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Ébénisterie étrangère.
L'ébénisterie anglaise a généralement un aspect qui diffère entièrement des nôtres, et qui, si nous en jugeons par les produits exposés, comporterait difficilement lélégance. Graham, de Londres, a pourtant exposé dans la nef un magnifique meuble en ébénisterie de bois de rose, avec quelques parties de marqueterie, surmonté d’une glace richement entourée d’un cadre sculpté et doré. Le dessin de ce meuble est dù à Eugène Brigneaux, il y a quelque temps dessinateur de la maison Fourdinois, et maintenant attaché à celle de Graham : il est du plus beau style Louis XVI, délicat et ferme, comme on savait les composer à cette époque.
L’ébénisterie, qui est bien traitée, est tout entière l'ouvrage des ouvriers anglais, ainsi que la dorure du cadre, qui est extrêmement bien faite et dont le ton s'harmonise admirablement avec la dorure des bronzes; quant à la ciselure , elle sort en grande partie des ateliers français. Quoi qu’il en soit, ce meuble fait le plus grand honneur à l’intelligent fabricant qui l’a fait exécuter. Nous nous permeltrons de lui adresser un reproche sur le choix des médaillons de porcelaine , dont les tons sont crus et dont le dessin est médiocre.
Dans cette partie de l'exposition anglaise, qui est trèspauvre, il faut l'avouer, on trouve encore un cabinet en bois noir, bien exécuté par Holland. Il a eu le tort, suivant nous, de faire entrer dans son ornermentation des grisailles qui s'accordent mal avec le genre du meuble.
Hansen, de Copenhague a envoyé une bibliothèque en chêne très-bien travaillée, dans le style gothique.
Les chaires hollandaises dans le même style, qui sont exposées dans la nef, sont très-étudiées, et l'exécution des figures et des rinceaux est parfaite; les sculpteurs qui ont apporté leur talent à ces deux pièces remarquables, même au point de vue de l'architecture et de l'archéologie, sont d'habiles artistes; elles figurent au catalogue sous les noms de MM. Cuypers et Stolzemberg, de Ruremond, et de Neneman, de Boisle-Duc.
Les autres pays n'ont rien dans cette section qui mérite d’être signalé. L'Inde qui, si souvent, l’emporte sur des pays
d’une civilisation plus avancée, est restée pour la sculpture à l’état sauvage; mais elle rachète ce défaut par le travail délicat de ses mosaïques d'ivoire et de bois que personne n’a encore pu égaler, pas même Marcelin, qui a exposé quelques jolis échantillons d'imitation en ce genre dans l'exposilion française, qui conduit au Panorama. Plusieurs de ses parquets sont des chefs-d’œuvre de dessin, et personne, mieux que lui, ne sait combiner les lignes et marier les bois. Ses boiseries pour l'intérieur des navires et des bateaux à vapeur, forment une décoration très-agréable, et tout à fait applicable à l'usage auquel elles sont destinées.
Coffrets et nécessaires.
: L'industrie des coffrets, où la fantaisie règne en souveraine, est essentiellement une industrie parisienne; le goût dirige leur forme et préside au choix des bois et des bronzes qui les composent.
L'industrie des nécessaires est plus particulièrement d’origine anglaise; longtemps Londres n'eut pas de rivaux dans. cette fabrication. Aujourd’hui ; Paris lutte avec elle et lutte avec avantage, même pour tous les articles de maroquinerie. Aucoc est, sans contredit, le premier fabricant d’orfévrerie de nécessaires ; le fini de ses pièces comme ciselure et comme guilloché est très-remarquable. Est-il rien de plus riche, de plus délicat, de plus gracieux tout à la fois, que son nécessaire de vermeil avec cette charmante guirlande d'ors de différentes couleurs.
Il expose encore un nécessaire en argent guilloché, dont les flambeaux sont délicieux ; ils représentent un pied de roseaux surmonté d’un nid destiné à recevoir la bougie. |
Tahan est le metteur en œuvre de tous les fabricants réunis dans cette salle : il va les chercher ailleurs encore , partout où il y a un ouvrier de talent, il frappe à la porte et sait se faire ouvrir. Son talent, à lui, est de savoir choisir, de s’approprier le talent des autres, de le diriger et de le faire servir à ses affaires sans nuire à leur intérêt , soit qu’il fasse des commandes d’après ses dessins, soit qu’il leur achète leurs œuvres déjà faites.
Aussi, voyez ; son exposition embrasse toutes les branches :
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nécessaires garnis, tables à ouvrage, coffrets de toutes sortes,
jardinières, caves à liqueurs, cages, prie-dieu, buvards , enlin, les mille petits riens qui ne sont quelque chose que par le goût avec lequel ils sont traités, il butine de tous côtés. D'ailleurs, fabricant lui-même, il a des ouvriers qu'il dirige et qu’il emploie, des ouvriers habiles qui produisent cette belle bibliothèque en acajou, avec cuivres dorés si riches et si bien ciselés : c’est du Louis XVI d'une exubérance peut-être regrettable ; tant de bronzes donnent de la lourdeur à ce meuble, dont toutes les parties sont soignées jusque dans l’intérieur, qui est couvert de marqueterie.
Giroux est le seul concurrent sérieux de Tahan , c'est le même principe étendu aux jouets , aux bronzes et aux tableaux. Sa spécialité, c'est de vendre de tout. La jardinièrecage qu'il expose est d’un style ravissant, et ses proportions bien combinées, ses bronzes bien disposés, nous la font préférer à celle de Tahan qui, du reste, est plutôt une volière. La sculpture de son écran doré manque de légèreté, la peinture en est fine et bien choisie; une belle pièce encore, c'est son jeu d'échecs en argent.
Puisque nous voici dans son voisinage, un mot sur Jeanselme aîné, l’un des premiers ébénistes de Paris. Disons que, quoique belle , son exposition n’est pas à la hauteur de sa réputation ; très-certainement il fait mieux que ne promet cet échantillon; si vous voulez vous en convaincre, visitez ses ateliers, et vous trouverez dans sa fabrication ordinaire des pièces moins riches, mais meilleures que celles qu’il a dans la nef.
Cette digression achevée, retournons aux nécessaires.
Audot, avec des nécessaires dont l'un est garni en vermeil émaillé d'un très-bon goût, expose encore des petits meubles de dames ; l'un d’eux a été fait avec du bois de thuya : c’est un bureau surmonté d’un cartel, il a été disposé sur tout dans le but de prouver qu'avec ce bois on peut vaincre les difficultés du placage: il a des enroulements bien compris et bien exécutés,
Pour qu’un nécessaire soit commode, il faut qu’il présente à l'œil et d’un seul coup tout ce qu'il contient, qu'on puisse Prendre les pièces et les remettre aisément : ceux de Sormani remplissent parfaitement ces conditions, et méritent pour cette
raison qu'on les recommande ; il en est de même de ses sacs de voyage qui renferment sous un petit volume tout ce dont on peut avoir besoin; l'industrie anglaise elle-même n’en offre pas de mieux disposés.
Laurent et Leruth sont, de tous les fabricants de coffrets, ceux dont l'ébénisterie est la plus soignée ; on peut donc citer toutes les pièces de leur exposition si variée dans ses formes, comme de véritables modèles en ce genre.
La maison de Midoc et Gaillard est remarquable pour le soin qu’elle apporte à la maroquinerie ; les peaux sont bien choisies et bien travaillées, et les consommateurs qui ne peuvent atteindre aux nécessaires en ébénisterie, dont les prix sont toujours assez élevés, trouveront dans leurs magasins de quoi satisfaire tout à la fois leur goût et leur économie. Ils ont dans leur vitrine un nécessaire-pupitre en maroquin qui répond à tous les besoins du voyage, pour la toilette et la correspondance. Jusqu'ici l'Écosse seule produisait cette multitude de petits objets quadrillés à la couleur des différents clans : Genez a très-heureusement imilé cette fabrication ; ii l’a aussi reproduite sur Cuir verni, ce qui permel de l'appliquer à des objets nouveaux, tels que sacs à ouvrages, pantoufles , etc. Les étuis à cigares , les porte-monnaie, les portefeuilles , nous venaient, il n'y a pas bien longtemps encore, de l'Allemagne ; maintenant nous les fournissons à l’AIlemagne et nous les répandons dans tout le monde, grâce aux améliorations intelligentes, nous dirons presque aux inventions que Schlosse y a introduites; son système de fermeture, pour lequel cette maison a un brevet, les rend commodes et solides à la fois. Chacun trouve chez ce fabricant quelque petit objet élégant à son usage : dames, voyageurs el fumeurs pourront y satisfaire leurs goùts , leurs fantaisies et leurs besoins. Comme nouveauté, il a exposé un sac de nuit renfermant une table, dont l'usage est applicable aux chemins de fer.
Coffrets et nécessaires étrangers.
L'Allemagne, qui avait autrefois une grande réputation pour sa maroquinerie, est aujourd’hui tout à fait dépassée par la France et par l'Angleterre, non pas qu'elle ait cessé de
bien fabriquer ; elle travaille toujours très-bien le cuir, et ses
portefeuilles unis sont encore parfaits, comme nous le voyons chez Klein, de Vienne, et chez Couda £cheidet et Cie, de Francfort; mais ses deux rivales ont apporté dans la confection de ces objets, comme nous le disions en commençant ce paragraphe , des perfectionnements qui les rendent plus appropriés à nos usages. Les fabricants anglais de cette section ont Lous exposé des sacs, des trousses et des nécessaires portant le même cachet ; il ne nous a pas semblé qu'il y ait chez eux rien de nouveau ni rien de bien différent dans les formes. Leuchars nous parait être celui qui a le mieux réussi dans l'exécution, et celui dont les produits sont le plus soignés.
La maison Delarue est la maison la plus importante, comme affaires , de tout le commerce de la papeterie de luxe. Nous avons parlé ailleurs de sa machine à enveloppes, de ses papiers irisés et de mille détails dans lesquels elle excelle : nous y ajouterons ici un mot relatif à sa maroquinerie de bureau ; elle est fort soignée comme travail du Cuir, et en outre comme formes et comme application de chacun de ces objets à l'usage, il n’y a que des éloges à donner à ces industriels. Le travail de leurs cartes à jouer, dans la partie qui remplace nos tarots, est fort bien traitée, et le lissage est si parfait qu'elles se salissent très-diflcilement et qu’elles supportent même un lavage.
L'Amérique a appliqué l’usage de la gutta-percha et du caoutchouc durei à la fabrication des meubles. Jusqu'à présent rien ne semble promettre que ce soit là une innovation heureuse; cependant il ne faut pas trop se hâter de la condamner, peut-être que des ouvriers habiles pourront en tirer parti. Ringuet-Leprince, un de nos bons ébénistes , à vendu sa maison à Paris et en a monté une à New-Yorck; il a apporté, comme échantillon de ses produits américains, un buffet d'une belle exécution, qui prouve qu'une bonne direction dans l'industrie peut produire d’heureux résultats.
Papiers peints. —C’est une erreur de demander à une industrie plus ou autre chose que ce qu'elle peut donner ; faire des tableaux en papier peint, c’est un tour de force peut-être, mais le résultat est un produit qui est tout à la fois une mauvaise décoration et un mauvais tableau. Jusqu’à présent on S'élait borné à faire des panneaux de fleurs ; cela était à un
certain point tolérable. Cette année, les principales maisons ont exposé des scènes à personnages, el ont, suivant nous, avec les moyens encore incomplets de la fabrication des papiers peints, eu tort, non pas de l'essayer, mais de nous montrer ces essais qui sont très-chers el n’ont qu'un effet médiocre. Chercher par des teintes plates à rendre Îles tons et les reliefs de la peinture, c’est manquer le but de l’art, dont les trois conditions principales sont, avec la composition heureuse, la correction du dessin, la justesse de la perspective et l'harmonie des tons.
Il n’y a, à vrai dire, de papiers peinis que ceux sortis des fabriques françaises. Nos industriels de cette section ont des dépôts dans tous les pays étrangers, et leurs produits sont recherchés pour le goût qui les distingue ; on à fait des essais infructueux pour les imiter, même avec le secours de nos meilleurs dessinateurs. Nous n'avons donc pas à craindre de concurrence. (
Il y a dans cette section un produit complétement nouveau, dû à la maison Geroux, et nous nous plaisons d'autant plus à le signaler, que son application rentre tout à fait dans les conditions que nous demandions en commencant aux papiers peints. |
Avec le papier de tenture, on n’était parvenu jusqu'a ce jour qu’à imiter imparfaitement les effets donnés par les étoffes ; des efforts tentés dans ce sens par M. Genoux ont été conronnés d'un plein succès. 11 a su donner à cette fabrication nouvelle l'aspect des brochés de toute nature, Soie, OT Où argent; le broché de soie, couleur sur couleur, nous à surtout frappés par sa finesse, la perfection du travail et de goût qui règne dans l’ensemble. Hyaun parti merveilleux à tirer de ces sortes de tentures pour la décoration des appartements, et nous félicitons l'ingénieux inventeur de ce procédé, qui est très-simple, et qui, par conséquent, west pas très-coùteux dans ses résullats. |
M. Genoux a eu à décorer, avéc ses produits, la salle où Fourdinois expose sa cheminée renaissance merveille de sculpture et de goût qui confirme à cet habile ébéniste la réputation qu'il avait acquise à Londres. I a parfaitement tenu la promesse que nous faisions pour lui dans la première partie de ce travail; ce quil a envoyé depuis le commence-
ment de l'impression de ce livre surpasse tout ce que l’on pouvait espérer, et ce mélange de marbre, de bois et d’or mérite que nous revenions sur ce que nous avions dit déjà pour le signaler d’une manière toute spéciale à l'attention des visiteurs du Palais de l'Industrie.
Nous ne terminerons pas cet article sans dire un mot des maisons Zuber et Délicourt, ces maisons considérables, et depuis si longtemps connues dans l'industrie des papiers peints. k
Quoique nous ayons commencé par donner notre opinion très-franchement sur l'inutilité des tableaux en papier peint, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître tout le talent qu'il y à dans ce panneau, reproduction d'un tableau de Muller, qui représente la jeunesse, et qui, dans ce genre, va plus loin qu'aucun autre produit analogue des concurrents de M. Délicourt,
Stores.— L'industrie des stores a pris depuis quelques années un développement considérable, et ses progrès ont été en raison directe de ce développement. On est arrivé à composer dans ce genre de véritables tableaux pleins de grâce et de finesse, dont le commerce d’exportation s’est emparé; nos produits se sont répandus promptement dans les pays chauds qui décorent avec eux l'intérieur de leurs maisons.
Bach-Perès et Hattat sont les deux fabricants les plus considérables dans cette partie. Le premier surtout mérite une distinction particulière pour le goût et l'appropriation qu'il apporte dans le choix de ses sujets et pour la façon dont il les traite.
Vitraux. — Ce n'est qu’au xn:et au xun° siècles qu’on peut faire remonter la science des peintres verriers. On se servait alors pour leur composition de petits morceaux de verres de diverses couleurs, mais chacun d’un seul ton dont on faisait un travail de mosaïque en les réunissant ensemble par des bandes de plomb. C’est ce qu'on pourrait appeler peinture dans la masse; la richesse des tons en était éblouissante lorsque le soleil venait jouer au travers. Pour donner les ombres, on rehaussait les couleurs par des noirs. Toutes les fenêtres de nos églises gothiques étaient ornées de cette manière, et assez de modèles ont survécu aux mille chances de destruction pour que nous en puissions admirer la beauté.
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-Plus tard, du xvi* au xvu* siècle, on à peint sur le verre blanc, avec des couleurs vitrifiables appliquées au pinceau et cuites à la moufle. C'est dans cette manière qu'ont été composés les beaux vitraux de la renaissance, comme le jugement dernier, qui avait été fait par Jean Cousin pour la chapelle de Vincennes.
Aujourd’hui on les compose dans un genre mixte.
A en juger par les échantillons que nous avons sous les veux, les peintres français sont très-supérieurs à ceux des autres pays. L’escalier nord-est renferme les plus belles parties de cette section.
Gerente est celui qui a le mieux étudié le style du xin: siècle; son dessin est, je ne dirai pas le plus correct, car ce n’est pas la correction qu'il faut chercher dans les travaux de cette époque, mais le mieux imilé ; sa couleur est belle et ses cartons bien composés. Il a concouru à la restauration de plusieurs de nos vieilles églises, et a parfaitement réussi.
L'échantillon du xur° siècle de Veissière est d’un très-grand mérite. Le meilleur éloge qu’on puisse en faire , c’est que plusieurs de ses collègues ont pris son travail pour de vieux -vitraux. Il en a un aussi du xv* siècle qui est fort beau.
Vincent Larcher est encore un très-bon verrier ; il a exposé une fenêtre destinée à la cathédrale de Troyes, d’une disposition très-heureuse et d'une bonne qualité de vitraux, style du x siècle. |
Lobin de Tours, Dideron, Oudinot ont tous des morceaux distingués dans leur exposition, mais ne sont pourtant pas sans encourir quelques reproches. Dideron surtout, qui, à côté de très-grandes qualités et d’une étude savante des styles, a le défaut de faire laid.
Marchal, à chaque extrémité de la nef, a placé deux vitraux qui font partie de la décoration du palais; ce travail a subi des critiques très-sévères et qui ne sont pas toutes méritées. On n’a pas assez tenu compte à l'artiste des difficultés qu’il avait à vaincre, et dont la plus considérable était d’avoir des vitraux éclairés des deux côtés; ordinairement les fenêtres ne sont éclairées qu’à l'extérieur; ici, les peintures, pour ainsi dire baignées dans la lumière, manquent d'effet et de transparence. |
Dans la partie anglaise, il y a quelques vitraux héraldiques
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assez bien traités, mais trop pâles; ils font partie de la décoration du palais de Westminster.
CLASSE XXY.
Confection des articles de vêtement. — Fabrication des articles de mode et de fantaisie,
Les produits que nous. allons passer en revue dans ce chapitre peuvent être répartis en deux groupes distincts. Le premier constitue l'industrie du vêtement; dans le second, nous trouvons une série d'objets moins importants en eux-mêmes, mais qui contribuent cependant au bien-être de la vie usuelle.
Tandis que dans les grandes nations civilisées le costume est ou tend à être partout le même, qu’il emprunte ses éléments aux mêmes matières, qu’il affecte des formes extrêmement analogues, chez les peuples qui ont conservé leur individualité primitive, on constate des variétés infinies de substances, de couleurs et de formes. Voyons à jeter un coup d’œil sur ces produits qui échappent, comme on le conçoit, à tout examen comparatif, mais dont l'étude est pleine d’intérêt au point de vue ethnolugique et artistique. |
Les possessions maritimes de l'Angleterre nous offrent un riche contingent. Ici l'Inde, cette patrie du luxe, nous montre ces longues tuniques toutes ruisselantes de broderies d'or et d'argent, de paillettes qui miroitent en traçant ces grandes palmes aux gracieux contours , ces brillantes coiffures émail lées de pierreries et ornées de blanches et soyeuses aigrettes ; des écharpes , des ceintures dont l'Europe paye à grands frais le tissu souple et moelleux.
Plus loin, c’est l'Australie, la terre de Van-Diemen. Ici, plu: de luxe, quelques. coiffures de paille, d’autres ornées de longues plumes sans apprêt; pour vêtement, des peaux préparées avec ou sans le poil et parées de coquillages, de dents, des plumazges de diverses couleurs.
Le Canada nous présente d’épais vêtements de pelleteries ,
des mocassins, des ceintures de guerre qui font songer aux Mohicans de Cooper. Puis viennent l'Algérie, avec ses longs burnous, ses jolies broderies d’or sur velours ; Tunis avec ses pelisses et ses vestes brodées, ses fines écharpes pour turbans. La majeure partie de ces vêtements est fabriquée par des Juifs et des Maures et portée par eux.
L'Égypte et la Turquie ontenvoyé aussi des vêtements brodés et quelques jolies coiffures de femmes. Un costume complet d’Albanais frappe les yeux du visiteur par la régularité de travail de ses broderies soutachées.
Les produits vestiaires envoyés par les grandes nations de l'Europe et de l'Amérique demandent un examen plus détaillé, pour lequel il convient d’adopter les divisions du Catalogue.
Vétements confectionnés pour hommes et pour femmes. Cette industrie représente en France et en Angleterre, tant pour la consommation intérieure que pour l'exportation, une somme de capitaux considérable. Le chiffre d'exportation de l’Angleterre s'élevait, en 1850, à plusde vingt-deux millions de francs ; celui de la France n’atteignait pas tout à fait vingt millions. Cette différence s'explique par l’infériorité de prix des produits anglais.
Malgré cette énorme production, les exposants de cette section sont peu nombreux. Les tailleurs qui fabriquent sur mesure n’ont rien envoyé, exception faite de la Prusse et de l’Autriche. L'exposition française n’est représentée que par quelques maisons de confection de Paris, qui ne nous ont offert rien de particulier à mentionner. Nous devons cependant noter quelques faits remarquables dans les produits de cette section.
La couture à la mécanique, faite par les machines à coudre, que l’on peut voir fonctionner tous les jours dans le Palais de l'Annexe , est l'innovation la plus frappante de cette exposition. La maison Callebaut, qui emploie les machines Singer de New-York, a envoyé des spécimens de pantalons et de paletots, cousus d’une manière très-solide, dans l’espace d’une demi heure, une heure, une-heure et demie; ces machines faisant en moyenne deux cent cinquante points à la minute. Il y a là toute une révolution pour les industries de couture:
Les vêtements imperméables, dont la consommation tend
chaque jour à s’accroître, nous ont donné la preuve des efforts constants que font les fabricants pour les approprier à nos besoins et à nos usages. Les vêtements de ce genre, envoyés par la maison Lucas , de Londres , sont fabriqués d'étoffe de drap, revêtue à l’intérieur d’une couche de caoutchouc cachée par la doublure; ils ont donc l’avantage d'offrir le même aspect et la même souplesse que nos pardessus habituels.
On a fait quelques tentatives pour fabriquer des vêtements de feutre sans coutures : nous en avons vu dans l’exposition des différents pays. Mais ceux qui offrent. le plus de souplesse et le plus de légèreté appartiennent à M. Salvan de Chatou (France). Ces produits ont, en général, l’inconvénient de conserver l'empreinte des plis d'une manière trop durable.
M. Cavy, fourreur à Nevers, a exposé des paletots en fourrures indigènes, de soixante et de quatre-vingts francs, qui nous ont paru offrir toutes les garanties désirables de solidité et d’imperméabilité.
Un exposant autrichien, M. Frank, de Vienne, montre des costumes nationaux de Hongrie et de Valachie, des gubas, des sziers, curieux par leurs couleurs variées et leur incroyable résistance.
La confection des vêtements de femme consiste, surtout à Exposition universelle, en manteaux, mantelets, écharpes, robes de cour et de bal, qui luttent de richesse et d'élégance. Plusieurs maisons de Paris occupent le premier rang : la maison Gagelin, déjà récompensée à Londres d'une manière exceptionnelle ; la maison Delisle, la maison Bouillet , et la maison Cremière-Large ont envoyé de magnifiques produits. Les plus belles étoffes de soie, de velours, de magnifiques dentelles, des broderies d’une merveilleuse exécution, tels sont les éléments de ces produits luxueux de l’industrie de Paris. Le chiffre des affaires en ce genre était, en 1847, de 8 000 000 de francs , et tout porte à croire que ce commerce doit avoir pris dans ces dernières années des proportions considérables. -
Nous avons remarqué en Autriche de jolies sorties de bal, faites de cet admirable drap blanc que les Autrichiens fabriquent si bien, et ornées de broderies de soie de couleurs variées. Ces produits qui sont envoyés par MM. Laporta et Dimi-
triewitz présentent un certain caractère de terroir qui ne manque pas d'élégance. |
En somme, la France soutient la lutte d’une manière avantageuse pour les vêtements d'hommes, et occupe incontestablement le premier rang pour la confection des vêtements de femmes.
Lingerie. — Nous aurons à répéter pour la lingerie ce que nous disions des vêtements confectionnés ; malgré l’excessive importance de ce commerce à Paris et à Londres, nous n'avons remarqué rien de nouveau. Que dire, en effet, des chemises-gilets, des chemises-cravates, des devants de chemise à double face, et d’autres systèmes de cette nature complétement en désaccord avec la simplicité indispensable de ce vêtement. Quelques tentatives heureuses ont cependant été faites par divers chemisiers pour améliorer la coupe ; soit en la rendant plus facile, soit en disposant les coutures de manière à résister davantage dans les points de fatigue. Nous avons été frappés du bon marché de certains produits; plusieurs exposants ont envoyé des chemises en forte étoffe de. couleur, à 48 et 24 fr. la douzaine.
Ce qu'il y aidé plus remarquable dans cette section, c’est évidemment la lingerie fine, admirablement représentée en France par plusieurs chemisiers en renom. Il nous suffira d'indiquer les noms de Longueville, Durousseau , Darnet, Charvet et Moreau frères. Les produits de cette dernière maison sont surtout d'une admirable finesse d'exécution; le goût de ses broderies n’est peut-être pas à l'abri de tout reproche, mais la délicatesse du travail reste au-dessus de nos éloges.
Chapellerie. —La chapellerie est une industrie largement représentée à l'Exposition : presque tous les pays ont envoyé des produits de cette section. L’Angleterre, les États-Unis, la France, occupent le premier rang dans la lutte, à ne parler que des chapeaux de feutre , de castor et de soie. La fabrique des chapeaux de feutre remonte , en France et en Angleterre, au xve et au xvi: siècle; cette production, dans les deux pays, a subi d'assez nombreuses vicissitudes liées directement aux Changements politiques. La révocation de l’édit de Nantes envoya en Angleterre un grand nombre de nos ouvriers en feutre, et la perte du Canada, dans la seconde moitié du dernier siècle, nous priva de nos importations directes de poil de
castor, Les chapeaux de poil furent pendant longtemps seuls employés; c’est vers 1760 que Florence fabriqua les premiers chapeaux de soie. Depuis trente ans surtout, cette industrie a pris un grand essor. La finesse et la légèreté des peluches de Prusse et de France, leur excellente teinture, leur brillant et enfin la modicité du prix, permettent au chapeau de soie de faire une continuelle et redoutable concurrence au chapeau de poil, dont la durée et la résistance sont cependant beaucoup plus grandes. C’est done une affaire d'élégance et de mode qui donne la prééminence au premier de ces articles. Les sources principales de production sont, en France, Lyon , dont la chapellerie est la plus vieille industrie , Paris, Bordeaux et la Provence. |
A l'Exposition universelle de 4854, nous n’étions distancés dans cette industrie que par les fabricants anglais, qui faisaient mieux que nous les feutres fins; nous l’emportions pour les feutres ras et les feutres de fantaisie: nous ne pensons pas que cette infériorité subsiste à cette exposition. MM. Laville et Poumaroux, qui fabriquent des feutres avec les machines exposées au palais de l’Annexe, ont des coiffures sans égales pour la souplesse, la finesse et la légèreté. Les chapeaux-foulards peuvent se rouler et se plier de manière à entrer sans difliculté dans la pochie. MM. Cohen et Prud’homme ont un chapeau qui ne pèse que 38 grammes; enfin MM. Chenard frères soutiennent bien, par leur exposition va riée, le rang et la distinction qu’ils ont obtenus à Londres en 1851. Nous avons encore remarqué , dans l’exposition française, les chapeaux-mécaniques de M, Dida , en soie, laine et feutre ; il est impossible, quand ils sont ouverts, de voir sur létoffe aucune trace des plis. Le jayotype de M. Jay est connu depuis longtemps; des dispositions plus parfaites lui permettent de dessiner plus rigoureusement la circonférenee de la tête. | Quelques fabricants ont tenté de substituer (et e’est peutêtre là une bonne innovation) aux carcasses de chapeaux de soie en toile et en carton , des carcasses végétales largement tressées et qui permettent une libre circulation de l'air. Il est à craindre que ces carcasses résistent moins bien aux chocs et aux pressions. Nous avons remarqué des chapeaux en caoutchouc vulcanisé, recouvert de peluche, qui peuvent être
froissés de toute manière sans perdre leur forme primitive. Le reproche qu’on a fait aux vêtements imperméables s'applique surtout à la coiffure, et nous craindrions que les principes d’une bonne hygiène ne permissent pas l'emploi de ce chapeau. | ,
Remarquons en passant les chapeaux de M. Bonard pour hommes et pour dames, construits à la manière d’ombrelles, et pouvant, suivant le besoin, se plier et se réduire à un trèspetit volume, ou s'ouvrir largement de manière à former sur la tête un large parasol. |
Presque toutes les nations ont envoyé des chapeaux de paille à l'Exposition ; la Lombardie, la Suisse, l'Autriche ont en ce genre un certain nombre de produits intéressants. La Suisse fournit, comme on le sait, la majeure partie des tresses employées en Angleterre où toute la population, riche ou pauvre, porte des chapeaux de paille. C'est surtout en lialie eten France qu'il faut visiter cette exposition. On ne sait qu'admirer davantage des pailles merveilleuses de la Toscane, ou des efforts inouis que font nos fabricants pour atténuer, par tous les moyens, les défauts de la matière première qu'ils emploient. |
C'est la campagne de Florence qui produit les blés et les seigles exploités par les fabricants italiehs. Flexibilité, blancheur, élasticité et résistance, telles sont les qualités que les essais de culture les mieux suivis n’ont jamais pu donner aux blés du Dauphiné ou des environs de Venise. Ce qu’il y a de remarquable dans ces tresses, c’est leur parfaite régularité, la finesse des brins , la blancheur de tout le tissu. Du reste, les chapeaux sont fabriqués en manière de cornets sans forme qui doivent, pour être mis en valeur, passer par les mains de nos modistes. Ces produits ont en général un prix assez élevé: les chapeaux d'enfants valent de 45 à 25 francs ; les chapeaux de dames, bruts, peuvent coûter jusqu'à 400 et 600 francs. Il en est de ces chapeaux comme des châles de l'Inde , ils échappent aux caprices de la mode. |
Les maisons Vyse fils et Nannucci, déjà couronnées à Londres; MM. Masini et Casar-Conti ont envoyé de très-beaux échantillons de tous ces produits. La tre-se de paille d'Italie est employée à faire quelques jolis objets de luxe ou de fantaisie qui figurent dans l'exposition de M. Conti : ce sont des
porte-cigares, des étuis à ouvrage, des petits paniers très-fins et très-légers, des pantoufles de dames. Les tresses de Manille et de Java peuvent seules lutter avec avantage contre la Toscane pour tous ces articles de fantaisie.
Les chapeaux et tresses de paille offrent, chez les exposants français , un aspect tout différent. Ici, c’est à la main d’œuvre, à la variété des formes, aux dispositions capricieuses qu'on demande le succès. Plus d’uniformité monotone : chaque fabricant nous présente vingt, trente modèles de tresses variées. M. Erhard , successeur de M. Abt, déjà récompensé plusieurs fois, nous montre des fleurs de paille pleines de grâce et de finesse. M. Julien associe le verre filé, le crin, la dentelle ; les plumes, avec ses tresses de paille ; quelquesuns de ces produits étonnent par leur légèreté, la richesse de leurs dessins et de leurs formes.
Remarquons les coiffures plus modestes, mais non moins uliles, envoyées par MM. Ducruy et Leborgne, de Grenoble, et par MM. Langenhagen , de l'Alsace. Les premiers ont présenté des spécimens de chapeaux ordinaires tressés avec des pailles de France, et qui doivent attirer l’attention ; les seconds exposent des chapeaux en tresse de palmier, destinés surtout à la coiffure des hommes, et qui rivalisent de souplesse et de solidité avec cés chapeaux qui nous viennent du Mexique sous le nom de Panamas; ils ont de plus un avantage très-évident de bon marché. "OREES
Chaussures. — Cette branche de l’industrie vestiaire est peut-être celle qui est le plus complétement réprésentée à l'Exposition. Tous les pays ont envoyé des chaussures. Nous n'indiquerons ici que pour mémoire les mocassins de l'Amérique, les babonches de la Turquie et de l'Égypte, les pantoufles mauresques, les chaussures des Serbes et des Valaques. A ne considérer que les chaussures usitées parmi nous, il faut établir des divisions fondamentales. Nous laisserons de côté , dans cette revue, les chaussures communes faites de bois ou de tresses végétales; c’est là une branche de commerce considérable , mais qui n'offre guère d'intérêt que pour les visiteurs spéciaux. Nous n’aurons donc à étudier que les chaussures fortes ou imperméables pour hommes et pour femmes, et les chaussures de luxe.
A faut, pour prendre une bonne idée de ces produits et
pour établir entre eux une utile comparaison, visiter les expositions étrangères avant de passer à celle de France. Il sera facile de constater alors l'évidence de notre supériorité, surtout pour les chaussures élégantes.
L'Angieterre produit une énorme quantité de chaussures qu’elle exporte sur tous les marchés étrangers; mais c'est à l'extrême infériorité de ses prix qu’elle doit l'extension de ce commerce. Une des grandes maisons de Londres peut fournir des souliers de femme à 62 centimes 4/2 la paire, des souliers d'homme à 3 fr. 45 cent., et des bottes à 40 fr. Ce ne sont pas des chaussures de ce genre que nous ont envoyé cette année les exposants anglais ; ce sont, ou bien des chaussures très-solides, à semelles épaisses, ou bien des chaussures fines et légères, dont la forme est empruntée à nos modes. Ce qui frappe dans ces expositicns, c’est cette tendance continuelle au comfortable aux dépens de l'élégance. Les seules innovations que nous ayons pu remarquer sont les bottines militaires de M. Atloff, déjà exposées en 1851, mais perfectionnées depuis, par la simplicité de leur coupe ; des semelles portant un ressort d’acier et de caoutchouc dans leur partie moyenne ; enfin des chaussures de tricot de soie parfaitement élastique, et pouvant se mouler sans peine sur le pied le plus difforme.
Depuis une quinzaine d'années, la cordonnerie allemande a fait des progrès considérables, et son commerce s'en est accru considérablement. L’Autriche et le Zollewerein ont envoyé de nombreux spécimens de leur industrie. La chaussure solide se fabrique bien en Autriche, mais elle pêche par la tournure et son prix de revient est, dans certaines provinces de l'empire, plus élevé qu’en France. Les États de l'Allemagne qui touchent nos frontières et qui nous fournissent bon nombre d'ouvriers, façonneurs et carreleurs , fabriquent des chaussures si complétement semblables aux nôtres, qu'on les croirait sorties-de nos ateliers. Brême, Hambourg, la Prusse rhénane et le grand-duché de Bade, qui fabriquent des cuirs magnifiques, se livrent surtout à ce genre d'industrie.
L'exposition française , représentée par plus de soixante exposants, occupe au rez-de-chaussée du palais la moitié de sa longueur. À côté de quelques innovations sans importance, nous avons constaté des perfectionnements réels dûs à des
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coupes particulières ou à l’emploi du caoutchouc ou de la gutta-percha. M. Gaillard, de Paris, fabrique des semelles de gutta-percha rivées à vis sur une semelle interieure de hége. Une idée analogue est mise en pratique par M. Poirier, de Châteaubriant : une lame de caoutchouc revêt la face supérieure de la semelle, et l’intérieur de la chaussure est doublé d’une feuille de cuir qui est cousue à l’empeigne , à la partie moyenne de sa hauteur. Les chaussures de chasse de M. Delail, passage Jeoffroy, nous ont semblé offrir toutes les conditions de résistance et d'imperméabilité. Plusieurs exposants ont envoyé de très-jolies chaussures à semelles de bois ; cette chaussure doit rendre de grands services aux habitants de la campagne.
Signalons plus particulièrement celles de M. Manteguès et Cie qui se distinguent par une solidité que ne comporte pas ordinairement ce genre de chaussure. Au lieu d'être cloués à l'extérieur, les bords de l’empeigne, pincés entre deux épaisseurs du bois, sont clouées intérieurement, ce qui rend parfaitement étanche le joint entre le cuir et la semelle. Ces chaussures mixtes présentées au mimistre de la guerre , ont paru offrir un degré d'utilité assez important, pour les mettre à l’essai. Dans ce but, une centaine de paires a été envoyée en Crimée.
M. Cholet, de Versailles, présente un système de souliersguêtres d’une coupe très-simple et très-analogue à celle que nous avons vue chez M. Atloff, de Londres. M. Suser dirige à Nantes un établissement de la plus haute importance : l'animal est équarri, lecuir tanné et verni, et la chaussure achevée dans l'enceinte de ses ateliers. Il fabrique toute espèce de chaussures, depuis les gros souliers destinés à la consommation locale et à l'exportation, jusqu'aux bottes et bottines les plus délicates.
La fabrication des chaussures à vis prend une extension de plus en plus considérable ; ce système d’attache de la semelle offre une solidité deux fois plus grande que tous ceux qu'on avait employés jusqu'ici. Ces résultats ont été constatés par des épreuves dynamométriques. Aussi M. Lefébure a-t-1l déjà reçu, aux expositions de Paris en 1849 et de Londres en 1851, des récompenses qui le placent au premier rang des fabricants de chaussures.
C’est ici le lieu de noter l'emploi, chaque j jour plus grand
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etplus parfait, du caoutchouc dans la chaussure, soit comme matière essentielle, soit comme matière accessoire. Au point de vue hygiénique, cette substance nous rend les plus grands services pour les saisons humides et froides.
Au milieu de ce nombreux étalage, le visiteur s'arrêtera avec le plus grand intérêt devant les admirables produits de MM. Meier , Thonerieux, veuve Barré et Petit, Viault-Esté. Toutes ces maisons sont depuis longtemps connues; elles ont en France et à l'étranger une réputation d’exquise élégance dont elles donnent une nouvelle preuve aujourd’hui. Les chaussures de femme surtout sont des chefs-d’œuvre de fantaisie et de bon goût. Les étotfes les plus chatoyantes, les broderies, les dentelles, le velours , les perles et même les fleurs artificielles marient leurs reflets et leurs couleurs de manière à former le plus charmant effet.
Ganterie. —Lä fabrication des gants est pour la France une des branches les plus considérables de l’industrie ; le chiffre de l'exportation atteignait, en 4851, 37 à 39 millions de francs. L'importance de ce chiffre s'explique par l'excellente préparation de nos peaux de chevreaux. Depuis une trentaine d’années, cependant, les pays étrangers, l'Angleterre, la Russie, Vienne, Prague et Berlin ont fait de très-grands progrès. En Angleterre, Londres fabrique la majeure partie des gants de chevreau ; les gants d'agneau viennent du comté de Wormcester ; le comté d'Oxford fournit les gros gants de castor et de daim. La majeure partie des produits anglais est destinée à l'exportation. On est frappé, au premier abord , de l’excessive variété des gants exposés par MM. Fowns frères, et MM. Dent, Allcroft et Cie de Londres ; ce sont des gants de cuir, des gants de fourrures à Crispin, des gants de drap dont la paume est garnie de peau de daim, des gants de peau de veau, de daim, de castor, de chien; des gants épais , dont V’entre-deux des doigts est garni de peau de couleur et de solidité différentes ; enfin, des gants peluchés à l’intérieur , des gants de satin-peau, qui choquent peut-être un peu par la bizarrerie de la nuance. En somme, pour les gants comme pour les chaussures, ce qu’il y a de plus remarquable dans l’exposition anglaise ee sont les articles commodes, solides et destinés à un usage journalier. |
La ganterie française se compose de gants de chevreau et
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d'agneau fabriqués à Paris ou à Grenoble, de gants de daim etde castor qui viennent de Niort, et enfin de gants tressés et tricolés que fournissent les fabriques de la Champagne et du nord de la France. La vente de ces gants de tricot de laine atteignait en 4847 la somme de 262 000 fr. Elle doit avoir considérablement augmenté depuis cette époque : on coupe et l’on coud ces gants à Paris avec une précision presque égale à celle des gants de peau. Les gants tissés de soie, de fil et de fil d'Écosse ne peuvent soutenir la concurrence avec les gants de peau.
La ganterie de Niort, en daim et en castor, a une réputation méritée depuis longues années. C’est de là que nous viennent les gants d’uniforme en daim blanc, les gants en daim de couleur pour l'équitation. MM. Noirot et Laidet, de Niort, ont envoyé à l'Exposition de nombreux échantillons de leur industrie.
La ganterie de Paris est surtout représentée par les maisons Jouvin et Préville ; la première de ces maisons surtout fait un chiffre d’affaires qui atteint presque 2 000 000 de francs et occupe 4200 ouvriers. L'ancienne renommée de ces maisons nous dispense d’insister davantage sur la valeur de leurs produits. | -
M. Francoz, de Grenoble, a envoyé des peaux préparées, divers systèmes de fermetures, et des gants confectionnés qui se soutiennent sans désavantage devant la ganterie de Paris.
Dans toutes ces expositions c’est la netteté de la nuance, la régularité de la coupe, la souplesse de la peau et le fini de la couture qui établissent la supériorité de nos fabricants.
Corsets. Accessoires de vétement. — Ces objets de confection, et surtout le corset, jouent un rôle de première importance dans la toilette des femmes. Aussi n’avons-nous pas été surpris des nombreuses variétés de corsets de toute espèce exposés par les maisons de Paris. Cette branche de l’industrie des modes est extrêmement soignée dans notre ville, et l’on peut dire, qu’à part quelques-uns de ces objets tissés à la mécanique, il n'existe rien dans les expositions étrangères. Mais avant d'examiner ces produits, il importe d'établir bien clairement que l'élégance et l'hygiène doivent souvent se trouver en désaccord dans nos jugements. Il est rare, disons-le, de voir les fabricants se préoccuper à un plus haut point de la
santé de leurs clientes que de l’excessive finesse et des contours corrects de leur taille. Nous avons cependant des corsets plastiques, des corsets hygiéniques ; ce sont là des mots trompeurs, et ce n’est qu'avec défiance que nous avons abordé ces sortes d'expositions. On à fait cependant depuis quelques années des perfectionnements réels qui portent particulièrement sur deux points : les systèmes de fermeture tendent à être placés à la partie antérieure et à agir d’une manière beaucoup plus rapide que le lacet, courant sur deux séries d’œillets ; d'autre part, la multiplication de baleines plus petites et agissant d’une manière moins violente, l'emploi trèsabondant des tissus élastiques permettent au corset de se mouler parfaitement sur les formes et d'acquérir une souplesse beaucoup plus grande. C’est dans cette voie qu'il faut marcher, et nous croyons fermement qu’on aura atteint une amélioration réellement hygiénique quand on aura supprimé le busc qui presse sur la poitrine, ou qu’on l'aura fabriqué d’une matière à la fois élastique et très-flexible.
Un exposant belge a employé dans ce but la gutta-percha. Cet essai ne peut donner que des résultats incomplets ; la gutta-percha se déforme sous l'influence de la chaleur, elle plie et n’a pas d’élasticité.
Nous avons remarqué dans l'exposition française quelques corsets destinés à l'usage des femmes enceintes; la plupart d’entre eux permettent, à l’aide de boucles ou de lacets placés sur les côtés, d'élargir la partie inférieure ; mais la poitrine n’en reste pas moins serrée, et la gêne de la respiration n'est nullement diminuée. Les ceintures abdominales de M. V. Pillaut nous ont semblé préférables, car elles agissent de bas en haut et soutiennent sans comprimer.
Les produits fabriqués à la mécanique de MM. Robert, Verly et Cie, de Bar-le-Duc, ont attiré notre attention à raison de leur simplicité, de leur facile adaptation à toutes les tailleset de leur bon marché. Cette maison, qui a reçu une récompense à l'exposition de Londres, fait des affaires considérables, et livre environ 30 000 corsets à la consommation de chaque année. . $
M. Josselin, Mmes Hippolyte, Clémençon, Sophie Dumoulin et Joly sœurs, fabriquent des corsets qui ont une réputation bien connue d'élégance, et qui nous ont semblé, dans l'état
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Nous ne noterons que pour mémoire ces appareils de crinoline dont nos dames font un si grand usage, on devrait dire un si grand abus. Nous en avons vu de toutes les sortes et de toutes les façons ; des jupons gaufrés, bouillonnés, tuyautés, des garnitures pour les hanches. Nous ne saurions porter de meilleur jugement sur cette partie de l'Exposition, que de renvoyer le visiteur à un très-spirituel feuilleton que M. Alphonse Karr à publié, il y a deux ou trois mois, dans le Siècle.
Boutons. — À juger par lenombre considérable de ces petits objets qui ont été exposés, nous devons croire que la consommation en est immense. Et de fait, ils sont à peu de chose près le seul ornement du vêtement dex hommes et sont employés sous les formes les plus diverses et les plus élégantes dans la toilette des femmes. Nous ne connaissons guère de matière avec laquelle on ne fabrique des boutons. Les pierres et les métaux précieux, les métaux plus communs, le fer, le cuivre, le plomb, l’étain, le zinc, l’écaille, Fivoire, la nacre, la corne, les bois de toute espèce, le marbre, la porcelaine, la faïence, le verre et les émaux, la soie, le fil, le coton, la laine, les tresses de paille, de jonc et de cheveux. Telle est à peu près la liste générale des matières auxquelles cette fabrication emprunte ses éléments. Le commerce emploie principalement des boutons de métal frappés au coin, des boutons de passementerie et des boutons de verre, de corne ou d’os. L'exposition anglaise contient de ces boutons frappés d'une exécution très-parfaite. Une de leurs maisons, déjà honorée d'une médaille de prit à l'exposition de Londres, MM. Weldon et Weil, exposent du reste ces produits en France et en Angleterre. MM. Courdin et Cie ne le eèdent en rien à leurs émules pour le bon goût et la netteté de leurs
empreintes ; ils ont des boutons émaillés qui sont d’un très-
bon effet.
Ici s'arrête tout ce que nous avions à dire des arts vestiaires considérés dans leur ensemble et dans leurs différents accessoires. Il nous reste à examiner une série d'objets qui, par leur nature variée, empreinte des caprices de la modeet des fantaisies du jour, échappent à toute espèce de classement régulier, Ce sont ces mille articles de genre que Paris fabrique
en si grande abondance et auxquels il a donné son nom. Ouvrages de broderie, de filet, de cartonnage, de maroquinerie légère que chacun de nous connaît et apprécie suivant ses goùts et ses besoins. Nous trouvons cependant quelques productions d'une plus haute importance : les écrans et les éventails sont depuis longues années des objets de grand luxe, dont la fabrication appelle à son secours le talent du peintre, celui du ciselear sur bois ou sur ivoire et l’habileté de l'orfévre et du joaillier. Nous avons remarqué à l'Exposition des montures d’éventail délicatement découpées de la fabrique de Saint-Germain (Oise). MM. Duvelleroy, Ardiet, Meyer et Voisin Venier, fixent par la beauté de leurs produits l'attention et les désirs des promeneuses élégantes.
L'ivoire, par sa blancheur, sa résistance et. sa très-grande durée, se prête merveilleusement au travail de l’ornementation. Quelques exposants se sont montrés véritablement artistes et nous ont fait songer à ces habiles sculpteurs de la renaissance qui ont incrusté leur talent sur tous les meubles délicats et sur toutes les œuvres de fantaisie de cette époque. MM. Vangorp, Moreau et Bleuton ont fait de louablesefforts pour rivaliser avec leurs devanciers, et nous avons vraiment eu plaisir à examiner en détail les résultats de leur industrie.
Les jouets d'enfants, dont la nature: et la valeur offrent les plus grandes variétés, se fabriquent sur une grande échelleen Franceet en Allemagne. Ce commerce offre cette particularité remarquable, que sa vente pour toute une année dure quelques jours dans les mois de décembre et de janvier. Certaines maisons font à cette épo que des recettes immenses qui Constituent les deux tiers ou les trois quarts du chiffre total de leurs affaires. Le Wurtemberg, la Bavière et la Saxe-Royale, ont fait des envois très-complets de leur industrie dans ce genre. Ils consistent surtout en deux sortes de jouets : les uns de ferblanterie et. de quincaillerie, sont des diminutifs des objets de la vie usuelle ménagère ; les autres de bois ou de pâte représentent presque tous des bataillons de soldats ou desménageries d'animaux. M. et Mme Montanari, de Londres, qui ont eu une médaille à la dernière Exposition, fabriquent de jolies figures de cire, servant à monter de très-coquettes poupées, ou nous offrent de curieux modèles des types indiens du Mexique.
L'exposition française en ce genre consiste surtout en jouets mécaniques et en poupées. M. Théroude a exposé des moutons qui bélent, des singes qui jouent du violon avec force contorsions des joues et des lèvres, un lapin qui se frotte la moustache avec le plus grand sang-froid ; on conçoit combien les mères ont de peine à détourner leurs enfants de cet attrayant spectacle.
Nous n’en sommes plus depuis longtemps à la poupée de bois aux articulations criardes et mal jointes : la poupée d'aujourd’hui est faite de peau, elle a une tête de porcelaine et des articulations de caoutchouc. Elle se soumet à tous les caprices de sa jeune maîtresse et reprend avec facilité son attitude première. M. Greffer fabrique des poupées trèssolides, qui remuent les bras et les jambes et qui poussent un vagissement plaintif quand on leur presse le ventre. Mile Huret et M. Jumeau ont de charmantes poupées habillées dans le dernier goût et qui sont des modèles d'élégance et de bonne tenue.
Les fleurs artificielles ne sont plus aujourd’hui des objets de décoration quelconque et ne rappelant point ou peu la nature. Ce sont de vraies fleurs, semblables à sy méprendre à celles que le printemps fait éclore dans nos jardins. On se rappelle la remarquable exposition que nous avions à Londres ; celle d’aujourd’hui ne le cède en rien à son aînée. Les concurrents sont nombreux et leurs produits sont tous empreints de ce cachet d'élégance et d’habileté qui appartient à tous les articles de mode de Paris. Regardez dans la vitrine de Constantin ces fleurs demi-passées qui s’inclinent avec nonchalance, ce fin duvet des feuillages, ce gros chardon réjoui qui épanouit sa fleur violette, cette rose, ce soleil dont le vent et la pluie ont enlevé la moitié des pétales ; vous jureriez à un pas de distance que ces fleurs viennent d’être arrachées à la terre. Chez M. Duteis, cet héliotrope et cette collection de petites orchidées sont d’une vérité de couleur, de port et de forme qui ne laissent rien à désirer. Il nous faudrait, pour être juste, les citer tous à des titres divers et indiquer au visiteur chez M. Charpentier, cet éclair dont un souffle de vent vient d'emporter les plus légères étamines; chez M. Gaudet-Dufresne de charmants feuillages artificiels ; chez Mme Cuvillier de belles fleurs pour coiffures et parures ;
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chez MM. Nautré et Cabanis des plumes d’autruche, des d marabouts, des aigrettes du plus beau choix. Nous ne pouvons J mieux faire que de prier nos lecteurs de visiter eux-mêmes | cette exposition de fleurs et de plumes et de lui accorder toute | l'attention qu’elle mérite. (| S'il nous était permis, après cette course rapide à travers les produits de la vingt-cinquième classe, de formuler une conclusion générale, nous dirions : A la France, et à Paris surtout, la suprématie sans conteste pour tout ce qui est goût, élégance et fantaisie; à l'Allemagne, à l'Angleterre, à l'Italie, payons un juste tribut d'éloges pour la beauté de quelques matières premières et pour l’excellence de certaines méthodes industrielles. | : Que l'Exposition soit un enseignement lumineux et fécond. Nos fabricants sont parfois surpassés, souvent suivis de près; qu'ils redoublent d'efforts pour maintenir le haut rang que la France occupe dans l’industrie du monde.