‹ Visite a l'exposition universelle de Paris, en 1855Chapitre 38 sur 135 · COLONIES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

COLONIES FRANÇAISES

Annexe, section des produits; travées 69 à 70, de À à D.

La pauvreté et le petit nombre des échantillons envoyés par nos colonies a conduit, sans doute, au système de classification que nous avons vu en vigueur dans l'exposition de nos colonies. Tous les produits réunis, agglomérés, sans distinction de pays, qu’ils viennent des Antilles ou du Sénégal, de la Guyane ou de la Réunion, forment sans doute un ensemble assez satisfaisant au premier coup d'œil, mais cette confusion augmente énormément les difficultés d’un examen sérieux. Il nous semble qu'il eût été plus digne et en même temps plus utile de montrer franchement notre pauvreté ; plus elle aurait été évidente et palpable, et plus vite on se serait occupé de la détruire... Il est difficile de guérir quand on cache son mal.

Le Sénégal et le Gabon sont peu représentés à l'Exposition. ou du moins leurs produits éparpillés sont difficiles à appré= cier. Le Gabon nous a envoyé un bel échantillon d’huile de palme qui pourra devenir d’un haut intérêt pour le commerce de ce comptoir; le Sénégal envoie des dents d’éléphant , de la gomme, du caoutchouc, des résines, de l’indigo et des armes sauvages,

L'exposition de l’île de la Réunion est plus riche, elle apparaît toujours avec ses cafés et son sucre, ses épices, muscade, girofle et cannelle; l'huile de coco qu'elle envoie pourra devenir. un article d'exportation intéressant, maintenant qu'on emploie cette huile en grande quantité dans la confection des SAVONS, : . : - |

Nous avons trouvé dans nos colonies des Antilles des produits analogues; leur café et leur sucre continuent à être leur principale richesse, grâce à la législation spéciale qui les protége ; en revanche, notre Guyane n’a rien, et c'est là une grande faute. On s’est beaucoup occupé depuis quelque temps

de la Guyane ; on espérait et on espère encore arriver à quel-

ques résultats en faisant de cette colonie un lieu de déportation ; mais l’occasion était belle pour montrer les richesses naturelles de cette contrée, tandis qu'on sera encore dans l'avenir réduit à discuter dans le vide comme par le passé, sans avoir vu, sans avoir eu entre les mains les produits de cet immense territoire inculte et inoccupé. La faute est d'autant plus grave, que la Guyane anglaise a une fort belle exposition bien classée, et dont plusieurs produits montrent tout le parti que les Anglais ont déjà su tirer de cette conquête qu'ils ne possèdent cependant que depuis quarante ans.

Nos possessions de l'Inde nous ont envoyé deux magots; au moins, on ne leur attachera pas plus d'importance qu’elles n’en ont,

De tous nos établissements d'outre-mer , deux seulement peuvent être appelés à un grand avenir : l'Algérie sera une seconde France, jeune, fertile, peuplée par le trop plein de la mère patrie; elle pourra lui donner les matières premières que celle-ci mettra en œuvre; enfin, la Guyane, l'immense Guyane, saine quand on pénètre à l’intérieur , pourrait produire toutes les denrées coloniales que sa latitude lui permet de cultiver et qui réussissent si bien dans les possessions anglaises voisines. Le succès de l'Algérie est maintenant certain, mais celui de la Guyane est douteux encore si le gouvernement ne se décide à soutenir cette colonie avec une énergique patience contre la malveillance dont elle est l'objer.

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