‹ Visite a l'exposition universelle de Paris, en 1855Chapitre 124 sur 135 · TT · texte numérisé non relu

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vant M. Bühm, M. Cœur, amateur distingué de Paris, avait , dans ce même but, agrandi les trous de cet instrument. L'épaisseur des parois, dans les instruments en bois, donne aux trous qui les traversent une capacité notable, qui modifie la qualité des sons produits. M. Sax, persuadé avec raison qu'une parfaite continuité de la paroi intérieure ajouterait aux bonnes qualités de ces instruments, amincit, sur chaque trou, l'extérieur de la paroi jusqu’à ce que les bords du trou présentent un angle très-aigu ; puis, sur ce trou, il place une plaque de métal, articulée comme ‘une clef et maintenue soulevée par un ressort, Lorsque le doigt appuie sur celte plaque, elle bouche le trou de manière à continuer exactement la paroi intérieure, - | La deuxième section comprend les instruments à vent métalliques. | | Bien que muets comme ceux de la première section et placés aussi haut, leurs dimensions permettent cependant un certain genre d'appréciation, celle des formes extérieures , dont les luttes judiciaires que soutient M. Sax, depuis 4846, ont démontré l'importance unanimement admise aujourd’hui par ceux-là même qui la niaient avec le plus d’opiniâtreté; car, français comme étrangers, tous les instruments de cette catégorie qui figurent à l'Exposition révèlent plus ou moins, mais toujours à un degré remarquable, la pensée fondamentale qui a présidé à la révolution opérée par M. Sax dans les orchestres militaires. | Avant lui, le caprice seul du facteur déterminait la forme et la direction des nombreux replis que présentent les instruments de cuivre, Les courbes les plus heurtées , les plis les plus aigus, les directions les plus brusquement contraires Opposaient, à la marche de la colonne d’air, une multitude d’angles contre lesquels elle venait se heurter, et qui, par: leur rigidité, opposaient les plus grands obstacles à la mise en vibration du métal de l'instrument. | C'est tout le contraire dans les instruments de M. Sax et dans l'immense majorité de ceux qui figurent à l'Exposition. Partout les courbes sont arrondies et ont le plus grand rayon compatible avec la place qu’elles occupent, de manière à donner à l'écoulement de l'air, ainsi qu'aux vibrations du métal, la plus grande liberté possible, <: Ce

Il y a plus, tous ces instruments semblent sortis d’un même atelier, tant ils ont de ressemblance entre eux. On croirait en vérité qu'un même patron leur a servi de modèle, du moins quant aux conditions extérieures; car il faudrait les voir de plus près, afin de comparer leurs dimensious transversales, et surtout les entendre pour s'assurer que l’imitation a été poussée jusqu’au bout, et qu'ils possèdent toutes les qualités qu’on rencontre, à un degré si éminent, dans les instruments de M. Sax. |

Dans les 37 exposants de cette catégorie, 17 appartiennent à la France et 16 nous viennent de l'Autriche. On nous a signalé comme particulièrement remarquables les instruments de M. Czerveny de Kæniggraetz (Bohême), puis ceux de MM. Bauer, Rott, Schamal et Stohr, tous quatre de Prague ; on nous a également désigné comme excellents ceux de M. Stovasser, de Vienne. | |

La troisième section comprend les instruments à vent à clavier, à la tête desquels se place tout naturellement l’orgüe, qui, à l'Exposition, abuse de son titre de roi des instruments pour y faire trop fréquemment un vacarme épouvantable ; la plupart des exécutants paraissent plus désireux de déployer toute la puissance de l'instrument, que d’en faire apprécier les qualités mélodiques. : |

Nous sommes loin d’être complétement renseignés sur les conditions nouvelles que peuvent comporter les divers instruments de ce genre qui figurent à l'Exposition, l'exposant faisant presque toujours défaut au visiteur curieux de nou- - véautés. Signalons toutefois ce que nous avons pu apprendre,

Bien que M. Cavaillé-Coll ne soit représenté à l'Exposition que par un très-petit orgue placé dans la nef, nous n'hésitons pas à le mettre en première ligne, parce que depuis longtemps il à fait ses preuves, et que les visiteurs de l'Exposition peuvent, sans trop de dérangement, aller entendre les magnifiques orgues de la Madeleine et de Saint-Denis.

Obligés de nous restreindre dans nos appréciations, nous choisirons, parmi les nombreux perfectionnements que l'orgue doit à M. Cavaillé-Coll, l'emploi judicieux qu’il a fait des tuyaux harmoniques, pour suppléer ce que les autres oreues ont de maigre et de eriard dans les sons élevés.

On sait qu’ordinairement les dimensions des tuyaux d'un

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même jeu décroissent rapidement de volume; que si, par exemple, on prend, comme unité de volume, le tuyau qui donne le son le plus grave du jeu, le tuyau, à l’octave immédiatement supérieure, n’aura que le 8° du volume du premier; celui de la troisième octave, seulement le 64°; celui de la quatrième octave, seulement le 515°; et qu’enfin celui de la cinquième octave sera 4096 fois plus petit. Or, l'intensité du son d’un tuyau étant proportionnelle au volume de l’air qui le produit, l’on ne s’étonnera pas, en voyant les nombres ci-dessus, de la faiblesse et de la maïgreur des sons élevés de l'orgue, comparativement aux basses.

En employant les sons harmoniques de gros tuyaux pour les notes aiguës du clavier, c’est-à-dire en obligeant la colonne d’air qu’ils contiennent à se partager en un nombre de parties vibrantes en rapport avec le son à produire, M. Cavaillé-Coll donne à celui-ci d’autant plus de rondeur, d'autant plus de puissance, que le volume total de la colonne d’air est plus considérable, à

A l’occasion de l'orgue de M. Ducroquet, nous indiquerons, comme un perfectionnement important, le levier pneumatique de M. Barker, qui a pour but et pour résultat de laisser au clavier toute la mobilité désirable, quel que soit le nombre de jeux mis en action et celui des claviers accouplés. Ce mécanisme se compose d’autant de petits soufflets qu’il Y a de touches au clavier. Chaque touche n’a d’autre fonction que celle d'ouvrir une petite soupape communiquant à un soufflet qui se remplit immédiatement d'air suffisamment comprimé pour que le mouvement de la paroi mobile détermine l'ouverture de toutes les soupapes mises en rapport avec lui par les divers mécanismes d’accouplement, en surmontant toutes les résistances, si nombreuses qu’elles soient, des tirages et des leviers de renvoi.

L'orgue dit à piston, de MM. Claude frères, de Mirecourt , présente un dispositif qui a le même but, en y joignant la suppression des soupapes, des registres, des pilotis tournants, des tirasses, des conduits ou gravures , etc., etc. Nous nous sommes assuré que le clavier est effectivement très-léger au toucher, et que chaque tuyau reçoit directement le vent au moyen d’un piston qui s'adapte à sa base. dé:

M. de Lorenzi , de Vicence, a donné à son orgue le nom de

fonocromique (sons coloriés), pour ne pas.le confondre , dit le prospectus, avec les orgues dites expressives, à anches libres ; chez ces dernières, en effet, l'expression est produite par la pression plus ou moins grande qu'on peut à volonté donner au vent, mais qui s'étend simultanément à toutes les touches du clavier.

Dans l'orgue fonocromique on colorie les sons par l’abaissement plus ou moins grand de chaque touche isolément ou du clavier tout entier, ce qui permet d'obtenir en même temps des sons de nuances diverses.

Nous nous rappelons avoir vu, à l'Exposition de 1844, un petit orgue dans lequel un mécanisme, de l'invention de Sébastien Érard , produisait l'expression par le même moyen.

Nos renseignements sur les orgues d'église s'arrêtent ici.

Passons aux orgues d'appartement, qui se pressent en foule à l'Exposition. |

Dans le plus grand nombre, l’anche libre est l'organe unique du son. L’anche libre diffère des autres anches en ce que celles-ci, formées d’une languette métallique ou en roseau, battent contre les bords du bec'en métal ou en bois sur lequel on les applique, d'où leur vient le nom d’anches battantes , tandis que l’anche libre oscille librement dans une ouverture de même dimension, qu’elle ouvre et qu'elle ferme périodiquement sous l’action du vent. Le son qu’elle produit est beaucoup plus doux que celui des premières, appliquées aux clarinettes, aux jeux de trompettes dans les orgues, etc. Fe 2

On la dit d'invention chinoise. Nous avons vu effectivement des espèces de flûtes venant de cette contrée, et qui comportent un certain nombre de ces organes.

Sa première application sérieuse, en Europe, remonte à 1810, époque à laquelle Grenié en fit l’organe sonore d'un instrument qu’il désigna sous le nom d'orgue expressif, parce qu’en effet on peut faire varier l'intensité des sons, donner de l'expression à son jeu en comprimant plus ou moins l'air qui agit sur les anches , au moyen d’une pression plus ou moins forte exercée par les pieds sur les pédales motrices des soufilets.

Cet instrument eut toutefois peu de succès à cause de la monotonie de son timbre, et surtout de la lenteur avec laquelle le son s’y produit.

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