ALGÉRIE
Annexe, section des produits ; travées 65 à 10, de À à D.
Dans l’espace réservé à nos colonies, et c’est justice, l’AIsérie occupe la plus grande place; à gauche , se trouvent ses
bois, ses denrées alimentaires ; au milieu, ses vins, ses huiles, ses matières textiles ; à droite enfin, dans ies galeries, les produits de l’industrie arabe ou coloniale et les objets fabriqués avec ces matières premières.
La collection de bois de l'Algérie est très-complète : essences de nos climats et arbres tropicaux, chènes verts, chènesliéges, palmiers, thuyas, orangers, oliviers, cèdres, se trouvent réunis dans notre colonie africaine et peuvent y atteindre des dimensions énormes si on en juge par le tronc d'olivier sauvage qui aurait eu plus de mille ans d'existence.
Parmi les bois d’ébénisterie , le thuya se place en première ligne; ses belles teintes sombres, ses veines brunes sur un fond rouge et chaleureux, expliquent la préférence qu'on lui a donnée: des pianos, des meubles, des caisses à liqueur, montrent tout le parti qu’on peut tirer de cet arbre précieux. M. Testut, ébéniste à Alger, a exposé un grand nombre de beaux produits exécutés soit en thuya, soit en olivier, dont la couleur est beaucoup plus claire, et qui rappellent dans des tons plus jaunes l’acajou neuf. Nous avons remarqué surtout un meuble en thuya et en houx coloré en bleu noirâtre , rehaussé d’ornements en cuivre.
Dans la partie nord de l'Exposition sont placées les huiles de l'olivier domestique ; cette galerie obscure que personne ne regarde et où se trouvent réunis les huiles, les vins et les laines d'Algérie nous paraît, si on y ajoute les céréales, renfermer tout l'avenir de notre belle colonie; deux systèmes sont en effet en présence : faut-il tenter en Algérie la culture des denrées coloniales, du sucre, du coton, même du thé, où bien faut-il que nous ayons en Afrique une succursale de notre Provence, qui nous donnera des céréales, du vin, de l’huile, de la garance, de la soie et de la laine fine? Le premier système parait être celui du gouvernement ou plutôt celui du général qui dirige l'administration spéciale de PAIgérie : un grand prix de 40 000 francs a été décerné en effet aux cultivateurs de coton, sans qu'aucune récompense analogue soit venue encourager les producteurs de céréales; le second, surtout représenté par M. Decaisne, professeur de culture au Muséum, qui, dans ses leçons comme dans ses écrits, soutient son opinion avec l’énergique passion pour le bien qu’il apporte dans toutes ses œuvres. Nous ne pouvons
D. tn. —
entrer ici dans la discussion que nécessiteraient des questions d’un si haut intérêt ; cependant, quand on songe à la rareté et au prix considérable de la main-d'œuvre en Algérie; quand on voit que d’un côté il y a tout à créer, tandis que de l’autre il n’y a qu’à continuer la culture à laquelle le sol est propre, puisqu'elle y existe de toute antiquité, il nous semble qu’il n’y a pas à hésiter. |
La gärance, le cochenille, le tabac, le lin, le ricin, l'olivier, le mürier, la vigne , l’asphodèle, telle est l'extrême variété de plantes industrielles que porte le sol algérien.
Blé dur et tendre, maïs, orge, avoine, dattes, telles sont les denrées alimentaires dont l'Algérie peut déjà exporter des quantités considérables. Les céréales algériennes paraissent d’une qualité tout à fait supérieure, et la palme qu'avait obtenue l'Australie en 1854 pourrait bien cette année passer à notre colonie d’Afrique. |
La culture des fruits sera encore pour ce pays la source d’une grande richesse; elle ne disparaît de notre Provence que pour se retrouver de l’autre côté de la Méditerranée. Les oranges, les citrons, les fruits frais ét confits seront sans doute prochainement un article important d'exploitation pour l'Algérie.
Les laines enfin , dont nous voyons un grand nombre d'échantillons et qui méritent toute l'attention , forment une des parties les plus importantes de la collection des produits algériens. L’Arabe est éminemment pasteur; sa richesse réside presque exclusivement dans ses troupeaux. Il y attachera donc un soin tout spécial et se hâtera de les améliorer si on le pousse dans cette voie, si, en lui achetant plus cher des produits plus parfaits, on le met à même d’améliorer ses toisons au moyen de croisement avec des béliers mérinos ; ce croisement est appelé à réussir d'autant mieux que l’examen que M. Baudement à fait d’un grand nombre d'échantillons algériens l’a conduit à penser que déjà plusieurs troupeaux avaient reçu autrefois du sang mérinos, si toutefois les mérinos eux-mêmes n'étaient pas originaires de nos provinces barbaresques. Au reste, quelques producteurs ont exposé des échantillons de toisons croisées qui présentent déjà un grand progrès sur la laine commune des races indigènes.
Les vitrines de la galerie nord renferment les produits de
l’industrie arabe : écharpes légères et transparentes brodées d'or et de soie, burnous rouge et blanc, gaudourahs de mousseline transparente, riches éventails de plumes d'autruche, maroquins repoussés, bottes de cavaliers armés de longs éperons, babouches de femme sans talon ornées d'or, vraie chaussure de harem avec laquelle on ne peut faire un pas, mais qui donne à la démarche cette nonchalance, cette paresse de mouvement qui est un des charmes des mauresques. |
Puis la selle , les harnais , les armes de l’homme de grande tente, de l'argent sur le velours et le cuir, de l'argent encore sur le fusil et sur le yatagan ; on sent que ces richesses portatives conviennent à un peuple non attaché au sol, qui veut tout transporter avec lui; peuple nomade qui vit sous la tente, qui, lorsqu'il est poursuivi, chasse ses troupeaux devant lui, et fuit vers le désert, sur sa jument rapide, animal de cette race célèbre, aussi élégante que robuste, aussi résistante que vive, qui deviendra aussi l'une des causes de prospérité de la colonie.
Les richesses minérales de l’Algérie, encore mal connues, mal exploitées , se sont discréditées au point que les actions des mines de Mouzaïa et de Tenez sont cotées à la Bourse aux prix les plus bas ; les échantillons de minerais sont assez beaux cependant, et il est possible que la non-réussite de ces affaires tienne plutôt à une mauvaise administration qu'à une pauvreté réelle des mines ; de la galène, du fer oligiste, de la Himonite, promettent à l'Algérie du plomb et du fer; enfin, les marbres sont déjà une richesse tout acquise qu’elle pourra exploiter quand ses voies de communication seront plus parfaites. Nous avons remarqué entre autres quelques beaux échantillons de marbre portor qui ne se trouve plus nulie part ailleurs, L’agate, connue sous le nom d’onix africain, est un magnifique produit spécial à l'Algérie; les plaques qui existent à l'Exposition sont de toute beauté; la demi-transparence, les veines coloriées, le fond blanc jaspé de cette bello variété de quartz en feront une des matières premières les plus recherchées pour la confection de la sculpture: d'ornement.
Si l'on se rappelle qu’il y a à peine quinze ans qu’on s'occupe sérieusement de-cette partie africaine de notre territoire,
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on comprend qu’on ne soit pas encore arrivé plus loin. C& qu'on devait demander à cette exposition, c'était de montrer non pas Ce qui était fait en Algérie, mais ce qu’on pouvait y faire ; l’exposition des produits minéraux et végétaux prouve qu'un immense avenir attend cette succursale de la France, où nous pourrons faire ce qui nous manque en Europe; des céréales qui nous donneront un complément utile toujours , indispensable quelquefois ; des huiles que notre midi ne fait plus qu'avec peine; des vins, si la terrible maladie qui ruine nos vignerons continue encore ses ravages ; de la soie, enfin, de la laine fine si nous suivons l'exemple de l’Angleterre, nous réservant de faire dé la viande chez nous comme elle a fait chez elle, et faisant de la laine fine en Algérie comme elle en fait à Victoria et à Melbourne, |