‹ Visite a l'exposition universelle de Paris, en 1855Chapitre 100 sur 135 · CLASSE XIII · texte numérisé non relu

CLASSE XIII

Marine ét art militaire.

L'Angleterre et la France possèdent à elles seules les trois quarts des üsines consacrées à la construction des machines de navigation en Europe. L’Antriche, la Prusse, la Suède, la Russie, la Suisse, la Belgique et les autres États de notre continent, n’ont guère chacun plus de un ou deux fateliers. La France seule en compte quinze, non compris les chantiers de construction de navires, et sur ce nombre nous en pourrions nommer six de premier ordre où l’on construit une machine de 500 à 1000 chevaux en moins de temps qu ‘il n’en fallait il y à vingt années pour donner à une usine une machine de 30 chevaux.

L’Angleterre a environ le double de notre nombre d'ateliers français.

Néanmoins, l'Exposition compte, relativement, peu de machines de navigation. C'était une des branches d'industrie les mieux représentées à Londres en 1854... Mais l'Exposition de Londres s'est ouverte et close en pleine paix. Les con- Structeurs anglais travaillaient alors, non-seulement pour leur nation, mais encore et surtout pour la, Russie, armant sans le savoir de trop prochains adversaires. En France, l'Exposition s’ouvre dans des circonstances bien différentes : Déjà celle de 1849, entreprise au lendemain d’une révolution qui semblait avoir tout frappé, avait offert à l’Europe stupéfaite les merveilles d’une industrie où le génie le disputait au nombre et à l'importance des produits ; mais il était donné à notre époque. de surpasser l’exhibition de Londres par une Exposition qui fera la gloire de la France.

Se rappelle-t-on qu'il n’y a pas un an on se demandait encore si les préoccupations d’une-guerre, devant coüter tant de millions, ne rendraient pas impossible ce concours de tous les peuples dans l’enceinte pacifique du Palais de l'Industrie? Et

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cependant quelles merveilles ne réunit-il pas en mécanique comme dans les arts?

On y compterait pour la marine une machine à vapeur de 1000 chevaux et plusieurs de 200 à 600 chevaux, si on n'avait pas été forcé de les reprendre à l'Exposition de Paris pour les exposer le plus tôt possible devant l'ennemi dans la Baltique ou dans la mer Noire.

L'énumération de celles qui ont pu rester au Palais de l’Industrie sera donc bientôt faite.

Les constructeurs français en exhibent trois, plus diverses séries de modèles; l'Angleterre n'offre cette fois que des modèles, nombreux il est vrai, et parmi lesquels deux fonctionnent à là vapeur dans la galerie du bord de l’eau et peuvent mériter le nom de machines proprement dites. L'Autriche offre un modèle de bateau de rivière ; la Suède et la Hollande ont chacune une machine de bateau ; la Belgique présente une magnifique pièce de forge proposant une nouvelle forme de gouvernail, et voilà toute l'exposition.

Le cadre qui nous est ici réservé ne nous permet pas de décrire chaque appareil en particulier, d’autres publications l'ont fait. Ce sont des observations d'ensemble que nous allons présenter.

Le premier point capital à signaler aujourd’hui dans la navigation à vapeur est la grande puissance donnée aux appareils moteurs. Non-seulement il faut transporter en un seul chargement ce qui faisait autrefvis le frêt de deux ou trois navires, mais on veut aller vite. Le commerce fait des bâtiments aussi grands que les vaisseaux de ligne, la marine de guerre à son tour demande à la vapeur une puissance motrice prodigieuse. Les bateaux de rivière, plus audacieux encore, veulent égaler la vitesse des chemins de fer. Or, on a posé en principe que la force motrice des machines croissait à peu près en raison de la racine carrée de la vitesse voulue. :

Ce n’est pas tout à fait exact, mais c’est assez voisin de là vérité pour expliquer à quel point les bâtiments actuels doivent l'emporter en puissance motrice sur ceux que la navigation employait il y a quelques années. Un bateau de rivière de 400 chevaux était une merveille il y a dix ans. Le modèle que l'Autriche nous offre à l'Exposition est la réduction d’un pyroscaphe du Danube muni d’une machine anglaise et oscil-

lante de la force de 240 chevaux; sa vitesse atteint, dit-on, vingt kilomètres à l’heure. Sur le Rhône il existe deux bateaux d’une vitesse extraordinaire, de la force de 500 chevaux chacun. Enfin nous trouvons à l'Exposition le modèle de l’Américan, steamer de 1000 chevaux qui atteint, ainsi que plusieurs autres, trente kilomètres de vitesse à l’heure.

Parmi nos vaisseaux de guerre, nous sommes sur le point d’en posséder quatre de près de 1000 chevaux et deux de 4200 ; Ceux de force inférieure se nomment à peine maintenant; et voilà que laissant loin derrière lui ce que les constructeurs de navires avaient entrepris jusqu'ici de plus hardi, un ingénieur anglais, mais d’origine française, M. Brunel, fait construire un steamer géant qui aura 225 mètres de long, 25 mètres de large, 23 000 tonneaux de jaugeage et 2600 chevaux de force. Ce n’est pas un projet conçu seulement par un génie audacieux, c'est une réalité. Ce monstrueux bâtiment est en chantier sur les bords de la Tamise, à Londres même, dans les usines de M. Scott-Russel; la maison Watt fabrique avec lui les machines, et l'Exposition de Paris nous offre, à l’entrée de l’Annexe du bord de l’eau, une manivelle de l’un des appareils moteurs, un morceau du bordage en tôle du bâtiment, et trois vues prises au daguerréoltype de la coque au milieu de ses échafaudages sur le chantier. Peu de maisons de Paris ou de Lyon, avec leurs sept ou huit étages, l’emporteraient en hauteur à côté de lui. Le point capital était de donner aux parois de cette immense coque une solidité et une rigidité suffisantes. Dans ce but, la pièce de l'Exposition nous montre que le bâtiment est en quelque sorte double; qu’on se représente une coque plus petite logée dans une coque plus grande, en tous sens, de 1 mètre, et de forme analogue à la première avec une infinité de cloisons transversales installées entre deux. En un mot les parois de la coque sont formées d’un ensemble de cellules à peu près dans le genre du fameux pont tube de Conway.

Ces simpies fragments du steamer géant de M. Brunel , devant lequel le visiteur de l'Exposition à peut-être souvent passé sans les honorer d’un regard, sont pourtant, on le voit, bien dignes de son intérêt.

Plus loin , dans l'Annexe, voici l'exposition de la marine impériale, consistant surtout en des modèles, à la description

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desquels un volume entier pourrait être consacré : c'est d’abord la réduction au dixième de la machine du vaisseau le Napoléon, l'honneur de notre escadre du Levant, et de la machine d'un autre vaisseau semblable à l’Algésiras, qui sera bientôt mis à l’eau.

La mise à l’eau d’un vaisseau, cette opération.si palpitante d'intérêt, nous est représentée dans un autre modèle exposé par l’administration du port de Rochefort. Deux phases de l'opération sont sous nos yeux. Dans la première, le vaisseau l'Ulm, récemment lancé, commence à prendre sa course dans les coulisses savonnées qui lui tracent sa route hors du chantier où on l’a construit; des deux côtés sont les câbles de retenue, grosses chaînes repliées sur elles-mêmes et nouées, de mètre en mètre, par des cordes de chanvre, calculées de manière à rompre sous la charge du navire à mesure qu’il descend vers la mer, en modérant sa course. Dans l’autre phase de l'opération, nous voyons le navire à l’eau, les chaînes continuant à l’amarrer après avoir rompu tous leurs nœuds dont les débris jonchent le sol. | La même travée nous offre encore divers modèles de bâtiments dont la construction a été confiée à l’industrie privée : l’un nous expose l’arrimage de la cale d’un vaisseau ; dans un autre, nous pouvons étudier les charpentes en fer que M. Armand, de Bordeaux, a substituées à celles en bois dans les navires, à l'imitation de ce qui se pratique aujourd'hui si généralement pour la construction des maisons et monuments publics de Paris et de Londres. | De là, nous conduirons le visiteur de l'Exposition à la galerie spécialement consacrée aux machines. L'établissement du Creusot y a mis une machine horizontale pour bateau à roues, et M. Seaward, de Londres, un modèle de sa machine atmosphérique à 3 cylindres verticaux et à simple effet, également pour bâteau à roues. M. Gâche, de Nantes, etl’usine suédoise de Motala ont exposé : le premier, deux machines et la seconde une machine à mouvement direct et renversé, pour navire à hélice. Todd-Mac-Grégor et Rennie ont envoyé, l’un un beau modèle au quart de l’exécution, l’autre un dessin de machine verticale pour frégate à hélice. + Le reste de l'exposition des machines de bateau se compose de nombreux modèles ou dessins de coques de navire, d’hé-

lices et de propulseurs de diverses formes, plus le modèle, donné au Conservatoire des arts et métiers, parfaitement complet et fidèle du steamer le Danube, l’un des bâtiments de la Compagnie française des messageries impériales et l’uve des plus belles pièces de l'Exposition.

Les tendances générales, révélées par l'étude des machines et modèles que nous venons d’énoncer , se réduisent à deux points principaux : En premier lieu, la substitution des hélices aux roues continue à se manifester partout. Mais on semble, surtout à l'étranger, revenir au système de la transmission du mouvement par engrenage auxh élices, au lieu de mouvoir directement l'arbre porte-hélice comme on meut directement, par exemple, l’essieu des roues motrices dans les locomotives.

Les deux systèmessont de nouveau en présence avec leurs défauts et leurs avantages. La transmission directe prévaut aujourd’hui en France. Dans la machine hollandaise, dans celle de Rennie et de Todd-Mac-Grégor que nous offre l'Exposition, la rotation de l’hélice est accélérée par de monstrueux engrenages : ils servent de volants ; ils permettent de ralentir la course du piston, de rendre plus doux certains frottements ; mais 1ls conduisent à des machines d'une complication, d’un poids et d'un volume évidemment antirationnels, dans un navire où tout doit au contraire être simple, allégé et réduit de volume. La discussion des deux systèmes nous entraïînerait à de très-longs développements ; mais, nous l’avouerons, le retour aux engrenages de la part de constructeurs aussi expérimentés que MM. Todd et Rennie, auxquels se joignent d'autres ingenieurs justement célèbres, est un fait grave qui rétablit le doute; heureux si la manie d’imiter , si la mode qui ne respecte pas plus les machines qu'autre chose, n’amène pas légèrement une réaction contre les machines à mouvement direct dans la navigation.

Une seconde question bien grave et plus incertaine encore est soulevée par la comparaison de la machine du Creusot avec les autres systèmes exposés. Todd, Kennie, Penn dans sa machine oscillante, Seaward dans son système atmosphérique à trois cylindres, se sont proposé d'occuper le moindre espace dans la coque ; l'usine de Motala et M. Gache ont été plus loin : on sait que dans tout navire la partie inférieure de la carène est rétrécie vers la quille, et que l’extré-

mité postérieure de la coque est amincie pour former l'évidement arrière, en sorte que le bâtiment ne contient en ces parties qu’un espace étroit difficile à employer dans l'emménagement et dont la section présente un triangle renversé. Eh bien ! c’est cette partie du navire que l'ingénieur de Motala et M. Gache ont su utiliser pour l'installation de la machine. Ce dernier constructeur, obligé de placer l'appareil moteur au milieu de la coque dans les bateaux à voyageurs qui vont faire le trajet rapide de Paris à Rouen, a, pour ménager l’espace, mis les machines au-dessus des chaudières.

Quant au Creusot, son système est l'opposé du précédent. Jugeant qu'il ne peut être employé aucun moyen pratique pour empêcher la coque de se déformer sous le poids de la machine, qui la charge sur un seul point, l'ingénieur donne à Pappareil moteur la plus grande longueur possible pour répartir la charge sur une grande étendue. Le premier système satisfait évidemment plus la raison ; mais le second a aussi pour lui là consécration d’une longue expérience; les motifs de préférence ne pourraient être développés que par de très-longues discussions; nous n'avons pu poser ici que le problème. Fe

Nous ne dirons rien de l’exécution des machines exposées. Avec des soins, de l'intelligence dans la conduite des ateliers, la distribution et la surveillance du travail , il n'y a plus de constructeurs qui ne puissent bien faire, surtout quand il s’agit d'offrir ses produits aux regards des visiteurs du monde entier. |

Le Creusot a depuis longtemps fait ses preuves; Todd, Seaward, le constructeur hollandais Wlissingen ont comme les premiers apporté tous les soins voulus à leur exécution. Quant à l'usine suédoise de Motala, que peu de personnes connaissaient sans doute, elle a révélé son existence par une

machine où le génie des détails et le fini du travail sont

également remarquables.

Nous demandera-t-on maintenant nos critiques sur les machines des bateaux? Des critiques générales, nous n’en avons pas à faire; nous avons mis en présence diverses opi-

“nions, divers systèmes qui ont leur raison d’être.et entre les-

quels le choix est bien difficile ; le lecteur jugera s’il le peut. ‘Quant aux critiques de détails, il eût fallu étudier chaque

machine séparément dans cette note. Encore ces critiques se fussent-elles bornées à quelques parties trop compliquées ou d’un abord difficile.

Pour ce qui regarde ces divefs projets d'appareils nouveaux , dont l'expérience n’est pas même annoncée et dont beaucoup n’ont pas encore reçu une forme discutable et sont à l’état d'étude ébauchée , nous n’avons pas cru que l'étendue limitée de cet article nous permit d'en entretenir le lecteur.

À part ces ébauches et pour nous résumer, nous dirons que l'exposition des machines de navigation contient peu de choses, mais toutes dignes du plus haut intérêt.

Un dernier mot pour signaler un produit d’un intérêt tout actuel, admis à l'Exposition.

Vers le milieu de l'Annexe, deux maîtres de forge, . Schneidé. du Creusot, et l’association Pétin, Gaudet et Jackson, de RivesdeiGier, ont exhibé d'énormes planches de fer laminé. larges de 80 centimètres, sur 40 centimètres d'épaisseur et 4 à 5 mètres de long. Comme ouvrage de forge et qualité de fer. ces deux pièces sont déjà d’un grand intérêt; mais elles captiveront bien mieux encore l'attention quand on saura que ce sont des fragments du bordage de batteries flottantes, citadelles bardées de fer, destinées à battre les forteresses russes et à recevoir impunément leurs boulets.

Ce sont de très-puissants navires à vapeur d’une extrême stabilité et d’un tirant d’eau assez faible pour approcher de très-près ces murailles ennemies, que des écueils naturels ou artificiels ont protégées jusqu'ici contre nos flottes. Ces batteries flottantes, suffisamment définies par leur nom, constituent, avec les chaloupes canonnières qui ont déjà rendu de si grands services, deux armes de guerre nouvelles, dont on attend de grands effets, et que la présence des bordages de fer à l'Exposition nous conduisait naturellement à signaler dans ce compte rendu des appareils de navigation.

Armes et projectiles.

L’Exposition présente un très-bel assortiment d'armes de guerre et d'armes de chasse. Parmi ces dernières, il en est plusieurs qui sont de véritables œuvres d’art, et dont, à ce

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titre, le prix s’élève à de fortes sommes. On peut donc voir, côte à côte, un fusil de 40 fr. et un fusil de 40 000 fr. Entre ces deux extrêmes de nombreux intermédiaires sont dignes aussi de fixer l'attention.

Dans la partie française, il faut citer en première ligne l'exposition du ministre de la guerre et celle du ministre de la marine, qui comprennent tous les modèles d'armes de guerre, à feu ou blanches. - |

Nous signalerons surtout dans la première, le mousqueton du commandant Treuille de Beaulieu , exécuté d’après le programme exprès de l'Empereur , et dont sont armés les centgardes. Une coupe réelle, faite dans l’une de ces armes, permet d'en embrasser d’un coup d'œil tout le mécanisme, dont la simplicité est extrême. as

Dans l’une des moitiés, la balle est au repos; dans l’autre, l'arme a déjà fait feu et le projectile est en mouvement. Le mousqueton peut être terminé par un sabre-latte qui le transforme en une lance redoutable, qui n’a pas moins de 2m,418 de longueur. |

Depuis la guerre d'Orient, les journaux parlent fréquemment d’une arme qui, dans les mains de nos chasseurs d’Afrique et dans celles des tirailleurs anglais, est devenue la terreur des Russes, par la justesse et la portée de son tir. Hs désignent généralement cette arme sous le nom de carabine Minié.

Faisons en quelques mots l'historique de ce redoutable instrument de destruction.

Dans l’ancienne carabine, le projectile sphérique était un peu plus gros que l’âme du canon rayé en hélice, dans laquelle on l'enfonçait à coups de maillet, ce qui exigeait, pour la charge, un temps tellement considérable, que la carabine était à peu près abandonnée dans les-armées , lorsque M. Delvigne entreprit, en 4826, de la réhabiliter.

Son point de départ fut l'emploi d'une balle sphérique descendant librement dans lé canon, au fond duquel elle s’arrètait sur les bords d’une chambre plus étroite contenant la poudre. Quelques coups d’une baguette suffisamment lourde y aplatissaient la balle, qui se moulait ainsi dans les rayures, condition qui l'assimilait à la balle forcée de l’ancienne carabine. fig | | x

Plus tard il substitua à la balle sphérique une balle cvlindro-conique, creuse dans la partie cylindrique, et qui était refoulée au moyen d’uné baguette dont la tête portait une creusure conique dans laquelle se logeait la pointe de la balle, maintenue ainsi dans l'axe du canon. Le tir devint alors d'une justesse prodigieuse. | |

En 1842, M. Thouvenin , de concert avec M. Minié, créa la carabine à tige, comportant une balle cylindro-conique, mais pleine, que la baguette comprime sur une tige d'acier fixée au centre du bouton de culasse. Ces conditions sont aujourd’hui celles de la carabine de nos chasseurs d'Afrique.

En 1849, M. Minié reprit la balle creuse de M. Delvigne dans la cavité de laquelle il logea un culot tronc conique de fer qui, chassé par les gaz de la poudre, s’enfonce dans cette cavité, dilate les parois de la balle et les force à se mouler dans les rayures avec plus d'énergie que ne le fait le refoulement par la baguette. | |

H est juste de dire que, très-antérieurement, M. Delvigne avait constaté que ces mêmes gaz, en pénétrant dans la cavité de la balle, en déterminaient l’enfoncement plus complet dans les rayures. | |

H paraît que les Anglais, qui d’abord avaient adopté le culot de M. Minié, jugent aujourd’hui suffisante la dilatation de la balle par les gaz de la poudre.

Nous croyons que, en présence de ces faits, il faut reconnaître que l'initiative, ainsi que la base de cette importante modification appartiennent à M. Delvigne , et qu'il serait de toute justice d’accoler son nom à celui de M. Minié dans la désignation de la nouvelle arme.

M. Pidault, des forges d’Audincourt, expose des fusils achetés par l'Empereur, et dont les canons sont emboutis par les procédés ingénieux de M. Palmer. Ils se chargent par la culasse, d’après un système qui permet d'employer la car touche actuelle d'infanterie, ce qui n’avait jamais eu lieu jus-

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pres manufactures de Saint-Etienne, de Mutzig et de Châtellerault figurent honorablement par leurs produits. |

MM. Coulaux, de Klingenthal, exposent des cuirasses de la garde, exécutées en acier fondu’, de MM. Jakson. Elles sont impénétrables à la balle dans la condition des épreuves, et

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pèsent environ 3 kilogrammes de moins que les cuirasses en usage jusqu'ici. (

. Si nous abordons les armes de chasse , nous remarquerons que le système prédominant est celui de Lefaucheux, plus ou moins heureusement modifié. Nous trouvons une exception remarquable dans celui de M. Gastinne-Renette, qui, bien que se chargeant par la culasse, n’exige pas le mouvement de bascule du canon, ce qui donne à l’arme une solidité beaucoup plus grande et permet en même temps un tir très-rapide. Nous recommanderons l'emploi d’un petit mécanisme de M. Guérin, pouvant s'adapter à la plupart des armes à feu, et qui a pour but d'arrêter le jeu des sâchettes lorsque larme n’est pas entre les mains du chasseur, Par la pression que la main exerce sur la poignée du fusil, lorsqu'on met celui-ci en joue, les gâchettes se trouvent libres; et, en pressant la détente, le coup part. Enfin, la portion extérieure du mécanisme peut s'enlever facilement à volonté, lorsqu'on n’est pas en chasse, et rendre presque impossibles les accidents déplorables qui ont lieu si fréquemment par suite de l'oubli ou de l'abandon momentané de fusils chargés. à

Les amateurs d'armes de luxe trouveront, dans.les vitrines de l’arquebuserie parisienne, de nombreux sujets d’admiration: Partout l’art le dispute à la richesse de la matière, et l'emporte souvent. | |

A vrai dire, nous ne sommes pas bien cerlain que ces admirables ciselures aient, pour la plupart, d'autre destination que celle de figurer dans leur boîte ou dans un trophée; nous ne voudrions pas répondre que leur usage ne fût pas accompagné de quelques inconvénients, tel, par exemple, que celui de s’écorcher la joue en l’appuyant, pour le tir, contre les: mille et une saillies que le ciseleur a fait surgir sur la crosse d’un fusil, ni que les mains en puissent impunément serrer la poignée ou la sous-garde.

Ces remarques ne s'adressent ; pas toutefois aux belles armes commandées par l'Empereur à M. Gastinne-Renette, sur. des dessins approuvés par S. M. Ces armes se composent d’un fusil à deux coups , d’une paire de pistolets, et d’un fusil à un coup, système des.cent-gardes ; enfin d'un couteau de chasse et d’une épée. | rare Haece ARR

L'or. l'argent qui y sont prodigués y brillent moins par leur

éclat que par l'art infini avec lequel une main habile les a travaillés.

En les voyant, on croit impossible de faire rien de plus beau, ni surtout de plus riche; et cependant, tout à côté, dans la même vitrine, appäraissent une carabine et une paire de pistolets (système Gastinne), commandés par le vice-roi d'Égypte, où l’art, s'aidant du goût oriental, a su faire quelque chose de plus brillant encore , grâce aux diamants, aux rubis, aux émeraudes qui y sont prodigués. On se fera peutêtre une idée de cette magnificence, digne des Mille et une Nuits, lorsque nous aurons dit que trois petites cartouchières valent à à elles seules près de 100 000 francs.

Pressé par le temps et l’espace nous passons sous silence d’autres pièces riches de M. Gastinne-Renette, pour signaler l'excellente fabrication de ses armes ordinaires et surtout de ses canons de fusil dont la solidité est telle (nous parlons de visu) qu’ils ne crèvent qu’à la dix-huitième épreuve, comportant successivement chacuné une charge en plus, de poudre et de plomb de chasse; cette énorme résistance est due à un mode particulier de fabrication qui consiste, en principe, à substituer, au ruban plat ordinaire, enroulé sur une chemise de tôle, deux rubans triangulaires formant, l’un, une vis, l’autre, son écrou que le marteau réunit l’un à l’autre en formant des soudures croisées sur des plans obliques dans lesquels les travers sont absolument impossibles.

Ne quittons pas ce sujet sans dire que les canons fabriqués par M. Léopold Bernard, pour les arquebusiers de Paris, sont toujours dignes de son ancienne réputation. N'oublions pas non plus ceux de son frère Albert.

Dans le plus grand nombre des vitrines de 'avquebuéerie française, à côté des armes de luxe, produits souvent excep-

tionnels, exécutés en vue de l'Exposition, on trouvera de belles

et bonnes armes d’un prix abordable pour tout le monde. Citer sur ce point MM. Blanchard, Beringer, Caron, Claudin, Devisme, Gauvain, Lefaucheux, Lefaure, Lepage-Mou-

tier , Thomas , etc., c’est rappeler à nos lecteurs des noms

bien connus, jouissant d’une réputation justement méritée. Qui ne connaît maintenant les revolvers , ces armes qui

permettent le tir rapide de six coups consécutifs. Ils abondent,

à l'Exposition. Trois paraissent se disputer la prééminence.

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Le plus ancien en date est celui de MM. Colte, puis vient celui de M. Lefaucheux, et enfin celui de M. Grastinne-Re-

nette; ce dernier, que nous avons pu examiner à loisir, nous

à paru remarquable par sa simplicité et la sûreté de ses effets.

Nous n’apprendrons probablement rien de nouveau aux chasseurs en leur signalant l'excellente qualite des cartouches de chasse que fabrique M. Chaudun pour tous les systèmes connus d'armes à feu, ainsi que celle des capsules de la maison Gevelot et de sa rivale, plus connue à l'étranger ; la maison Gaupillat. |

Si nous passons dans les expositions étrangères, nous constaterons que la Belgique a voulu conserver son rang dans l’industrie armurière, et que ses principales maisons ont envoyé de nombreux échantillons de leurs produits.

Dans la vitrine de M. Mangeot, on remarque de beaux fusils dont la monture en bois d’ébène est très-richement sculptée. Le revolver Comblain-Mangeot offre l'avantage de fournir un feu continu et de permettre d'ajuster à loisir, le chien restant immobile. |

MM. Lepage, qui ont une maisôn à Paris, ont une excellente collection d’armes de toutes les fabriques belges, et de tous les prix, depuis les fusils Cadet, à 5 fr. 30 C., jusqu'aux fusils de chasse de 500 francs et plus.

La maison Falisse et Trapmann, de Liège, présente une remarquable collection d'armes de guerre de toutes les nations,

et un très-bel assortiment de capsules de guerre et de chasse,

et de cheminées.

M. Lepage, de Liége, expose un fusil à quatre coups d’un système nouveau. Les quatre canons sont superposés deux à deux ; mais il n’y a que deux platines. La tête des chiens est

articulée de manière à s’allonger ou à se raccourcir pour

perculer successivement sur les deux cheminées de droite ou

de gauche.

M. Lemile, au milieu d’un nombreux assortiment d'armes de guerre et de chasse, expose un fusil double dont la crosse est très-richement sculptée. |

Les armes à glissière de M. Colette méritent de fixer l’attention.

Dans les vitrines de MM, Jansen et Colard; on remarque de

tres-belles boîtes de pistolets. Les pistolets de M. Colard sont montés en ivoire travaillé avec beaucoup de goût.

M. Malherbe a un très-beau fusil et une paire de pistolets riches qui se recommandent à l'attention des amateurs.

MM. Raick et fils ont exposé de bellès et bonnes armes de chasse, parmi lesquelles il faut remarquer un fusil et une paire de pistolets dont les ciselures sont très-finement exécutées.

Nous signalerons, dans les États sardes, la lumière mobile pour les pièces d'artillerie désignée par son auleur sous le nom de grain Mathis.

Elle est formée d’une espèce de boulon en cuivre rouge traversé par un trou longitudinal, et dont la tête se loge dans une creusure de même forme, pratiquée, dans la paroi intérieure du canon, autour du trou cylindrique OCCUPÉ par le corps du boulon, dont on rive l’autre extrémité à l'extérieur de la pièce, pendant qu’on soutient la tête à l'intérieur au moyen de deux mâchoires en fer tenues écartées par un coin de même métal. Si l'on a besoin de remplacer la lumière, il suffit d'enlever la rivure du boulon et de l’enfoncer à l'intérieur pour faire place à un autre, sans qu'il soit nécessairé de renvoyer la pièce dans un arsenal; l'outillage pour cette opération se bornant à un poinçon, à un marteau, et aux màchoires décrites plus haut,

En Prusse, l’objet le plus intéressant est le canon d’ acier fondu de M. Krubp., dont la durée doit être indéfinie: Les . Cuirasses, également en acier fondu, du même fabricant, sont très-notablement alégées sans cesser d’être à l'épreuve de la balle.

La fabrique de Roi den est dignement représentée | par MM. Lüneschloss et Hôller. Les vitrines de ces deux exposants renferment chacune une très-riche collection de lames de toutes formes et de tous modèles, dont les prix sont trèsmodérés. Ce qui distingue la: fabrique de Solingen, c’est d’abord la beauté du poli et l’ornémentation en or des lames. Elle se distingue aussi par les gardes de sabre, en fer ou en “ acier. Nous ferons particulièrement remarquer deux gardes d'épée, une paire de ciseaux dé bureau richement ciselée, un sabre acheté par l'Empereur, etune lame portant en relief le portrait de S. M.

Bien que les principaux arquebusiers de la Grande-Bre-

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