CLASSE XVII
Orfévrerie, — Bijouterie, — Industrie des bronzes d'art.
La dix-septième classe, que nous allons examiner, est l’une des plus riches de l'Exposition , soit par le prix des matières mises en œuvre, soit par leur valeur artistique.
Il y a quelques années, les branzes d’art, encore d'un grand prix ne pouvaient appartenir qu'aux plus riches ; aujourd’hui, grâce à la science qui a trouvé les moyens de réduire mathématiquement les chefs-d'œuvre de la sculpture, dans telle proportion que l’on désire, plus exactement et à moins de frais qu’on ne peut le faire en copiant ; grâce à l'emploi du zinc, qui remplace le bronze et coûte moins cher que lui,.
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comme matière et comme ciselure; grâce surtout à la galvanoplastie, les œuvres d'art pourront bientôt embellir la chambre de l'ouvrier intelligent et remplacer ces plâtres informes, ces gravures barbares qui satisfont mal ses instincts artistiques.
La vue, la possession de ces œuvres d’art, qui bientôt ne coûteront pas beaucoup plus que les bonshommes de plâtre et les gravures coloriées d'Épinal, épureront le goût et contribueront à moraliser ceux qui, jusque-là, n’avaient pu jouir que par la pensée des œuvres des grands maîtres.
Les inventions merveilleuses de la galvanoplastie, de la photographie, qui sont considérées par beaucoup d'artistes comme devant nuire aux arts, seront au contraire les instruments de leur affranchissement. |
Nous commençons notre revue par la joaillerie et la bijouterie.
Dans la grande nef du palais, une foule de visiteurs entoure une vaste vitrine, les dames surtout se pressent devant ce brillant assemblage de bronzes d'art, de colliers, de bracelets, de broches, de rivières de diamants décorés d’émaux, enchâssés avec art dans l'or et l'argent.
Cette vitrine renferme les bijoux, les pièces d’orfévrerie et les bronzes de choix, envoyés par plusieurs exposants ; c’est pour ainsi direle trophée de l’industrie parisienne, des bronzes d’art, de l’orfévrerie et des bijoux.
On remarque entre autres des parures de M. Lemonnier, un diadème de MM. Bapst, des bracelets de M. Duron, un élégant vide-poche de Mme veuve Béchet, des coupes et coffrets en cristal, montés en or et en argent, par M. Audot, et un surtout de M. Maurice-Mayer.
Toutes ces richesses sont dominées par la belle pendule en bronze doré, style Louis XV, exposée par M. Paillard qui, à la fois artiste et fabricant a épuisé toute la série des récompenses industrielles.
Presque en face est une espèce de châsse en verre entourée d’une balustrade. Sous cette châsse sont des diamants bruts et travaillés, exposés par M. Halphen, et au milieu de ces diamants, une pierre qui domine majestueusement les autres, c’est l'Étoile du Sud, pierre du Brésil, du poids de 425 carats.
Un peu plus loin est une vitrine devant laquelle une foule
curieuse se presse aussi; cette vitrine contient les objets d’orfévrerie et de bijouterie exposés au nom de M. Froment- Meurice, mort il y a quelques mois à peine, et dont le fils s’efforce de suivre les beaux exemples.
Des fleurs de pierreries reposent sur des feuillages émaillés qui copient la nature. Des broches, des bagues en or, avec médaillons en argent, entourés d’émaux , sont les plus jolis bijoux que l’on puisse voir, Des coupes , des vases d’or avec nielles en argent encadrant des figurines en ronde-bosse sont autant d'objets d'art. En voyant ces chefs-d'œuvre et ces bijoux on comprend que cette vitrine doit exercer une attraction invincible sur la plupart des visiteurs de l’Exposition.
Au premier étage, les vitrines de MM. Auguste - Paul, Guérin, Bapst et Neveu, Lefèvre, Magniadas, Heimann, Janvier, Rouvenat, ont un moins grand nombre de bijoux que celle de M. Froment-Meurice, mais ils ne sont ni moins artistement montés ni moins beaux. 11 nous faudrait un volume pour décrire toutes ces féeries, mais nous ne pouvons faire moins que de citer les châtelaines et broches de corsage de M. Guérin de Laval, de M. Lecointe, de M. Bapst, et de M. Magniadas, qui donne à ses produits une gracieuse originalité, de M. Heimann, de MM. Caussin et Lauranson, de M. Mananian : avec leurs feuillages émaillés et les feux de leurs éliamants, ils ressemblent à des feuilles couvertes de rosée. La nature est si belle que l'ambition des artistes est de l'imiter et de la fixer, pour ainsi dire, en reproduisant ses effets d’une manière durable. Les joailliers français atteignent ce but, et les hommes sérieux, qui dédaignent ces brillantes parures, sont encore forcés de les admirer sous le rapport de l'art et de l’habileté d'exécution.
M. Rouvenat a exposé une garniture de robe en diamants; cette garniture ayant la forme de Berthe peut-être démontée très-facilement et former un bandeau, un bouquet, un collier, une broche, en un mot, une parure complète.
Le diadème d'étoiles en brillants de M. Jacta ferait ressembler à une reine la femme qui saurait le porter, et je suis bien sûr qu’elle emploierait tout.son pouvoir pour posséder ensuite le bel éventail de MM. Marret et Beaugrand, le bouquet de pierreries et émaux de M. Mellerio et les bijoux de M. Rudol-
phi, d’un style si original, qui ressemblent à des bijoux historiques.
Les parures de pierreries montées sur argent repoussé et émaillé de M. Petiteau sont vraiment remarquables.
MM. Halley, Chobillon et Lemoine ont des vitrines garnies d'une profusion de croix d'ordres et de décorations à donner le vertige aux ambitieux.
Les décorations d'ordres maçonniques exposées par M. Mignet fils ne sont pas moins désirées que les autres; que voulez-vous, c’est la faute de M. Mignet, ses décorations sont si jolies!
Mais nous ne pouvons quitter les joailliers des pierres fines sans mener les visiteurs sous la rotonde du Panorama, au centre de läquelle M. Lemonnier expose les diamants de la couronne. Tout lemonde connaît, ou du moins, a dû entendre parler du gros diamant acheté, sous Louis XV, par le régent, qui lui a donné son nom; ce diamant, qui pèse 136 carats (27 grammes 320), est estimé près de cinq millions.
La plus riche des quatre parures de cette collection vaut plus d’un million, un simple collier vaut 130 000 fr.
Le plus riche objet est une couronne composée de 5200 brillants, 446 roses et 59 saphirs. La valeur réunie de toutes ces pierres atteint 44 millions 700 000 francs.
Enfin , toutes les pierres précieuses appartenant à l'Etat sont au nombre de 64 800 et valent près de 21 millions.
Revenons au premier étage du Palais et continuons notre revue par les vitrines de MM. Savary et Mosbach, Masson, de Mme veuve Béchet et Delecourt, de MM. Braut, Bouillette ét Hyvelin, Olivier Fournier, Regad, et Benoît-Gonin du Jura; elles ne sont pas à première vue moins brillantes que celles visitées d’abord, et cependant les pierreries contenues dans ces dernières vitrines sont fausses, mais si bien imitées que beaucoup de visiteuses y sont trompées ; comment croire, en effet, que ces bijoux si bien montés, aux feuillages si naturels, aux émaux, aux couleurs si vives, servent de monture à des pierreries qui n’en sont pas, en un mot à du strass.
Le corail est représenté par MM, Barbaroux et Garaudy de Marseille qui ont envoyé de beaux spécimens en colliers, bracelets, broches, etc. M. Arsène Gourdin expose aussi de beaux bijoux de corail , entre autres un bouquet de roses; on
trouve au-dessous de sa vitrine un intéressant fragment de rocher de corail.
M. Truchy et M. Constant Valés ont exposé des perles vraies et fausses de toutes dimensions.
Les dames en deuil, ne doivent pas porter de bijoux, et une femme sans bijoux, disent-elles, est un rosier dépouillé de ses fleurs. Heureusement , la nature est inépuisable de bonté pour elles, comme l’homme est inépuisable d’intelligence; voici MM. Bergé de Labastide (Ariége), Dufour et Jahan-Manchon de Paris qui font colliers, bracelets, broches, chaînes, bagues, etc., du plus beau noir ; M. Jahan a employé le jais pour en faire un cadre, composé de feuilles de vignes et de grappes de raisin, M. Dufour, toute une garniture de cheminée : cadre de glace, pendule, candélabres, garde-feu, le tout en jais très-finement travaillé. |
En demi-deuil, on ne doit porter ni le jais qui est trop triste, ni bijoux d’or et de pierreries qui sont trop gais; MM. Daniel et Lesourt, Bourgain fils, Frichot et Buisson répondent à ce besoin intermédiaire; voyez scintiller leurs vitrines comme si elles étaient remplies de diamants, et cependant tous ces bracelets, ces croix, ces bijoux de toutes sortes ne sont qu'un brillant composé de perles et de plaques d’acier au nombre inouï de facettes; et commeM. Dufour voiciM. Frichot qui vous offre aussi une garniture de cheminée tout en acier : pendule, flambeaux, garde-feu, chambranle, tout brille, car chaque rayon lumineux se réflète dans les milles facettes de l'acier.
L'orfévrerie proprement dite, c’est-à-dire, l’art de travailler, fondre, ciseler l'or et l'argent, donne un résultat moins brillant que l’art de la joaillerie; car les pierreries si naturellement brillantes embellissent les bijoux et contribuent beaucoup à l’effet que l'artiste en peut obtenir. Il n'en est pas de même pour les bijoux d'or et d’argent seulement, qui n’ont de valeur artistique que celle que l’orfévre leur a donnée comme modelage et ciselure. Les orfévres exposants l'ont bien compris, car tous les bijoux sont très-beaux; quelques-uns sont admirables et peuvent passer pour des œuvres d’art que Benvenuto Cellini contemplerait avec plaisir.
Un ostensoir et plusieurs ornements d'église, envoyés de Lyon par M. Favier et neveux, commencent la série de l’orfévrerie religieuse: l’ostensoir, du style du xn‘siècle est dessiné
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par M. Desjardins, architecte. Pourquoi donc toujours repro: duire le style des époques éloignées? pourquoi ne rien faire qui, Comme œuvre d’art originale, soit digne du xix° siècle. M. Desjärdins est cependant bien capable d'innover.
Avec sa belle agrafe de chape Mile Fauveau prend une place importante dans la vitrine de M. Favier.
Un autel en orfévrerie repoussée, sortant des ateliers de M. Poussielgue-Rusand, a été fait, d’après les dessins de M. Questel, architecte. Cet autel, destiné à l’église Saint-Martin d’Ainay à Lyon, est du style du xrr:° siècle. |
Lorsqu'il s’agit d’une restauration ou d’un objet mobilier destiné à un monument existant, on ne saurait blâmer l'artiste de faire son œuvre du même style.
M. Viollet-Leduc, l’habile architecte, a fourni pour la cathédrale de Clermont les dessins d’un autre auteldont l'exécution, en vermeil et cuivre doré, n'est pas le moindre titre de M. Bachelet. | |
. Comme travail d'émaux et d’orfévrerie, ces autels sont remarquables, quoique les candélabres soient un peu lourds dans leurs détails. Le tahernacle de l'autel de M. Questel est très-joli.
Ne quittons pas l’orfévrerie religieuse sans parler de la reliure or et argent d'un livre d'heures, envoyé par M. Thouret, Deux bas-reliefs de l’Ancien Testament, deux autres dont les sujets sont puisés dans les nouvelles Écritures, sont encadrés, dans des rinceaux délicieux : ces quatre bas-reliefs sont du sculpteur Justin.
Un ostensoir en or.et argent avec ornement de pierreries et d'émaux est exposé par M. Thiéry. |
Dans les bijoux proprement dits, l'or et l'argent se marient harmonieusement, et les émaux viennent souvent ajouter à l'effet d'ensemble. Ceux exposés par M. Rudolphi ont un ca-
ractère original ; on remarque un beau vase à plateau d’argent
avec bas-reliefs représentant des scènes de la mythologie scandinave.
Dans ia vitrine trophée, M. Lesueur expose une coupe indienne sur laquelle est une figure bien campée, au pied, un Indien renversé combat contre un tigre. L'énergie, la beauté de ces sculptures que M. Lesueur a exécutées lui-même dénotent un talent remarquable. |
La vitrine de M. Wiese est des mieux composées, et il faudrait admirer longuement tous les objets, coffrets en or et argent ciselés et émaillés, bijoux, entre autres un bracelet composé de médaillons d’or enchatnés les uns aux autres ; ces médaillons, du milieu desquels surgissent de petites têtes renaissance en argent, entourées d’ornements émaillés, sont d'une grande valeur artistique. |
Tout près de cette collection sont un vase et des armes appartenant au baron Bro; les armes, ornées d’incrustation en or ont été faites sous la direction de M. Le Page.
Le vase en argent repoussé est de M. Wechte, artiste français qui modèle des vases dont les figures rappellent les grands maîtres florentins, même Michel-Ange, s'il est permis de lui comparer quelqu'un. Nous trouverons dans l'Exposition anglaise des œuvres de M. Wechte encore plus importantes que celle-ci, M. Wechte étant en Angleterre depuis plusieurs années.
Un surtout de table argent et or, dont l’ensemble est majestueux , avec détails et figures bien agencées, forme la pièce principale de l'exposition de M. Durand; nous regrettons de ne pas connaître le nom de l'artiste qui a modelé ce surtout.
Un bel huilier en argent ciselé, dans lequel des bouteilles en cristal bleu font un très-bon effet, est exposé par M. Cosson-Corby; un service à thé en argent émaillé, de style arabe, par M. Marrel ainé.
Nous remarquons encore un magnifique bouclier de chasse avec figures d'hommes et d’animaux en ronde -bosse dans des médaillons entourés de branches de feuillage; le bouclier est en tôle, les figures et ornements en bronze argenté par l’électricité. Cette pièce, exposée par M. Casses , a été composée et modelée par M. Fournier, sculpteur.
M. Rossigneux expose une jolie coupe d'argent.
Un joli coffret à bijoux en argent se remarque au milieu des objets exposés par M. Veyrat.
Les vitrines d’orfévrerie placées dans la galerie supérieure ne sont pas moins richement garnies, et nous regrettons de ne pouvoir y jeter qu’un COUP d’æœilrapide. N ’oublions pas Cependant les richesses exposées par MM. Auguste-Paul, au milieu desquelles domine un couteau de chasse, style Louis XIV,
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avec poignard de défense; la gaine et la poignée de ce couteau, fondu et ciselé en argent, ont été dessinées par M. Diéterle. Voici les vitrines de M. Thénard et de M. Roucou qui toutes deux sont pleines de pommes de cannes et de cachets d'or, d'argent et de bronze, dont quelques - uns sont des objets d'art. La place voisine est remplie avec les dés de M. Lorillon, dés en or, en argent , avec des émaux, dés entün, qui sont capables de donner envie de coudre aux plus paresseuses, |
L'exposition de M. Lecointe, déjà garnie d’un beau ciboire et de parures, s’enrichira encore dans quelques jours d’un magnifique service à thé-or et argent, auque! cet artiste travaille avec ardeur, et qui sera décoré de gravures à l’eauforte par l’habile graveur, M. Salmon.
Voici des verres montés en or et en argent, un narghilez et un magnifique poignard dont la poignée est un squelette; sur la gaine, aussi en argent, Satan précipite un damné. Ce sujet dramatique est bien rendu, Satan a l’air très-féroce et le damné très-désespéré.
N'oublions pas les jolies tabatières en or et en argent de M, Chancefoin et de M. Picard, et les bijoux de M. Andral d’Aurillac, de M. Lateitin. |
Voici des bracelets de M. Ray et des chaînes en or sans incrustation d’'émaux de M. Prudhomme, et cependant ces bracelets et ces chaînes sont superbes par le tini du travail ; tous ces anneaux , toutes ces plaques s’emboîtent et se recouvrent comme les écailles d’un poisson.
Ces coffrets, ces flacons de cristal, renfermés dans des branchages d’or et d'argent enrichis d’émaux, sortent des ateliers de MM. Tournay et Mumerelle.
Cette magnifique collerette, composée de petites étoiles d'argent reliées entre elles par des fils si légers que le tout ressemble à de la dentelle, fait honneur à M. Dafrique.
Ces résilles, ces bracelets et bijoux en filigrane d’or et d'argent sont de M. Payen.
Ce beau collier en or, pierres et émaux, est exposé par M. Janvier. |
Ce bouquet de lis et de roses en argent, de grandeur natuelle, de M. Plique, prouve que Fhomme peut tout imiter, tout faire, mème ce qui paraît impossible : voyez plutôt
M. Grichois, qui a inventé l’orfévrerie inter-cristal, et qui, à l’intérieur du cristal d’une coupe, d’une assiette, d'un verre, suspend des guirlandes d'argent ou d’or.
Voici M. Toussaint qui a fait le contraire de ce que font les autres orfévres; si MM. Greliche, Morel, Drault, Darlay et Latreille, de Bordeaux, Berdoulat, de Toulouse, et tant d’autres, imitent les plantes et les fleurs avec l'or et l'argent, M. Toussaint fait de l’orfévrerie avec les plantes. Au moyen de l'électricité, il recouvre les feuilles, les fleurs, d’une couche d'argent ou d’or, ou bien il trouve les éléments de ses compositions dans la partie ligneuse des feuilles desséchées du cactus, en forçant la nature à lui faire ses modèles. Pouvait-il choisir un meilleur artiste? M. Clément, de Loudun (Vienne), à fait comme lui, et il a exposé un magnifique arbuste avec des oiseaux, obtenus d’après nature par la galvanoplastie.
Nous arrivons en courant devant les vitrines des objets d’orfévrerie argentée, dorée ou plaquée, qui peuvent à certains égards rivaliser avec l’orfévrerie d’or et d'argent.
Les pièces de cette orfévrerie sont dorées ou argentées au feu par quelques-uns, par d’autres au moyen de l’électricité; ce dernier moyen est employé par MM. Casses et par M. Christofle, qui expose sous la rotonde du Panorama un service de table pour cent couverts, dont plusieurs parties sont en argent; les autres sont argentées par l'électricité. M. Flosange, M. Boëx, M. Gueyton, dont nous aurons à parler à propos des bronzes, M. Halphen, qui peut vendre des couverts argentés à 6 francs, MM. Lionnet frères, elc., sont tous dans le même cas. +
Ces dépôts de métaux précieux s’obtiennent par une voie électrique dé la façon suivante. Dans un bain de cyanure de potassium, on fait dissoudre un sel d’or ou un sel d'argent; on placé ensuite au pôle négatif d'une pile assez énergique de Bunsen les pièces de cuivre à recouvrir; au pôle positif se trouve une lame d’or ou d'argent. Aussitôt que le courant passe, le métal précieux se dépose sur le cuivre, et comme celui de la plaque se dissout à mesure, la liqueur conserve toujours la même saturation et peut donner un dépôt homogène. On fait une opération tout à fait analogue pour recou- vrir de cuivre les objets de zinc et obtenir les produits nom-
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més bronze-composition : on remplace les sels d’or et d'argent par du sulfate de cuivre qu’on ajoute au cyanure de potassium (fe comme précédemment, et les plaques des métaux précieux sont remplacées par une anode de cuivre.
MM. Savard, Plichon, n’emploient pas ces nouveaux pro- | cédés, ils font des bijoux plaqués, c’est-à-dire en cuivre ou
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Wal à en alliage, recouverts d’une feuille d’or à 0,750, le même fl titre que celui de la bijouterie d’or.
ar || MM. Balaine, Halloi, Mme veuve Naudin, M. Sanders,
M. Marguerie, M. Bender, M. Dobbé, M. Foasse, M. Durafour, M. Lelong, M. Callot, ont exposé de très-jolis bijoux, dorés par l’un ou par l’autre des procédés dont nous venons de parler.
MM. de Ruolz et de Fontenay et M. Fougères exposent des objets d’orfévrerie et des couverts faits avec un alliage massif, sans placage, remplaçant l’argenterie et coûtant beaucoup moins.
M. Moussier a exposé des couverts, des plateaux, etc., en un métal imitant l'argent, sans alliage de cuivre, sain, il solide et n'ayant pas besoin d’argenture ; ce métal, que l’on | ne pourrait ciseler aussi finement que l'argent, est d’un bon marché inouï, comparativement aux prix ordinaires; ainsi un couvert coûte 2 fr. 50 c., la douzaine de cuillers à café, 6 francs.
Cette partie de l'Exposition est sans nul doute une des plus intéressantes; faire à bon marché est ure condition absolue maintenant; mais on est heureux de voir qu'on soit arrivé à donner à ces produits une valeur artistique réelle. S'il n’y a plus guère en France de grandes fortunes capables de payer à leur valeur de beaux vases d’or et d'argent, il y a beaucoup de gens de goût qui sont bien aises de pouvoir acheter des œuvres d'art. M. Christofle, M. Halphen, en France ; M. Elkington, en Angleterre, nous semblent avoir bien’ compris l'esprit du siècle, et sans doute le succès leur prouvera qu'ils marchent dans la bonne voie.
| Il nous faut quitter les questions d'économie usuelle pour | remonter dans le domaine des arts.
Nous avons à examiner les jolis produits exposés par Les émailleurs; mais admirons auparavant ces délicates incrustations d’or et d'argent sur acier qui sont-dues au talent de
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M. Pérot. Ces coffrets d'acier damasquinés sont exposés par M. Henry.
. Nous regrettons de ne pas voir ici les gravures à l’eauforte et les incrustations d'or et d’argent que M. Salmon fait avec tant de goût et de soin.
N'oublions pas les jolis animaux presse-papiers or, argent et bronze de M. Bouchet. |
L'art de l'émailleur a été peu cultivé pendant quelque temps : les procédés étaient perdus ; lorsque , il y a quelques années, des artistes cherchèrent, et, aidés par d'habiles chimistes, retrouvèrent les procédés employés par les émailleurs du moyen âge. M. Legost est un de ces savants artistes à qui l’on doit une partie de ces découvertes; il a restauré les émaux de plusieurs des tombeaux de. la crypte de Saint- Denis, et exposé des bronzes avec dessins champlevés remplis d'émaux fondus, rappelant les formes et le caractère des émaux des xr° et xrr siècles. |
On doit à M. Charlot de nouvelles formes de vases, de coupes qu'il sait décorer d’émaux recouverts, par parties, de feuilles d'or découpées en ornements capricieux. Ces étoiles et ces ornements d’or, semés sur le bleu ou sur le rouge de l'émail de ces jolies coupes, leur donnent un cachet tout particulier; ces œuvres ne sont pas seulement une imitation du passé, elles présentent un caractère de nouveauté remarquable.
M. Gossart a produit et exposé de belles tasses, des flacons, des coupes émaillées et montées en bronze, qui ressemblent à la belle porcelaine de Sèvres.
M. Deverdun est parvenu à imiter, au moyen de l’émail, le jaspe et le lapis; ces imitations intéressantes lui ont valu pour elles l'entrée du muséé de Sèvres.
Voici un autre émailleur de talent, M. Dotin, qui a produit des plats et des assièttes qui, comme dessin et couleurs, rappellent les faïences de Bernard de Palissy. ;
Les émailleurs français sont peu nombreux, mais leurs produits sont remarquables; nous verrons tout à l'heure que les émailleurs des autres nations n’ont produit que des émaux sur bijoux, et qu’ils sont surpassés par les nôtres.
La sculpture sur camées, sur onyx et sur cornaline est représentée par M. Titus Albités, quelques-uns des por-
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traits faits par Cet artiste rappellent les béaux camées antiques. |
La mosaïque, qui est d’origine italiennë, à aussi ses représentants français à l'Exposition, MM. Robert et Barri. Tout le monde sait que l’art du mosaïste en bijoux consiste à poser et sceller les uns près des autres d'imperceptibles morceaux de marbres de couleurs différentes, ét de représenter ainsi des monuments, des animaux ou des paysages. Ce travail est long et ne se prête pas à la fougue artistique; de plus ses résultats sont peu satisfaisants lorsqu'on examine lés mosaïques de près; c’est un travail de patience et de détail, qui ne produit un très-bon effet que de loin. 3
M. Jarry a exposé une table dont le dessus ést en mosaïques de lapis luzzüli; elle est aussi remarquable à cause du pied en argent qui la supporte et du cadre qui l'entoure. Dés enfants se poussent pour atteindre en grimpant une Corbeille de fruits qui supporte cette table. LA mosaïque du dessus est d’un fini satisfaisant; l’orfévrerie du pied et de la bordure est une œuvre d'art. Cette partie de l’œuvre a toutes nos préférences. | |
L'industrie des bronzes d'art comprend la sculpture, le moulage, la ciseluré et la dorure. is
Le sculpteur apporte son œuvre, le fondeur la prépare pour la fonte, lé monteur en bronzes en rassemble les troncons épars et la livre au ciseleur ; la dorure et la mise en coulèur complètent cette série d'opérations dont le prix ne laisse pas que d'être considérable. Ç
Plusieurs fabricants ont cherché à réduire ce prix en rémplagant le cuivre par le zinc, dont la valeur intrinsèque est beaucoup moindre , qui se cisèle beaucoup plus facilement, et qui, lorsqu'on fond en coquille, c’est-à-dire dans des moules de métal, péut quelquefois n’être pas retouché. La plupart du temps on récouvre le zinc d’une couche de cuivre par, voie galvanique, le cuivre est ensuite bronzé par difiérents procédés. |
Les fabricants de bronze. prétendent que l’on ne peut 0b= téhir une reproduction én zinc aussi belle et aussi nette come ciselure qu’avéc le bronze; MM. Miroy, Boy, Laureau, Lefèvre, Duchâteau, Dubois et Soulas ont exposé des statuettes, des candélabres et des presse-papiers en zénc fondu
dont l’aspect est aussi beau, dont les ciselures sont aussi fines que si ces produits étaient en bronze. Il est cependant difficile d'obtenir une couleur en tous points satisfaisante et durable.
Dans la grande nef sont de grandes figures, des chevaux et des candélabres en bronze sortis des ateliers de M. Calla, de M. Thiébault, de M. Morin, de M. Vittoz, de M. de Labroue et de M. Eloy Dupont. Au fond de la nef, et sur un -piédestal très-élevé, est une statue de reine toute dorée des pieds à la tête et exposée par MM. Eck et Durand. La lumière joue et glisse sur cette masse de dorure et produit de singuliers chatoïements sur le visage de cette pauvre reine. Des figures dorées font très-bon effet, mais lorsqu'elles sont petites; M. Graux-Marly l’a bien compris à propos de ses tor- Chères, dont les draperies seules sont dorées.
Nous voici devant l'exposition de M. Barbedienne : au fond, la réduction d’une porte du baptistère de Florence, chetd'œuvre de Eorenzo Ghiberti, le grand artiste florentin ; à gauche , le Laocoon en bronze ; à droite, le Moïse de Michel- Ange; en avant le Penseroso , le Jour et la Nuit de Michel-
Ange; la Vénus de Milo ,et, comme chefs-d'œuvre modernes va
la Pénélope de Cavelier, la statue équestre de François Je par Clésinger ; le tout entremêlé de vases, de coupes, de brûleparfums byzantins,'de statuettes, de cachets d’un goût et d’une exécution irréprochables ; parmi tous ces trésors nous distinguons les amphores de Henri Cahieux, jeune sculpteur moissonné ces mois derniers ; ces trépieds qui ressemblent à l’antique sont aussi de lui. ;
Et tous ces bronzes de l'antiquité et,du moyen âge ne sont pas des copies plus ou moins exactes des chefs-d'œuvre originaux ; mais des réductions mathématiques obtenues par les procédés de M. Collas, procédés à l'aide desquels la réduction . s'opère mécaniquement à une échelle déterminée.
Si nous n'avions encore tant à voir, nous dirions quelques mots du bénitier byzantin en or et émaux par M. Legost, qui, dans quelques jours, viendra augmenter la splendeur de l'exposition de M. Barbedienne.
La montre de M. Denière est aussi très-bien et très-richement Composée. Au premier plan, voici tout un service de table en bronze doré exécuté dans les ateliers de M. Denière
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