N HA
Re rs = mr -
Un homme se trouva qui reprit l’œuvre délaissée de Grenié pour én faire, sous un volume réduit au quart , un instru-
“ment d’une grande puissance de son, et surtout d’une très-
grande variété de timbres imitant , souvent à s’y méprendre, les divers instruments d’un orchestre complet. Cet homme est M. Debain.
Au lieu d’un seul jeu d’anches libres, l’hurmonium de
M. Debain en a quatre. Dans chacun d’eux les anches recou-
\vrent l'ouverture d’une cavité de forme et de grandeur diffé-
rentes de celles des autres jeux’, d’où résultent quatre espè-
ces de timbres très-distincts ; ce qui donne une très-grande variété aux effets de l'instrument: En plaçant les anches dans le vent, c’est-à-dire dans le sommier mème où elles sont tou-
jours sous l'action directe de l’air comprimé par les soufflets,
il a rendu leur mise en vibration instantanée, et permis l’exécution de morceaux aussi rapides que pour le piano.
Le succès ne’se fit pas attendre , mais avec son cortége obligé, la contrefaçon, ét les procès qu’elle entraîne à sa suite. EE |
Les procès gagnés , M. Debain transigea avec quelques facteurs, en se réservant expressément le nom d’harmonium ‘pour ses propres instrüments, dont l’excellente exécution lui à conservé, jusqu'à présent, une supériorité marquée sur tous ses concurrents. | - Le mélodium de M. Alexandre n’est pas autre chose que l'harmonium de M. Debain , dont il diffère, dans certains cas, par l'application d’un mécanisme qu’il a acquis de M. Martin, de Provins, ét qui détermine les vibrations de l’anche par un coup de marteau qui détache mieux la note dont le son est continué par l'air de la soufflerie. Ajoutons que , bien antérieuremént à M: Martin, cette condition avait été appliquée par M: Pape.
Tout récemment, M. Debain à complété son instrument primitif par l’addition, pour chaque touche , d’une corde de piano à l’unisson des anches, ce qui donne à l’harmonicorde, indépendamment des propriétés résultant du système Martin, qui, isolé, n’est pas jouable, les qualités de deux instrumeñts qu'on peut faire entendre simultanément ou isolément.
M. Alexandre expose également un instrument d’un genre mixte, mais qui restera probablement exceptionnel , attendu
son prix élevé, et peut-être les. études qu’il exigerait de la part des artistes, qui ne paraissent pas très-empressés d'en jouer à l'Exposition, où jusqu'à présent, pour nous du moins; il est resté complément muet.
Nous sommes toutefois en mesure d'indiquer de quoi il se compose, d'après une note que nous tenons de M. Alexanüre.
L'instrument Liszt (c’est le nom qu’on lui a donné) a trois claviers.
Le premier est eelui d’un piano d'Érard auquel on a ajouté un système de prolongation (système que nous expliquerons plus loin en parlant des pianos); plus, un jeu de voix humaine,
Le second clavier comporte les sons de la flûte, de la clarinette , du hautbois et de la musette; et le troisième, ceux de deuxième flûte, du baryton, du violoncelle et du hautbois.
Deux pédales fournissent le vent dans ces instruments, el la division des soufflets permet d’avoir des crescendo sur un clavier pendant qu’on obtient des déminuendo sur un autre.
Au moyen des pédales, on peut faire tenir l'harmonie sur
un elavier pendant qu'on exécute des dessins mélodiques sur le piano, ou des variations sur la flûte, ete., etc. . Dans ces sortes d'instruments, la position des anches est horizontale: M. Boudsocq préfère leur donner une position verticale. En entendant un de ses instruments ;, nous avons reconnu que cette dernière position donnait effectivement aux sons une qualité particulière qui les différencie des sons produits par les anches horizontales. Nous croyons qu’on peut tirer un très-heureux parti de la combinaison aux organes SOnOres.
Nous ne quitterons pas cette section sans dire un mot de l'orgue mécanique à cylindres de M. Kelsen, qui se recommande à la fois par sa belle exécution, la qualité des sons qu’il fait entendre, ef surtout par l’habileté qui a présidé à la notation des six cylindres qu’il comporte. |
Nos lecteurs comprendront notre éloge lorsque nous aurons dit que M. Kelsen est élève de M. Davrainville, dont la réputation, pour ce genre d'instruments, est plus qu’européenne. Ajoutons que l’orgue de M. Kelsen comporte un clavier pour l'usage des artistes.
née nn otre ESS
= si
St po me É e LA
Dans la quatrième section, se trouvent compris les instruments à cordes sans clavier, notamment ceux dits à archet, c'est-à-dire les violons, les basses, etc. Cette dernière espèce d'instruments présente, au point de vue du progrès, une Singularité remarquable : tandis que les autres facteurs s’efforcent à l'envi de produire du nouveau, et croient avoir fait faire un grand pas à l'art par la création d’un timbre inconnu avant eux, les bons luthiers n’ont qu’un but : approcher, autant que possible, des qualités et surtout de l'apparence extérieure de certains instruments tous sortis, ou à peu près, d'une même ville, Crémone,et des mains de quelques hommes restés célèbres entre tous, sous les noms d’Amati, de Stradivarius, de Guarnerius, de Steiner, etc.
La plupart des instruments que nous ont laissés ces grands maîtres sont, il faut le reconnaître, doués d’admirables qualités qui expliquent jusqu’à un certain point le culte que leur rendent les artistes. Cette expression n’est point exagérée ; car, pour eux, le son n’est qu’une condition bien secondaire, et tel amateur n’hésitera pas à donner 410 000 francs, et souvent beaucoup plus, d’un violon ou d'une basse entièrement décollée, mais dont les morceaux seront irrécusablement de l'un des auteurs cités, ce qu’on reconnaît d’abord aux formes générales de l'instrument, puis à certaines coupes du bois, mais surtout au vernis qui les recouvre. L'authenticité du vernis double où triple la valeur d’un instrument quelquefois très-médiocre; et nous avons vu vingt amateurs én extase devant une tache plus ou moins rouge, prouvant que la main de Stradivarius ou d’Amati avait passé par là.
Cette monomanie inspira à M. Vuillaume la pensée de satisfaire à la fois aux conditions réclamées par l’art proprement dit, et à celles que le caprice des artistes a érigées en lois.
A force de travail il est parvenu à résoudre le problème difficile d'exécuter des instruments qui ont les qualités de son qu’on recherche dans les instruments de Crémone, mais qui, encore, soit pour la forme générale, soit pour les détails d’exécution, soit pour les traces de vétusté, soit surtout pour le vernis, sont des imitations tellement fidèles, que l’œil et l’o= reille des plus habiles y sont toujours trompés. EE
En donnant pour 300 fr. l’imitation d’un violon de 8 à 10 000 fr., et pour 600 fr. celle d’une basse qui, comme celle
de Duport ; a été payée 22 000 fr., M. Vuillaume a rendu un véritable service aux jeunes artistes qui , outre l'avantage de posséder un excellent instrument, trouvent, dans cette inoffensive supercherie, l'innocente satisfaction de leur vanité.
Ajoutons toutefois que la fabrication de M. Vuillaume comporte, à des prix beaucoup plus abordables encore, des instruments qui, comme qualités de son, ne le cèdent en rien à ceux dont nous venons de parler, mais auxquels il laisse toutes les apparences d'instruments neufs. Une estampille, représentant la sainte Cécile du Dominicain, distingue ces instruments de ceux de ses concurrents.
Dans le trophée musical de la nef figure, sous le nom d’octobasse, un énorme instrument qui est aussi de M. Vuillaume. Le succès des deux frères aînés de ce géant musical prouverait seul que M. Vuillaume sait aussi créer pour son compte , si nous n'avions à indiquer aux artistes des chevalets qui, œuvre commune du colonel Savart et de M. Vuillaume, ont trèsréellement le mérite remarquable d'améliorer les qualités d’un instrument.
* C'est de visu et surtout de auditu que nous avons parlé de M. Vuillaume; c’est par la vue seule que nous avons pu apprécier les produits de ses concurrents.
Disons d’abord que la lutherie française est en général en voie de progrès sérieux ; que , dans toutes les vitrines , apparaissent des instruments évidemments supérieurs à ceux qu'offraient les expositions précédentes.
Parmi les luthiers parisiens dont la réputation justement acquise depuis longues années nous est un sûr garant que la bonté de leurs produits égale leurs belles apparences, nous désignerons M. Bernardel, puis MM. Gand frères qui, bien qu’exposants pour la première fois, ont depuis longtemps fait leurs preuves; M. Jacquot , dont les instruments sont d'une belle facture et d’un bois magnifique ; M. Chanot, et M. Maucotel.
M. Rambeaux présentait, aux deux dernières Expositions, des instruments dont la table était exécutée d’une manière particulière , c’est-à-dire façonnée d’abord en portions de cylindre, puis amenée à la forme voulue au moyen de la chaleur et de la pression, d’où il résultait que le fil du bois n’était pas tranché comme dans les instruments ordinaires. Au rapport