masses très-importantes, ces mêmes matières si modestes, dans leur volume, 1l y a dix ans. Les routes se sont ouvertes et le vert antique, le vert de mer, la brèche blanche, le portor, un marbre assez curieux dit à tort
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cipolin, et le bleu turquin sont là pour attester la variété et le nombre des carrières. Les colonnes de vert et de bleu turquin sont des échantillons très-remarquables, et je ne sais vraiment qui n’aimerait à ‘encadrer son foyer avec l’un des autres spécimens voisins.
Quatre échantillons de l'Aude se font remarquer, parmi lesquels il faut signaler un beau campan rouge. Si ces carrières sont abondantes, on peut leur prédire un bel avenir et leur assurer une Concurrence fructueuse avec les carrières des Pyrénées.
Le département des Vosges a envoyé quelques échantillons de pierres dures taillées et polies. Une syénite en tablette, tra vaillée avec soin, est surtout intéressante et doit fixer l’attention sur un produit trop rarement offert au constructeur.
Il n’est pas possible de passer devant la première table de l'Algérie, en sortant du vestibule, sans admirer les magnifiques arragoniles qui y sont exposées sous le nom d’agates. Cette belle matière blanche, translucide et richement veinée, se ferait désirer dans le plus coquet boudoir, où l’on aimerait à la voir contourner des galbes gracieux et projeter de fines moulures derrière la gaze ou la soie féminine d’une toilette de printemps. Deux grandes plaques, dont l’une a plus de 2 mètres sur 80 centimètres, nous montrent que la commune d'Ain-Teikalek, de la province d'Oran, près Tlemcen, peut donner cette matière sous des dimensions telles qu’on la puisse utiliser dans tous les arts. L'exploitation est à 3 kilom. de la mer, et le prix du mêtre cube est coté par le ministère de la guerre à 800 francs ou à 4000 francs. C’est le prix de nos marbres des Pyrénées. La même province produit aussi un vert foncé un peu mat et triste, et un rouge fauve veiné, quelquefois assez harmonieux de ton, toujours d’un beau poli. Les échantillons sont présentés sous des dimensions trop faibles pour être jugés au point de vue de l'application. La même observation peut s'appliquer à un beau jaune de Numidie, marbre dont l'antiquité fit quelquefois un usage si pompeux, et à différents blancs et blancs fleuris qui gisent dans la province de Constantine, près Philippeville, avec d'excellentes conditions d'exploitation, à 400 mètres de la mer. Quelques morceaux d'albätre, de porphyre et de granit complètent la liste‘des matériaux que l'Algérie offre au constructeur, Quelle
est leur importance et quelle facilité de débouchés présentent les gîtes d’où ils proviennent? C’est ce que nous n’avons pu savoir. Nous n’avons pas parlé avec intention de deux morceaux assez volumineux d’un marbre gris rayé plutôt que veiné, et assez désagréable d'aspect; quoiquece calcaire soit susceptible de poli et s’extraye à fleur du sol , il ne mérite vraiment pas qu'on l’exporte.
La Belgique a exposé comme échantillon de marbre une grande table de 4 mètres de longueur, en faux style Louis XIV, Cet objet volumineux n’a d'autre intérêt que ses dimensions. Les formes lourdes et puissantes en même temps de l’époque choisie, conviennent toutefois à cette espèce de marbre qui a été si employé dans nos palais et nos châteaux sous le nom de rouge royal. ;
Mais voici la magnifique collection que l'Institut royal polytechnique de Florence a réunie à la colonne 18, et où se rencontrent les spécimens des beaux matériaux dont est dotée la ville mère de toutes les grandes œuvres architecturales de la Renaissance. Ce n’est pas sans envie que l’on peut jeter les yeux sur le macigno, le travertin, les albâtres, les serpentines, les jaunes de Sienne et les rouges variés de cette contrée, qui met à la portée de ses architectes tant d'éléments, si faciles à manier. Que d'explications se trouvent dans ces tons superbes , dans ces surfaces limpides, dans ces finesses de contextures pour faire comprendre le charme et la grande tournure monumentale des édifices que les maîtres de la Renaissance ont laissés au pays toscan. |
La Grèce aussi a voulu rattacher la pensée de ce temps à l'art antique qui fut sa gloire, et montrer les efforts qu’elle fait aujourd’hui pour réparer cette longue défaite des siècles , qui lui fit oublier et perdre ses monuments, après lui avoir enlevé ses institutions. La Grèce ouvre à nouveau lé sol d’où sortirent jadis les marbres de ses temples. Un gros échantillon de rouge antique ; deux monuments de pentélique, un porphyre vert de Mantinée, quelques brèches de Sparte attestent des recherches dont on voudrait voir le succès certifié par l'exploitation régulière des carrières qui ont fourni ces matériaux. (Ann. , pil. 20 et 21.)
L’Angleterre possède dans le vestibule central de l’est (grand palais) de magnifiques pièces de serpentine de Cor-
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nouailles , des granits polis d’Aberdeen et des marbres serpentineux d'Irlande. Quelques échantillons de dimensions réduites et manquant de franchise dans les tons constituent la collection que l'Autriche expose dans l’Annexe, où l’Espagne a réuni les types des marbres de ses provinces non loin des marbres serpentineux envoyés par le Canada. On rencontre encore, disséminés dans le grand palais, les beaux albâtres orientaux de l'Egypte (premier étage, est), les marbres d’Olp, en Westphalie, employés au palais du roi de Prusse, à Berlin (nef, extrémité ouest), et les porphyres que la Suède extrait d’Elfdalen. Enfin, pour compléter la série des produits exposés sous le nom de marbres ou de pierres dures qui ont frappé notre attention, signalons un granit de Norvége gris, susceptible d'un beau poli et déposé à côté d'un bloc de Saënt- Béat, dans le jardin, à l'angle de l’avenue d’Antin.
Parmi les matériaux de construction, l’ardoise, par ses applications spéciales, conserve une place encore importante, malgré la concurrence qui lui a été faite par les métaux. Jadis employée presque exclusivement à l'établissement des couvertures des édifices, dans toutes les localités où elle était exploitée, elle était transportée à de longues distances pour la même application, et supportait ainsi des frais secondaires dont sa légèreté permettait de charger le coût d'extraction. En France, par exemple, Angers et Fumay, en vertu de cette facilité de transports, alimentaient presque toute la surface du pays, et il n’était pas de contrée, il y a vingt ans encore, où il ne fût possible de couvrir son habitation en ardoises de l’une de ces localités, pour peu qu'on tint à mettre quelque luxe où quelque soin dans l'édifice à construire. D'ailleurs, cette matière était recherchée pour le peu de charge qu'elle apportait sur les combles, relativement aux poids des terres cuites, qui seules pouvaient entrer en concurrence avec elle. Mais, d’une part, les progrès de fabrication des tuiles, devenues moins lourdes dans l'application par des procédés plus ingénieux d'assemblage; d’un autre côté, l'emploi du métal aux couvertures tendirent à restreindre l’usage de l’ardoise. C'est dans ces conditions désavantageuses que se trouvait, depuis quelques années, l’ardoise en France; c'est comme réaction à cet état de choses qu’elle se présente aujourd'hui à l'Exposition. Partout, on peut le dire, lexploitation des ar-
doisières s’est perfectionnée. Angers, nous le croyons, a donné le premier exemple en entrant dans une voie nouvelle, et en préparant des éléments de couverture qui ne présentassent pas le seul inconvénient réel qu’on pût reprocher aux toitures schisteuses : leur peu de résistance à l'action mécanique des vents et des ouvriers appelés à marcher sur les toits pour les entretenir. Les grandes et fortes ardoises de 0",60 de longueur et de 5 millimètres d'épaisseur, substituées aux carteletles et aux grandes carrées, constituent ce progrès. Sous ces dimensions et avec des soins de pose faciles à prendre, en employant des voliges saines, des clous solides, l’action des vents est impuissante à enlever l’ardoise, aussi bien que le pied de l'homme à la casser. Ce sont de véritables dalles, très-résistantes et très-bien assises. Tel est le progrès tenié et réussi, on doit le dire, par plusieurs de nos ardoisières, par Angers surtout, dont les prix sont restés très-avantageux relativement aux autres matières concurrentes. Fumay (Ann., 54-55, D) est entré aussi dans la même voie; et, avec des éléments moins favorables, un schiste moins fin, d’une couleur peu agréable, cette exploitation présente des produits aussi intéressants que ceux qui viennent d'être signalés. Les ardoises compactes et épaisses propres à la construction des cloisons, aux dallages, aux marches d'escalier, etc., dont les Anglais font un usage si général, se montrent aussi dans les expositions de nos ardoisières. Une table de billard très-belle, des caisses à arbustes, un banc de cour ou de jardin, des gargouilles, etc., sont présentés par Angers, tandis que MM. Valiguié et Cie nous montrent une révolution d’escalier à noyau plein, dont chaque marche est un échantillon remarquable d'ardoise. Le Finisterre, la Sarthe, les Ardennes et la Mayenne sont représentés par les carrières de MM. Planes frères, de MM. Valiquié et Cie, et par celles de Rimognes et de Kenaze. Les ardoisières d’Olmütz , qui produisent des tablettes à in crustations, et cinq exposants dans le Canada, nous indiquent les ressources en cette matière que les pays étrangers nous ont apportées. Nous regrettons de n'avoir rencontré nulle part les ardoises du pays de Galles ni celles de Westmoreland, qui sont d'un emploi général en Angleterre.
En résumé, et pour ce qui concerne la France, l’exploitation des ardoisières se développe, eties produits qu’elie livre
au commerce sont susceptibles d'emplois plus étendus qui en maintiendront l'usage, malgré la concurrence que lui font d’autres matières, Il importe pourtant de voir bannir de nos mägasins de construction et de nos chantiers certains schistes de mauvaise qualité qui se reconnaissent à leur aspect stéatiteux et qui tombent en poussière légère ou s’exfolient après quelque temps d'emploi. Nous avons remarqué plusieurs de ces produits auxquels il faut de beaucoup préférer lesardoises d’un grain moins fin, rugueuses même, et qu’on craint à tort de mettre en évidence dans une exposition. Il y a longtemps qu'en Angleterre on a constaté, pour les couvertures, la supériorité des ardoises rugueuses sur les ardoises lisses, et qu'on a expliqué ce phénomène par le jeu laissé entre les premières lorsqu'on les superpose, et la libre circulation d'air qui s’y fait. | Ç |
Puisque nous venons de visiter les ardoises, dont les couvreurs font un si grand usage dans tant de pays, transportonsnous au Palais, à droite de l'entrée nord, pour y étudier un produit non moins utile à la couverture des édifices. Les tuiles se présentent là sous les formes les plus diverses, et dénotent chez les fabricants un grand esprit de recherche pour maintenir, de leur côté, leurs produits au niveau des nouvelles exigences du constructeur. Deux types principaux peuvent servir à grouper et à apprécier les formes adoptées pour les terres cuites. La disposition à joints diagonaux, qui s'obtient par l'agencement de tuiles losangiques, et la disposition à joints verticaux et horizontaux, que produisent les tuiles carrées ou plus particulièrement rectangulaires. Pour comprendre la valeur de ces deux dispositions, il faut se reporter au type primitif, à la tuile plate ordinaire. Lorsqu'on cherche à se rendre compte de l'agencement susceptible de produire une couverture étanche avec cette forme élémentaire, on reconnaît qu’il faut absolument qu’une toiture ait en chacun de ses points l'épaisseur de trois tuiles, si lon veut être assuré que les joints verticaux et horizontaux se recouvrent parfaitement; et il en résulte que chaque élément de terre cuite ne présente à la vue qu'une partie visible ou pureau, égale au tiers de sa surface totale. Cette condition, que Pexpérience impose, montre immédiatement le point faible 1es tuiles plates, qui sont toujours très-lourdes, et qui, par
conséquent, entraînent à des surcroîts inutiles de dépenses dans la construction des charpentes des combles. Remédier à ce véritable vice dans la construction, sans bannir cependant une matière très-résistante, très-durable, très-isolante, et la plupart du temps peu coûteuse, telest le but des améliorations judicieusement tentées dans l’industrie du tuilier depuis un certain nombre d'années. Nous voyons aujourd’hui les résultats de ces tentatives réunis ; et, disons-le, ils constituent de nouvelles ressources dont il n’est pas permis de négliger l'importance. À côté de la tuile plate de Bourgogne, se présentent: la tuile Courtois, de Paris; la tuile de Lorraine, fabriquée par M. Amuller et M. Demimuid, de Commercy, disposée en diagonale; la tuile rectangulaire d’Altkirch, fabriquée aussi à Lyon, à Marseille, à Paris, et due d’abord à M. Gilardoni, puis perfectionnée par MM. E. Muller et Cie; la tuile plate à simples rebords longitudinaux, comme celle de Londres; la tuile de porcelaine. Le point de comparaison auquel nous rattachons l'appréciation de ces produits étant la tuile plate, et particulièrement celle de Bourgogne, nous devons constater par chiffres les inconvénients que nous n’avons fait que signaler. Cette tuile charge chaque mètre carré de couverture de 88 à 90 kilogr. ; de plus, comme la pente des toits se détermine par la ligne qui joint tous les points extrêmes supérieurs de l’épaisseur des tuiles, cette pente est d’autant plus roide que la partie découverte de chaque élément, le pureau, est plus court par rapport à l'épaisseur même de cet élément. Il en résulte que, dans un système de couverture en tuiles, plus le pureau est court, où plus il y a d'épaisseur de tuiles en chaque point du comble, plus ce comble doit rapprocher son inclinaison de la verticale, désavantage qui se traduit, dans une certaine mesure, par un accroissement de matériaux de charpentes et d'espace couvert difficile à utiliser. La tuile de Bourgogne, la tuile plate, devons-nous dire, pour parler d'une manière plus absolue, comporte au maximum ces deux inconvénients : lourdeur extrême , inclinaison très-grande des toitures. Les tuiles en losange, à formes plus ou moins compliquées, sont déjà plus avantageuses ; mais, pour peu qu’on les examine, on remarquera qu’elles ne peuvent donner une toiture étanche qu’à la condition de présenter partout, à l’exception d’un Sixième de la surface environ , une double
épaisseur de briques; de sorte que c’est entre 40 ét 45 kilogrammes qu'il faudra charger le comble, et que la pente sera encore très-forte relativement aux couvertures en tuiles rectangulairement disposées. En effet, dans ces dernières, les joints horizontaux et longitudinaux se font par simples recouvrements en feuillures, ce qui réduit au minimum les doubles épaisseurs. Observez les tuiles Gilardoni et F. Muller, el vous verrez que presque toute la surface ne reçoit qu'une épaisseur de terre cuite; c’est ainsi qu’on réduit la charge par mètre à 38 ou 40 kilogr., et que la pente s’abaisse à un minimum si restreint, que toute économie est satisfaite en même temps que l'artiste conquiert toute liberté d'action dans sa. composition.
Entre les tuiles rectangulaires, il faut faire encore la distinction de celles dont les joints longitudinaux sont continus, et de celles dont ces joints s’alternent à chaque rang. Les premières se raccordent facilement sur les rilées, tandis qu'il faut des coupures pour raccorder les autres, coupures moins stables , moins régulières, plus ouvrageuses à établir que le . reste de la couverture.
Les tuiles en porcelaine ou en verre n’ont pas subi la sanction de l'emploi; la terre vernissée n’est encore que d’un usage spécial; mais, si la tuile rectangulaire à joints en feuillures se peut fabriquer à des prix rapprochés de ceux de la tuile ordinaire, ce qu’on assure, nous ne doutons pas que les avantages développés plus haut et les dispositions qu'on'a préparées pour assurer l’attache sur le lattis, et pour les renforcer au centre contre la destruction du pied du couvreur, ne fassent de ce produit un élément de couverture courante. Ce fait serait la constatation d'un deuxième progrès dans l'art qui nous occupe. On verra dans d’autres industries que tout # qui touche aux couvertures d’édifices a notablement progressé depuis quelque temps.
A côté de ces nouvelles ressources de construction, exclusivement dues à la France, viennent se placer les briques creuses ; qu'on fabrique également dans notre pays et en Angleterre. La brique creuse n’a pas, ainsi qu’on le pense trop généralement, le seul avantage d'être plus légère que la brique pleine. Elle est aussi. plus économique, en principe au moins, sinon en fait jusqu'à présent. Au point où en est la
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fabrication de la brique aujourd’hui, les plus grosses charges : qui pèsent sur les briquetiers sont l'acquisition, le mélange, la façon, le séchage et la cuisson de la terre. Toutes ces dépenses sont réduites par la fabrication de la brique creuse, qui, si elle supprime le tiers de la terre nécessaire à la brique pleine, économise sur toutes les mains-d’œuvre qu’on vient de citer et sur le combustible, et surtout diminue la casse au séchoir. Ce bénéfice n’a pas eucore été compris, parce qu'il n’a pas été recueilli par le consommateur, que le fabricant, jusqu'ici couvert par le monopole d’un brevet, n'a intérêt à servir qu’en maintenant ses prix au niveau de ceux des briques ordinaires. Mais c’est là la garantie la plus certaine que celte fabrication se généralisera à l’avantage de l’art du constructeur, qui doit l'encourager; car elle lui assure une condition à laquelle il faut qu'il attache la plus grande importance. Nous voulons parler de la régularité du produit qu'il met en œuvre. La difficulté qu'on éprouve à sécher des masses épaisses d'argile , et l’aptitude au retrait excessif de celte matière, produisent, pendant le séchage et la cuisson, des désordres qui sont généraux, et qui rendent imparfaits les produits même qu’on ne rebute pas. La plupart des briques pleines qu'on emploie sont fendillées dans la masse et ainsi affamées dans leur résistance. Quand on réduit la terre à de faibles épaisseurs, comme cela se fait dans les briques creuses, ces désordres s’amoindrissent , et, quoiqu’on ait dans - l'application moins de matière à utiliser sur chaque unité de surface pour soutenir les pressions des ouvrages, la résistance relative est notablement accrue, en même temps qu’elle est régulièrement obtenue dans chaque brique. On a parfaitement compris ces avantages en Angleterre et en France, où l'on tend à développer la fabrication de la brique creuse. Chez nos voisins, les évidements sont, en général, circulaires; chez nous on a adopté plus particulièrement des vides carrés. Nous croyons que cette dernière forme est préférable, parce qu’elle favorise la régularité du retrait en ménageant des épaisseurs de terre égales, dans toute la masse. Du reste, ilne faut attacher qu'une importance secondaire à ce fait, etreconnaître que de part et d'autre les efforts ont été tentés avec autant d’ardeur qu’ils ont produit de bons résultats. Les briques creuses s'appliquent aujourd'hui partout, pour établissements
des voûtes et pour cloisons en porte à faux. L'exposition de la maison Borie nous montre des échantillons variés du parti qu’on peut tirer de ce produit en France.
La terre cuite nous offre, dans les bardeaux, un emploi, sinon nouveau, au moins utile, à l'exposition de M. le comte de Pourtalis, n° 5419 (Palais). Le bardeau de terre cuite trouve application sur les planchers où le plafonnage inférieur est inutile, et où les entrevouæ, soit en plâtre, soit en chaux, ne résistent pas. C’est ce qui a lieu, par exemple, sous l’action de l'humidité chaude des étables ou des écuries de campagne. Cette fabrication mérite d’être développée.
Deux industries françaises, qui se présentent avec la consécration de faits d'expérience déjà anciens et nombreux, deux industries dont les procédés ont, depuis plusieurs années, préoccupé les corps savants et les praticiens, nous montrent des produits d'un intérêt immense pour le constructeur. Nommer les hommes qui ont créé ces industries, MM. Boucherie et Kuhlmann, c’est faire comprendre qu'il s'agit de la conservation des bois et des pierres. En infiltrant la matière ligneuse d’un liquide conservateur, sulfate de cuivre, en pénétrant les pierres, les calcaires surtout, avec un silicate alcalin qui bouche les pores de la matière, trop accessible aux causes de dégradation de l’atmosphère, MM. Boucherie et Kuhlmann ont trouvé le moyen pratique d’éviter la pourriture et le salpétrage, deux implacables ennemis que le constructeur rencontre à chaque pas sur sa route. L’appréciation des moyens employés par ces industriels a été faite dans d’autres chapitres de ce livre ; nous devons nous borner à certifier ici les résultats obtenus et leur portée. À côté du hangar des instruments agricoles , sur le revers modeste de la paroi de ce couvert sont rangées de vénérables et robustes traverses de chemin de fer, qu'on distingue à leur apparence saine, à leur couleur verdasse. Elles sortent de terre après neuf années d'usage, portent en front le certificat et l'état de leurs services, et conservent près d'elles les restes informes et presque poussiéreux de leurs jumelles, que la préparation protectrice r’a pu défendre de la destruction. Voilà des bois de boulean conservés intacts pendant neuf années par la simple infiltration du sulfate de cuivre, que tant d'ingénieurs jugent insuffisant, parce qu'ils n’en connaissent que l'emploi par immersion,
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l'emploi imparfait. L'efficacité de la pénétration par le procédé Boucherie, à l’aide d’une pression conduisant le liquide
entre les fibres encore séveuses du végétal, est actuellement démontrée; elle est complète; elle est persistante et protectrice. Est-elle suffisamment économique ? Quinze francs le % mètre cube, pour les bois tendres qui acquièrent par la péné- | tration, non-seulement les aptitudes d'emploi des bois durs, mais des conditions de durée bien plus complètes ; la question n’est pas douteuse. Dans certaines contrées, l'intérêt économique de la pénétration est frappant. Les sapins des Landes, par exemple, valent 20 francs le mètre cube. Ces bois employés en traverses de chemin de fer ne peuvent pas durer plus de quelques années, six ou huit-ans. En les préparant, on porte leur prix à 35 francs; mais ils dureront plus que des bois durs qu’on n'obtiendrait là qu'à des prix deux fois plus élevés. Il y a maintenant en France quatre ou cinq cent mille traverses, préparées par le procédé Boucherie, un très-grand nombre de poteaux télégraphiques; l'expérience est concluante. Que les praticiens le sachent et que nos grands ouvrages, où le bois joue en grande masse un rôle permanent, en profitent. I est temps ; voilà 418 ans que les essais de M. Boucherie se font sans interruption et les lourdes dépenses qu'exige l’entretien de nos voies de fer ne sauraient être trop tôt réduites.
En silicatisant la pierre, M. Kuhlmann a rendu à l’art des constructions un service qui, s il ne comporte pas une économie aussi considérable que celle résultant de la pénétration des bois, s'adresse à un besoin très-général. Ce qu'occasionnent de réparations incessantes les dégradations que subissent les pierres soumises à l'humidité ou au salpêtrage dans nos édifices, est incalculable. Le but que la silicatisation atteint est non-seulement de préserver les pierres, journellement acceptées dansnos constructions; mais encorede rendre applicable une quantité notable de ces matériaux laissés dans les carrières comme défectueux à cause de leur trop grande porosité. L'arrosage et la pénétration sur le tas par le silicate de potasse a donné, avec des pierres très-tendres et très-poreuses, les résultats les plus satisfaisants. Cette pénétration, qui est plus ou moins profonde suivant la nature de la pierre, est une modification de l'état physique de la matière
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qui agit toujours au delà de la surface et qui, par conséquent, comporte une solidité qu’on n’obtient jamais avec les simples enduits protecteurs employés jusqu’à ce jour. On a déjà des expériences certaines et comparatives faites par MM. Violet-le- Duc et Lassus aux contre-forts de Notre-Dame, par M. Duban à l'hôtel La Trémouille, et au Louvre, etc. Cette application, d’abord inabordable comme prix, est devenue très-accessible par des perfectionnements récents de fabrication, et l’on peut maintenant silicatiser les ravalements des façades à 14 fr. 50 c. le mètre, voire à 4 fr. pour les grands travaux. Cela n’élève pas le ravalement de la pierre tendre au prix du même travail en pierre dure. L'opération de la silicatisation est d'ailleurs très-simple : elle consiste en arrosages continués jusqu’à ce que la pierre refuse de se laisser pénétrer, et quoiqu’elle change notablement la couleur de la matière après l'emploi, le ton définitif s'atténue ensuite sensiblement et conserve une apparence très-agréable. Le salpètrage ne se produit plus, les mousses cessent de croître sur ces surfaces devenues lisses, un peu brillantes etsiliceuses. Il faut regretter que ce résultat obtenu sur les calcaires ne bénéficie pas encore à nos enduits en plâtre, dont l'emploi est si général, si commode, si économique, mais qui durent si peu quand ils sont soumis à l'humidité et aux pluies, à l'exposition du Sud.
Arts divers se rattachant à la construction.
La galerie des machines a conservé le tréteau roulant dont on s'est servi pour le levage de différentes parties de l'édifice intérieur qui constitue la transmission de mouvement à laquelle sont attelées les machines exposées. Cet échafaudage mobile, très-simplement et très-économiquement établi, a très-bien fonctionné sous des charges qui ont atteint jusqu'à 5000 kil. La charge est facile à manœuvrer et accessible au travail des manœuvres avant, pendant etaprès le levage. Les bois légers et de faible équarrissage, qui composent l'appareil, sont judicieusement disposés pour travailler utilement dans toutes les positions de la charge. L’écartement variable des jambes permet d’aller chercher des points d'appui sur le sol, là où ils sont disponibles ; cette condition était donnée par la nécessité de faire le levage au milieu de l'embarras des colis.
Quatre hommes transportent le tréteau en dirigeant Les quatre roues à galets, qui servent d'appui à l’ensemble sur le sol. Pendant le travail, si la charge est lourde, on rabat sous les jambes les étais à charnières, qui y sont disposés pour soulager les roues et l’on attache les chaînes qui forment entraits entre les quatre pieds. Cet appareil est dû à M. Nepveu père. Il n’est qu'une solution particulière dans une: circonstance spéciale; mais il est bien entendu et comporte un nouveau mode d'emploi des bois de petites dimensions roidis et calés judicieusement au milieu de leur portée.
Nous retrouvons encore le même exposant dans la galerie haute de l'Annexe. côté du Cours-la-Reine, pile 47. [ci c’est un comble qui s'offre à notre vue : le comble des ateliers de construction de wagons de MM. Nepveu et Cie, à Clichy. M. Nepveu a disposé très-ingénieusement sur des points d'appui espacés en tous sens de 16 mètres, des fermes diagonales formant les soutènements principaux de la toiture, de manière à réserver dans chaque carré vide du plan, de vastes jours centraux pris dans le toit, Les arbalétriers des fermes diagoaales, qui n’ont pas d’entraits, sont assemblés à blochets sur les piliers et composés de pièces nombreuses de faibles équarrissages, comme d’ailleurs les pannes et toutes les parties du comble. M. Nepveu, défenseur persévérant et intelligent du bois dont les applications sont aujourd'hui si énergiquement disputées par le fer, semble avoir cherché à résoudre d'une autre manière le problème qui préoccupait vivement Philibert Delorme, quand il trouva la combinaison de ses combles cintrés, destinés à utiliser les bois de faibles dimensions.
Sur la galerie opposée presque en face, M. Polonceau expose à nouveau le système de ferme que nous avons vu appliquer pour la première fois au chemin de fer de la rive gauche, il y a 48 ans. La combinaison ingénieuse des contre-
fiches, bandées par des cordes en fer qui s’attachent sur la
pièce même qu’elles soulagent, a rendu d’éminents services, en permettant d'accroître les portées des fermes, et nous revoyons avec satisfaction ce système si vulgarisé maintenant et si économique pour les applications du fer ou du bois dans les combles.
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590 VISITE Fondations.
L'objet le plus saillant à l'Exposition, relativement à l’établissement des fondations, a été apporté par l'Angleterre, MM. Sunders et Mitchell font des pieux à vis avec tige pleine ou tige creuse. Cette espèce de pilotis a déjà exercé et exercera une influence très-grande sur nos travaux hydrauliques, en facihtant considérablement leur exécution. Au lieu de battre des pieux qui entrent difficilement dans le sol ébranlé souvent à de grandes distances par l’opération même du battage, on fait pénétrer progressivement et sans choc ces engins qui, non-seulement se fichent ainsi plus exactement à la place qu’on leur assigne, mais qui prennent une assiette beaucoup plus complète sur l'aile supérieure de l'hélice métaliique qu'ils comportent. Le pieu à vis peut se voir à l’extrémité de la galerie des machines, où il est exposé sous différentes dimensions. On fonde avec cette ressource très-vite et facilement sur des points difficilement accessibles. Les premiers pieux à vis ont été employés en 14844 à l'établissement du phare de Maplin à l'entrée de la Tamise.
On voit le modèle de cette construction au centre de la nef du grand palais. Les pieux avaient 6*,70 de hauteur et l'aile de la vis 4,20 de diamètre. Le banc sableux sur lequel est appuyée la construction s’en va du côté de la mer et l’on s’occupe de reprendre la fondation sans détruire édifice. De nouveaux pieux seront fichés dans le sol à 12 mètres de profondeur de manière à atteindre le terrain dur.-Chacun d’eux aura 0",40 de diamètre. Il sera formé de trois tôles enroulées formant une épaisseur d'environ 0,08 et portera 7000 kilogrammes. La seconde application des pieux à vis s’est faite au phare de Gunfleet. Depuis lors, l'Angleterre a fait un large emploi de ce moyen de fondation; la Franceet
les deux Amériques ont suivi cet exemple; l’art, en un mot,
s'est emparé de ce progrès.
Les nombreux travaux entrepris en rivières ou sur les côtes par les Anglais, dans ces dernières années, ont. fait naitre et multiplier des difficultés des fondations hydrauliques qu’on ne connaissait pas suffisamment autrefois. La nécessité d’exécuter promptement et d'achever des ouvrages dont l’im-
portance permettait des sacrifices économiques considérables, a forcé l’art à trouver des solutions en rapport avec les difficultés qu’on rencontrait. Les vieilles méthodes devenues insuffisantes ont été complétées par des moyens nouveaux. Nous venons de signaler les pieux à vis. Mais à côté de cela on a tenté et appliqué avec plus ou moins de succès les caïssons métalliques, qu’on enfonçait, soit en faisant le vide à l’intérieur, soit en y comprimant l’air de manière à pouvoir draguer le sol pour.les faire descendre. Cette dernière méthode, qui paraît avoir donné les résultats les plus satisfaisants, nécessite des appareils de compression assez difficiles à établir pour charger et faire descendre les tubes. Jusqu'à présent ces appareils étaient établis sur points fixes et solides, MM..C. Nepveu fils et Hermann ont imaginé de substituer au point d'appui de ces attaches fixes le poids d’une certaine quantité d’eau, qu’ils puisent au lieu même des travaux et dont ils chargent la partie de l'appareil à laquelle tiennent les cloches de compression. Quatre bateaux liés à angles droits encadrent l’espace sur lequel doit se faire la fondation. L'un de ces bateaux porte les pompes qui doivent élever l’eau dans les capacités ménagées pour la recevoir, et d'où elle peut s’échapper à volonté. Les dispositions sont prises pour enfoncer trois caissons en même temps, et pour reporter plus ou moins de charge Sur chacun de ces caissons, suivant que la résistance du sol s’y trouve plus ou moins grande. Cet appareil paraît réunir toutes les ressources que les recherches de l’art ont récemment produites. Nous ne croyons pas qu il ait encore été appliqué. Mais il aurait dans l'application l'avantage que présentent les caissons et celui d'éviter les gènes qui se rencontrent dans les maçonneries faites sous l’eau; car à mesure que le cylindre de fonte descend et que la compression de l'air fait refluer l’eau, on travaille à sec au fond, pour draguer d’abord, pour maçonner ensuite, aussitôt qu'on est parvenu à fond. Nous avons saisi l’occasion de cette étude dont on trouvera les beaux dessins réunis au vestibule central de l'Annexe, pour parler de cette famille de grands moyens trèsgénéralisés en Angleterre et dont l'introduction se fait actuellement en France. MM. Fox et Henderson exécutent en ce moment, d’après un système analogue, les fondations du pont de Saône qu'on reconstruit à Lyon pour la traversée du chemin
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de fer en remplacement de celui qui a été emporté l'année dernière.
L'art difficile des fondations et des travaux hydrauliques auquel les cloches à plongeurs ont jadis rendu de grands services , utilise encore ces appareils qu’on nomme scaphandres, et qui ont été perfectionnés notablement depuis quelques années. C’est encore aux Anglais que nous devons les plus grandes améliorations apportées à ces habillements imperméables , qui permettent à l’homme de descendre au fond des eaux dans un milieu d’air incessamment renouvelé par des pompes fonctionnant à la surface. Recouvert et abrité par ce vêtement, l'ouvrier respire, vit et travaille dans des
conditions analogues à celles qu’il rencontre sur le sol; il
manœuvre à peu près comme il lui convient les outils et les matériaux dont il doit disposer. Les scaphandres anglais de MM. Siebe, Heinke et Tylor sont réunis dans la nef du Palais vers l'extrémité sud-est. Ces appareils sont très-bien disposés et exécutés avec grand soin. La solidité du tube d'arrivée d'air, le bon agencement des poids, l'exactitude des assemblages du casque, la facilité qu'ils présentent pour léur prompt dégagement en cas d'accidents qui exigeraient le rapide retour, à la surface, de l’homme malade ou blessé, tout cela con-
stitue la perfection et l'efficacité de ces appareils pleins d'intérêt.
Distributions d’eau et de gaz.
Les distributions d’eau et de gaz sont devenues dans nos villes des travaux de première nécessité qui ont pris une extension extrême et qui s'exécutent sur une échelle tellement considérable qu'on ne saurait trop en simplifier les éléments et la main-d'œuvre. Les besoins d'alimentation croissent tous les jours, les conduites se multiplient sous les chaussées, à la surface desquelles cependant la circulation augmente. Les possibilités de pose ou d'entretien diminuent donc tous les jours. Dans ces conditions, les perfectionnements doivent tendre non-seulement à l’économie, mais aussi
à la facilité et à la promptitude d'installation. Celui qui par-
court les galeries de l'Annexe sous cette préoccupation ren- Contrera trois espèces de produits, qui attireront son atten-
tion : les tuyaux Petit, les tuyaux Chameroy et les appareils Fortin Hermann.
Quand on place une conduite sous terre, à part le déblai et le remblai, qu'on ne peut supprimer, le travail le plus long est la façon des joints; c’est celui qu’il est important de simplifier. M. Petit a imaginé un joint, qui a déjà été expérimenté dans plusieurs circonstances et qui permet une grande promptitude d'exécution. Ce joint est formé par un anneau de caoutchouc, compris entre les extrémités emboîtées des deux tuyaux voisins. Il existe dans l'emboîtement d’un côté un repos femelle, de l’autre, une surface de serrage mâle, Chacune des extrémités porte deux oreilles qui se brident et se clavettent deux à deux avec les oreilles du bout de tuyau voisin. Le serrage s'opère très-facilement en profitant du poids du tuyau. On clavette les brides du haut, le caoutchouc étant en place. Le joint bâille en bas. On presse sur l’extré-mité opposée du bout en pose, on serre et l’on clavette les brides inférieures. Deux ou trois minutes permettent de faire un joint pareil. Ce joint a de l'avenir. Nous croyons, toutefois, qu’il importe d'employer du caoutchouc coulé en masse et non composé de lames enroulées, qui se détacheraient dans le serrage. L’étanchéité du joint exige aussi que les surfaces sur lesquelles repose la rondelle soient bien coulées, peutêtre même dressées. Enfin, on pourrait trouver que les serrages énergiques seraient plus sûrs si les oreilles avaient plus - de force que celles qu’on trouve dans les modèles de M. Petit.
Les conduits de M. Chameroy sont connus et appréciés dans la pratique depuis plusieurs années déjà. Leur fabrication très-économique les rend applicables dans beaucoup de circonstances où l’on ne pourrait songer à l’emploi d’autres produits. Une tôle plombée et enroulée, enduite à l’intérieur de bitume, et à l’extérieur de bitume sablé, deux extrémités mâle et femelle emboîtées, constituent l’élément unique de ces conduits. La pose et le transport sont faciles à cause de la légèreté de chaque bout de tuyau; le joint est étanche, il exige peu de temps, quoiqu'il soit moins expéditif que celui de M. Petit. Ces sortes de conduites conviennent à tous les cas, excepté aux fortes pressions. L'exposition de M, Chameroy contient des tuyaux de diamètres considérables (4 mètre), Ce constructeur a modifié depuis quelque temps le mode de jone-
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tion de ses tuyaux. Les extrémités ne s’assemblent plus à vis, comme cela se faisait d’abord. Un cône tronqué creux en alliage fondu vient se placer sur lun des bouts extrêmes, et reçoit par emboîtement le tuyau voisin. Cet assemblage est cerlainement plus expéditif que le premier ; nous doutons qu’il soit aussi étanche.
Nous avons remarqué le joint de M. Trottier, d'Angers, joint composé d’un tuyau en caoutchouc sur lequel un galet interrompt la communication par roulement et aplatissement de la matière élastique. Il faut attendre ce que l’expérience dira de cet emploi particulier d'un produit encore nouveau dans ces applications.
M. Fortin Hermann expose une série d'appareils composant un système nouveau d'écoulement pour les distributions d’eau dans les villes. Cet ensemble mérite d’être étudié. La disposition en est bien représentée à la pile 124, A, galerie des machines. En ce qui concerne les conduites, le joint de M. Hermann paraît résoudre la question. Les deux extrémités de la conduite à réunir sont épanouies, et reçoivent entre elles une bague creuse dont la 'section est un triangle curviligne sur deux de ses côtés. Trois boulons réunissent les épanouissements des tuyaux en pressant la bague (de plomb et étain) et forment ainsi un joint de même espèce que celui du joint matté, mais dont les surfaces de contact sont beaucoup plus étendues et plus régulières. -— Une borne-fontaine intermittente, une borne de puisage continu pour les habitations et une bouche sous trottoirs sont disposées de façon à permettre l'écoulement continu à gueule-bée, quelle que soit la charge de la conduite. Une cuvette de repos d'eau, placée immédiatement avant l’orifice de sortie, permet d’atteindre ce résultat, que la sécurité des passants rend très-intéressant dans les rues des villes. Ces questions de détails, trop négligées jusqu’à présent, semblent avoir puissamment préoccupé M. Hermann, qui nous montre encore une vanne très-étanche et facile à manœuvrer. Cette vanne, qui fonctionne déjà aux réservoirs de la galerie des machines, se compose d’un coin transversal qui ferme ou ouvre la conduite en recevant en tête l’action directe d’une vis. L’étanchéités’obtient, parce que, arrivée au milieu de sa course, la vanne passe sous un galet, qui, en vertu de l’inclinaison des faces de la pièce de ferme-
ture, la presse de plus en plus contre les plans de jonction placés du côté de l’eau retenue. La vanne de M. Hermann est un bon appareil à la mise en mouvement duquel il faudrait peut-être apporter quelques modifications pour lui faire occuper moins de place au-dessus des tuyaux si on voulait en rendre l'emploi possible dans toutes les conduites de ville.
Travaux publics.
Nous laisserons de côté, dans cette première course rapide, beaucoup de moyens et de procédés qui s'appliquent aux détails des constructions, et qui, s'ils présentent chacun un intérêt spécial, manqueraient de lien et jetteraient le trouble dans le coup d’œil d'appréciation générale que nous entendons faire ici. Les croisées, les parisiennes et les jalousies, les charnières, les fiches et les verrous, les fermetures de boutiques, les rampes d’escaliers, les mains courantes atiireront notre examen très-sérieux à une seconde visite plus minutieuse. Nous voulons entrer ici dans l'étude des travaux publics, dont différentes nations nous donnent des spécimens trèscurieux.
En France, il faut concentrer sur une seule exposition, celle du ministère des travaux publics, toute l'attention qui s'attache à cette grande question. Le ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics à fait faire, par l’école des ponts et chaussées, une collection extrémement remarquäble, qui présente, dans une suite de modèles aussi bien exécutés que philosophiquement conçus, les éléments les plus complets qu'on puisse rencontrer aujourd’hui pour apprécier la nature, l'imporiance et le caractère distinctif des principaux travaux exécutés chez nous depuis vingt-cinq ans, surtout depuis l’établissement des chemins de fer. Barrages en rivière, écluses, aqueducs, ponts, viaducs, phares, etc., sont représentés là, soit comme types des meilleures solutions trouvées par les ingénieurs les plus distingués, soit comme modèles des travaux exécutés. M. Poirée père, inspecteur général des ponts et chaussées, auquel on doit les barrages à aiguilles dont l’emploi est si utile dans les limites des hauteurs d’eau qu’on rencontre généralement sur nos rivières pour rendre navigables les hauts fonds à l’aide de retenues ; M. Thénard,
dont le système à contre-hausses rend si facile le maniement de la retenue pour les faibles chutes; M. Chanoine, qui profite du courant même et des crues pour manœuvrer ses panneaux, en constituant ainsi des barrages automoteurs, viennent dignement témoigner des progrès que l'art de l'ingénieur a faits par leur intermédiaire pour l'amélioration de nos rivières. C’est à eux et à leurs efforts que sont dus certainement les résultats si heureux obtenus, et M. Poirée, qui a tenté le premier cette solution neuve des barrages mobiles, pratiquée avec tant de persévérance, a mené l'ingénieur francais sur un terrain où nous n'avons rien eu à emprunter à nos voisins et rivaux, qui ont peu fait jusqu’à présent dans cette voie.
L'écluse de la Monnaie, à Paris, où M. Ch. Poirée a fait plusieurs tentatives d'utilisation de la tôle et de nouvelles dispositions pour simplifier et régulariser la manœuvre des portes, est une tendance qui, si elle n’atteint pas complétement le but cherché, en raison des difficultés du travail, et peut-être aussi de la faiblesse des assemblages, dénote, de la part des ingénieurs des ponts et chaussées, un besoin marqué de mettre au service de leurs travaux la ressource féconde des métaux, peut-être trop exclusivement repoussée chez eux.
Le grand travail de M. Montricher, qui fait franchir à la Durance une profonde vallée dans un pays où l’on compte üune magnifique production de l’art ancien, est le témoignage d’une aptitude nouvelle qui semblait n'avoir jamais pénétré l'esprit des ponts et chaussées, et auquel il faut faire autant d'honneur en cette circonstance qu’à l’ingénieuse disposition de cette œuvre, dont l'exécution a été aussi bien conduite que, le but bien atteint. L'aspect monumental et bien caractérisé de l'édifice ne le cède en rien à l'entente des chantiers, dont l'organisation est si bien indiquée dans le modèle à un dixième. Il y a de l'art dans cette œuvre, que l’œil peut explorer à la satisfaction complexe de l'esprit et du cœur. On n’y découvre pas seulement le bon appareil de l’assise, l’économie de la mise en place, la rectitude de la ligne, la ponctualité de la pose, la stabilité de l’ensemble ; on comprend et l’on sent que ce vaste échafaudage de pierre porte une utile cuvette où l’eau coule fraîche et féconde, et l’on se rappelle qu’une grande cité va recevoir le liquide bienfaisant qui court
sur le couronnement important de l'édifice. Singulier caractère de ce monument ; l’architecte se marierait-il donc enfin quelque peu à lingénieur ?
De jolis modèles de ponts en pierre : le pont de Bercy, solution toute particulière, bonne construction, bon exemple; des viaducs dont nous oublions les noms ; des ponts en métal qui sont par trois fois l’expression d'efforts individuels independants du corps des ponts et chaussées, et dont l’école a libéralement exposé les spécimens, sont remplis d'intérêt ec soulèvent, en construction, l'examen des questions le plus à l’ordre du jour. M. E. Flachat, qui tient depuis tant d'années la tête des chercheurs infatigables auxquels on doit les premières solutions des problèmes nouveaux que chaque jour fait surgir, a été appelé à montrer, dans la collection des ponts et chaussées, son pont d’Asniéres, cette œuvre où il lui a été donné dé faire une chose que les poutres de métal permet taient seules d'aborder. Le pont d’Asnières est une reconstruction qui a été faite sur le lieu même d’un pont provisoire, où une circulation de plus de cent trains par jour s’est constamment continuée pendant les travaux. Pas une minute d'interruption dans ce mouvement, pas un accident ne peuvent être signalés pendant l’exécution de cet ouvrage, qui a duré plus d’une annés.
M. E. Martin nous montre dans son pont de Tarascon une direction d’esprit toute spéciale qui ne manque pas d'intérêt: employer le métal dans les constructions en le mettant dans des conditions de stabilité qui le rendent aussi durable, aussi monumental que la pierre. Peut-être n’est-ce pas encore le moment de rechercher ce but, que le prix élevé de la matière rend difficile, sinon impossible à atteindre. Peut-être faut-il laisser aujourd’hui un autre rôle au fer et à la fonte en les employant à résoudre des problèmes que la pierre ne permet pas d'aborder, avec son poids cnsidérable et sa résistance relativement minime. Néanmoins, tout ce qui tend à développer les applications et à consacrer les propriétés des matériaux est typique d’un service rendu aux progrès de l’art, et c’est à ce titre qu’il faut étudier les moyens présentés par M.E. Martin dans l’assemblage de ses formes et la tournure de son œuvre, qui ne manque pas d’un certain aspect de cränerie complétement omis dans d’autres constructions métalliques.
Le pont d’Arcole, que M. Oudry construit en ce moment à Paris, est le type de l’audace la plus grande parmi nos dernières tentatives industrielles. Le ministère ne l’a pas oublié. Il y a dans cette œuvre, non exécutée complétement, de quoi faire désirer des essais qui seront prochains. En vertu de certaines considérations théoriques qui appartiennent à l’auteur, l’arc est réduit à la clef à des dimensions extraordinairement faibles, ce qui a permis de respecter un passage suffisant en hauteur sur le fleuve, en n’élevant pas outre mesuré les abords des quais. Si les résultats définitifs sont satisfaisants, il y aura là une solution dont l’intérèt n’a pas échappé à l’école des ponts et chaussées, puisqu'elle a bien voulu en faire figurer d'avance les éléments dans sa collection.
Il ne faut pas quitter l’Annexe, où les modèles de tous ces travaux sont représentés à la pile 47, sans voir le joli modèle d’une curieuse réunion d'ouvrages d’art, que le canal de la Marne au Rhin et le chemin de fer de Strasbourg ont accumulés sur un pli de la Meuse, près de Liverdun : tunnel, pontcanal, trois ponts en dessus du chemin de fer, deux sur rivière, un sur le canal, tout cela se trouve savamment et pittoresquement réuni sur une surface de vingt hectares. C'est le seul spécimen de grand ensemble d'ouvrage que nous ayons en France. De même nous n’avons qu’un ouvrage maritime : le phare de Bréat, édifié dans des conditions trèsdifficiles. Cette œuvre est un monument d’art et un modèle de bonne construction. L’entente de la disposition judicieuse, le besoin de caractériser par des formes expressives une destination donnée, sont les tendances auxquelles M. l'ingénieur L. Raynaud n’a pas hésité à se laisser aller, faisant la part de ce qui est noble et grand à côté de ce qui est nécessaire dans l’art. C’est un fait grave que nous révèle l'Exposition à l'occasion de ce monument si lointain et si peu abordable à l’observateur.
Il existe dans le grand palais, à l'extrémité sud-est de la nef, un ensemble de modèles de travaux d’art anglais qui, quoique exposés isolément, offrent un intérêt de comparaison très-grand , quand on en fait l'examen après la collection française des ponts et chaussées. Ici ce ne sont plus exclusivement, comme tout à l’heure, des ouvrages de détails, remarquables par leur étude approfondie et le judicieux agence-
ment des éléments mis en jeu, mais de grandes conceptions brillantes par l’ensemble et la portée des idées d’eù elles procèdent. Au milieu d'une douzaine de spécimens, il faut distinguer dans cette catégorie le grand pont tube le Britannia, dont l'historique est aujourd'hui connu de tout le monde, mais qui restera comme le monument le plus audacieux que cette époque ait produit au bénéfice du progrès de l'art du constructeur. Doubler d’un seul coup l’espace limité par le possible dans ce que peut tenter l'ingénieur, créer un modèle, un précédent à la portée de tous pour répondre aux besoins croissants de notre industrie des transports, tel est le but atteint à la gloire de M. Stephenson, qui sut concevoir, en appelant à son aide le contrôle de la science. Aujourd'hui, grâce à cette construction sur laquelle des convois de chemin de fer franchissent des vides de 140 mètres et aux nombreuses expériences auxquelles elle a donné lieu, nous voyons partout se faire avec sécurité des travaux qui simplifient nos tracés de chemin de fer, ou qui les rendent accessibles quand autrement ils ne l’eussent pas été. C'est ce précédent qui permet, par exemple, de faire au Canada, sur le Saint-Laurent, un pont de 2744 mètres de long, sur lequel le chemin de fer de Québec atteint jusqu’à Montréal (voir ce modèle, Annexe, exposition du Canada, pile 42). L'influence du pont de M. Stephenson est et sera immense sur nos constructions, et quelque intérêt qu’il présente, c’est bien moins par l'intelligence -et le mérite extrême qui ont présidé aux moyens adopiés que par le but atteint qu’il faut juger de l'importance de cet ouvrage. ;
Voilà un premier point caractéristique des travaux publics en Angleterre. Prenons deux autres exemples, entre tous, pour compléter notre jugement et rendre à nos voisins la justice qu’ils méritent par leur grande initiative. Le port de Grimsby, exécuté, en quelques années, à l'embouchure de l’'Humber pour éviter aux navires l'entrée de la rivière jusqu’à Hull, est un ensemble de travaux des plus remarquables. Cette installation presque instantanée d’un port à côté d’un autre, que l'habitude du commerce n’a pas encore abandonné, mais qui le sera assurément sous peu, cette substitution opérée uniquement par l'art pour amoindrir les difficultés des transports dans une contrée où les besoins d'exportation
et d'importation sont excessifs, est un témoignage de puissance de conception et d'exécution sur laquelle il n'est pas permis de ne pas porter l'attention. M. Rendel, à qui l’on doit ce travail, s’est fait, en cette circonstance, autant d'honneur par un succès atteint dans une entreprise audacieuse, que par les résultats économiques que son œuvre ménage à tout son pays. D'ailleurs, vue de moins haut, cette question de l’élablissement du port de Grimsby comporte une suite de travaux difficiles, intéressants et tous exécutés sans nuire à l’ensemble d’un plan très-bien conçu. Aujourd’hui les chemins de fer de Manchester, Sheffield et Lincolnshire prennent ou apportent la marchandise dans de vastes et magnifiques magasins qu’ils entourent de leurs voies nombreuses et que de larges bassins desservent. L'entrée du port est bien ménagée dans la grande jetée qui a été construite pour limiter le bassin. Une tour de 90 mètres de hauteur distribue partout l’eau et la charge nécessaire pour suffire à la manutention des marchandises sur tous les points de l'établissement.
A quelque distance, en remontant aussi sur la même rive droite de l’'Humber, la même compagnie des chemins de fer cités plus haut a confié à M. l'ingénieur John Fowler l’exécu-tion d’un por moins important, mais plus spécial, et qui complète l'ensemble des facilités offertes maintenant aax transports dans ce coin de l’Angleterre. Ici il ne s'agissait plus du service des grands arrivages, mais du mouvement des voyageurs et des marchandises circulant dans l'intérieur et passant de New-Holland, où les amène un embranchement de la compagnie, de l’autre côté de la rivière pour joindre Beverlay, York, etc. A cet effet, tout un établissement de magasins et une gare de voyageurs se groupent à la tête d'une jetée qui communique avec un long ponton de chargement et de déchargement par un plan incliné mobile suivant les nécessités des marées. Wagons de voyageurs et marchandises descendent de la jetée sur le ponton, d’où les bateaux de transports les prennent pour les engager sur les voies de fer de l’autre rive. Ce travail est en quelque sorte la dépendance de celui de Grimsby, quoiqu'il émane d’un autre ingénieur.
M. John Murray a créé et presque achevé aujourd’hui à l'embouchure de la Wear un port nouveau, en acquérant sur
la mer un espace de plus de 500 000 m. q. Des digues d’enceinte ont été faites très-économiquement en utilisant les déblais du port lui-même et à l’aide d’éperons en maçonnerie, élevés d’abord du côté de la mer. Une entrée nouvelle est aujourd’hui presque terminée. Des écluses nombreuses qui maintiennent le niveau du canal; des élévateurs de chargement et de déchargement qui communiquent avec les voies de fer aboutissent autour du bassin ; le transport d’un ancien phare de 20 mètres de hauteur qu’on a dû amener de toute pièce d’une distance de plus de 400 mètres pour le placer au point extrême de la nouvelle conquête faite sur les eaux, sont autant de difficultés surmontées avec habileté dans ce grand travail. |
Ces trois ouvrages maritimes, dont les modèles sont exposés à côté de bien d’autres, nous ont paru caractériser l’état des travaux d'intérêt public en Angleterre, l'importance qu’ils ont prise, la large place qu’ils tiennent dans la traduction immédiate que le pays sait faire des besoins de tous en y répondant par de larges conceptions , toujours éditées à temps et dans la mesure qui convient à la durée des services qu'on attend d'eux. Nous y découvrons le caractère d'actualité que l’économiste doit rechercher avant tout. C’est le point saillant qui distingue l’œuvre confiée aux ingénieurs anglais, l'initiative qui leur est laissée, le stimulant qui les fait marcher de l’avant. C’est peut-être aussi ce qui donne souvent à leurs ouvrages l'aspect de désordre contre lequel nous réagissons en France, nous qui, moins engagés dans les questions neuves, restons attelés à la recherche des solutions parfaites dans les anciens problèmes. Il y a assurément beaucoup de philosophie à faire sur l’art de l'ingénieur devant les groupes de travaux exposés en France et en Angleterre; mais il faut en revenir toujours à cette appréciation que nos voisins nous préparent les questions, et que nous les approfondissons après qu’ils nous ont apporté les résultats de leurs expériences. Nos efforts se traduisent, il est vrai, en œuvres plus monumentales, plus durables, mais plus attardées. Aussi sommes-nous moins pourvus d’édifices utiles, quoique plus riches en monuments. |
Pour apprécier d’une manière générale, les progrès qui s sont faits partout dans l’art des constructions, nous aurions
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besoin de parler des autres nations. L'Allemagne ne devrait pas être oubliée; l’Allemagne silencieuse, qui a tant produit depuis dix ans en grands travaux publics, en chemins de fer : surtout. Malheureusement les nations du centre de l’Europe ne nous ont rien envoyé comme spécimens de leurs grands ouvrages et nous devons encore nous reporter au nord de l'Amérique, à cette ancienne contrée française qui n’est plus à nous depuis la fin du dernier siècle, pour constater les résultats heureux des efforts étrangers. Le Canada travaille partout et en tout. Il ne se contente pas d'exploiter des forêts ; il se couvre de voies de communication , voies d’eau et voies de terre. Il a rendu navigable sur toute sa longueur de six cents lieues, le fleuve qui arrose tout son territoire. De Québec au lac Supérieur, des travaux considérables ont été faits pour franchir le saut de Saint-Louis, les rapides de Montréal, le lac Ontario, le lac Erié, la chute du Niagara et le saut Sainte- Marie. Des portions de canaux latéraux ont été exécutées, avec des écluses importantes où l’on a ménagé des vannages spéciaux composés de ventelles très-étendues pour desservir une navigation très-active en débitant promptement le contenu des sas et évitant ainsi le long séjour des bateaux dans chacune de ces nombreuses écluses. On voit à l'Annexe des modèles variés des portes d’écluses employées au Canada. Les chemins de fer s’établissent rapidement dans cette contrée restée toute française de cœur, et le pont de Saint-Laurent, dont nous avons parlé déjà, donne par son importance l’idée de ce que va devenir cette industrie dans ce pays travailleur,
La pensée concluante qui doit assaillir l’esprit après l’exploration que nous venons de faire dans les différentes parties de l'Exposition auxquelles notre art s'intéresse est une certitude de progrès très-marquée partout et pour tout. Les matériaux premiers de la construction sont recherchés et exploités dans les contrées les plus lointaines, ils viennent se montrer et s'offrir à nos besoins; la pierre, le bois, les métaux se disputent l'emploi qu'on peut en faire dans chaque application. Il n'est permis d’être nulle part le défenseur absolu de telle ou telle matière à l'exclusion des autres. Toutes se présentent également à nos besoins : le constructeur doit savoir choisir désormais, uniquement au point de vue du
but qu’il veut atteindre. C’est la meilleure condition de l'art; c’est celle qui ouvre la porte aux conceptions vraiment grandes et élevées ; c’est celle que nous conquerrons de plus en plus chaque jour. Tout nous le dit au Palais de l’'Industrie, où la France s’est particulièrement inscrite par quelques résultats qui lui appartiennent à elle seule. Chez nous seulement le fer à T est devenu élément de construction courante. Chez nous seulement des procédés industriels certains permettent de conserver les bois et de garantir la pierre. Les Anglais nous ont apporté des moyens de fondation nouveaux, qui ont la plus grande influence sur leurs travaux, qui en auront une très-notable sur les nôtres. Ils ont entrepris, sur l’échelle la plus large, des conquêtes immenses qu’ils exécutent avec une rapidité sans pareille. Sans abandonner cette voie où nous sommes précédés, nous inscrivons, sur {ous nos édifices, le cachet du monument, restant ainsi fidèles à l'art qui naquit chez nous au milieu des conquêtes morales des cinq derniers siècles. Enfin pour clore ce résumé, pensons en sortant à tout ce que tentent ces jeunes et lointaines nations à la tête des-
quelles nous avons dû plusieurs fois placer, à plus d'un titre, le Canada.
Industrie des aciers bruts et ouvrés.
L’acier est une combinaison du fer avec 4 à 3 pour 100 de charbon; il contient, en outre, quelques traces d’autres métaux, tels que le manganèse, l'aluminium, etc. Il est impossible d’assigner une époque à sa découverte , mais on sait que son usage remonte aux temps les plus reculés.
La propriété caractéristique de l'acier est de pouvoir être trempé, c’est-à-dire d'acquérir une grande dureté sl, après l'avoir chauffé au rouge, on le refroidit brusquement.
Cette dureté, produite par la trempe, est d'autant plus
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grande que l’acier contient plus de charbon , qu'il est plus homogène et qu’il est refroidi plus rapidement.
Si on porte au rouge l'acier trempé et qu’on Je laisse refroidir lentement, il perd sa dureté et revient à son premier état. Ç
La dureté n’est pas le seul résultat que l’on obtienne par la trempe; lorsqu'elle n’est pas trop forte, elle augmente aussi considérablement l’élasticité dé l'acier : on tire un grand parti de cette propriété dans la fabrication des ressorts, qui doivent être éminemment élastiques.
L'acier a une densité un peu supérieure à celle du fer: il est plus dur que lui; sa ténacité est supérieure d’un tiers environ.
On comprend aisément qu'un métal qui a ces avantages sur le fer, dont l'emploi est si répandu, doit avoir lui-même des applications nombreuses.
On classe, dans l'industrie, l’acier en trois groupes distincts : |
Les aciers naturels, les aciers de cémentation, les aciers fondus.
Nous allons passer rapidement en revue les procédés de fabrication employés pour chacune de ces espèces d'acier.
Les aciers naturels s’obtiennent soit directement au moyen de certains minerais, soit en faisant subir à la fonte une décarburation partielle.
On l’obtient directement dans les foyers catalans en laissant en contact le minerai réduit avec le charbon incandescent : il se fait alors une combinaison du charbon avec le fer. L’acier que l'on produit ainsi manque d’'homogénéité; on ne le produit qu’en très-petite quantité à la fois et presque accidentellement; il jouit de la propriété de se souder facilement au fer sans perdre de ses qualités, aussi est-il généralement employé de cette manière. On le soude au fer pour fabriquer des instruments d’agriculture très-grossiers , pour faire des tranchants, des pointes, etc. Du reste, on produit fort peu de cette espèce d’acier.
On emploie plusieurs procédés pour décarburer la fonte et l’amener à l'état d'acier; mais le principe consiste toujours à la mettre en fusion et à la jaisser en contact avec des scories qui ont une action oxydante et lui enlèvent une partie de son
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charbon. Quand la fonte est passée à l’état d'acier, de liquide qu'elle était elle se transforme en une masse spongieuse d£sez consistante pour être martelée et amenée à une forme de prisme: ce prisme est divisé ensuite et les morceaux sont étirés en barres par l’action du marteau.
La fabrication de l'acier par la décarburation de la fonte est très-répandue en France, dans les Vosges et le Dauphiné. En Allemagne, en Styrie, en Carinthie et à Sigen, la décarburation se fait dans de petits foyers à parois en fonte; on emploie des fontes blanches très-pures , provenant de minerais spathiques, traités au charbon de bois; on opère sur 120 à 430 kilogrammes à la fois.
Dans le Tyrol et dans les Vosges on fait subir à la fonte, ayant de là décarburer, une fusion appelée mazéage ; elle est ensuite soumise au traitement que nous venons d'indiquer ; on opère encore sur 420 à 430 kilogrammes de fonte à la fois.
La méthode suivie dans le Dauphiné diffère de celles que nous vénons de citer, en ce que l’on traite une plus grande quantité de fonte à la fois (1200 kilogrammes), et que la décarburation s'opère dans un foyer brasqué, c'est-à-dire que les parois sont recouvertes de poussier de charbon de bois fortement tassé. Cette méthode porte le nom de méthoae de Rive ; à l'usine d’Allevard, qui produit beaucoup d’acier naturel par ce procédé, on emploie des fontes grises ou truitées, fabriquées à l'air froid avec des minerais spathiques et du charbon de bois.
Le caractère de cet acier est encore de manquer d’homogénéité et de se souder sans trop se décarburer , aussi est-il soumis à un raffinage qui consiste à casser les barres après qu’on les a préalablement trempées, à en faire des paquets que l’on chauffe au blanc soudant , et qu'on étire ensuite au marteau pour les amener à l’état de barres; cette opération est répétée deux ou trois fois, selon le degré de carburation de l'acier et l’homogénéité que l’on veut obtenir. Le combustible employé pour la décarburation de la fonte est toujours du charbon de bois; pour le raffinage, on emploie ordinairement la houille. |
La fabrication de l'acier puddlé est le fait capital de l'exposition métallurgique : elle est assez peu connue encore pour
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qu'on nous sache gré d'entrer dans quelques détails historiques. |
Les premières tentatives pour le puddlage de l'acier ont. été faites on Prusse, par M. Stengel, directeur des forges royales de Lohe, près Siegen, en 4838. Ces premiers essais, continués par M. Stengel jusqu’à sa mort, n’ont pas eu de succès immédiat, mais ils ont ouvert la voie à ceux qui sont venus après lui.
Les grandes difficultés éprouvées par M. Stengel avaient différentes causes : la forme du four à puddler, l'emploi du ventilateur, et la nature même des fontes aciéreuses ou lamelleuses qu’il employait. La qualité des produits manquait tout à fait de régularité. Quelques charges donnaient de l’acier de très-bonne qualité; dans d’autres on n’obtenait que du fer de qualité supérieure.
MM. Boing, Robr et Cie, à Limbourg-sur-Lenne, réussirent dès 14847 à puddier de l’acier en grand, et de qualité assez bonne pour être employée par les fabricants d’outils de Remscheid et de Solingen, et à un prix tellement bas que les aciers bruts fabriqués au charbon de bois ne pouvaient plus soutenir la concurrence, et se voyaient dans la nécessité d'abandonner leur procédé pour suivre l'exemple de cette maison. .… C'est de cette époque que date le puddlage de l'acier qui est répandu dans un cerlain nombre d'établissements du pays de Siegen et des contrées environnantes,
Pour parvenir à ce puddlage, quelques établissements emploient les fontés aciéreuses proprement dites, auxquelles on mélange des fontes truilées provenant des mêmes minérais. On obtient alors des aciers de qualité supérieure, qui, étant corroyés, se vendent aux fabriques de Remstcheid ou bien aux fabricants d'acier fondu, tels que M° Krupp, dont l'exposition est si remarquable, M. Lohmann et autres.
Dans d’autres établissements on emploie, en majeure partie, des fontes à meilleur marché, mais toujours mélangées aux fontes aciéreuses. On obtient, suivant les proportions de ces mélanges, des aciers appropriés aux usages auxquels on les destine, tels que bandages de roues pour les locomotives et les wagons. Ces aciers, il faut bien en convenir, sont de qualité inférieure, mais leurs prix dépassent peu ou pas celui du fer. :
ET EL D EE, LAC LL". A Fe 2 + y m n F4
La principale différence entre les fours à puddler l'acier et ceux à puddler le fer consiste dans un abaissement de la voûte qui produit une chaleur plus forte et plus régulière. Le travail de ce puddlage est pénible. 11 faut remuer sans cesse, surtout quand il y a un commencement de bouillonnement qui indique que le carbone commence à s'oxyder, car la grañde difficulté de l'opération est de ne pas enlever à la matière tout le carbone qui lui est combiné. On tient le métal soigneusement recouvert de scories des anciennes forges d’acier; on y ajoute, vers la fin, des scories très-fusibles, mélange d'argile, de manganèse et de sel. On obtient ainsi avec des fontes de qualités régulières, des qualités d'acier bien égales. Lors de l'allumage du feu et tant que la température n’en à pas atteint le degré convenable, on fait quelquescharges en fer.
Vers 1841, on commença à Seraing (Belgique), dans l'établissement John Cockerill et Cie, des essais dans le même but. Mais là se trouvait une difficulté réputée insurmontable. Outre qu'il fallait, comme en Prusse, arriver aux procédés, au tour de main du puddlage, on n'avait pas à sa disposition les minerais aciéreux pour les employer, sinon en totalité, du moins en mélange. Il fallait y parvenir avecdes minerais quelconques, et c’est ce grand problème qui paraît résolu dans l’établissement de Seraing, par MM. Pastor et Coste, depuis quatre à cinq ans. |
Les minerais argileux exposés comme types sont ceux que l’on emploie. L'exposition de Seraing n’a point de luxe; elle offre simplement les matières premières employées dans la fabrication, et la série des divers états par lesquels a passé la matière jusqu'à sa transformation en acier fondu. Quelques limes, placées là simplement comme types de qualité, complètent cet envoi.
Seraing vient de doubler ses moyens de fabrication afin de pouvoir vendre ses produits à l'état d'acier, Jusqu’alors tout était employé dans l’usine, même pour les innombrables outils et pour les machines qu’elle produit journellement. L'acier puddié y vaut 35 centimes le kilogramme et l'acier fondu de 60 à 70 centimes. .
Une locomotive construite pour le chemin de fer du Nord et qui figure à l'Exposition, construite à Seraing, esten grande partie en acier de Seraing seulement,
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