‹ Visite a l'exposition universelle de Paris, en 1855Chapitre 74 sur 135 · ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE

Annéke , section des produits: travées 13 à 14, de C à D.— Annexe, section des machines: traÿées 143 à 14, de À à D. — Palais principal ; rez-de-chaussée; trävées 15 à 18, de H à L.

On est cruellement désäppointé quand , arrivé au pavillon qui indique les galeries de l’Union, on rencontre à peine quelques échantillons de coton, quelques machines et divers objets de caoutchout; qui n'aurait cru que ce peuple améri- Cain, qui Semble avoir atrophié toute la partie artistique de la nature humaine pour se concentrer dans l’agriculture, l’industrie et le commerce, qui aurait cru que cette nation, qui doit tant à la France, qui l’a aidée de son épée et de son argent dans la guerre de l'indépendance , qui aurait cru qu’elle reculerait devant le grand concours de 1855! |

Le peu de succès de l’exposition de New-York, des malentendüs entre le gouvernement central, ceux des différents

États qui constituent l'Union et les exposants eux-mêmes , ont contribué à faire manquer l'exposition des États-Unis ; ce sont des excusés, en effet, mais qui ne détruisent pas le mauvais effet produit.

Les États-Unis d'Amérique occupent un territoire énorme, presque aussi grand que l’Europe, et qui présente les climats les plus variés; la population va se doublant en vingt-cinq ans ; les émigrations si fréquentes de l'Europe entrent pour une part considérable dans cet accroissement rapide, et les causes qui poussent à cette émigration existant toujours , il est probable qu’elle se continuera encore longtemps. Si la population continue la marche qu’elle suit en ce moment , avant la fin du siècle les États-Unis auront une population de 100 millions d'habitants.

Quelle puissance n'aura donc pas alors cetie masse énorme douée de cette activité fébrile, de ce besoin de travail, de cet amour de création qui distingue les premiers pas d’une grande nation ; ce peuple né il y a cinquante ans, qui a plus de chemins de fer, plus de canaux que l'Angleterre, qui possède autant de vaisseaux qu’elle et qui, placé sur un sol fécond , inépuisable , peut en faire sortir toutes les richesses : du fer, de l'or, de la houille, du bois, du coton, du sucre ; un peuple sans armée et qui a Su vaincre les troupes anglaises, qui avaient lutté contre Napoléon, qui a su se créer une marine militaire aussi rapidement qu'il fait toutes choses, et sur laquelle il peut entretenir 420 000 des meilleurs marins du monde.

L'Espagne possédait la Californie depuis trois cents ans, le Mexique depuis quarante, ils n°y avaient rien fait ; ce territoire fut cédé aux États-Unis en 1848. Maintenant San-Francisco fait un commerce plus grand que la Nouvelle-Orléans, et qui pourra prochainement atteindre celui de New-York.

Orgueilleux, croyant le monde fait pour eux et capables de se donner raison d’une hardiesse qui va jusqu’à la témérité dans leurs luttes contre la nature ou contre les hommes, tenant haut et ferme leur drapeau libéral, froidement vertueux, étroitement dévots, les Américains, extrêmement habiles dans les affaires commerciales, y apportent la persévérance qui fait le succès.

Pleins de respect pour les femmes ou plutôt nes’occupant pas d'elles, ils vivent plus avec leur têle qu'avec le cœur ; les Etats

du Nord détruisent les Peaux rouges qui les gênent, tandis que les États du Midi conservent l'esclavage qui leur est utile.

Deux mots peignent complétement l'amour effréné du travail et de la production qui distingue les Anglo-Américains. Forward, en avant, vaincre les obstacles, triompher de toute résistance, arriver vite, au risque de sauter en route, peu importe, en avant! Make money, produire une richesse, créer une entreprise nouvelle, être riche pour être puissant ; de là ces faillites si fréquentes aux États-Unis et qui passent inaperçues ; ceux qui sont ruinés ne s'amusent pas à plaider, ils se mettent au travail et bientôt retrouvent une nouvelle fortune. Cet esprit de spéculation se traduit même dans le langage; au lieu de : Je pense, les Américains disent : Je calcule.

Les Américains sont essentiellement commerçants et agriculteurs. Les importations s'élèvent de 180 à 2006 millions de dollards par an (le dollard vaut à peu près 5 francs). Les exportations de produits nationaux ont été, en 1851, d'environ 180 millions, et celles des produits étrangers de 45 miliions. Les principaux articles d'exportation sont les suivants :

Cotongis in: des Nantes ..... 65 à 100 000000 dollards. Farine,-blé, maïs... 2.4.1. 30 000 000 Bœuf, porc, lard, produits ani- MARTEL. il das à le lard FA 43 000 000 Tab se sad et dus 8 000 000 Bois de construction, produits des :fopé ts ses durs aie Le + 7 000 000 Produits de la mer, huile de balelneii. éadéracs dun rl jrs 2 500 000

Le tonnage complet des États-Unis est de 3 535 454 tonneaux; c'est plus qu’en aucun autre pays, si l’on en excepte la Grande-Bretagne. On a construit, en 4850, aux États-Unis, 1360 navires; le nombre entier des navires parés dans les ports de l’Union était, en 4850, de 48195.

Les États de la Nouvelle-Angleterre , dont le sol est moins fertile que dans les États du Sud, le climat moins favorable, sont plus essentiellement manufacturiers ; cé sont eux qui travaillent pour l'Union les étoffes de coton et de Jaine, les cuirs, les métaux, ele. |

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Au Sud , au contraire, s'étend la culture du coton, la grande richesse de l’ Union, l'élément le plus énergique de sa puissance, avec lequel elle tient entre ses mains les États européens, l'Angleterre surtout.

Au coton, au tabac, il faut joindre les céréales que les Américains produisent en quantités considérables; le maïs, entre autres, qu'importe maintenant l’Angleterre, soit pour le consommer en nature, soit pour le transformer en boissons fermentées (wisky) ; la Californie commence à planter des vignes , dont les produits pourront faire un jour une concurrence redoutable aux vins français, portugais et espagnols; enfin, les richesses minérales des États de l’ouest et du nord, l’or de la Californie, le cuivre et le fer du lac Supérieur, entrent encore pour une part notable dans les exportations des Anglo-Américains.

Que pourra nous enseigner leur exposition ? Nous trouvons quelques échantillons de coton et pas de tissus fabriqués; on croit généralement que les Américains ont eu raison de s'abstenir pour ce dernier produit; quelques objets de bossellerie, bien fabriqués et assez élégants, en bois de cèdre blanc et rouge entremêlés ; quelques livres, quelques épreuves

" daguerriennes, enfin une immense quantité d'objets en caout-

chouc durci exposés par M. Goodyear qui, au reste, possède également une vitrine dans nos produits français.

L'exposition américaine ne peut rien nous apprendre ; l’Union est habitée par un grand peuple, tout le monde le sait, mais il faut le savoir, car l'Exposition tendrait à prouver le contraire. :

Quelques objets cependant viennent témoigner de l’état d'avancement auquel sont parvenus les arts chez ce peuple.

Les balances et les poids étalons, qui ont été donnés par le congrès à notre Conservatoire des arts et méliers, et qui lui ant êté remis par M. Vattemare, sont d’une exécution tout à fait remarquable. Une des balances , entre autres, ne saurait être mieux faite ni par Deleuil ni par Bianchi.

Dans les machines, l'exposition américaine reprend toute son originalité : la machine à vapeur chronomètre , à double cylindre oscillant, de MM. Tousley et Reed, fera époque dans l'art des constructions mécaniques ; le découpoir circulaire, de M. Thompson, est un nouvel outil, d’un très-bon usage,

malgré la négligence de l’exécution ; la machine à réduire la ronde bosse, de M. Blanchard, exécute devant le public son travail d’une manière irréprochable. |

Une machine très-ingénieuse pour faire les sacs de papier, une autre pour travailler le bois, de M. Moore, dénotent la tendance générale en Amérique detout faire avec les machines,

Nous ne parlons ni des machines à coudre ni des fameux revolvers , ces armes qui peuvent tirer dix fois sans discontinuer. Les uns et les autres sont d'invention américaine : ce peuple, en tout, veut économiser le temps.

MEXIQUE, Palais principal, galerie; travées 16 à 17, de K à L.

De tous les États américains peuplés par les Espagnols, le Mexique est le seul qui ait une exposition de quelque importance. Toute proportion gardée, elle est certainement plus complète que celle des États-Unis.

Indépendant seulement depuis une cinquantaine d'années, sans cesse tourmenté par la guerre civile, mal dirigé, assez imprudent pour s'attaquer successivement à la France et aux États-Unis, le Mexique ‘est loin d’avoir atteint le développement dont il est susceptible. La richesse de ses mines d’argent, la fertilité de son sol qui produit abondamment une foule de produits recherchés en Europe, pourraient cependant lui assigner une belle place parmi les États américains; malheureusement le Mexique a dans l'Union un voisin ambitieux, peu scrupuleux sur le choix des moyens, qui semble vouloir prendre partout ce qui lui convient, sansse soucier autrement du droit des gens; voisin qui lui a déjà ravi le Texas et la Californie, et qui probablement ne s'arrêtera pas dans cette voie de conquête. Si les Mexicains tiennent à leur indépendance, qu’ils soient forts en devenant unis, qu’ils recherchent l’alliance des grands Étatseuropéens qui, seuls, seraient capables de les défendre contre l’envabhissement des Anglo-Américains.

Tous les voyageurs qui ont parcouru le Mexique s’accordent sur le manque de voies de communication ; leur absence est assez complète pour paralyser une partie des transactions

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commerciales. Il y a certainement une fraction importante de la minime population mexicaine qui passe sa vie entière à conduire les mulets chargés des transports.

De l'argent natif, de l'argent antimonio-sulfuré se trouvent en abondance dans les mines du Mexique, les plus riches du monde; elles fournissent annuellement environ 537 000 kilogrammes d'argent, 442 millions de francs ; l'or y est moins abondant, les gisements ne produisent guère que # à 5 millions de francs; le mercure qu’on emploie pour l’amalgamation, existe également au Mexique; du fer, de la houille, du cuivre complètent les richesses minérales de cette contrée privilégiée.

De la soie brute et travaillée, des matières textiles, du maïs et les autres céréales, des huiles de plusieurs espèces différentes, du cacao, du café, de la cannelle, du coton qui pourrait devenir pour le Mexique une source inépuisable de richesses, comme il l’est devenu pour la Louisiane, de l'indico, des bois de teinture les plus variés, de la cochenille, du tabac, tels sont les échantillons les plus intéressants des produits végétaux du Mexique.

Les produits fabriqués n'ont pas un caractère bien spécial. Ce sont des imitations plus où moins parfaites de ce qu'on fait habituellement en Europe ; quelques vases cependant sur lesquels resplendissent des viva Francia ont un cachet assez national ; on reconnaît dans leur forme un peu bizarre, dans les dessins qui les recouvrent, les traces de ‘cette ancienne civilisation mexicaine si cruellement détruite par les Espagnols ; des articles de harnachement ont aussi une grande originalité ; les larges étriers damasquinés d'argent, les éperons à mollettes énormes bien ciselés sont un des luxes du peuple mexicain, essentiellement cavalier.

Ajoutons entin plusieurs livres de l’imprimerie établie à Mexico par M. Decaen, et qui ressemblent plus aux livres anglais qu'aux nôtres.

Qu’adviendra-t-il du Mexique? On ne le sait. Cépéndeiis l'intérêt qu’il semble avoir apporté à l'exposition de 4855 prouve qu'il commence à comprendre qu’un pays, tout en conservant une sage liberté, doit se préoccuper avant tout de la production matérielle, que le temps des discussions et des agitations stériles est passé, que le travail est désormais la seule voie ouverte à l'humanité,

La république de Guatemala est placée à l'Exposition comme en Amérique, à côté du Mexique; son exposition, un peu tardive, est intéressante cependant; elle nous offre une belle collection de sa faune ailée, de ces oiseaux aux couleurs éclatantes qui animent la belle végétation tropicale. Du maïs, du bois de teinture, du tabac, quelques étoffes, des hamacs, va sont les principaux produits que nous envoie ce petit tat.

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