PREMIÈRE CLASSE
Art des mines et métallurgie.
Le but que nous nous proposons dans cette note n’est pas de donner une description détaillée des objets exposés, un catalogue complet de tous les produits relatifs aux industries des mines et aux arts métallurgiques; c'est un travail qu'on ne peut faire au début d’une vaste Exposition, et qui nous serait rendu impossible aussi bien par les limites que nous devons nous imposer, que par le temps qu'il nécessiterait ; c'est donc dans un autre esprit que nous offrons ces lignes au public. Le développement remarquable de l'industrie à notre époque, répondant à des besoins toujours nouveaux, pousse toutes les branches des arts dans une voie de progrès rapides. Tous ces besoins se traduisent clairement par la nature des perfectionnements accomplis, par la tendance générale de ceux qu'on recherche; aussi le caractère des expositions subit-il des transformations frappantes, et aucune industrie, peut-être, ne porte le cachet d’une aussi ardente activité que celle dont nous allons nous occuper. C’est donc le caractère de cette Exposition universelle que nous allons essayer d’esquisser, en offrant à l'appui les exemples les plus remarquables qui nous ont paru le déterminer. Nous croirons avoir rendu quelques services au visiteur, en lui mettant en main, pour ainsi dire, un fil conducteur qui l’aidera à former son jugement, et même à réparer les nombreux oublis que nous ferons certainement dans un examen si rapide.
Nous regrettons de ne pouvoir nous arrêter aux nombreuses collections minéralogiques qui figurent à l'Exposition ; les produits du sol de presque toutes les parties du monde s’y trouvent représentés, depuis les minerais de fer les plus communs jusqu'aux pépites d’or de l'Australie ; mais une description de cette nature n'offre d'intérêt qu'autant qu'elle est fort détaillée ; nous abandonnerons donc ces collections à la curiosité du visiteur, pour arriver tout de suite à des questions plus générales, Nous nous occuperons d’abord des travaux relatifs à l'exploitation des mines.
Exploitation des mines.
Le premier objet qui frappe les yeux est un modèle curieux de l'exploitation d’une couche des mines d’Anzin. La couche exploitée est inclinée de 75 degrés à l'horizon ; le système d'exploitation s'appelle méthode des gradins renversés. Voici en quoi il consiste :
On commence par foncer en dehors de la couche un puits qu'on prolonge jusqu’à une certaine profondeur; on perce alors une galerie dans la direction de la couche, bien reconnue par les travaux de recherches préparatoires, et on l’arrête à la couche elle-même. Au point d’intersection on ouvre dans la couche une galerie horizontale. On répète exactement le même travail; en poussant la profondeur du puits à 40 mètres plus bas; en sorte qu'au moyen d’une nouvelle galerie horizontale, on partage la couche en tranches isolées de 20 mètres de hauteur, soutenues par les boisages de la galerie inférieure; on réunit ensuite les galeries horizontales par des puits perpendiculaires percés dans la couche elle-même, et on établit dans un dé ces puits un plan incliné qui doit servir à l'exploitation de la portion de couche séparée. Ces plans inclinés se composent simplement d’un wagon attaché au moyen d’une corde passant sur une poulie, et dont l’autre extrémité est fixée à uni contre:poids assez lourd pour faire remonter le Wagon vide à la partie supérieure du puits, mais qui est entraîné lui-même, lorsque le wagon est chargé de houille. Les ouvriers $’échelonnent alors sur la face latérale de la couche; le premier enlevant au moyen de pics le coin inférieur, jus-
mt tite ss - £ PS - Ps à €
qu'à une profondeur de 4 mètres environ et sur une hauteur
de 2 mètres. La houille, ainsi abattue, est jetée dans la galerie inférieure et enlevée comme nous le dirons plus loin. L’ouvrier placé immédiatement au-dessus de lui attaque ensuite la surface qui lui est opposée et enlève une autre tranche de houille de k mètres de longueur, sur 2 mètres de hauteur, pendant que le premier ouvrier abat lui-même une autre tranche de mêmes dimensions. Le travail continue ainsi, les ouvriers s'échelonnant les uns au-dessus des autres, de manière que le front de la portion de couche enlevée, présente, à peu près, l'aspect de gradins renversés, d’où cette méthode d'exploitation tire son nom. À mesure que ces ouvriers avancent, ils placent derrière eux un boisage, composé de pièces de bois debout, serré fortement au moyen de cales contre les deux parois du ter-
rain, et destinés à en prévenir l’éboulement. Un plancher est
placé sur ces bois et sert au roulage de la houille jusqu'au wagon du plan incliné qui la descend dans la galerie inférieure, On ne peut, en effet, l’y jeter directement sous peine de la réduire en morceaux trop menus, ce qui diminue considérablement sa valeur commerciale.
C’est donc dans celte galerie inférieure que se rend en définitive la houille dont se compose la couche, sur une hauteur d'environ 20 mètres; il faut de là la transporter au puits d'extraction, par lequel elle devra être montée au jour. Le roulage, dans cette galerie, se fait au moyen de chevaux; ils traînent des trains de petits wagons de la contenance de 5 hectolitres chacun.
Quelque extraordinaire que puisse paraître aux personnes étrangères à celte industrie ce travail si dangereux et si intéressant du mineur, il ne faut pas croire que toutes les couches des mines d’Anzin soient d’une exploitation aussi facile que celle-ci. Les couches du bassin du nord sont beaucoup moins épaisses que celles du bassin du centre de la France. Il y a des couches exploitées dans le nord qui n’ont pas 0,60 d’épais+ seur; l’inclinaison de quelques-unes de ces couches est voisine de l'horizontale. Comme il impurte de n’enlever que la plus petite quantité possible de terrain sans valeur, elles sont exploitées sur une faible épaisseur ; le mineur se glisse entre les deux parois du terrain qui renfermait la houille, et l’abat en travaillant couché ; le nom de ce mode d'exploitation
Pr tome ms
Te Rs Po
176 VISITE en peint mieux la difficulté que nous ne pourrions le faire : il s'appelle abatage à col tordu.
Lorsque le minerai est amené à la partie inférieure du puits, 1l faut l'enlever jusqu’au jour, et cette partie de l’exploitation est une des plus intéressantes et de celles qui, dans ces dernières années, a reçu les perfectionnements les plus ingénieux et les plus féconds; nous devons appeler l'attention
sur ce point, car l'Exposition de 4855 est elle-même très-remarquable sous ce rapport.
Extraction.
Pendant longtemps le seul mode d’élévation du minerai consistait en une espèce de tonneaux appelés bennes ou cuffats, dont la forme et la capacité variaient suivant les usages, et dans lesquels on versait le contenu des wagons qui servaient au roulage dans la mine. Ces cuffats étaient ensuite enlevés au moyen d'espèces de treuils ou bobines, mues par une machine, jusqu’à l'orifice du puits où ils étaient vidés, la houille étant ensuite transportée au dépôt au moyen de wagons ordinaires. Ce procédé, encore usité dans un très-grand nombre de mines, présente beaucoup d’inconvénients. La manœuvre du chargement de ces cuffats est longue, et cause un certain déchet résultant du bris de la houille lors du transvasement. Ces cuffats ne peuvent être remontés qu’à une vitesse d'environ 4%,50 par seconde, ou 2 mètres au plus; au delà, on s'exposerait à les faire choquer violemment contre les parois du puits, à rompre le câble, et, par suite, aux plus graves accidents. |
D'un autre côté, le percement d’un puits est une opération souvent fort difficile et qui absorbe de grands capitaux; on conçoit done qu’il soit de la plus haute importance de perfectionner les moyens d'extraction, de manière à faire produire à un puits, dans un temps donné, la plus grande quantité de minerais possible,
Dans les exploitations au moyen des cuffats les mieux installés, au grand Hornu (Belgique), par exemple, où l'on emploie des cuffats contenant 24 hectolitres, avec une vitesse ascensionnelle de 2 mètres par seconde, on peut enlever au
maximum 300 à 350 cuffats, dans une journée de douze heures, ce qui porte la quantité maximum de houille extraite par jour à 7000 hectolitres environ. En moyenne, il faut réduire ce chiffre à 4 ou 6000 hectolitres.
Un progrès immense apporté à cet état de choses fut l’invention des cages. Cette méthode d'extraction , appliquée depuis longtemps en Angleterre aux mines de Newcastle, importée depuis quatre ou cinq ans en Belgique, et plus récemment en France, est représentée dans le modèle exposé par la compagnie d'Anzin.
Ces cages consistent en un châssis en fer à deux étages, attaché au câble du treuil et guidé au moyen de glissières et de deux grands madriers placés dans toute la hauteur du puits, contre la paroi. Les wagons arrivant du chantier même où travaille le mineur, amenés au bord du puits par les chevaux, sont poussés dans la cage qui en contient ainsi quatre, On supprime donc le transvasement dans la benne ; de plus, la vitesse de ces cages, ainsi guidées, peut être, avec toute sécurité, portée à 3 mètres par seconde et même plus; les wagons arrivés au jour sont poussés à l’extrémité de la plateforme qui règne à l'orifice du puits, et de là, versés dans d'autres wagons qui emmènent la houille au dépôt; celle-ci, depuis le chantier d'abatage jusqu’au dépôt, n'a donc subi qu'un seul transvasement. La durée d’une ascension est ainsi réduite de plus d’un tiers, en sorte qu'un puits qui, exploité par la méthode des cuffats, ne pouvait fournir que 7000 hectolitres en une journée de douze heures, produira facilement 9 ou 10000 hectolitres par le fait de l'application des cages, Il y à en Angleterre des puits ainsi exploités, dont la production journalière est de 42 000 hectolitres. On conçoit sans peine l'influence que doit avoir cet ingénieux perfectionne= ment sur le prix de la houille extraite.
La rupture du câble qui sert à enlever les cages est évidemment un accident qui peut avoir de terribles conséquences ; les ouvriers sont descendus dans la mine et remontés après leur travail, soit dans la benne, soit dans les cages ellesmêmes. Tout le monde a présent à la mémoire le souvenir de quelques-uns de ces accidents funestes, qui ont souvent coûté la vie à plusieurs hommes à la fois ; c’est un danger que toute la prévoyance possible ne saurait entièrement écarter.
La mine de Decize expose un appareil ingénieux dont le but est de prévenir les conséquences de la rupture d’un câble; cet appareil consiste en deux. barres de fer croisées, dont l'extrémité inférieure est taillée en biseau, et dont la partie supérieure est armée d'un contre-poids, en sorte qu'il présente absolument l'apparence d’une paire de ciseaux entr'ouverte; cet appareil est interposé entre le câble et la cage, de manière qu’il conserve sa position tant que le câble est tendu; mais si ce dernier vient à casser, les deux contre-poids sont lächés et les branches des ciseaux s'ouvrent et viennent pénétrer dans le bois des glissières qui servent à guider la cage, en l’arrêtant ainsi dans sa chute; cet appareil est ingénieux, simple, et nous paraît devoir bien fonctionner.
Les cages ne sont pas le dernier mot des progrès de l’exploitation des mines; nous ayons encore à parler d’un modèle exposé par M. Varoquié, de Mariemont, en Belgique, qui représente une méthode nouvelle, digne du plus haut intérêt, La première idée de ce système d'extraction est reproduite dans un modèle représentant la coupe d’un puits avec un appareil spécialement destiné à la descente et à la remonte des ouvriers.
Nous avons dit que dans les mines exploitées au moyen de bennes , la descente et la remonte des mineurs se fait au moyen de ces bennes, et pour les mines contenant seulement une centaine d'ouvriers, la longueur de cette opération paralyse pour un temps considérable le travail d'extraction du puits. C'est pour obvier à cet inconvénient que M. Varoquié a imaginé la disposition dont nous parlons ; elle consiste en deux grandes tiges de bois, descendant jusqu'au fond même du puits et portant une série de plateaux tous séparés par la même distance de 6 mètres. Lorsque la machine est au repos, les plateaux se correspondent tous ; lorsqu'on la met en mouvement, une disposition particulière communique aux deux tiges un mouvement alternatif régulier d’ascension et de descente dont l'amplitude est exactement égale à la distance de deux plateaux ; si maintenant, un ouvrier veut descendre, il se place sur le plateau fixé à la tige qui va s’abaisser; il descend avec elle de la distance d’un plateau , et se trouve ainsi porté en face du second plateau de l'autre tige. Pendant un temps d’arrêt de trois secondes qui se produit alors, it passe
sur ce plateau, fixé à la tige qui va descendre à son tour, tandis que l’autre remonte; il se trouve alors arrivé en face du troisième plateau de la première tige, sur lequel il passe et ainei de suite, en sorte qu’à chaque mouvement des tiges il descend de 6 mètres. On voit alors avec quelle rapidité se fait l’opération de la descente ou de la remonte des mineurs, puisque si on suppose un homme placé sur chaque plateau, la machine conduira au fond de la mine ou au jour un homme toutes les vingt-cinq secondes à peu près, et de plus, les plateaux peuvent facilement en contenir deux ou trois à la fois, La machine de M. Varoquié peut ainsi descendre ou remonter cent soixante mineurs dans l’espace d’une heure dans un puits de 200 mètres de profondeur,
Le deuxième modèle qui est accolé à celui-ci représente une machine basée absolument sur le même principe, mais adaptée à la descente et à la remonte des wagons. Il suffit pour opérer la transformation de remplacer les plateaux par un appareil de leviers à contre-poids qui, lorsque le wagon vient se présenter devant eux par suite du mouvement alternatif des tiges, s'empare de ce wagon et le transporte jusqu'au plateau suivant,
On se figure aisément la puissance immense de production qu'offrirait un puits exploité par un sembable procédé, puisqu'à la rigueur, cette machine, une fois mise en fonctionnement régulier, pourrait amener au jour un wagon toutes les vingt ou vingt-cinq secondes. Malheureusement cet appareil n’est pas encore exécuté, et ce modèle n’est que la reproduction d’un projet.
Deux exposants français, MM, Degousée et Mulot, représentent l'industrie des sondages, avec tous les instruments qui servent à ces travaux difliciles, tels que tarières, clefs pour enlever les sondes et outils cassés, etc. M. Degousée a exposé un modèle intéressant du montage complet d’une sonde, avec le treuil autour duquel s’enroule la chaîne qui sert à donner à la sonde un mouvement alternatif et la machine motrice ; quelques nouveaux perfectionnements ont été encore apportés par MM. Degousée et Laurent aux méthodes et aux instruments de sondage qui leur sont déjà redevables de tant de progrès.
Une des plus graves difficultés de ces opérations, lorsque le
Le an me de mb à OR à . si
sondage pénètre à une grande profondeur, est le poids considérable des tiges, qui se brisent souvent en retombant au fond du trou de sonde lorsqu'on effectue le battage; on a ohvié depuis longtemps à cet inconvénient en interposant entre les dernières tiges de sonde et les tiges supérieures une coulisse qu’on appelle du nom de son inventeur, coulisse d’Æynhausen, disposée de telle sorte que le battage est effectué seulement par quelques tiges, les tiges supérieures se trouvant équilibrées au moyen d’un contre-poids, Dans la disposition présentée par M. Degousée, l'outil retombe seul et la tige entière est équilibrée.
Les Chinois ont, depuis longtemps, imaginé un mode de sondage fort élémentaire qui consisie à percer le trou au moyen d’un outil qu'on soulève et qu'on laisse retomber alternativement an moyen d'une corde, Ce procédé est peu employé en Europe pour plusieurs raisons ; d'abord il est difficile de maintenir la verticalité du trou de sonde, l'outil n'étant pas guidé d'une manière rigide, comme avec les tiges métalliques ; de plus, on ne peut effectuer le rodage, opération qui consiste à arrondir le trou de sonde en communiquant à l'outil un mouvement de rotation au moyen des tiges. M. Degousée a remédié au premier de ces inconvénients, en employant simplement un outil plus long; au second, en faisant passer la corde dans un tube qui re sert à rien pour le battage, mais qui permet de roder. Il exécute en ce moment avec succès, d'après cette méthode, un sondage déjà parvenu à 450 mètres.
M. Mulot expose un appareil dont le but est de forer, comme un trou de sonde, un puits de mine de 4 mètres de diamètre; mais ce procédé, appliqué au foncement d’une avaleresse dans le Nord, paraît avoir échoué devant la grave difficulté des niveaux.
Aérage et éclairage des mines.
Les vastes excavations, les nombreuses galeries souterraines qui composent une mine en exploitation ne tarderient pas à contenir un air impropre à la respiration , si on ne prenait soin de le renouveler par des moyens artificiels. La profon-
deur à laquelle ces travaux parviennent et leur disposition généralene permettent, en effet, l'établissement d'aucun courant d'air naturel, si ce n’est dans des cas tout à fait exceptionnels ; tandis que la respiration et surtout l’exhalaison des gaz méphitiques et souvent même inflammables, provoquée par l’abatage des parois du minerai, tendent à vicier rapidement l'atmosphère de ces galeries.
IL est donc nécessaire de pourvoir à l’aérage des galeries de mine par l'emploi de moyens mécaniques. On se sert, à cet effet de foyers d’aérage et de machines soufflantes ou aspirantes. Les foyers d’aérage se placent dans des puits qui agissent alors absolument comme des cheminées ordinaires. L'écoulement de l'air est déterminé par la diminution de densité de la colonne d'air du puits , résultant de l'élévation de la température.
Quant aux machines soufflantes, il en existe une trèsgrande variété. Ces machines agissent généralement par aspiration. Il existe à l'Exposition plusieurs ventilateurs : l’un vient des mines de Blanzy et consiste en un ventilateur à ailes métalliques en hélice, mis en mouvement par une machine directe, dont la disposition est ingénieuse; l’autre est le ventilateur Fabri, appliqué déjà en Belgique, depuis environ quatre ans, à la mine de Saint-Pierre. Ce ventilateur se compose de deux arbres munis d'espèces de grandes dents d'en grenage ; ces deux arbres sont animés de mouvement en sens contraires au moyen de deux manivelles et bielles attachées à la tige du piston d’une machine verticale, par le moyen d'ure traverse; la longueur des dents et leur forme sont combinés de façon que deux d’entre elles soient toujours en contact; il s'ensuit que les deux dents suivantes, avec le coursier dars lequel se meut le ventilateur, forment une espèce de caisse fermée, au fond de laquelle aboutit l'orifice du puits, et dont la capacité s'agrandit à mesure que les dents s’éloignent. 1l y a donc aspiration de l’air du puits qui est projelé au dehors sur tout le contour du coursier. C’est une machine excellente et dont l'effet utile est considérable. Le ventilateur de M. Fcbri et celui de M. Lemielle, de Valenciennes, rivalisent en Belgique par leurs bons effets.
La présence de gaz inflammables dans les mines de kouilje est une des causes de danger les plus redoutables qu'on ren-
er =
Er 2 PES AT
182 VISTFE
contre dans l'exploitation. 11 n’est personne qui n'ait entendu parler d'un certain nombre d'accidents terribles causés par le grisou, et qui, surtout autrefois, prenaient souvent la proportion d’un véritable désastre.
Le grisou, ou hydrogène protocarboné, est un gaz qui se produit par la décomposition spontanée des matières végétales. Les cavités que renferment les couches de houille en sont donc souvent remplies, et lorsque lé pié du mineur vient les ouvrir, le gaz, s'échappant par l'issue qui lui est offerte, se répand dans les galeries, se mélange à l'air qu’elles renferment, et souvent dans des proportions telles, que le contact d'une lampe allumée détermine une explosion formidable,
Avant l’admirable invention de Davy, aucun moyen efficace n'élail connu pour se préserver de ce danger. Les seules précautions en usage consistaient en un aérage qui entraînait le gaz à mesure qu’il se répandait dans les galeries et empéchait le mélange d’air d'atteindre la proportion à laquelle l’explosion devient à craindre. Quelquefois aussi on allumait le gaz partout où il se produisait, et en le brûlant ainsi à mesure, on en prévenait l'accumulation; mais il est inutile de dire que l’on ne devait pas avoir uneconfiance complète dans ces moyens insuffisants, et que de graves accidents continuèrent à le prouver de temps à autre.
La lampe de Davy fut le premier préservateur imaginé contre ce fléau, et les services qu’elle rendit peuvent être mesurés à l'élan de recunnaissance qu’elle souleva chez les mineurs anglais et aux marques éclatantes qu’ils en donnèrent à son auteur, Le principe de cette lampe est très-simple; il est fondé sur la propriété que possèdent les toiles métalliques d'éteindre les gaz en combustion qui les traversent ; ainsi, si on pose une toile métallique au-dessus de la flamme d'une bougie, en la rapprochant de la mèche, le métal prenant aux gaz dégagés la chaleur nécessaire à leur combustion, à la faveur de sa grande conductibilité, on voit ces gaz s'éieindre, et il ne passe plus au-dessus de la toile que de la fumée, Davy eut l’idée de construire une lampe dont la flamme, ainsi que toutes les issues par lesquelles l'air nécessaire à la combuslion peut entrer ou les produits de la combustion sortir, soit complétement envéloppée de toiles métalliques , qui empèchent par conséquent la flamme de la lampe d'allumer
le mélange combustible dont peut alors se composer impunément l'atmosphère ambiante, L'usage de ces lampes, immédiatement répandu dans toutes les mines où le grisou existait, a considérablement réduit le nombre des accidents auxquels il donnait lieu, 11 n'est pourtant pas prudent de séjourner avec cette lampe dans des galeries dont l'air con- Stitue un mélange explosif, ce qui arrive lorsque la proportion du gaz est à celle de l'air dans le rapport de un à douze environ; on voit alors la flamme de la lampe s'allonger, prendre une teinte bleuâtre, et le mineur averti doit se retirer en tenant sa lampe très-bas, car le grisou dont la pesanteur spécifique est à peu près la moitié de celle de l'air, tend toujours à se concentrer dans la partie supérieure des galeries.
La lampe de Davy fait partie de l'exposition des mines d’Anzin, à côté d’un certain nombre de lampes qui recherchent toutes le même perfectionnement. Le modèle primitif de la lampe de Davy a en effet un inconvénient grave pour les mineurs, dont le travail est généralement payé à la tâche, et qui par conséquent attachent une grande importance à être bien éclairés : c’est de ne donner que peu de lumière, Duménil, Mueseler et d’autres inventeurs ont cherché à la rendre plus éclairante; mais le prix et le poids en sont toujours augmentés én même temps. On verra dans l'Exposition un assez grand nombre de ces modifications.
Préparation mécanique des combustibles, — Layage.
La houille est généralement mélangée de schistes, de pyrites composés de sulfures et arséniures métalliques, et de quelques autres corps étrangers qui, suivant les applications auxquelles on la destine, peuvent être fort nuisibles; ainsi, dans les traitements métallurgiques, la présence du soufre altère considérablement la qualité du fer obtenu ; si elle doit être convertie en coke pour l’usage des chemins de fer, comme il est de la plus grande importance de n’employer pour les machines locomotives que des combustibles possédant, sous un volume donné, la plus grande chaleur spécifique possible, il est fort intéressant de débarrasser la houille de tous ces
corpsétrangers qui, d’ailleurs, dans ce dernier cas, produisent ense brûlant des gaz nuisibles à la conservation des foyers et des tubes des chaudières, On peut obtenir des houilles presque complétement pures, au moyen d’une opération qu'on appelle le lavage et qu'on fait actuellement subir à la presque totalité des houilles qui sont transformées en coke pour l'usage des chemins de fer.
Le principe de cette opération est basé sur ce fait, bien simple à concevoir, que si on entraîne dans un courant d’eau deux corps de densités différentes, le plus lourd se déposera le premier et sera ainsi séparé de l’autre. Or, les schistes argileux et les pyrites qui sont mêlés à la houille ont une densité notablement supérieure à la sienne : il s'ensuit qu’en opérant sur de la houille réduite en morceaux de petite grosseur, et en la jetant dans un caniveau dans lequel on fait couler de l’eau, les schistes se déposeront à l’origine du conduit, et la houille pure pourra être recueillie à l’autre extrémité, C’est ce qu'on appelle le lavage au moyen des tables allemandes. En Belgique , on emploie aussi d’autres appareils; ce sont les caisses à piston ; ces caisses se compo sent d'une sorte d'auge en bois contenant de l’eau et communiquant à la partie inférieure avec un cylindre également en bois, dans lequel se trouve un piston auquel on donne un mouvement alternatif de bas en haut et de haut en bas, qui se communique naturellement à l'eau contenue dans l’auge. Dans cette auge, se trouve une grille inclinée sur laquelle on jette la houille en petits fragments; le mouvement de l’eau soulève toute la masse à chaque coup de piston, et les corps se placent alors par ordre de densité, les schistes sur la grille et la houille à la partie supérieure. M. Bérard expose un appareil fondé sur ce dernier principe; c'est une machine complète et ingénieuse, mais qui n'est peut-être pas assez simple pour le travail un peu grossier qu’elle doit effectuer, et nous ne sachons pas que les résultats industriels en soient encore bien établis.
Ces méthodes de lavage sont applicables à toute espèce de minerais que l’on veut séparer de leur gangue, c'est-à-dire
des corps étrangers qui contiennent le minerai et qu’on est
contraint d’abattre en même temps dans la mine ; dans ce cas, 11 faut préalablément soumettre le minerai à l’action
mécanique de pilons qu'on nomme bocards, afin de les réduire en petits fragments. |
Nous devons aussi dire quelques mots d’une industrie qui n’est pas très-ancienne, c’est celle des houilles agglomérées.
L'exploitation d’une mine produit toujours une quantité plus ou moins considérable de menu, c’est-à-dire de houille réduite en très-petits morceaux dont la valeur commerciale est très-faible. On a imaginé d'utiliser ces menus, en les purifiant d’abord au moyen d'un lavage et en fabriquant des espèces de briques à l’aide d’un corps agglutinant, tel que des résidus de goudrons ou de schistes très-bitumineux ; on est arrivé à produire ainsi un excellent combustible et à utiliser ces produits sans valeur dont les mines de houille se trouvaient encombrées et qu’on était pourtant forcé d'extraire, car les houilles menues sont sujettes, lorsqu'elles sont laissées en tas au contact de l'air, à entrer dans une sorte de fermentation à la suite de laquelle leur température s'élève assez pour qu’elles arrivent à s’enflammer spontanément. L'abandon de ces houilles menues dans une mine déterminerait donc des incendies souvent impossibles à éteindre. La mine de Blanzy, et quelques autres du département de la Loire, exposent des produits de ce genre fort intéressants. |
Métallurgie du fer. — Fonte.
Le fer, ce métal dont les propriétés sont si précieuses, et les usages industriels si nombreux, se trouve très-répandu dans la nature. On sait que le fer à l’état natif n’est qu'une rare exceplion qui n'appartient même pas, pour ainsi dire, à la constitution minéralogique du globe. On peut donc dire que, sauf des cas tout à fait exceptionnels, nous ne trouvons le fer qu’à l’état de combinaison, principalement avec l'oxygène, le soufre, l’arsenic , le phosphore, etc., et souvent sous forme de sels, comme le fer carbonaté. Tous ces minerais ne sont pas également propres à la production du fer ; la présence du soufre, du phosphore , de l’arsenic, altère profondément les qualités du métal, et la difficulté qu’on trouve à séparer ces corps force à rejeter comme inutiles une immense quantité de ces minerais. On ne peut, en effet, considérer comme minerais de fer proprement dits que les oxydes, qui
ES
P- Ge
comprennent, du reste, un assez grand nombre de variétés, telles que l’oxydule de fer, le fer oligiste, les hématites rouges, jaunes et brunes, etles carbonates qu’on trouve cristallisés , c’est alors le fer carbonaté spathique, ou à l'état amorphe, c'est le fer carbonaté des houillères ; ce dernier minerai se trouve, en effet, dans certaines mines, alternant avec des couches de houille.
Les préparations mécaniques qu’on fait subir aux minerais, pour les rendre propres au traitement métallurgique, dépendent beaucoup de leur nature ; mais elles se réduisent toujours à un bocardage, c’est-à-dire à une opération qui a pour but de concasser le minerai en morceaux de faibles dimensions, en un lavage pour séparer les schistes, enfin, en un grillage qui a souvent pour double but, de désagréger le minerai par l’action de la chaleur et de faire partir l’arsenic et le soufre qu'il peut contenir, en les transformant en acides arsénieux et sulfureux, lesquels en vertu de leur état gazeux, se dégagent dans l'atmosphère.
Il existe deux méthodes de préparation du fer :
L'une, la plus ancienne, est connue sous le nom de méthode Calalane ; elle n’est applicable qu'aux minerais très-riches ; ce sont généralement des fers oligistes ; l'esprit de cette méthode est fort simple, il consiste à mélanger le minerai avec du charbon de bois dans un fourneau dont la forme est celle d'une espèce de creuset rectangulaire et dans lequel le charbon est brûlé à l’zide d'un courant d'air forcé; il se produit alors de l’oxyde de carbone, qui s'empare de l'oxygène allié au fer, la gangue forme avec une partie du fer une combinaison fusible à la température du foyer et se sépare à l’état liquide, en sorte qu'à la fin de l'opération on retire du creuset une masse spongieuse qui, soumise à l’action du marteau, donne un fer d'excellente qualité.
L'autre mode de traitement des minerais consiste dans l'emploi du haut fourneau, c'est de beaucoup le plus répandu. I s’applique aux minerais riches ou pauvres ; c’est le seul qui soit employé en Angleterre, en Allemagne et en France, à de très-faibles exceptions près. Les différences essentielles qui le distinguent de la méthode catalane sont l'élévation de la température, beaucoup supérieure dans le haut fourneau à celle du foyer catalan, et l'emploi des fondants. Nous avons dit
que dans la méthode catalane la gangue se séparait du métal en formant avec le fer une combinaison fusible à la température du foyer. Mais lorsque le minerai est pauvre la production de semblables scories causerait un déchet trop considérable. On protége alors le fer, en ajoutant de la chaux ou de l'argile suivant la composition de la gangue; cette gangue à la température élevée du haut fourneau forme avec ces /ondants une scorie fusible, dans la composition de laquelle il n'entre qu'une quantité de fer insignifiante.
Un haut fourneau est une tour conique de 45 à 20 mètres de haut environ, dont l'intérieur a à peu près la forme de deux cônes renversés. A la partie supérieure se trouve un large orifice qu'on appelle gueulard ; à la partie inférieure, une sorte de bassin qu'on nomme creuset. Le minerai et les fondants se chargent à la partie supérieure, et par couches alternatives, avec du charbon de bois ou du coke, quelquefois un mélange des deux, ou même de la houille. Une combustion active du charbon est entretenue au moyen d'un violent courant d'air lancé à la partie inférieure du fourneau par des machines soufflantes ; la minerai est alors réduit et on trouve dans le creuset un métal qui n’est pas du fer, comme dans la méthode catalane, mais une combinaison de fer et de charbon qu’on appelle fonte. C'est de ce métal qu'on tire ensuite le fer au moyen d’une série d'opérations que nous décrirons plus loin en peu de mots. Dans cette méthode, la production de la fonte est continue, c'est-à-dire qu’un haut fourneau, une fois allumé, marche souvent pendant plus d’un an sans interruption, en produisant chaque jour de 8 à 42 tonnes de fonte en général; mais il y en a qui fournissent jusqu’à 48 tonnes. | | |
La fonte joue dans l’industrie un rôle considérable, tout à fait différent de celui du fer, en rapport avec ses propriétés très-différentes elles-mêmes ; la fonte est, en effet, beaucoup plus fusible que le fer, moinsrésistante que lui, si on la soumet à uu effort de traction, elle n’est pas malléable; au reste, toutes ces propriétés varient dans de grandes limites avec les différentes espèces de fonte.
La fonte, par sa fusibilité, se prête donc au moulage, et c'est par là que ses applications se trouvent si multiphées.
On emploie, dans le moulage, des fontes de première et
188 YISITE
de deuxième fusion; la première se coule au sorlir même du haut fourneau ; autrement on fait usage de fontes de diverses provenances qu'on fait refondre dans des fourneaux spéciaux ; le moulage en deuxième fusion a sur le premier l'avantage de permettre l'emploi de mélanges, qui conduisent à un métal d'une qualité déterminée, et par suite de n'être pas soumis aux variations qui se produisent toujours, plus ou moins, dans la marche d'un haut fourneau. Quant à la finesse des produits, on peut l'obtenir également dans le moulage en première fusion; elle dépend, avec la qualité de la fonte, de celle du sable qui sert à confectionner les moules et du soin apporté dans le travail,
Moulage.
Voici en quelques mots les principales opérations du moulage.
Les divers procédés employés varient avec la forme et les dimensions des pièces que l’on veut obtenir.
La fonte a la propriété d'augmenter de volume en passant de l'etat liquide à l'état solide; elle éprouve ensuite un retrait en se solidifiant. Ce retrait est d'autant plus grand, pour des fontes fabriquées de la même manière, qu'elles sont moins grises, c'est-à-dire qu’elles contiennent moins de charbon interposé à l'état de graphite.
Le moule dans lequel on coule la fonte, à raison de la haute température du métal, de sa dilatation et du retrait qu'elle prend, doit être réfractaire, peu conducteur, et pouvoir se déformer sans grande résistance ; de plus, la température de la fonte dilate l'air renfermé dans le moule, vaporise l’eau contenue dans la matière qui le constitue; il doit donc permettre le libre dégagement de ces gaz, autrement on s'exposerait à le briser ou à ne le remplir qu'incomplétement.
La matière employée pour les moules est toujours composée de sable légèrement argileux, mélangé d’un peu de charbon. |
On distingue deux espèces principales de moulage :
4° Le moulage en sable vert;
2° Le moulage en sable d’étuve.
Le moulage en sable vert est employé pour les pièces de
faibles dimensions et surtout de faible épaisseur. La matière
que l'on emploie pour le moule se compose de quatre cinquièmes de sable et d’un cinquième de houille que l'on broie ensemble. Ce sable est tamisé et ensuite humecté pour lui donner une certaine cohésion. Le mélange de la houille avec le sable a pour but de rendre le moule très-poreux et de permettre un dégagement facile aux gaz qui sont trèsabondants, le moule n'étant pas desséché avant qu'on y introduise la fonte.
Le moulage en sable d’étuve s'emploie pour les pièces de grandes dimensions et qui demandent des surfaces très-lisses. Les moules employés dans ce cas doivent être plus solides que dans le moulage en sable vert. Ils se composent de sable de carrière légèrement argileux, mélangé avec un vingtième de son volume de houille; le mélange est broyé trés-fin, puis tamisé et humecté d'un peu d’eau au moment de l'emploi. Comme un pareil moule est peu poreux et qu'il ne permettrait pas un dégagement facile des gaz, on le sèche avant de couler la fonte. Cette dessiccation augmente beaucoup la résistance du moule, aussi les pièces moulées par ce procédé doivent avoir des formes telles qu’elles puissent prendre leur retrait sans que le moule doive se déformer, et, même dans ces circonstances, le retrait se produit incomplétement et la pièce perd de sa résistance. Tous les moules, en sable vert ou d'étuve, sont, avant qu'on retire le modèle, percés d’un grand nombre de petits trous pour le dégagement des gaz.
Les moules sont desséchés dans des étuves spéciales ou sur place, quand ils sont de dimensions trop considérables.
Pour faire le moule d’une pièce, on se sert généralement d’un modèle présentant les formes et les dimensions de la pièce, en ayant égard aux modifications que doit apporter le retrait. Ces modèles sont en métal quand on veut obtenir des surfaces très-lisses ou quand ils doivent servir à mouler un nombre de pièces très-considérable, telles que des coussinets de chemins de fer, des poteries, des ornements, etc. ; dans presque tous les cas ils sont en bois. |
Quand la pièce est très-importante et qu’elle présente des surfaces de révolution, on se sert pour faire le moule d’un
profil en bois, que l’on fait tourner autour d'in axe, et qui donne au sable la forme de la pièce.
Pour retenir le sable, que le moulage soit en sable vert ou en sable d'étuve, on se sert de deux châssis de fonte pouvant se superposer; leur position relative est maintenue par trois ou quatre broches fixées sur l’un d'eux et qui entrent dans les oreilles de l’autre.
Le moulage se fait de la manière suivante : on commence par placer le modèle dans le châssis inférieur; on tasse du sable autour, de façon à remplir le châssis, puis on met en place le châssis supérieur et on lui fait subir la même opération; on enlève ensuite le châssis supérieur, puis le moule (ses formes doivent être telles que cette opération soit possible); on pratique plusieurs trous dans le sable du châssis supérieur, les uns pour introduire la fonte, et les autres pour servir de trop-plein et laisser dégager l'air contenu dans le moule. Les moules en sable vert sont saupoudrés avéc du poussier de charbon de bois qu'on lisse sur le moule avec une spatule, puis les châssis sont replacés et on procède au coulage de la fonte. Les moules en sable d’étuve sont couverts d'une couche de charbon de bois délayé dans l'eau, puis séchés comme nous l'avons dit plus haut.
Les pièces creuses, telles que colonnes, tuyaux, ete., sont d’abord moulées pleines; puis on introduit dans l’intérieur du moule un tuyau de fonte percé de trous recouverts d’une terre très-poreuse qui permet aux gaz de se dégager dans l'intérieur du tuyau par les trous percés à sa surface. Ce tuyau ou noyau laisse entre sa paroi et celle du moule l’épaisseur exacte qu'on veut donner à la fonte.
L'exposition française est riche en fontes moulées en première et deuxième fusion. |
Les fonderies de MM. Pinart frères , à Marquise , exposent des modèles de poutres en fonte qui ont servi à la construction des caves de la gare du chemin de fer de l'Ouest, à Paris, et de plusieurs ponts du chemin de fer d'Auteuil. Ces poutres, remarquablement exécutées, ont présenté quelques difficultés.
Les poutres qui soutiennent les trottoirs des ponts du chemin de fer d'Auteuil sont très-légères; elles offraient de grandes surfaces à remplir sur de faibles épaisseurs , ce qui
TU à dt, à ltuetde. Mi Dr “ ) r :
LA
est une difficulté sérieuse d'exécution ; elles ont été fort bien réussies.
La collection des modèles exécutés à cette usine est intéressante ; elle donne une idée du rôle que joue actuellement le métal dans les constructions. Il faut ajouter pourtant que l'emploi de la fonte, comme poutres, tend de plus en plus à se borner à des ouvrages de faibles dimensions; la pius grande sécurité offerte par le fer, la résistance supérieure de ce métal, le fait préférer pour des travaux d'une grande importance, surtout lorsqu'on arrive à des poutres assez longues pour ne pouvoir être moulées d’une seule pièce et qui exigeraient alors des assemblages.
MM. Pinart exposent également des conduites d'eau, des roues de wagon de terrassement, qui, dans le moulage , ont reçu une trempe profonde, de 0,007 environ; la dureté que la fonte obtient ainsi leur assure une longue durée. Cette trempe s'obtient par l'emploi d'un moule dont une partie est en métal. La fonte en fusion, au contact d’un corps très-conducteur, se refroidit brusquement et acquiert une très-grande dureté, Ce genre de moulage porte le nom de moulage en coquille.
Nous trouvons à côté, dans l'Annexe, un affüt de canon de Fourchambault, d'une belle exécution. Ces affûts en fonte sont destinés à des canons de rempart.
Ici, tout en avouant notre incompétence , nous devons exprimer un doute qui nous est venu depuis longtemps à l’esprit; la fonte est-elle bien le métal qui convenait à cet usage? Est-il logique d'exposer aux ravages d’un boulet un affût composé de pièces minces d'un métal très-cassant qu'un choc violent doit faire voler de toutes parts en éclats? Cette tentative est sans doute un progrès sur les affûts de bois sujets à la pourriture, aux attaques des insectes, et, par suite, à une destruction rapide; mais l'emploi du fer n’est-il pas clairement indiqué, dans cette circonstance, par toutes ses propriétés et surtout par la facilité des réparations? Il nous semble que la question n'est guère douteuse, mais nous devons la léguer à de plus expérimentés sur cette matière spéciale,
La même usine expose une fort belle conduite d’eau destinée à la ville de Madrid; elle a 3 mètres de longueur sur 0,90 de diamètre et 0",016 d'épaisseur.
nas étonne CÈrS es
La fonderie de Gonches, dans l'Eure, est représentée par une cloche de près de 4 mètres de diamètre; sur la faible épaisseur de 0,013. Dans ces conditions, c'est un travail d’une grande difficulté et d'une exécution remarquable.
En entrant dans l'Annexe par la porte du milieu, on aperçoit un fort bel arceau sortant de ia fonderie de Mazières, c'est une pièce de fonte digne de la réputation de cette usine. Une grande partie des fontes qui entrent dans les constructions métalliques exécutées dans ces derniers temps sortent des ateliers de Mazières. Nous citerons , par exemple, les entablements de la gare du chemin de fer de l'Ouest, une partie du Palais de l'Industrie , des halles centrales, ete.
Nous avons reporté à la classe 45 les indications que nous avions à donner sur les procédés du moulage. Depuis une vingtaine d'années, la fonte de fer a remplacé le bronze dans un grand nombre d'applications, et si la substitution n’est pas encore plus complète, il faut l'attribuer à ce que là fonte ne peut se prêter avec la même facilité que le cuivre aux réparations et aux retouches ultérieures ; aussi, doit-elle être réservée aux objets de construction, aux grandes pièces monumentales et à tous les usages dans lesquels la délicatesse de la forme n’est point de nécessité.
L'Exposition ne renferme pas de pièce de fonte d’un poids exceptionnel, mais un assez grand nombre sont remarquables par leursdimensions, avec l'augmentation successive desquelles les difficultés du moulage deviennent presque insurmontables. La plupart des machines-outils anglaises sont très-intéressantes par leurs beaux batis en fontes sur lesquels nous aurons à revenir avec quelque attention ; la nécessité dans laquelle elles ont mis les constructeurs d'obtenir des pièces de formes variées a contribué puissamment à reculer , sous ce rapport, les limites du possible ; nous avons vu quelquefois des masses de fonte dont le poids s'élevait jusqu’à 30 000 kilogrammes, et dont l'exécution ne laissait cependant rien à désirer ; nous pourrions citer sous ce rapport une grande arcade de balancier qui devait servir à la fabrication des couverts d’argent par estampage, et qui sortait des ateliers de M. Auguste Pehet , ainsi que des tables à couler les glaces de la fonderie de M. Cavé.
D'autres usines ont également exposé des produits fort re-
marquables et que nous regrettons de ne pouvoir décrire
faute d'espace.
Métallurgie du fer.
Les constructions métalliques se répandent de plus en plus dans l’industrie. Le développement excessif des chemins de fer, en forçant à construire des gares immenses, des ponts à grandes travées, entourés de diflicultés que l'emploi des matériaux ordinaires ne pouvait surmonter, a déterminé l'introduction définitive du fer dans les constructions ; et les propriétés de résistance de ce métal, la facilité avec laquelle il se prête aux formes les plus utiles, aux combinaisons les plus économiques que la science enseigne à choisir, tendent à accroître tous les jours l'importance de son rôle. Cette conquête d’un élément de construction nouveau et puissant sera Caractéristique pour l'art de notre époque. La métallurgie du fer a dû en ressentir une puissante impulsion , ant sous le rapport du développement que sous celui du progrès et des perfectionnements de ses procédés ; c’est, en effet, ce que l'Exposition actuelle va nous permettre de constater.
Afin de bien faire comprendre l'importance des difficultés déjà vaincues et la voie actuelle du progrès, nous allons essayer d'indiquer en peu de mots les principes fondamentaux de la métallurgie du fer.
-Nous avons dit plus haut que, pour retirer le fer de son minerai, à part la méthode catalane qui n'entre que pour une très-faible proportion dans la production européenne , il fallait commencer par fabriquer, au moyen d’un haut fourneau, de la fonte, c’est-à-dire une combinaison de fer et de charbon; pour convertir cette fonte en fer, il faudra done simplement lui enlever ce charbon , et c'est à quoi on arrive au moyen de deux opérations, le puddlage et le ballage.
Pour pudiHler la fonte, on la place dans un four à réverbère, où elle se trouve portée à une haute température et soumise à l’action des gaz résultant de la combustion du charbon, sur une grille placée en tête du four. L'action combinée de la chaleur et de ces gaz brûle le charbon de la fonte, et il reste sur la sole du four une masse spongieuse composée d'éléments de fer et de divers corps étrangers fusibles à la hauie tem-
206 mn
re «
pérature à laquelle elle se trouve portée et qu'on nomme scories. On réunit alors la masse de fer en une boule, on la retire du four avec de fortes pinces et on la porte sous un lourd marteau. Le martelage réunit les molécules entre elles, les soude et exprime les scories ; on amène aipsi la masse de fer à une forme rectangulaire et on la porte encore rouge au laminoir. | Un laminoir consiste en deux cylindres superposés et parfaitement parallèles , sur lesquels sont creusées des cannelures qui peuvent être de formes très-différentes. Ces cylindres sont mis en mouvement au moyen d’une machine à vapeur et animés de vitesses égales, mais en sens contraires. | A une extrémité du cylindre se trouvent des cannelures trèslarges, de forme ogivale; elles vont en diminuant jusqu'au bout du cylindre. On conçoit alors que si on vient présenter la masse de fer devant la première cannelure, et qu’elle soit assez grande pour en permettre l'introduction , elle s'y trouvera entraînée tout entière à la faveur de la vitesse dont les cylindres sont animés et en sortira ayant subi un certain allongement et pris la forme de la cannelure, en vertu de la mal- | léabilité que le fer possède à cette température élevée. En | répétant la même opération dans un certain nombre de canne- | lures placées sur différents laminoirs, qui composent ce qu'on appelle un train, on arrive donc à transformer la masse de fer martelée en une barre de fer d'une certaine longueur et de section rectangulaire. On coupe alors ces barres de fer composées d’un fer qui s'appelle fer puddlé , qui n’est ni bien 2" soudé , ni homogène, ni pur, et on forme avec les morceaux dés paquets qu’on place dans un four analogue au four à | puddler et qu'on appelle four à baller ou à réchauffer. Lorsque le paquet est arrivé au blanc soudant, on le retire et on le lamine dans des cylindres portant des cannelures qui amènent successivement le fer à la forme définitive qu'on veut lui laisser. 7.
C’est à peu près ainsi que sont fabriqués les rails, les fers , dont la section a la forme d’un T, les cornières ou fers | d’angles, et généralement tous les fers de formes plus ou | moins contournées , qu'on comprend sous le nom générique de fers spéciaux. La dernière cannelure du laminoir a alors exactement la forme de la barre de fer finie.
LA
TT ER Me à lee 0 MEN
Pour la tôle, on procède à peu près de même ; seulement les laminoirs, au lieu de porter des cannelures, sont, au contraire, parfaitement polis. C’est en les rapprochant plus ou moins que l’on produit des tôles. d'épaisseurs différentes. On trouvera , du reste, dans la partie de l'Annexe où sont placées les machines en mouvement , et du côté de l’eau, 1 deux modèles représentant l'installation d’une forge anglaise complète, avec trains de laminoirs, marteaux, cisailles, etc., qui donneront une idée exacte de l’ensemble de ce travail,
Telles sont, bien en abrégé, les principales opérations qui
constituent la métallurgie du fer. Les difficultés qu’elle offre sont nombreuses ; à part celles qui sont relatives au puddlage et au réchauffage, sur lesquelles nous ne nous arrêterons pas, parce qu'elles sont communes à tous les fers , le laminage qui détermine la forme définitive de la barre en présente souvent de graves ; les barres peuvent pécher, en effet, par défaut de soudage entre les éléments qui les composent ; elles peuvent présenter des vices de forme ; leur poids est limité par celui des paquets qu’on peut mettre dans les fours et manœuvrer facilement ; leur longueur l'est également par la difficulté des manœuvres, par le refroidissement; car si le laminage dure trop longtemps, la barre se refroidit et perd la malléabilité nécessaire pour se plier à la forme des cannelures; enfin par suite de l'insuffisance des machines.
Le passage d'une barre entre les laminoirs donne lieu à des pressions énormes sur les cylindres ; ces pressions correspondent à des résistances considérables qui tendent à arrêter la machine. Lorsqu'on lamine des barres de faible longueur, la machine se ralentit durant le passage de la barre, mais ne s'arrête pourtant pas à cause de la masse de tous ses organes, du volant qui, se trouvant en mouvement, peuvent l’entrainer pendant un certain temps; mais si la barre est trop longue, la machine s’arrète, à moins d’être ellemême d’une force considérable. Comme point de comparaison, il suffit de réfléchir que pour laminer un rail Barlow de 10 à 42 mètres de longueur, il faut une machine d'environ 150 chevaux.
La forme des cannelures peut arriver à être aussi une dificulté très-considérable. |
Imaginons , par exemple, qu'on veuille laminer un fer
ayant la forme d'un T; la dernière cannelure du cylindre devra avoir exactement cette forme, la plus longue branche du T étant placée sur la ligne de contact des deux cylindres, l'autre dans le sens perpendiculaire et partagée par moitié entre les cylindres supérieur et inférieur. Si cette dernière branche est trop longue, l'extrémité du fer qui la remplit va se trouver entraînée par le frottement d’un point du cylindre animé d'une vitesse notablement inférieure à celle des points situés sur la ligne de contact; il s'ensuit que les différents points de la section du fer à T se trouvent sollicités par des vitesses très-différentes ; conséquemment la barre tendra à se déchirer longitudinalement et le laminage pourra devenir impossible. Lo
Pour les tôles, les difficultés sont de même nature; le poids des grandes tôles est, comme pour les fers laminés, limité-par celui des paquets, leur longueur par les manœuvres ; lorsqu'on veut arriver à des épaisseurs très-faibles, on rencontre un obstacle dans le refroidissement qui devient alors excessivement rapide.
Les besoins de l’industrie ont fait depuis longtemps réaliser de grands progrès sous tous ces divers rapports. Il arrive, en effet, que toutes les fois qu’on surmonte une des diflicultés que nous venons d'énumérer , c'est toujours au profit d’une certaine branche de l'art.
La construction des ponts en tôle a introduit d’une: mapière courante la fabrication de tôles de grandes dimensions comme longueurs et comme épaisseurs. Il est clair, en effet, que l'emploi des grandes tôles est un moyen de diminuer le nombre des joints dans ces constructions et, par suite, le poids du métal et même le travail. On sait, en effet , que les joints se font au moyen de plates-bandes ou couvre-joints, qui sont d’autres tôles qu'on place de chaque côté du joint des deux tôles à réunir, placées bout à bout et qui sont rivées avec chacune de ces deux tôles ; or, dans beaucoup de ponts actuellement construits, le poids total des couvre-joints s'élève à deux cinquièmes environ du poids total du métal employé. On conçoit donc toute l'importance qu'il y a à réduire le nombre de ces joints, füt-ce d'un tiers ou d'un quart, au moyen de l'emploi de matériaux de grandes dimensions.
Pour les fers spéciaux en forme de T, de double T,etc., il
y a le même avantage à obtenir des pièces longues et de sections un peu considérables : c'est un progrès de cette nature qui a fait employer le fer dans la construction des planchers des maisons particulières, usage maintenant très-généralement répandu. Bientôt le besoin se fit sentir de barres de fer laminé plus longues et de plus grandes sections, pouvant, en un mot, supporter des charges plus considérables et fournir des poutres loutes prèles pour construire de petits ponts, des fermes de charpente de grandes portées, des plaques tournantes, etc. C’est alors que parurent les fers à T de l'usine de la Providence, qui ont jusqu'à 0",30 de hauteur, et cet exemple, inspiré comme toujours par la nécessité, fut bientôt imité par un grand nombre d'usines.
On peut dire, du reste, qu’il n’y a pas de limite dans cette voie et que bien des progrès, encore retardés par de vieilles installations, seront réalisés au bout d'un temps plus où moins long; nous en trouverons un exemple dans la fabrication des rails. On sait que les voies de la plupart des chemins de fer français sont faites avec des rails à double champignon, placés bout à bout et reposant dans des coussinets en fonte portés eux-mêmes sur des traverses en bois. La partie la plus défectueuse de ces voies est toujours le joint des deux rails; depuis fort longtemps la longueur des rails les plus longs est de 6 mêtres, il serait maintenant facile à un grand nombre d'usines de livrer à l'industrie, d’une manière courante, des rails d’une longueur double, ce qui réduirait ainsi de moitié l'inconvénient du joint.
Quelques exemples, pris à l'Exposition, vont nous permettre de constater la valeur des progrès accomplis dans notre métallurgie, et si cette industrie n'a pas encore atteint la puissance de production, qui recommande la métallurgie anglaise à l'admiration des hommes spéciaux, il n'est pas moins vrai qu'elle a pris dans ces derniers temps un développement bien remarquable et qui donne pour un avenir prochain de plus grandes espérances encore.
La fabrication des rails s’est enrichie de nouvelles branches ; les rails Brunel, fabriqués pour la première fois chez M. Martial Leclerq, pour le chemin d'Auteuil, sont maintenant définitivement introduits dans l'industrie francaise. Le chemin de fer du Midi, dont la voie est en partie dans ce
VTT
RE CRI NS DR Te À”
mm
CI en 72 l'E h Le, : <a Qn « rs .
système, en a fait laminer à Aubin et à Decazeville; c’est un rail assez difficile à fabriquer à cause du défaut de symétrie de sa section. Aubin expose un de ces rails dont la longueur est de 42,50.
Une importation bien plus remarquable encore est celle du rail Barlow. Cette voie est construite au moyen de rails de très-grandes dimensions, d’une forme qui leur permet de s'appuyer directement sur le sable, ce qui supprime l’emploi du bois et des coussinets ; les rails sont rivés les uns aux autres, en sorte que toute la voie est solidaire.
Ces rails, d’une forme qui présente les plus grandes difficultés à obtenir au laminoir, pèsent 45 kilogrammes par mètre courant. Decazeville et Commentry en exposent des spécimens ; cette fabrication exige un montage spécial dans les usines et des machines d'une grande puissance.
Les forges de Denain et d'Anzin exposent des rails du modèle du chemin de fer du Nord d'une longueur de 45 mètres.
Le pays de Galles (usine de Tredegar et de Rhymney), expose des échantillons magnifiques de rails à double champignon de 26 mètres de longueur et de rails Barlow de 16 mètres. On peut juger par là de la différence qui existe encore entre le montage de ces usines et celui des nôtres. Les produits métallurgiques de la Prusse nous montrent également des rails d'une longueur remarquable parmi lesquels on en distingue de 23 mètres.
La fabrication française des fers spéciaux est magnifique ; Commentry expose des cornières de 47,60 de longueur, dont les branches ont 0",170 de hauteur; il y a quelques années, en France, des cornières de 410 à 42 mètres de long, avec des branches de 0",100 étaient regardées comme une grande difficulté.
Nous recommandons à l'attention du visiteur les fers à T de Montataire, qui sont très-beaux ; la collection des fers de la Providence, qui a produit les plus grands échantillons dans ce genre, ainsi que l'exposition anglaise à l'extrémité de l'Annexe.
Les fers ronds laminés sont représentés par de fort beaux échantillons; mais le plus remarquable est celui qui est envoyé par la société allemande du Phœnix-Thenin ; il a 0",267 de diamètre, 7,015 de longueur, et pèse 3348 kilogrammes.
Montataire, Commentry, Anzin, le Creuzot , ont exposé des tôles qui rivalisent de beauté sous le rapport de la qualité et de la difficulté d'exécution :
Une tôle de Commentry a 48 mètres de long et pèse 700 kilogrammes ;
Une tôle de Montataire pèse le poids énorme de 4550 kilogrammes ; |
Une autre de Denain et Anzin, 913 kilogrammes.
Le Creuzot expose une belle tôle emboutie et un spécimen de bordage en fer forgé, destiné aux nouvelles canonnières que le gouvernement fait construire; ce sont des plaques de 0,14 d'épaisseur, à l'épreuve du boulet.
Nous devons signaler aussi des tôles d’Audincourt, trèsminces, embouties sous forme de bouteilles; on ne peut exécuter une pièce semblable sans des matériaux de qualité tout à fait supérieure. La Belgique a envoyé des tôles minces qui ne sont pas moins remarquables.
Quoique la plupart de ces produits soient exceptionnellement fabriqués pour l'Exposition, il ne faut pas perdre de vue qu’en indiquant la limite de ce qui est possible comme art, ils ont une signification intéressante, en montrant de combien la limite de ce qui est praticable, au point de vue industriel, s'est trouvée reculée. Ainsi, il y a déjà plusieurs années, l'usine de Commentry fournissait pour la construction du pont d’Asnières, et d’une manière courante, des tôles de 8,16 de longueur sur 0",70 de largeur, dont le poids moyen était de 600 kilogrammes.
Nous n’abandonnerons pas la tôlerie sans signaler un produit également nouveau et qui a pris un vif intérêt par l'application qui en a été faite par M. Flachat , ingénieur en chef du chemin de fer de Saint-Germain, à la couverture de la gare des marchandises de la gare des Batignolles ; nous voulons parler de la tôle ondulée. Cette tôle est fabriquée d’une manière fort ingénieuse par l'usine de Montataire, en faisant passer des tôles réchauffées préalablement dans un laminoir d’une forme spéciale, d'où la tôle sort avec des cannelures profondes de 0,080 sur 0*,460 de largeur ; l'épaisseur de la tôle peut d’ailleurs varier, mais elle est généralement. de 0”,002 à 0,003. On conçoit que la forme de cette tôle cannelée lu i donne une grande rigidité, en sorte qu’elle a été employée
comme couverture, sans le secours d’aucune pièce de charpente, à Batignolles et aux gares du chemin de fer d'Auteuil ; il y a quelques-unes de ces dernières qui ont jusqu’à 48 mètres de largeur et dont la couverture se compose d’une simple feuille de tôle ondulée, repliée en arc de cercle. C’est un mode de Couverture simple, économique et élégant à la fois, qui est certainement destiné à une grande faveur. Nous devons ajouter que les tôles ondulées, fabriquées jusqu'alors en Angleterre, présentaient bien moins de difficultés ; c’étaient des feuilles cannelées dans une sorte d’étampe, dont les ondulations n'avaient pas plus de 0”,03.
Nous ne pouvons pas non plus passer sous silence les belles pièces de forge envoyées par l'Allemagne et quelques usines françaises !. dar
Les ateliers de M. Cavé ont exposé quelques pièces remarquables , entre autres une boîte à graisse tout entière en fer forgé et amenée par l'emploi seul du marteau à des formes presque définitives, et une tige de piston, pour un pilon colossal du poids de 8000 kilogrammes , également en fer forgé et destiné à forger des arbres moteurs de grande dimension pour la marine impériale. | |
MM. Russery-Lacombe de Rive-de-Giers, ont envoyé une belle bielle de bateau à vapeur, qui montre à quelle précision peut arriver un travail de forge, et un essieu coudé, dont la forme est préparée au marteau-pilon. C’est une innovation qui nous paraît heureuse. Les essieux coudés pèchent généralement par le coude, qui dans le mode de fabrication ordinaire est découpé dans une masse de métal qu on réserve à cet effet à la forge , et.qui par suite ne subit qu'un martelage incomplet. L’essieu de M. Russery-Lacombe et Cie ne présente pas cet inconvénient et doit être par conséquent plus résistant. : | :
Le cadre qui nous est imposé nous force à terminer ici cette
1. L'exposition de MM. Petin et Gaudet, entre autres pièces de forge, se recommande par un mortier en fer martelé d'un beau travail. Comme pièce importante par son poids, nous citerons le modèle d’un arbre à six coudes, construit pour la marine impériale. Celte pièce pèse 23 000%. C'est à nôtre connaissance la plus considérable qui ait été exécutée en France.
esquisse, beaucoup trop rapide ; il nous faut donc négliger une foule de produits intéressants, dont un grand nombre méritent une attention toute spéciale ; nous espérons pourtant que les indications succinctes auxquelles nous avons dû nous borner pourront aider le visiteur à les découvrir et à les apprécier par lui-même. d
Marbres et ardoises.
Nous ajouterons seulement encore quelques mots sur les marbres et les ardoises.
Parmi les produits français, la palme nous paraît revenir sans contestation possible à l'Algérie et à la Corse. L'exposition du ministère de-la guerre présente des spécimens admirables de marbres et d'agate, et la Corse envoie des colonnes en marbres gris et verts qui, outre leur beauté, paraissent pouvoir être livrées au commerce à des prix qui permelient d’en tirer parti. Il nous semble que ces colonnes figureraient mieux sur le péristyle d'un hôtel moderne que les ornements surchargés au moyen desquels on cherche maintenant à altirer l'attention.
Nous signalerons aussi de très-beaux échantillons de marbres piémontais et espagnols.
Les ardoisières d'Angers, de la Mayenne et de la Sarthe, exposent de fort belles ardoises propres à des escaliers à vis et même à certains usages de luxe, tels que des tables de billards. — On peut voir, en effet, une ardoise destinée à ce dernier emploi, qui a 3,30 de long sur une largeur de 4",60 et 0,020 d'épaisseur. Un spécimen de ces dimensions qui ne présente pas de défauts est rare.
RS RE ee tt de +:
202 er VISITE
+ | Art forestier, chasse, pêche et récoltes de produits obtenus sans culture.
Le domaine de cette classe et celui de la classe suivante se touchent souvent d'assez près pour risquer de se confondre ; il importe de définir clairement l'un et l'autre.
La classe suivante comprend tous les produits obtenus par la culture périodique et régulière de la terre, aussi bien que par l'élevage des animaux domestiques, c'est-à-dire par l'agriculture et la zootechnie.
Dans la classe qui va nous occuper ici viennent se ranger les produits du sol forestier, et tous ceux quel’homme tire du règne végétal et du règne animal, en dehors des conditions communes de l'exploitation agricole et zootechnique.
Dans ces limites, l'Exposition se fait remarquer surtout par deux ordres de produits, mieux représentés que les autres par le nombre et l'importance des objets : les bois, auxquels se lie l’industrie si intéressante et si utile de leur conservation ; et les matières textiles de toute nature, à l'exception des laines et des cotons qui rentrent dans la classe suivante.
Quelques produits d'une consommation plus restreinte et plus spéciale, tels que les épices , les matières tinctoriales, les gommes, méritent aussi une mention , mais ne se présentent pas avec autant de richesse dans les échantillons, autant de cachet dans l’ensemble. Ils forment, dans l’économie générale de l'exposition des produits de cette classe, l’accessoire et non le principal.
Les arbres s'en vont de l’Europe ; l'Allemagne seule est encore forestière ; la France , la Belgique, l'Angleterre ont déjà vu ou voient chaque jour leurs bois diminuer. En Belgique et en Angleterre , la culture des arbres isolés a pris beaucoup d'importance, et suppléera peut-être en partie à la disparition des forêts ; la Grande-Bretagne fait d’ailleurs, en ce moment, d'immenses efforts pour peupler ses landes, ses collines im-
productives , une grande partie de l'Écosse d'arbres conifères et en particulier de cèdres de l'Himalaya.
Aux yeux de beaucoup de personnes, cette disparition des arbres forestiers n’a rien d’anormal ni rien d'inquiétant; elles n’y voient que l'usage et non l'abus du droit de propriété ; elles admettent qu'on ne défriche que pour mettre en cuiture, et que tout le monde gagne là où le propriétaire seul paraît faire un bénéfice ; elles nient que le déboisement ait une influence quelconque sur la salubrité du pays ; elles appellent le moment où la houille remplacera le bois pour le chauffage , où le fer se substituera au bois pour les constructions.
Dans de certaines limites, et quand on ne les pousse pas jusqu’à leurs conséquences systématiques et extrêmes, ces idées ne manquent pas de justesse ; on peut, en fait de construction, considérer le bois comme la matière première de l'enfance de l’industrie, et le fer comme la matière première d’une période avancée de perfectionnement. Mais il ne faut pas trop généraliser , et il y a deux genres de travaux de premier ordre qui demandent encore une production considérable de bois : l’ébénisterie et les constructions navales.
C'est ainsi, au reste, que pensent les Anglais qu’on n'accusera pas de ménager l'emploi du fer, et de tenir aux vieux errements. Nous venons d'indiquer les tentatives qu'ils font sur le sol des Iles Britanniques ; leur préoccupation sur ce point se trahit mieux encore par les efforts étonnants de leurs colonies.
La magnifique exposition des colonies anglaises se caractérise par deux sortes de matières, celles que nous avons indiquées comme étant les plus remarquables de la classe entière : les bois et les fibres textiles. Ces deux produits ne sont pas les seuls que présentent ces colonies, mais ils sont tellement prépondérants, qu'ils dominent et éclipsent tous les autres. La Guyane anglaise, l'Australie, le Canada , la Jamaïque se distinguent surtout par des échantillons bien choisis, nombreux, extrêmement variés.
Un exemple fera comprendre l'importance qu'a pour FAngleterre la production des bois de construction navale. Un petit retour sur nous-mêmes nous montrera que celte production n’a pas moins d'intérêt pour notre pays.
On estime, en général, qu’il entre 4 mètre cube 464 déci-
mètres cubes de bois par tonne anglaise dans la construction d'un navire, Donc un navire de mille tonneaux absorbera 4461 mètres cubes de bois.
Ces 1461 mètres cubes de bois se décomposent de la manière suivante : 4469 mètres cubes de bois résistant pour la coque, et 292 mètres cubes de cèdre, pin, sapin et autres bois légers employés pour le pont, les cabines et ouvrages intérieurs divers.
Comme le poids spécifique des bois varie avec l'espèce, il est clair que les 1169 mètres cubes qui entrent dans la coque ne pèseront pas également s'ils sont de bois de chêne ou s'ils sont de bois d’acajou.
Supposons donc qu’ils soient de chêne anglais. Ce bois pèse 853 kilogrammes 7 par mètre cube ; les 4169 mètres cubes de la coque donnent donc un poids de 997 975 kilogrammes.
Quant aux bois légers , ils pèsent, en moyenne, 590 kilogrammes le mètre cube ; ils entreront donc pour 472 280 kilogrammes dans le poids du navire.
Ajoutons à ces deux nombres 402 000 kilogrammes pour les mâls, cordages , voiles, chaloupes, agrès de toute sorte, nous trouverons pour le poids tolal de notre vaisseau de mille tonneaux anglais, le nombre rond de 4 272 000 kilogrammes.
Si le navire était construit en acajou de Honduras, les chiffres seraient modifiés. Ce bois ne pèse que 683 kilogrammes le mètre cube. Les 1169 mètres de la coque pèseraient donc 798 427 kilogrammes qui, ajoutés aux deux poids que nous avons trouvés plus haut pour les bois légers et pour les agrès divers , donnent le chiffre rond de 4 073 000 kilogrammes pour le poids total du navire.
Le vaisseau construit en acajou de Honduras pèse done 200 000 kilogrammes de moins que le navire construit en bois de chène anglais. Or, comme on calcule qu’un vaisseau vide déplace la moitié de son volume d’eau, il restera dans le vaisseau en acajou un espace disponible où pourront se loger 400 000 kilogrammes de chargement, en plus de ce que contient le vaisseau en chêne.
C'est en acajou qu'étaient construits les vaisseaux Erebus et Terror qui ont fait le voyage au pôle antarctique sous le
I SI ENT P ETIES
commandement de sir James Ross. L'un de ces bâtiments, sous le commandement de Franklin, s’est perdu ensuite au pôle arctique.
Remplacer le bois de chène par des bois durs obtenus sur le sol colonial, c’est donc là une question fort importante pour l'Angleterre , d'autant qu’elle ne produit plus guère de chêne, et que le continent lui vend fort cher le peu qu'il exploite encore. Aussi l'importation de ces bois, et en particulier des bois d’acajou en Angleterre s’est-elle beaucoup accrue dans ces derniers temps. Jusqu'en 1843, les importations d’acsjou de toutes variétés et de loutes proenances avaient été de 22 millions de kilogrammes par année moyenne; elles se sont élevées depuis à 34 millions de kilogrammes par an, et l’on remarque dans les chiffres des années dernières une tendance plus grande encore.
A côté de cette importation, la nôtre n'est rien. Les Anglais emploient l'acajou en planchers , en poutres ; nous ne l'employons qu'en placage.
Les forêts de la Guyane britannique, celles de l'Australie et des Antilles paraissent surtout destinées à répondre aux besoins du Royaume-Uni, sous ce rapport. Plusieurs bois de la Guyane anglaise rivalisent avec le fameux bois de Teck, de l’Inde et de Ceylan , reconnu pour être extrêmement dur et l'emporter en durée sur le meilleur chêne.
On peut citer, entre autres, les variétés jaune et noire du Greenheart (Nectandra Rodiæi) dont l'Exposition présente de belles coupes transversales. La résistance de ce bois , surtout de la variété noire , aux forces de tension et de compression, le rend extrêmement précieux pour les constructions navales, Le bois est fin , uni de grain , sans nodosités et très-dur.
A côté du Greenheart, et peut-être avant lui, se place le Mora (Mora excelsa), l'arbre le plus magnifique des forêts de la Guyane, et dont la tête, souvent portée à 30 et 45 mètres, domine toutes les autres essences. Il n’est pas rare que le tronc mesure 48 mètres avant la naissance des branches, et prenne 45 et 50 centimètres d’équarrissage. Sa dureté, son grain serré et croisé qui le rend difficile à fendre, la tendance de ses branches à se contourner, destinent cet arbre à jouer un rôle important dans les constructions navales, auxquelles il fournira particulièrement des quilles solides et des pièces courbes.
Pons ee Je me —
Aussi le Lloyd a-t-il classé le Mora, comme le Greenheart, parmi les huit premières essences navales. Des expériences, continuées pendant dix ans, ont prouvé que ces bois sont plus solides et plus durables que le chêne. Depuis dix à douze ans, des chargements considérables sont arrivés à Liverpool et à Greenock. |
Des bois analogues ou des espèces excellentes pour l’ébémisterie et la droguerie, figurent en grand nombre dans l’exposition des colonies anglaises , il est impossible de les énumérer ici. Mais il est évident que plusieurs des £Eucalyptus de la Nouvelle- Hollande pourront remplacer les acajous. Le Dacrydium Franklinii, où Pin Huon, ainsi appelé du nom d'un officier qui faisait partie de la célèbre expédition d'Entrecaslaux, et qui l'a fait connaitre le premier, donne un bois jaune d'or des plus brillants, qui, d'ici à peu, aura un rôle important dans l'ébénisterie. Nous ne serions pas étonnés non plus que la tabletterie de luxe fit bon accueil à un bois qui nous semble être un acacia, et dont l'Australie nous présente un échantillon, sculpté de manière à imiter un pied de violette. Ce bois répand, en effet, la plus douce odeur de violette, et en emplit la cloche sous laquelle on emprisonne son parfum. De petits coffrets de ce bois seraient bien préférables à ceux de bois de santal.
Le Canada présente, dans ses produits forestiers, un caractère tout différent, mis en relief sous une forme très-pittoresque par le trophée qui le personnifie dans l'Annexe. Ce sont des pins, des sapins, des chênes blancs, des articles de boissellerie et de vannerie, des bois de fente diversement ouvrés, des bois légers et à teintes pâles, des essences résineuses qui prennent un grand développement en même temps qu'une grande homogénéité, et qui sont excellents pour mâtlure, pour voliges, pour toutes les industries qui se rattachent à la sylviculture. Les bois du Canada complètent ainsi les ressources forestières que les colonies anglaises offrent à la métropole. Le noyer noir seul rappelle les bois plus solides ; ses teintes brunes et chaudes tranchent vigoureusement sur le fond blanchâtre des essences auxquelles le charmant trophée canadien doit sa couleur un peu uniforme.
Cette nature toute particulière des bois du Canada donne, au point de vue forestier, quelque chose d'allemand à cette
. TT RE, - 4 N ; à
‘ colonie anglaise. Tout y est enveloppé de bois blanc ; les grains qu’a envoyés le pays sont enfermés dans de charmants petits tonneaux, nets, légers, propres et coquets,
Ce rapprochement nous conduit à signaler de très-beaux bois de mélèzes, exposés par l'Autriche, préparés et sciés pour les tables d'harmonie, pour les objets de lutherie en général. Ces sapins et des chênes envoyés par le même empire, sont d’une homogénéité et d’une régularité de couches admirables.
Comme bois d'ébénisterie comparable à ce que les pays étrangers exposent de plus remarquable, il faut citer les énormes loupes de Callitris quadrivalvis ou Thuya articulata, dont un ébéniste d'Alger a envoyé de magnifiques échantillons, C'est avec ce bois que les anciens faisaient leurs tables si renommées sous le nom de citri. Dans le commerce de Paris, ces loupes si vives de ton, si ronceuses, si riches sous le vernis, se vendent 4 fr. 50 cent. le kilogramme.
Il serait à désirer que l'administration forestière surveillât avec soin l'aménagement de ces bois ; sans cela, ils peuvent être vite épuisés par la spéculation, et les loupes qui en font toute la valeur ne se montrent que sur des arbres de cent à cent cinquante ans.
Ces loupes ligneuses d'Algérie sont bien plus brillantes et plus chaudes de ton que les loupes exposées par la colonie hollandaise d'Amboine et dont l’une est estimée 4200 francs.
Nous ne parlerons des bois d'olivier que pour dissuader l'Algérie de leur attacher quelque importance. La culture de l’olivier est une de celles qui appartient le plus légitimement. à l'Algérie, comme nous le dirons en passant en revue les produits de la classe suivante ; mais ce n’est pas comme bois. de travail que cet arbre doit être exploité.
Ilenest toutautrement du chène-liége, naturellement associé à l'olivier dans le climat méditerranéen, mais plus méridional que lui. L'Algérie peut en disputer l'exploitation à l'Espagne,. à la Sardaigne, à Naples, à la Turquie. Les beaux échantillons qu’elle présente prouvent qu’elle est bien en position de soutenir cette concurrence.
On sait que c'est à l’âge de 40 ans que le chène-liége a acquis une valeur commerciale ; à partir de cet âge on l'exploite de dix en dix ans, et chaque arbre donne, en moyenne, 50 kilogrammes de liége à 40 ans, 400 kilogrammes à 100 ans.
PP 77—e v—n mr cl ge me le
La Corse et notre département du Var, sur une étendue de deux à trois myriamètres, de la Seyne à l'embouchure du Var, possèdent des chênes-liéges. L'Algérie, pour ce produit comme pour tous les autres, peut continuer et développer notre Provence au delà de la Méditerranée. |
La quantité de liége importée en France est considérable ; elle s'élève à 365000 kilogrammes en liége brut, et à 1 472 000 kilogrammes en bouchons et liége ouvré. La presque totalité de cette dernière importation est faite par l'Espagne ; les États sardes, puis l'Espagne ont la plus grande part dans l'importation du liége brut. Les bouchons pour vins de Champagne se vendent à raison de 30 à 420 francs le mille ; les bouchons pour vins de Bordeaux, valent de 48 à 40 francs, Rien n'est petit en industrie, et l'Algérie peut se laisser tenter par les bénéfices que promettent ces chiffres d’importation et ces prix de vente.
Après les bois et peut-être avant eux se placent les fibres textiles que nous trouvons si répandues à l’état d'exploitation ou d'essais dans les expositions des colonies anglaises. Deux idées préoccupent nos voisins : satisfaire au besoin de leur marine, et renouveler les matières premières qui entrent dan la composition des papiers. |
Le chlore et l’eau de Javelle, si généralement employés dan le blanchissage du linge, ont altéré profondément les chiffons qu'on emploie à la fabrication du papier. De nombreux efforts sont faits depuis longtemps en Angleterre, en Allemagne et chez nous pour substituer des matières premières vierges à ces chiffons que l’usage a réduits en filaments ténus, sans résistance, sans cohésion, en véritable poussière. M. Yelli, notre compatriote, s'est occupé de cette question depuis 4836, et la nouvelle industrie lui doit de remarquables progrès. |
Toutes les colonies anglaises s'ingénient à trouver de nouvelles substances propres à renouveler les anciennes fibres. On peut remarquer les fibres de bananier, le chanvre de Manille et une matière dont on se préoccupe beaucoup depuis quelque temps, sous le nom de China grass. .
Le bananier est l'objet d’études fort sérieuses à la Jamaïque et surtout à la Guyane anglaise. D’après les calculs faits, dans cette dernière colonie, par un propriétaire qui a l'expérience de dix ans de culture, sur une surface de 200 hectares :
on trouve qu'en exploitant le bananier exclusivement pour sa fibre textile et en négligeant son fruit, on peut obtenir, en deux ans, après trois coupes de huit en huit mois, 44 250 liges environ par hectare. Chaque tronc pèse de 33 à 34 kilogrammes, et toute sa partie solide consiste en fibres reliées entre elles par du tissu cellulaire. Cette partie solide forme le dixième du poids du tronc ; l’eau y est contenue dans la proportion de 90 pour 100, et l’on retire 4 kilog. 434 de fibre textile propre, et 681 gr. de fibre décolorée. On récolterait donc tous les deux ans par hectare de 20 à 21 000 kilogrammes de matière textile, dans lesquels les fibres propres figureraient pour 12 ou 13 000 kilogrammes, et les fibres décolorées pour 7 où S$000 kilogrammes.
L'entretien d'une plantation de bananiers coûte 750 francs pour les deux ans ; l'enlèvement et le transport des tiges à l'exploitation s'effectuent à raison de 5 francs pour 400 tiges, soit 562 fr. 50 cent. pour ces opérations durant les deux ans. Le total des frais d'exploitation s'élèverait donc à 4312 fr. 50 cent. pour une récolte de 44 250 troncs fournissant de 20 à 24 kilogrammes de fibres textiles. Cela porte à 44 centimes et demi le prix de revient du tronc, et à 6 cent. 4 celui du kilogramme de fibres.
Pour l'extraction de la fibre du bananier on a imaginé diverses machines, et un large projet est maintenant présenté par M. Sharp, de Londres, qui propose de consacrer une somme importante à construire un système complet de machines, et à organiser une usine en grand pour exploiter Ja libre du bananier à la Guyane anglaise. L’industrieuse Angleterre saura, sans doute, tirer du bananier tout le parti possible, mais la nature de la fibre permet de douter qu’on pisse jamais l'utiliser pour des tissus d’une finesse même moyenne. |
Quant au China grass, il en est autrement : c’est une maüère première qui a certainement le plus bel avenir ; les fils en sont blancs, brillants, lustrés et solides ; ils peuvent atteindre une grande finesse, se laissent facilement teindre, et prennent les nuances les plus délicates.
Mais qu'est-ce que ce China grass ? L'histoire en est curieuse et instructive. |
Il y a dix ans, en avril 4845, le savant professeur de Cul-