‹ Visite a l'exposition universelle de Paris, en 1855Chapitre 78 sur 135 · D CR EE RE · texte numérisé non relu

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ture du Jardin des Plantes, M. Decaisne, publiait une note sur une plante économique, nouvelle pour l’Europe, exploitée depuis un temps immémorial en Chine et dans quelques parties de l'Inde, où sa fibre donne des étotfes d'une finesse, d'une blancheur, d’une solidité comparables à celles des plus beaux tissus de lin. Cette plante était le Ramie, l'Urtica ou Bœhmeria utilis des botanistes.

Cinq ans plus tard, le même savant envoya des échantillons de filasse de Ramie au ministre du commerce, en le priant de charger une commission de filateurs de se prononcer sur la valeur industrielle de cette nouvelle matière. L'examen fut superficiel de la part de certains commissaires ; les autres reconnurent à la plante quelque mérite; mais la chose en resta là.

Cependant M. Decaisne obtint des graines de l’Urtica utilis, apportées de Chine par M. le capitaine de vaisseau Freycinet. Semées au Muséum, sous un climat beaucoup plus froid que celui de leur pays d’origine, ces graines donnèrent, en pleine terre, des tiges de 4 mètre et demi de hauteur. Des plants en furent envoyés à la pépinière d'Alger, à celle de Biskra et au Gabon. Peut-être les beaux échantillons qui figurent au Palais de l'Industrie, dans l'exposition de l'Algérie, viennent-ils de là.

En 1852, des instances auprès du ministre de la marine obtinrent qu'on tenterait la culture du Ramie dans nos colonies intertropicales et en particulier à la Guyane. L'expérience n’a pas encore été essayée.

Consulté, en 4853, sur l'opportunité qu'il y aurait à introduire, dans le Midieten Algérie, une certaine plante oléifère, l'Argan du Maroc, dont on faisait beaucoup de bruit, M. Decaisne répondit au ministre de la marine qu’il n’y avait rien à attendre de cet arbre, et profita de l'ouverture pour recommander encore la culture du Ramie. On distribua les graines de l’Argan aux pépinières de l’État ; on laissa le Ramie en Chine et à Java, qui nous en montrent à l'Exposition de magnifiques spécimens.

Importée depuis peu en Angleterre, une certaine filasse y fait fureur ; l'exposition universelle de Londres a enthousiasmé en sa faveur les industriels et les jurys : on la désigne sous le nom de China grass.

Ce China grass est tout simplement le Ramie, cet Urtica uti- Lis qui n’a pu être prophète chez soi et qui fera peut-être son Chemin, maintenant qu’il nous vient d’ailleurs,

Il n’y a plus d'hésitation sur la valeur de cette précieuse ortie : la Chine l’emploie, depuis les époques les plus reculées de ses anciennes dynasties, à fabriquer des tissus renommés ; les Indes orientales l’exploitent dans le même but, et l’on sait qu’au xvi‘ siècle elles vendaient à l'Europe des étoffes faites avec cette plante, que les Hollandais préféraient aux étoffes de lin ; la matière première fut elle-même reçue en néture dans les Pays-Bas, et servit à y fabriquer une sorte de batiste ou mousseline. Les indigènes des Moluques et des grandes îles de l'archipel indien emploient aussi le Ramie pour tissus, cordages et filets, et des expériences exécutées récemment avec le plus grand soin par ordre du gouvernement hollandais, ont montré que la quantité de fibres obtenues du Ramie dépasse le rendement du meilleur lin ; que la ténacité de ces fibres est plus grande que celle du lin et dn chanvre; que leur blancheur et leur beauté éclipsent celles du lin,

Suivant la commission hollandaise, cette substance si remarquable pourrait être apportée sur les marchés d’Euro en grande quantité, et vendue de 1 fr, 20 à 4 fr. 60 le kilogramme, prix du meïlleur lin. Il y aurait là, pour les possessions hollandaises de l’Inde orientale, une place importante à prendre dans le commerce d'importation. Il n’est pas douteux que cette plante ne réussit à Pondichéry, à Cayenne, et même en Algérie, dans les marais de la Calle, par exemple, où vécales. | gètent spontanément quelques plantes des régions [tropi-

Dans leur impatience de régénérer leurs fibres textiles pour améliorer leurs papiers, les Anglais avaient cru trouver une nouvelle matière excellente et toute prête; c’étaient les langes des momies que renferment tous les sarcophages d’Égypte. Un essai fait à Londres, en 4847, avec quelques-unes de ces bandelettes et toiles de lin, donna des papiers et des bristols admirables. On calcula que les tombeaux d’ pourraient bien fournir 20 millions au moins de quintaux métriques de tissus de lin, et qu'il y aurait une belle matière à produire et de beaux bénéfices à faire si l'on mettait en à papier les bandelettes et la cendre des morts, Des industriels

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proposèrent au vice-roi de lui acheter ces dépouilles des tombeaux anciens : il est probable qu'ils attendront longtemps une réponse favorable.

Le caractère des colonies hollandaises est tout autre que celui des colonies anglaises. Les fibres textiles, et en particulier le Ramie, y figurent encore avec quelques bois, mais leurs produits, extrémement variés, comprennent surtout des épices admirables, de belles matières tinctoriales, des cafés et des thés. Le caractère y est cosmopolite.

Le trophée qui réunit, dans l'axe de l'Annexe, toutes ces récoltes des colonies néerlandaises, traduit bien le caractère du pays et du peuple. Ces caisses, ces tonnes, ces ballots , ces sacs, n’ont pas été préparés pour le jour de l'Exposition : ce sont les enveloppes habituelles dans lesquelles le commerce hollandais livre au monde les produits de son sol colonial. On y sent la mer, le goudron , tous les parfums du bord. Il semble que le navire vient d'entrer dans le port et qu'on vient de vider la cale sur le pont. De ce tonneau défoncé s'échappent par milliers les noix du muscadier ; cette caisse forcée montre les magnifiques cylindrès de la cannelle; ce baril ouvert jette, comme une corne d'abondance, de superbes cubes d’indigo; cet autre verse les minces feuillets de la gomme-laque. Voici du poivre, du café, du thé, des clous de girofle dans cette coupe indienne. Cette balle éventrée est toute pleine des fibres du Ramie, dont un écheveau est suspendu à l'angle de cette caisse. De ce côté, s'ouvre une boîte de cigares; de cet autre, se montrent de belles feuilles de tabac de Hollande. 11 y a dans ce fouillis de richesses , dans ce chaos de matières brutes qui donnent l'existence à mille industries, une sorte de sentiment de sa valeur; cela respire l'intelligence du producteur, l'art du commerçant, l'activité de ce grand peuple, autrefois le maître des mers, qui sut si bien tirer échange de tout, encaquer ses harengs, troquer ses tonnes infectes contre des tonnes d'or. Rien, dans le Palais de l'Industrie, n’a plus de dessin, de couleur et de vie, “que ce trophée dans lequel s'engagent les plis du drapeau national , comme poussé par le vent de mer.

Par ses productions, Ceylan se rattache au groupe hollandais des îles à épices, et c'est aussi ce caractère que pré-

sentent la plupart de nos colonies françaises. On remarque

entre autres produits, le rocou de notre Guyane , malière Golorante, d'un jaune rougeâtre riche ; les gommes du Sénégal, l'huile de palme du Gabon, la vanille, le cacao, le café de l'ile de la Réunion , le café de la Guadeloupe.

Les épices ont eu, chez les peuples anciens, une très-

grande importance comme condiments et agents digestifs ; elles ont aussi été très-recherchées par les peupl:s modernes , jusqu'à ce que le café et le thé aient pris une partie de leur rôle. | . La France importe environ 146 000 kilogrammes de cannelle , dont 134 000 désignés comme venant de Chine. . La muscade a été introduite de Batavia à l'île de France en 4753, et plus tard à Cayence. Nous en importons à peu près # ou 6000 kilogrammes sans coques, 2 ou 3000 kilogrammes avec coques, et 6 ou 700 kilogrammes de macis , sorte de réseau à larges mailles qui enveloppe la noix. L'Angleterre en a fait des plantations considérables à Sumatra et au Bengale; elle en consomme environ 10 000 kilogrammes par mois. |

La culture du giroflier, d’abord confinée dans les Molu-

ques, fut importée, en 4770, à l'ile de France, par le célèbre,

Poivre; puis se répandit à Bourbon, à la Martinique, à Saint-Domingue, à Cayenne. La France importe annuellement 233 OU0 kilogrammes de clous de giroles, qui ne sont autre chose que des fleurs et des ovaires non fécondés , rs 433 000 kilogrammes de griffes ou grappes aui portent les leurs.

Le poivre noir est d'une consommation beaucoup plus étendue. Nous en recevons 2 millions et demi à 3 millions de kilogrammes, fournis, pour la presque totalité, par les Indes hollandaises et anglaises. |

11 ne faut pas croire que le commerce des épices soit ne question de peu d'importance ; il a troublé la paix du monde, ensanglanté l'Océan , et c’est par lui qu'ont été ouvertes les mers des Indes. Aujourd'hui si vulgaires, les épices fines ont été d’abord réservées au luxe le plus délicat ; elles ont donné leur nom à certaines redevances judiciaires ; sous François I°' et Henri IV, la corporation des marchands d'épices avait le second rang, immédiatement après celle des drapiers. Son domaine était alors bien limité, et n’avait pas encore envahi,

comine aujourd'hui, à peu près tout ce qui peut se vendre em À petit détail.

En dehors des produits que nous venons de passer en revue, comme étant les plus remarquables de cette classe et comme caractérisant l’état ou les tendances commerciales. des peuples, nous ne voyons guère à citer, pour mémoire, que les fourrures de bêtes fauves exposées en si grand nombre par les Indes anglaises et l’empire ottoman. | Nous terminerons par quelques observations sur une indus- | trie qui s’annexe à la production des bois, et prend une im-— { portance de premier ordre dans l'état actuel de notre économie forestière; nous entendons parler des procédés de conservation des bois de M. le docteur Boucherie.

* L'exposition de M. Boucherie comprend deux parties : des modèles de chantiers sur lesquels il prépare les bois qu’il s’agit de conserver, et des pièces de bois qui démontrent l’efficacité de sa methode de pénétration : le procédé et les résultats.

Le procédé est drivié, les frais de matériel sont prèsque nuls. Une corde serrée à l’extrémité des pièces de bois y forme un réservoir dans lequel est conduit, par un tube en caoutchouc, le liquide d'injection qui s'écoule d’une cuve soutenue à une certaine hauteur par un petit échafaudage. La pression suffit pour engager le liquide dans la pièce de bois et la pénétrer.

Une bille de hêtre, de 70 centimètres de diamètre, fenduede manière à laisser voir le bois dans toute sa longueur et jusqu’au cœur suivant le rayon , montre que la pénétration est complète dans les deux sens.

Quant à la sûreté du procédé et à sa valeur pratique, une démonstration nous en est donnée par deux ordres de faits qui ne laissent subsister aucune ombre de doute. Ces faits sont les traverses de chemin de fer, et les poteaux des lignes. télégraphiques exposés par l'inventeur.

Six traverses de chemin de fer avec leurs coussinets ont été retirées de la voie, après huit années d’un séjour consécutif dans la terre, et sont aujourd'hui au Palais de l’Industrie.

Une de ces traverses était de bouleau non injecté; elle &

ubi une altération profonde, elle se décompose et tombe en

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pourriture. Ses voisines, qu'on avait laissées aussi à l'état naturel, comme terme de comparaison, n’ont pu être retrouvées, ou bien ont laissé à leur place une masse plus ou moins saisissahle de terre et de matière organique, du terreau au lieu de bois.

Les autres traverses de bouleau, de hêtre, d’aune, de charme et de pin, pénétrées par le liquide conservateur, sont, après un semblable service de huit années, parfaitement saines, même à leurs parties les plus superficielles, qui résistent absolument comme le bois frais, quand on cherche à les entamer avec le couteau.

Or, après un séjour de huit ans dans la terre, les traverses du meilleur chêne sont déjà en voie de décomposition ; les coussinets n’y sont plus solidement fixés , parce que les chevillettes ne peuvent plus serrer dans un bois altéré et ramolli; il devient indispensable de les changer de place.

Le même résultat n’est pas moins évident sur les poteaux des lignes télégraphiques. Ceux que M. le docteur Boucherie expose ont élé retirés au mois de juin dernier, après un service de neuf années : ils sont aussi sains qu’au jour de leur -mise en place, On ne peut apercevoir la moindre modification appréciable sur les lamelles des couches les plus extérieures ; il n'y pas la plus légère différence de texture ni de solidité au point où la partie aérienne du poteau s’unit à la partie souterraine.

Nous citons ces faits, parce qu’ils sont le résultat d’appréciations officielles qui mettent hors de toute contestation l’eflicacité de la méthode du docteur Boucherie. D'importantes applications industrielles de ce procédé ont déjà été faites.

Aujourd'hui, tous les poteaux des lignes télégraphiques , sans exception , ont été préparés ainsi; ils sont au nombre de deux cent cinquante mille, et n’ont coûté à l'État qu’environ 2 millions de francs, ce qui les met au prix moyen de 8 francs pièce. Un examen récent a prouvé qu'ils n'ont subi, après neuf années de service, aucune espèce d'altération. |

Si ces mêmes lignes eussent été construites en poteaux de chêne, comme l'avait été la ligne primitive de Rouen, les frais de premier établissement auraient été doublés, et la durée eût élé réduite à cinq années. L'adoption de ces bois a

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donc déjà permis à l’État de bénéficier de 2 milliôns au moins sur les frais d'installation , et d’une somme presque égale sur les frais d'entretien.

Les administrations des chemins de fer ont été plus lentes à adopter pour traverses les bois préparés ; il leur fallait des garanties de. durée que l'expérience et le temps pouvaient seuls leur donner. C'est à 4847 que remonte la première fourniture ; elle était de vingt-cinq mille billes, que la compagnie du Nord fit placer sur la voie de Creil à Saint-Quentin. Depuis cette époque, et jusqu'à la fin de 1854, les commandes diverses n'ont pas dépassé cent mille traverses. Cette année, il en a été demandé deux cent mille qu'on prépare actuellement sur vingt chantiers établis dans les départements des Ardennes, de l'Oise, de l'Aisne, de la Marne, de la Seine-Inférieure , de la Loire-Inférieure , etc. :

La marine aussi à songé à utiliser la découverte ; sept cents stères sont à l'essai.

Les faits sont décisifs. et nous n’hésitons pas à dire que jamais la science n’a donné à la pratique un procédé plus simple, moins coûteux et plus certain.

Tous ceux qui se préoccupent des questions d'intérêt public peuvent prévoir l'avenir et l’importance de cette nouvelle industrie; il suffit de mettre en parallèle l’état de notre production et celui de nos besoins.

On sait, en effet, que les forêts ont été depuis quelque temps dépeuplées ou défrichées de manière à diminuer dans une proportion considérable les ressources de l'avenir. Le dépeuplement a surtout porté sur le chêne, auquel on a toujours donné la préférence, pour les travaux des villes, sur toutes les autres essences. La production de toutes les forêts est de onze cent mille stères au-dessous de la consommation, Nos états de douane de 1853 constatent l'entrée en France de bois de toute sorte, pour une valeur de vingt-huit millions de francs.

D'un autre côté, en négligeant la consommation des bois pour tous les services, et en ne considérant que les besoins des chemins de fer pour la construction et l'entretien de leurs voies, on trouve que, très-prochainement, il aura été placé sur toutes les voies établies, vingt millions de traverses qui devront être renouvelées en totalité tous les dix ans; à 6 fr. 50 en moyenne par traverse, c'est une dépense décennale de

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130 millions de francs. 11 ne sera plus possible de fournir à cette immense consommation qu'au moyen des’ essences tendres ; et ces essences ne peuvent être employées qu'après avoir subi une préparation efficace.

La question que résout l’invention du docteur Boucherie est donc des plus importantes. Nous sommes certains que le jury usera de tous les moyens de contrôle et d'enquête qu’il a à sa disposition pour juger, en dernier ressort, du mérite réel du procédé, et éclairer enfin le public sur la valeur comparative des différentes méthodes proposées dans le même but.

Les ingénieurs anglais suivent avec une grande anxiété l’invention de notre compatriote. Espérons que l’histoire de la conservation des bois ne fera pas pendant à l'histoiredu Ramie.

Une analogie très-lointaine, une analogie de nom seulement, nous conduit à dire un mot d’un produit exposé par M. Meyer, de Hambourg, sous le nom de bois-marbre. Nous avions supposé d’abord qu'il s'agissait ici de procédés d’injection des bois; il n’en est rien. Ce bois-marbre paraît être simplement obtenu par l’agglutination de la sciure de bois, d'ivoire, d'os, etc., à l’aide d'une pâte, d’une sorte de mastic. On peut donner à la masse toutes sortes de nuances, de manière à imiter les marbres, les bronzes, les bois, et il est facile de comprendre que cette masse peut, avant sa solidification, recevoir ainsi toutes sortes de formes par le moulage, le coulage ou autres procédés. Elle reçoit d’ailleurs un beau poli et ne manque pas d'effet, comme le montrent les meubles fabriqués avec cette matière qui n'a rien de commun, on le voit, avec les procédés d'injection et de conservation.

Agriculture, y compris toutes les cultures de végétaux, et d'animaux.

Dans aucune classe les produits ne sont plus variés que dans celle-ci; dans aucune ils ne sont, non plus, aussi inté-

ressants. C’est là que se trouvent nos aliments et nos vêtements, la base la plus large de notre industrie et de notre commerce.

Au milieu de cette innombrable diversité de produits, il en est quelques-uns qui se distinguent cependant et par leur importance même, et par la beauté exceptionnelle de leurs représentants à l’Exposition, .et par l’étude qu ils provoquent dans l'intérêt de notre pays.

Les céréales, les laines et les cotons prennent le premier rang, à une grande distance des autres produits qui pourront nous occuper ; nous leur conserverons dans notre examen la place et l'importance qu’ils prennent au Palais de l'Industrie. Nous parlerons ensuite de la production d’un engrais désigné sous le nom de guano de poisson , puis d’une collection d'échantillons des sols arables et des sous-sols de l’arrondissement de Valenciennes, dans lesquels se révèle l'existence d’un des plus précieux amendements que puisse réclamer l’agriculture. Nous aurons enfin quelques mots à dire sur un atlas agricole qui paraît des mieux entendus et doit être des plus utiles.

Nous toucherons ainsi, par les points les plus saillants, à chacune des grandes catégories que comprend cette classe ; questions de constitation du sol, études statistiques, productions de la terre et des animaux domestiques; nous aurons ainsi essayé d’embrasser, sinon d’épuiser le vaste ensemble qui se présente à nous si compliqué de détails.

Une exposition particulière, celle de l'Algérie, fixera plus spécialement notre examen, comme elle attire les yeux des visiteurs par la place qu’elle occupe et qu’elle remplit si bien au centre de la galerie annexe. C’est une personnalité qui se révèle avec éclat ; il importe d'apprécier ses tendances et de chercher comment s'établit, entre elle et la métropole, l'harmonie d'efforts qui doit tourner au profit de toutes deux.

Sous le rapport des céréales, l'Algérie tient la tête à l’'Exposition. Ses blés durs sont magnifiques, et ceux de.la colonie agricole de Saint-Louis sent remarquables entre tous par leur qualité générale et uniforme. Les richelles de Naples que nous montre l'Algérie sont bien supérieures aux plus belles que Naples nous ait jamais données. Grâce à la nature de son elimat,

l'Algérie peut avoir achevé sa récolte en mai et juin, l'expé-

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dier en France dès le mois de juillet. Nous pouvons done juger sa récolte de 4855 : blés et orges sont très-beaux.

On peut surtout admirer des blés d’Abyssinie et une orge de même provenance, plus hâtive que les nôtres d'un mois. Ces grains proviennèént d’un envoi fait par Shimper au Muséum de Paris, qui lés a ensuite distribués aux différentes pépinières d'Algérie. Celle de Biskra seule a compris l'importance de ce don, et a cultivé les nouvelles plantes avec un soin que le succès couronne.

L'intelligence et la persévérance peuvent tout attendre de la fécondité du sol algérien, signalée par des prodiges d’une végétation depuis longtemps proverbiale. Pline raconte qu’Auguste reçut, de cette partie de l'empire, une belle gerbe de blé formée par quatre cents tiges s’élevant d’un seul pied. Une autre, de trois cent soixante épis nés d’un seul grain, fut offerte à Néron. Shaw rapporte avoir vu un pied de froment garni de cinquante chaumes, et avoir appris qu’un gouverneur de province en avait reçu un qui en portait cent vingt. A l'exposition de 4849, nous avons vu deux pieds de blé portant, l’un cent vingt-deux, et l’autre cent cinquante-deux épis. Des grains d'orge ont rendu jusqu’à trois cent douze épis. Il y a, dans cette terre algérienne, une fécondité latente accumulée par le repos, qui lui rend tous les avantages de la virginité.

Ce n’est pas seulement par la qualité de ses céréales que notre colonie se distingue, c’est aussi par le développement que celte culture prend, pour le plus grand bénéfice de la colonie elle-même et de la mère-patrie. Il y a quelques années, l’Algerie tirait de l’étranger la majeure partie du blé et de la farine de sa consommation ; depuis que la loi de douanes lui a ouvert nos ports, elle a fourni à la France ur excédant de consommation important. En 4853, elle nous a vendu près d’un million d’hectolitres de céréales; en 1854, elle a exporté, principalement pour l’armée d'Orient, près de 2 millions d’hectolitres de blé et d'orge, 2 300000 kilogrammes de farine, et plus de 2 millions et demi de pain et biscuit de mer.

On estime que les blés tendres y pèsent régulièrement de 80 à 85 kilogrammes l’hectolitre, au lieu de 75 à 76 kilogr. qu’ils donnent chez nous. Les prix auxquels se sont vendus les blés en Algérie, au mois de mai dernier, alors qu'ils at-

teignaient leur maximum de cherté en. France, montrent .

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aussi quelles ressources promet à l'avenir l'extension de la culture des céréales dans notre colonie africaine ; l’hectolitre a valu 15 francs en moyenne; les prix extrêmes ont été 1 fr, 50 et 20 francs.

Si jamais culture a été indiquée par la nature à l'homme, c'est bien certainement celle des céréales en Algérie. Il est inutile d’'insister pour montrer que c’est aussi dans cette culture que la France trouvera le secours le plus utile que puisse lui prêter sa colonie.

Outre sa collection de céréales, et en particulier de froments, la plus belle de l'Exposition, l'Algérie nous montre encore de jolis lins en graines, de magnifiques oranges et citrons, de belles plantes fourragères. Ses luzernes et la richesse de ses prairies nous font rêver, pour l'Algérie, une bien grande prospérité par l'élevage des animaux domestiques. Nous reviendrons tout à l’heure sur cette grave question.

Auprès de l'Algérie, mais au-dessous d'elle, se place l’Australie pour la qualité de ses grains. Puis vient le Canada qui se distingue par un ensemble de produits de premier choix, les seuls qu’il ait exposés, et qu’il a merveilleusement exposés. Les blés sont extraordinairement remarquables ; les avoines sont très-belles ; les pavots pour l’extraction de l'huile, les pois gris pour fourrages sont admirables. Voilà deux grandes colonies que le Royaume-Uni peut montrer avec orgueil au reste du monde. Si nous pouvons leur opposer l'Algérie sous le rapport de la qualité des céréales, elles reprennent le dessus , l’une pour ses bois, et l'Australie pour ses laines dont nous parlerons bientôt. Il est vrai que notre établissement africain est de date plus récente ; mais le temps n’est pas l'élément qui nous a manqué, ni celui qui a décidé du succès des colonies anglaises dont nous parlons : nous dirons plus loin comment s'explique la situation.

Deux produits distinguent surtout l'exposition de l'empire autrichien : les céréales et les vins. Quelques récoltes d’une importance secondaire y figurent aussi avec honneur, et nous citerons les plus remarquabies.

Les blés et surtout les seigles de la Bohème, les houblons des mêmes provinces, les maïs de Hongrie et de Styrie, les orges de Hongrie, et, entre autres, celles de Deutsch-Kreutz et des Bénédictins de Saint-Martinsberg; tels sont les produits qui

se placent au premier rang dans l'immense variété de produits de cet immense empire.

Les houblons de Bavière et surtout les très-beaux échantillons belges de Poperingue, le disputent aux houblons de Bohème. Aux beaux maïs de Hongrie et de Siyrie, on peut opposer ceux d'Algérie et de Portugal. La Suède aussi nous montre quelques maïs hâtifs qu'on s’étonnerait de trouver dans un pays aussi septentrional, si l'on ne se rappelait qu'un été court, mais chaud, suffit à la maturation de ce orain. Les seigles, les avoines, mais particulièrement les blés de la Suède sont d’une qualité supérieure; la pesanteur annoncée des blés est bien extraordinaire ; on la porte à 84 kilogrammes l'hectolitre.

Quelques blés tendres d’une belle qualité, de jolis seigles et des orges tout à fait hors ligne , caractérisent l'exposition agricole du Danemark. |

La Belgique tient une belle place par les produits de sa grande culture, et ceux de sa culture de plantes industrielles. Elle offre en très-beaux échantillons , des houblons , des blés admirables, des lins très-remarquables de Courtray et de Termunde, un sarrasin argenté de la Campine, le seigle de Rome, qui fait son chemin dans cette Sologne belge que les efforts persévérants du pays gagueront à la culture, pour le plus grand bien d’une population nombreuse.

La Hollande présente peu de choses : une petite collection de haricots; une grande collection de blés étrangers insuffisamment instructive, faute d'étiquettes correctes. C'est dans son sol colonial que se trouve la richesse agricole de la Hollande: son territoire européen est surtout occupé par un Mmagnifique bétail élevé spécialement en vue de la laiterie.

Le Portugal a une belle série de blés, et surtout des blés rouges (rès-fins. Ses seigles sont de qualité moyenne; ses orges, médiocres, sont bien au-dessous des orges autrichiennes et danoises. Ses riz sont assez fins, et pourraient prendre un très-beau rang, si la chambre de commerce de Lugano n'avait présenté une magnifique collection de riz de premier mérite.

Des amandes, des figues sèches d’une qualité supérieure, des gesses, des lupins et surtout des pois chiches d'une étonpante beauté, complètent l'exposition du Portugal dans çe qu’elle offre de plus saillant.

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La Grèce a d'assez belles vesces, une assez jolie collection de blés durs, et de beaux sésames. Le miel du mont Hymette qu'elle expose, est très-beau et excellent, dit-on; l’agriculture reste ainsi fidèle aux traditions des poëtes.

Les blés de la Turquie sont très-beaux, mais sales ; 1l faut, toutefois, en excepter ceux de Candie, dont tous les produits sont supérieurs, et par la qualité et par la netteté des échantillons. En général, les orges et les riz ont été mauvais en Turquie; les avoines et les sorghos médiocres, les maïs bons. Quelques produits particuliers appellent aussi l'attention sur l’exposition turque : des anis, des pistaches et des châtaignes superbes, de beaux sésames d'Andrinople, des mûres blanches, séchées, d’un usage général parmi les femmes turques, et assez bonnes, à ce qu’il paraît. Le miel d’Angora est inférieur à celui du mont Hymette. ?

Nous venons d'indiquer les produits qui nous paraissent dignes entre tous d'appeler l'examen des visiteurs pour lesquels l'Exposition est une occasion d’études ; nous avons réservé, pour en parler en dernier lieu, les produits agricoles de la France et de l'Angleterre.

L'analyse de spécimens aussi divers, aussi nombreux et aussi importants que le sont ceux de ces deux grands pays, est impossible ici, et serait de nul intérêt pour le but que nous nous proposons. Une circonstance heureuse nous permettra, cependant, de continuer, pour la France et pour l'Angleterre, la âche que nous avons entreprise, de comparer et de caractériser l'exposition des divers peuples, sans trop étendre notre champ, ni éparpiller nos recherches.

En effet, les produits agricoles du sol français et ceux du sol anglais se trouvent résumés, en quelque sorte, dans deux magnifiques collections exposées, l’une par la maison Vilmorin, de Paris, l'autre par le département des sciences et arts, de Londres. L’une et l’autre présentent une admirable réunion de céréales en paille et en épis, de grains et graines pour semence, de plantes fourragères, tincturiales, économiques. Les variétés sont nombreuses: tous les sols, tous les climats Y peuvent trouver Îles plantes qui leur conviennent.

La collection anglaise se développe sur un grand espace et y étale des spécimens bien choisis, bien nets, d'un beau volume. La collection française compte des échantillons bien plus nom-

breux sur une surface moindre, et se distingue par sa richesse exceptionnelle, surtout par la connaissance profonde des variétés et leur détermination exacte. Nous ne ferons que répéter une vérité bien connue de ceux qui ont étudié ces questions délicates, et mise hors de doute à chaque exhibition nouvelle, en disant que notre compatriote est, en Europe, Fhomme qui connaît le mieux les céréales au point de vue scientifique et pratique.

On peut caractériser d’un mot ces deux admirables collections : celle de France est plus scientifique , celle d'Angleterre est plus statistique.

Le département des sciences et arts de Londres a placé, devant les vitrines de son exposition, des tableaux destinés à faciliter l’enseignement botanique et l'étude si complexe des céréales. Ces tableaux, parfaitement réussis, montrent plusieurs espèces de divers genres décomposées en leurs parties constitutives, de manière à faire voir les relations des organes entre eux, et à mettre en évidence les différences caractéristiques. C’est une dissection de la plante elle-même faite par la science au profit de la pratique, et fixée d’une manière permanente sur le papier : c’est un herbier analytique.

M. Vilmorin expose aussi son bel atlas indiquant les variétés des plantes de culture, et présente les premières feuilles d’un ouvrage où seront représentées les graminées utiles. Le dessin et la couleur donnent une image fidèle de chaque plante; l'exactitude est parfaite. De telles planches à côté des tableaux-herbiers de l'Angleterre, simplifient l'étude des végétaux , sans lui rien ôter de sa précision scientifique , et la rendent accessible à tous.

Nous devons mentionner, dans le même ordre d'idées, une belle collection de graines agricoles de Carlsruhe, dont le grand mérite consiste à présenter les types mêmes de l'ouvrage de Metzger sur les céréales d'Europe.

Après les plantes qui donnent à l’homme sa nourriture, une des plus précieuses et des plus importantes est le cotonnier ; c’est aussi une de celles dont se préoccupent le plus aujourd’hui les pays producteurs et les pays manufacturiers.

Il y a longtemps que l'Amérique emploie le coton comme plante textile. Le manteau d’une momie du plateau de Tunja, examiné par le docteur Roulin, était de coton, et partout où

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les conquérants pénétrèrent, ils trouvèrent le coton en pleine culture. Ainsi, Colomb vit le coton cultivé à Cuba, en 1 492 : Cortez, au Mexique, en 4519; Pizarre, au Pérou, en 4522; de Vaca, au Texas et à la Louisiane, en 1536. Sir Walter Raleigh, à la fin du xvi° siècle, le trouva cultivé dans la Virgi- | nie et la Caroline du nord, et il était exploité dans la Caroline du sud et la Géorgie longtemps avant la révolution de 4776. |

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Ce ne fut cependant que vers la fin du xvin: siècle que le coton entra dans le commerce comme objet d'échange important. La variété sea island, nommée chez nous Georyie longue sote, la plus belle de toutes les variétés connues, était cultivée dans la Caroline du sud, dès 4790. Le champ où fut tenté le premier essai de culture de cetie variété, renfermait la place 1 même où, en 1562, Jean Ribault, le pionnier des explorateurs | français en Amérique, éleva une colonne de pierre pour prendre possession du territoire au nom de la France. C’est de ce champ même que le gouvernement a tiré, pour l'Algérie, les graines qui ont permis à notre colonie de récolter les magnifiques échantillons de coton longue soie exposés au Palais de l'Industrie. |

Un autrerapprochement n'est pas moins curieux. Les plus beaux échantillons de la Caroline du sud à l'Exposition sont certainement ceux de MM. Seabrook et Mekel; les plus beaux cotons longue soie de l'Algérie, récoltés en 1854 et présentés par M. Goby, de Blidah, sont indiqués comme provenant des graines de M. Seabrook, de Charlestown, à qui le ministre de la guerre les avait achetées. Si les cotons des deux provenances ont entre eux tant de ressemblance, il ne faut pas s'en étonner ; la supériorité de l’un explique la supériorité de l'autre.

Mais ce n’est pas par le résullat même obtenu dans la qualité du coton, que la question de l'opportunité de cette cul- | ture en Algérie peut être résolue; il faut, avant tout, se ren- | dre compte de l'état actuel de la production, de celui de la | consommation , et des besoins combinés de la France et de

l'Algérie, Aujourd'hui, le premier pays producteur de coton est l'Union américaine; nous avons dit plus haut que la culture de | celte plante n’y a commencé à être quelque peu importante | que vers la fin du dernier siècle. En 1747, sept balles seulement

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furent expédiées de Charlestown en Angleterre ; et lorsque, en 1784, le même port envoya en Angleterre 71 balles nouvelles, c'est-à-dire 8 à 9 mille kilogrammes, la cargaison fut saisie comme contrebande, sous prétexte qu'il était tout à fait impossible que l'Amérique eût produit une aussi grande masse de coton.

En 1791, le total des exportations des États-Unis était d'environ 86 000 kilogrammes de coton.

En 1795, il s’éleva à 3 millions de kilogrammes.

En 1820, il atteignit le chiffre de 80 millions de kilogrammes.

En 1840, celui de 358 millions de kilogrammes.

En 1850, celui de 448 millions de kilogrammes.

En 1853, celui de 587 millions de kilogrammes, évalués 600 millions de francs.

En soixante ans à peu près, la production, ou pour parler plus exactement l'exportation est donc devenue près de 7 mille fois plus forte, en suivant les lois d’une progression croissante qui ne semble pas devoir s’affaiblir.

C’est un des plus magnifiques exemples du développement d'une industrie; c’est une des valeurs les plus considérables que puisse jeter un seul produit du sol dans le pays producteur. Et si l’on considère que la valeur de la matière brute est au moins quadruplée par la fabrication, on arrive au total énorme de plus de 2 milliards de francs, comme exprimant la richesse annuelle due au coton seulement. ,

Quant aux bénéfices de fabrication, on peut les estimer à 1500 millions de francs, dont un cinquième tout au plus s'applique aux États-Unis, le reste aux manufactures de l'Europe : à celles d'Angleterre en première ligne, à celles de France ensuite.

Pour l’année qui se termine au 4‘ juin 1854, l'Angleterre à reçu 286 millions de kilogrammes ; la France a reçu directement d'Amérique, sans compter ce qu'elle peut avoir tiré de la Grande-Bretagne , 64 millions de kilogrammes. L’importation en Espagne, par les ports de la Méditerranée, n’est qu'un cinquième de celle de la France, et surpasse, cependant, celles de toutes les autres puissances continentales.

Mais les États-Unis ne sont pas les seuls producteurs de coton. Dans la campagne de 1853, où nous venons de voir les

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États-Unis figurer. pour 587 millions de kilogrammes, l’Égypte a produit 31 millions; les Indes orientales, 30 millions : le Brésil, 25 millions; et quelques autres pays, 6 millions de kilogrammes. | |

La production totale de coton pour l’année 1853 , s'élève donc à 679 millions de kilogrammes, quantité qui représente l'importance du marché qui s’ouvre devant la production, et qui est bien faite pour tenter les pays auxquels leurs conditions climatériques et agricoles laissent l’espoir de voir réussir la culture de cette plante. On comprend donc que l'Algérie ait été tentée. |

Cependant la place est déjà bien prise par les pays producteurs que nous venons de citer, et la marche incessamment croissante de leur production n'indique pas qu'ils soient disposés à renoncer à une culture aussi fructueuse. Il est vrai que les manufactures des États-Unis se développent et consomment une quantité de plus en plus considérable de coton, qui s’est élevée de 4 million 200 mille kilogrammes en 1825. à 421 millions de kilogrammes en 4853, c’est-à-dire qui a plus que centuplé dans l’espace de 28 ans. Il est vrai envore que ce développement des manufactures américaines est stimulé par le désir de s'emparer de l'importation de tissus grossiers et rustiques en Chine, et de s'assurer ainsi la consommation d’une population de 300 millions d'individus Mais il n'est pas moins vrai aussi que les conditions de culture sont exceptionnellement favorables au coton dans ce pays; que tous les efforts d'un grand nombre d’États se dirigent naturellement et forcément vers l’agriculture ; que lesterres n’y sont pas d’un prix élevé ; que la population n’est pas assez nombreuse pour commander la production des denrées: alimentaires ; que la main-d'œuvre n'y est cependant pas chère; que le développement des manufactures n'ira pas très-loin, gêné qu’il est, malgré la possession de la matière première et les avantages de la navigation la plus économique du monde, par la concurrence des marchandises étrangères sur les marchés intérieurs , et gèné au dehors par le bas prix des produits avec lesquels lutte et peut lutter l'Angleterre; déjà les fabricants en sont à réclamer des droits protecteurs élevés, qui leur garanussent au moins leur marché, bien que le tarif actuel soit déjà de 25 pour 400 de la valeur. H est donc certain qu’il

sera bien longtemps encore de l’intérêt de l'Amérique de produire une matière qu’il est de l'intérêt. bien entendu des peuples du continent de manufaeturer et de consommer.

Ce n'est pas nous, d’ailleurs, qui sommes directement menacés par la concurrence industrielle des États-Unis, c'est l'Angleterre qui voudrait fabriquer assez pour s'opposer, sans trop de sacrifices, à l’envahissement de la consommation chinoise par les Américains. Aussi l'Australie essaye-t-elle d’ajouter à la production de l'Inde, et elle expose de beaux cotons obtenus sur son sol.

Cependant une difficulté s’opposera, en Australie, à l'extension considérable de la culture du coton, c’est le manque de bras; et, bien que des travailleurs de divers pays, notamment des Chinois, y soient attirés, il pourrait bien arriver pour l’Australie ce qui est arrivé pour la Guyane anglaise.

Jusqu'en 1820, le coton a été, pour cette Guyane, le principal article d'exportation: mais l'énorme accroissement de la production du coton dans l’Amérique du Nord, l’abaissement des droits sur les cotons étrangers, le prix de la main-d'œuvre, nécessairement plus élevé avec le travail libre qu’il ne l'était dans les États à esclaves de l'Union américaine, forcèrent la Guyane anglaise à abandonner le coton pour le sucre.

I y a, dans cette histoire, un enseignement pour l'Algérie. Elle se trouve en face d'un concurrent aguerri, possesseur d'une terre riche, au milieu de conditions extérieures très-favorables, chez lequel le crédit est admirablement organisé, qui a la main-d'œuvre à bas prix , des transports faciles; elle lui oppose une population de 3 millions d'indigènes et de 440 mille Européens , répandue sur une surface de 40 millions d'heztares, le manque de bras, le manque d’argent, le manque de routes.

On espère cependant, parce que les variétés qui réussissent le mieux en Algérie sont précisément celles qui rapportent davantage, et en particulier la variété longue soie, qui obtient toujours les plus hauts prix sur le marché. Mais il faut observer que l'emploi de cette magnifique variété est d'autant plus restreint qu’elle est plus belle; qu’elle se payé aujourd’hui d'autant plus cher qu’elle est offerte en moindre quantité; qu'on en récolte annuellement, en Amérique, 40 000 balles, sur lesquelles 10000 balles au plus, c’est-à-dire 4 million et

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demi de kilogrammes, entrent en France ; que la métropole ne consommerait pas la quantité tout entière produite, si cette quantité devenait un peu considérable, et que l'Algérie produirait ainsi pour d’autres marchés, alors que nous manquerions peut-être de denrées beaucoup plus nécessaires. Il faut remarquer encore qu’il est bien plus important pour notre industrie cotonnière de fabriquer pour la grande consommation que pour la consommation restreinte.

La Guyane anglaise aussi pourrait produire d'immenses quantités de coton, et des plus belles variétés, comme le montrent les échantillons qu’elle expose, et comme le prouve son passé; mais sa situation économique ne lui conseille pas de poursuivre ce but, et elle en prend un autre.

La culture du coton, telle qu’elle se pratique dans les États de l’Union où se récolient les plus belles variétés, exige, d’ailleurs , un travail considérable et une attention de tous les instants: chaque:travailleur y surveille exclusivement une trèspetite surface. Or, le chiffre de la population algérienne, comparé à l'étendue du pays, donne moins de 1 habitant pour 12 hectares. Quelque négligence dans la culture porte vite atteinte au développement et au rendement; le sol sec et siliceux est nécessaire, un sol argileux est nuisible; le drainage doit être parfait. Toutes ces conditions ne se trouvent pas toujours réunies en Algérie.

On remarque entre les rendements attribués à l'Algérie et les rendements des États-Unis, des différences considérables. Ainsi, le coton Géorgie, longue soie, donnerait, en Algérie, 1460 kilogrammes de produit brut et 267 kilogrammes de produit net, tandis qu'on n'obtient aux États-Unis que 566 kilogrammes bruts et 139 kilogrammes nets. La variété Louisiane rendrait 2005 kilogrammes bruts et 501 kilogrammes nets en Algérie, alors qu’aux États-Unis elle ne donne que 1005 kilogrammes bruts et 335 kilogrammes nets. Ces écarts extraordinaires, au bénéfice de l'Algérie, où les récoltes seraient. ainsi deux fois plus fortes qu'aux États-Unis, ne sont malheureusement pas la conséquence de conditions exceptionnellement favorables à. notre colonie. Ils s'expliquent quand on se rappelle que les rendements des cotons algériens ont été calculés d'après les résultats fournis pas des cultures couduites avec un soin tout spécial, sur de petites surfaces; on se tromperait

si l'on prenait ces calculs pour base d’une exploitation faite dans les conditions ordinaires de grande culture.

Malgré toutes ces considérations, qui ne lui ont pas échappé certainement, le gouvernement français fait tous ses efforts pour animer et soutenir la production du coton en Algérie. Il fournit des graines aux colons; il achète, et promet d'acheter * jusqu’en 4857, les cotons récoltés par les planteurs ; il accordera, jusqu’en 4859, des primes à l'exportation en France des cotons algériens; il allouera, jusqu’à la même époque, des primes à l'introduction en Algérie de machines à égrener ; il distribue des prix provinciaux importants; il délivrera, au nom de l'Empereur et sur sa liste civile, un prix annuel de 20000 fr. au planteur algérien qui aura récolté les meilleurs produits en coton sur la plus grande échelle.

Ces encouragements produiront problablement le résultat qu'on veut obtenir ; ils sont nécessaires au début de l’entreprise, et, sans eux, la culture du coton tomberait ou serait déjà tombée; ils ont déterminé l’ensemencement de 7 à 800 hectares. On espère que les Arabes seront gagnés à la culture du coton. Mais, même avec la certitude du succès, on se demande si l'intérêt combiné de la métropole et de la colonie n’appelle pas d’autres tentatives, et s’il ne serait pas plus important, aux premiers temps de l'établissement agricole, de donner d’autres cultures pour base au progrès futur. Ce que nous avons déjà dit sur les céréales et ce que nous allons dire sur les laines, nous permettra de répondre à cette question.

Les laines exposées au Palais de l’industrie forment trois groupes nettement caractérisés dans leur ensemble : les laines longues de l'Angleterre; les laines courtes de l'Allemagne ; les laines intermédiaires de la France.

Les laines anglaises, classées très-méthodiquement, Comprennent une centaine d’échantilions qui donnent une idée très-exacte de la valeur des races ovines de l’Angleterre, au point de vue de la toison. Toutes ces laines ne sont pas des laines longues au même degré, mais celles dont la mèche reste plus courte ont cependant les qualités générales des laines longues du type anglais, et se rapprochent de plus en plus de ce type.

En effet, la laine, pour l’éleveur anglais, est l’accessoire, la viande est le principal; et l’on sait que toutes les conditions

qui favorisent la formation du mouton de boucherie, amènent l’élongation du brin, nuisent à la laine courte et fine. Les laines des races anglaises Southdown, Cheviot, Dorset, ne peuvent être considérées. comme courtes que relativement aux très-longues mèches des races Lincoln, Dishley, Cotswold et autres ; mais elles ne sont pas réellement des laines courtes . comme l'entend la fabrication des étoffes drapées fines, comme le sont les admirables laines exposées par l'Allemagne.

Au reste, les Anglais n’ont pas la moindre prétention à produire chez eux la laine fine; leurs conditions agricoles, leurs conditions sociales, l'intérêt national leur imposent l'obligation de produire de la viande, et ils ont accepté cette situation avec le parti pris industriel qui les distingue. De cette situation, ainsi comprise et acceptée, sont sortis d’admirables résultats. Is ont doublé en un siècle leur population ovine, qui monte aujourd hui à 40 millions de têtes, comme la nôtre. Hs entretiennent ces 40 millions de moutons sur 34 millions d’hectares, tandis qu il «ous faut 53 millions d'hectares pour le même nombre de moutons. Leurs races, exclusivement façonnées pour la boucherie, leur donnent deux fois plus de viande que les nôtres, et sont tuées à un âge deux fois moins avancé.

Cela ne veut pas dire qu’en spécialisant ainsi leurs races ovines et en les ramenant toutes à un même type, celui des bêtes à viande, les Anglais n’aient rien obtenu mème pour la laine. La laine est devenue certainement plus commune ; mais elle a gagné en longueur, en vigueur, en brillant, ce qu’elle a perdu en finesse, en douceur et en moelleux. Cette laine longue lisse est, comme laine à peigne, admirablement appropriée à la fabrication des étoffes rases dont la consommation s'étend chaque jour davantage.

Il ne faut pas croire d’ailleurs que l'Angleterre ait renoncé pour cela à produire et à employer la laine courte. Ce qu'il n'était pas avantageux de faire chez elle, elle l’a fait dans ses colonies. L'Australie, Van Diémen et le Cap lui fournissent de belles laines mérines qui lui permettent d'élever sa fabrication d'étoffes drapées presque au niveau de sa fabrication d'étofles rases, et d'exploiter la laine mérine peignée.

Les toisons exposées par l'Australie sont admirables de finesse ; On peut leur reprocher seulement le défaut dont il est si difficile de garantir les toisons fines, le manque de tassé

On remarque avec plaisir les laines de M. Mac Arthur, le fils du capitaine Mac Arthur qui introduisit à Sydney le premier troupeau de mérinos, et donna ainsi une preuve de la netteté de vue avec laquelle 1l avait compris les intérêts de la colonie et de la métropole. Les laines exposées par M. Mac Arthur sont fournies par des moutons du troupeau même élevé par son père , et conservé depuis dans le plus grand état de pureté.

La quantité de laine fine que l’Angleterre reçoit maintenant de ses colonies de l'Océanie et du Cap s'élève à plus de 20 millions de kilogrammes qui s'ajoutent aux 94 millions de kilog. de laine que lui fournit son territoire européen.

Ce magnifique résultat obtenu en une cinquantaine d'années, a permis aux fabricants anglais de s'exonérer en partie du tribut qu'ils étaient forcés de payer aux aulres pays producteurs pour la laine fine dont ils avaient besoin. Ainsi la quantité de laine que l'Angleterre demande aujourd'hui à l'E-pagne est trente fois plus faible qu'elle n’était au commencement de ce siècle. L'importation des laines allemandes est diminuée des deux tiers. L'importation russe est restée station naire depuis vingt ans.

Voilà les conséquences d’une amélioration bien entendue des moyens de production ; voilà comment l’agriculture et l’industrie doivent se donner la main. |

En France, nos laines les plus parfaites sont en majeure partie intermédiaires, c'est-à-dire propres à peu près également au peigne et à la carde, aux étoffes rases ei à la draperie. Cela résulte de plusieurs causes.

Nous avons songé assez tard à l'amélioration de nos moutons, et nous avons porté d’abord tous nos soins sur la laine. Les mérinos d'Espagne ont été introduits ; ils ont été alliés à un grand nombre de nos races indigènes, et le résultat de ce croisement a été naturellement une laine de qualité moyenne. De plus, on a employé très-communément comme reproducteurs des béliers métis qui ne pouvaient pousser à l'affinement de la toison. Dans la majorité des cas, la finesse n’était pas d’ailleurs possible à obtenir économiquement , de sorte qu'on a cherché à compenser la qualité par la quantité. Ceci s'est produit mème pour les mérinos purs dont on à voulu corriger les défauts d'organisation, grandir la taille , augmenter le

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