‹ Visite à la maison de Victor HugoChapitre 21 sur 35 · SALLE DES DESSINS DE VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

SALLE DES DESSINS DE VICTOR HUGO

Cette salle, qui est tout entière remplie des dessins de Victor Hugo, était anciennement la salle à manger du poète. Au mur

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était appliquée, en ibi33, une sorte do panoplie en trophée : ancien mousquet à rouet, sabre en argent, long yatagan à lame d'acier de Damas dont la poignée et le fourreau sauvagement sculptés étaient en argent massif. Au fond, une tapisserie représentait le roman de la Rose; une grande table au milieu, des chaises et un bullet qui n'avaient pas de caractère particulier.

"Victor Hugo dessinateur

Le X'ictor Hugo dessinateur est moins connu du grand public. Aussi, quand on entre dans cette salle, le premier mouvement est la surprise, la première impression est une curiosité vivement excitée qui grandit encore avec un examen plus attentil: et on ne se lasse pas d'admirer cette originalité et cette puissance de conception, cette fécondité d'imagination, cette virtuosité d'exécution.

11 aurait fallu la maison tout entière pour contenir les dessins de Victor Hugo tant ils sont innoml>rables. 11 en a semé à tous les vents, distribué à beaucoup d'amis; il les a dispersés et même jetés au hasard. Tout était prétexte à dessin. Il prenait le j)remier bout de papier venu : une enveloppe de lettre, une invitation à dîner, une bande de journal, un coupon de théâtre, une carte de visite, et en quelques traits de plume, il traçait un ]>ortrait. un prolil, ébauchait une caricature d'une expression singulière, une iigure vivante, touchante, amusante ou effrayante ; c'était un oiseau, ou une fleur, un bateau, la mer. un château, un académicien, un enfant ou un boulfon. 11 avait inventé une Heur à lui, bien à lui, une fleur étrange, synthèse de fleurs variées, mélange de dalhia, de pensée, de chrysanthème, de marguerite et de clématite : la fleur de Victor Hugo, qu'on retrouvera dans ses paysages, dans ses motifs décoratifs, ou dans ses fantaisies.

Le dessin avait été pour lui tout d'abord un délassement, un anmsement, comme il l'écrivait lui-même au poète Charles Baudelaire le u<j avril iMGo :

« Je suis lont heureux et très fier de ce (jiie vous voulez hieii penser des choses que j ap|»elle mes dessins à la plume. J'ai fini par y mêler du crayon, du lusain, de la s<'pia, du charbon, de la suie et toutes sortes de mixtures bizarres (pii arrivent à rendre à peu près ce que j'ai dans r(L-il et surtout dans resi)ril. Cela m'amuse entre deux strophes. »

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Mixtures bizarres, en elTet. puisqu'il versait parfois sur son crayon ou sur sa sépia du thé et du café, de la farine ou de la cendre.

Combien de ses dessins sont nés du hasard, dune tache d'encre échappée de sa plume, d'une goutte de café renversé, dune simple éclaboussure d'un liquide quelconque donnant des contours bizarres !

llpivnait alors le premier instrument qu'il avait sous la main : une plume au bec largement ouvert, le manche dune plume d'oie, un cure-dent, un vieux bout de crayon, un canif, ou, quand il n'avait rien, son pouce.

Cette tache jetée au hasard était une énigme. Qu'en ferait-il sortir? 11 l'ignorait. C'était d'abord une voile de bateau, mais tout à coup cette voile se transformait en arbre, et l'arbre prenait lui-même un aspect si étrange qu'il lui donnait la forme d'une tour. Il jetait encore quelques taches d'encre :1a tour devenait château avec des mui*ailles géantes, des fusées de pignons, des hérissements de clochetons, toute une architecture grandiose et terrifiante; et, en quelques coups de canif, il avait hissé tout à coup son manoir sur le haut d'une montagne, creusant, tout autour, des abîmes, jetant des ponts-levis. Et dans ce noir il grattait pour mettre du blanc, du jour, de la lumière, et dans ces masses sombres il introduisait de délicats motifs d'architecture. Car il ne dessinait pas seulement, il ciselait aussi ses dessins avec son canif.

Il tirait d'une petite chose tout d'abord insignifiante, sous la poussée de sa fantaisie, des constructions fantastiques, des masses formidables toutes peuplées de rêves et de cauchemars, inventant une sorte d'architecture fantômale plus puissante que la réalité, grâce à la prodigieuse vision de son imagination. C'est ainsi qu'il produisait, par cette saisissante résurrection des burgs dont les ruines l'avaient frappé dans son voyage du Rhin, lirapression que l'àme des Job, des Magnus et des Hatto était enfermée entre ces murailles.

Quand il écrivait un roman ou un drame, il traçait souvent en marge de ses manuscrits la physionomie de ses personnages ou donnait une ébauche du décor ou du milieu dans lequel se déroulait l'action.

Mais il n'était pas seulement l'évocateur des burgs et des donjons, des grandes scènes de la nature, il reproduisait, grâce à une prodigieuse intuition, les monuments des pays qu'il n'avait

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jamais visités, et il 'se révèle là sous un nouveau jour avec ses dessins d'Orient, ses monuments indiens, par la finesse des traits, le souci du détail, la minutie et la délicatesse de l'exécution. Et son œil voyait sans doute mieux que les nôtres, car on ne peut découvrir qu'à la loupe le tissu serré — qu'on nous permette cette expression, arachnidien — de ces arabesques de pierre.

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