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Dans la Grèce, M. Philippe Margaritis nous a donné de belles épreuves des beaux monuments d'Athènes et de leurs bas-reliefs ; à Florence, MM. Alinari frères, des vues du Campo-Santo, rendues avec toute la richesse de leurs détails ; à Rome, M. Dovizielli, sa vue très-remarquable d’une cascade dans l’intérieur d’un palais, et d’une chute d’eau près de Rome.
En nous occupant maintenant de la reproduction des monuments, statues et bas-reliefs, nous placerons M. Bayard en première ligne : la beauté des épreuves de cet artiste est tout à fait hors ligne, et quand on aura vu ses belles photographies de la Vénus de Milo et de ses bas-reliefs d’après Clodion, on rendra justice à la vérité de notre assertion. Rien n'’égale la pureté et la douceur de ses blancs dans la reproduction des statues. M. Lesecq vient après lui, ainsi que M. Legray, pour nos monuments gothiques; tous leurs négatifs sont obtenus sur papier.
Nous terminerons cette revue de la photographie par la série des portraits ; il y a ici deux manières de les envisager, soit au point de vue de l’art lui-même, soit au point de vue du commerce : nous comprenons dans cette dernière série tous les portraits retouchés, car ce n’est plus le photographe qu’il faut juger, mais le peintre aquarelliste. M. Belloc, selon nous, est le seul qui offre une très-belle série de portraits sans retouche et parfaitement réussis : après lui et avec des degrés différents de pureté de teinte ou de bonheur de pose, MM. Mayer, d'Olivier, qui a reproduit avec bonheur la galerie de nos célébrités industrielles ; Reutlinger, d'Anguy, Wulf, dont les épreuves sur toile cirée sont très-fines de détails : Laverdet et M. Fournier et Gardel, de Limoges.
Il est quelques photographes dont je neme suis pas occupé plus haut, parce qu'ils ont essayé et réussi dans tous les genres : M. Disdéry est le plus habile de tous, et s’il parvenait à éclairer un peu plus ses beaux portraits sur toile-cirée, ce seraient de vrais chefs-d’œuvre ; dans l’état où il nous les offre, l'aspect en est triste. M. Disdéry s'occupe en outre dans ce moment-ci d’un ouvrage qu'il intitulera, je crois, le Portefeuille de l'Exposition : nous en avons vu quelques planches; c'est excessivement remarquable et d’un prix accessible, car c’est là un des défauts de la photographie, que
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d'être hors de la: portée des bourses communes. MM. Thompson et Biugham, méritent aussi une place à part pour leurs portraits grands comme nature et obtenus directement. N'oublions pas le cadre si remarquable de M. Tournachon, où nous trouvons reproduites avec un rare bonheur toutes les poses et toutes les grimaces si fines de notre pierrot français, Debureau : plus un beau portrait de Dantan jeune et d’autres belles études.
Pour ne rien passer sous silence de ce qui regarde la photographie, disons quelques mots de ce qu’on à appelé l’héliographie, et dont nous avons parlé plus haut. M. B. Delessezt occupe le premier rang avec son cadre qui renferme la reproduction de ces belles gravures de M. Antoine, devenues si rares et si chères, et que ce nouveau procédé met à la portée de tous; puis MM. Négre et Riffault.
On nous a cité parmi les étrangers à Munich, les beaux portraits de M. Hanfstangl, en disant même que nous n'avions rien de comparable ; je crois qu'il y à là exagération : les poses sont heureuses, mais pour la pureté, Belloc, dont il est l'élève, l'égale s’il ne le surpasse.
Pour résumer cette revue photographique, félicitons-nous de la voie de progrès dans laquelle elle est entrée et des services qu’elle peut rendre à l’art et à la science, comme les belles épreuves de M. Bertsch et Arnaud, et Rousseau nous le prouvent. Ses ennemis disent qu'elle n'est pas durable, c'est une question que le temps peut seul résoudre ; cependant nous avons vu des épreuves sur papier de M. Legray, qui sont faites depuis plusieurs années et qui n’ont pas changé. |
Gravure photographique. — Dans l’un des coins les plus obscurs de l'Annexe, dans la galerie nord et. en face du clocher qui domine les horloges de M. J. Wagner neveu, se trouve relégué un modeste atelier dont les productions marquent le point de départ d’une ère nouvelle dans l’art typographique. Il s’agit de la reproduction facile, et surtout fidèle, de toute espèce de dessins au crayon, d'épreuves typographiques, lithographiques, ou en taille-douce, etc., etc.; au moyen de l’ingénieux procédé, imaginé par MM. Salmon et Garnier, de Chartres.
Ce procédé repose sur un principe découvert en 1846 par M. Niepce de Saint-Victor, qui a constaté le premier que s:
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on soumet à la vapeur d’iode un dessin ou une épreuve imprimée , les traits du dessin se chargeaient plus vite d’iode que le blanc du papier, et qu’on peut ainsi en obtenir, par la pression, un décalque soit sur papier encollé à l’amidon, soit sur une plaque de métal. |
Procédant comme l'avait indiqué M. Niepce, MM. Salmon et Garnier prient les visiteurs d’exécuter,isur une feuille de papier, un dessin au crayon; ils exposent ce dessin à la vapeur de l’iode, puis l’appliquent sur une plaque de cuivre jaune poli, et soumettent le tout à l’action d’une petite presse à copier. L'iode, qui s'était fixé sur les traits du dessin , se décalque sur la plaque de cuivre. Prenant alors un peu de mercure sur un tampon de ouate, on en frotte la plaque et le dessin y apparaît, le mercure se portant sur tous les endroits touchés par l’iode, et respectant au contraire Ceux que cette substance a laissés intacts. Pour isoler ce dessin du reste de la plaque, il suffit de passer par-dessus un rouleau de lithographe chargé d’encre grasse qui, ne se déposant que sur les endroits exempts de mercure, rend le dessin beaucoup plus visible, et se détachant en blanc sur un fond noir. On se débarrasse alors du mercure au moyen d’une dissolution de nitrate d’argent avec excès d'acide, et le métal de la planche se trouve à nu et même légèrement creusé. (
Si l’on veut obtenir une planche en taille-douce, on continue à la faire mordre à la manière et avec les acides ordinaires. Si on veut tirer la planche dans les conditions de l'impression lithographique, on détermine sur le dessin, par les procédés connus de l’électrotypie, un léger dépôt de fer réduit de son chlorhydrate, puis on enlève, au moyen de l’essence de térébenthine, l'encre grasse qui recouvre le fond de la planche.
On passe de nouveau la planche tout entière à la vapeur d’iode, et on la frotte de mercure qui s'étale alors sur toute la surface, moins les traits du dessin, ce qui constitue la planche dans une condition exactement inverse de son état précédent.
Dans le premier cas , les traits du dessin, chargés de mercure , ne prenaient pas l'encre du rouleau typographique qui la déposait exclusivement sur lereste de la planche. Dans son nouvel état l'encre va se déposer exclusivement sur les traits
du dessin et permettre le tirage d’un nombre indéfini d’éreuves.
Telle est la série des opérations qui s’exécutent, avec un succès très-remarquable, devant les visiteurs émerveillés.
Il nous réste à indiquer un résultat non moins important, dont les conditions exigent trop de temps pour en rendre le public témoin, mais que nous avons vu réalisé avec beaucoup d'intérêt. Nous voulons parler de la gravure en relief de ces mêmes planchés, destinées alors à l'impression typographique,
Au lieu d'un dépôt de fer'électrique, on produit sur les traits du dessin un léger dépôt d'or qui, préservant ces mêmes traits de l’action des acides, permet la morsure du reste de la planche à la profondeur qu’exige le tirage typographique.
Les divers résultats dont nous venons d'entretenir nos lecteurs ont déjà atteint un assez haut degré de perfection pour que nous croyions pouvoir considérer l'invention de MM. Salmon et Garnier comme un des progrès les plus importants que l’art typographique ait faits dans les temps modernes.
Les chefs-d’œuvre de la typographie moderne ne sauraient être examinés sans tenir compte des améliorations successives qui ont été signalées ailleurs dans la construction des appareils mécaniques et dans la fonderie en caractères. Nous dirons seulement que la plupart des améliorations importantes se retrouvent dans les deux expositions des imprimeries impériales de Vienne et de Paris. Dans nos considérations générales sur l'exposition autrichienne , nous avons pris soin d’indiquer Ja louable activité avec laquelle le premier de ces établissements se tient à la tête de tous les progrès; celui de ia France, pour n'être pas aussi avide de nouveautés, n'offre pas un caractère moins imposant : l'/mitation de Jésus-Christ, traduite par notre immortel Corneille , est assurément la plus belle œuvre qui se soit jamais faite en typographie. Rp
Quant à l’industrie privée , ses tendances sont surtout dirigées vers la production rapide et à grand tirage. Toutes les fois que cette rapidité d'exécution ne nuit pas aux qualités essentielles du livre, elle mérite à tous égards les éloges et les plus chauds encouragements.
On ne pourrait citer une réalisation plus remarquable dé ces tendances que le Journal pour tous, que publie depuis quel-
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ques mois M. Lahure, et dont chacun des numéros, qui ne saurait être mieux comparé qu’à ceux de l’Zllustration, s'écoule déjà à plus de cent mille exemplaires, au prix incroyable de dix centimes.
Dessins industriels.
Il nous faut quitter le bâtiment principal, nous diriger vers le Panorama, et prendre à droite, du côté des meubles : une inscription au-dessus de deux beaux pastels nous irappera les yeux, c’est l'entrée de la galerie des dessins industriels.
Cette année, contrairement aux autres expositions de l'Industrie, on a réuni les dessins de fabrique, qui étaient disséminés autrefois à droite et à gauche; de cette façon, on peut mieux les comparer entre eux et juger de leur mérite; mais, disons-le de suite, avec le goût des arts qui règne dans toutes les branches de l'industrie depuis quelques années, on était en droit d'attendre une exposition plus complète et plus remarquable. Il y a lieu de croire que beaucoup de nos dessinateurs, rebutés par l'espèce de défaveur que cet éparpillement de leurs produits semblait indiquer, se sont découragés et n’ont pas voulu entrer en lice, ou que la plupart se sont contentés de voir leurs dessins reproduits par d’habiles fabricants. C’est cependant à l’utile concours de nos artistes que nous devons le bon goût remarqué dans la plupart de nos étoffes et de nos meubles, et qui donne cette année une suprématie remarquable à la France. Parmi nos dessinâteurs je pommerai M. Braun le premier, parce que ‘son exposition se rattache plutôt à la photographie dont nous avons parlé qu'aux dessins de fabrique proprement dits. Rien n’est plus beau. et mieux réussi que son album photographique exécuté d'après des bouquets de fleurs naturelles, destiné comme renseignement à nos dessinateurs : seulement son prix élevé l'empêchera peut-être de remplir le but que son auteur se propose. Une récompense éclatante doit le payer de ses efforts. Son frère expose aussi de beaux dessins de fabrique.
M. Couder est un vétéran de nos Expositions, qui a reçu déjà toutes les récompenses ; la place qu’il occupe est LT et ne renferme, en dessins nouveaux, que deux manteaux de cour exécutés par la Compagnie lyonnaise, un châle à per-
sonnages exécuté par M. Deneyrousse et Cie et une nappe damassée pour le service de l'Empereur, exécutée par M. Casse. Les autres sont fort anciens, et, somme toute, nous trouvons son exposition celte année au-dessous de sa réputation. À ce propos, qu’on nous permette une ‘petite digression : parmi nos dessinateurs, il est une circonstance que le public ignore, c’est qu’il y a l'artiste véritablement créateur eb exécutant lui-même ses idées , et l'exploitant, si je puis me servir de cette expression, qui a un atelier à lui où se trouvent des jeunes gens de talent, et dont tout le mérite, sil y en a, est accaparé par le maître. Je vais donc m'occuper de suite de ceux que j'appelle créateurs, M. Lemaire d'abord ; qui a exécuté quatre pastels charmants pour papier peint, et qui se trouve dans la galerie des meubles à l’entrée de la galerie des dessins; M. Henry, qui a exposé également un grand pastel pour portière, d'une exécution tout à fait remarquable et qui aurait figuré avec grand honneur aux Beaux- Arts; M. Grandbarbe, qui n’a mis que deux esquisses pour portières, mais qui sont traitées avec une rare facilité: M. Dussauce, qui a des panneaux peints à l'huile, qu'il a dessinés ensuite pour nos fabricants de papiers peints : M. Riester, l’un des plus habiles dessinateurs ornemanistes.. et dont les dessins se trouvent reproduits en nature dans plusieurs parties de l'Exposition ; MM. Berrus frères, qui ont ‘fourni le dessin d’un châle destiné à Sa Majesté l’Impératrice, ainsi que plusieurs autres, qui, tout en étant des réductions, sont autant de petits chefs-d’œuvre d'exécution ; M. Vichy, qui a de très-beaux dessins de châles exécutés par MM. Gaussen, Gosselin, Gérard et Cantigny. Ollion a de beaux chàles aussi; M. Mathieu a de curieux dessins de châles applicables à la fabrication par un procédé qui lui appartient M. Meynier a un très-grand dessin de châle, mais qui a un défaut,celui d'étrecouvert de personnages, genre d’ornementation qui me semble déplacé dans un châle; M. Hartweck, qui a un châle imprimé, se trouve dans le même cas pour le modèle carré qu'il expose; son dessin de châle long est plus heureux. M. Delaye et M. Longepied exposent deux systèmes à peu près identiques , consistant en planches composées de caractères . typographiques pour imprimer les dessins sur toutes les espè- ” ces de lisssus. M. Guichard, dont je parle le dernier, non pas
par ordre de mérite, mais parce que je désire fixer l'attention du lecteur sur une invention qui lui est due, et appelée à une grande application, la substitution de la laine de bois à la laine animale dans les papiers peints, avec une économie de 25 pour 400, a une exposition fort remarquable ; nous y trouvons entre autres choses, le dessin d'un rideau placé dans le boudoir de l'Impératrice, au palais, ainsi qu'un projet de plafond pour le même endroit, mais que le peu de temps laissé à l’artiste a empêché d'exécuter. M. Guichard est également l’auteur des peintures remarquables du beau piano d'Érard, qui se trouve dans la grande nef à côté de la glace de Saint-Gobain. Parmi nos dessinateurs de dentelles, ceux dont les dessins sont les plus remarquables sont MM. Tamelier et Jehan : leur robe en point d'Alençon fait illusion : elle a été choisie au concours par Sa Majesté l'Impératrice; après eux, M. Lourdereau, Scherrer de Nancy, et Madeleine. À
Parmi nos ornemanistes, M. Walcher tient une très-belle place ; M. Brandely, pour ses dessins de placage, et surtout ses dessins de meubles ; puis M. Cavelier père; M. Chatagnon-Ginguand, d’Aubusson, à deux jolies esquisses de tapis. Parmi les artistes qui exécutent eux-mêmes leurs pensées, nous avons omis MM. Adam et Gourdet : le premier expose de charmantes esquisses à l'huile de tapis et de portière; l’une d'elles, exécutée par Aubusson, se trouve dans la rotorde du Panorama ; le second nous offre une grande peinture à l’huile pour panneaux d'appartement, qui se trouve placée dans l’escalier qui relie le Panorama à l'Annexe. Somme toute, si cette année la réunion des dessinateurs industriels est peu nombreuse, on peut néanmoins louer sans restriction cinq ou six artistes hors ligne, et l'exposition entière pourrait répondre pour les autres, si les exposants avaient la conscience de mettre sur leurs produits le nom de l'artiste qui en a fourni le dessin : ce ne serait que justice. J1 nous semble qu’il y a là une lacune dans le règlement de l’Exposition.
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