IV INTRODUCTION
au nom des petits-enfants de Victor Hitfj^o et au mien, je riens offrir à Paris de donner à la France la maison de Victor Hugo.
La maison de Shakespeare et la maison de Goethe ne possèdent guère de leurs grands hommes que des reliques et des souvenirs. La maison de Victor Hugo serait, de plus^ un musée, un musée dont la plus grande richesse serait l'œuvre dessiné, peint et sculpté de J^ictor Hugo lui-même.
Nous y pourrons, en effet, réunir de lui plus de 5oo dessins, aquarelles et sépias, des dessins du Maître admirés par les fuaitres ; et l'une des salles du musée tout entière, panneaux, cheminée, jueubles et jusquau plafond, aurait une décoration d'oiseaux, fleurs, chimères et figures, sculptée, incisée et pei)ite par lui dans le goût le plus charmant et le plus rare.
A côté de cet œuvt^e personnel du poète., nous apporterions au musée une collection de tableaux et de dessins inspirés par ses poèmes, ses romans et ses drames, et signés : Raffet, Decamps, Louis Boulanger., Paul Baudry, Henner, Cabanel, Jean-Paul Laurens, Benjamin Constant, Fantin- Latour, Maignan, Frémiet, Rolf Rochegrosse., Henri Pille, Tony Robert- Fleury, Daniel \'ierge, Willette, etc. Je ne puis énumérertout, mais je mentionnerai le buste en înarbre de Victor Hugo jeune, par David d'Angers, le buste en bron\e de Victor Hugo vieux, par Rodin, le masque de Victor Hugo mort, par Dalou.
De plus, à l'exemple du British Muséum dans ses salhcs consacrées à Shakespeare, nous avons rassemblé pour Victor Hugo une bibliothèque et une collection d'estampes. La bibliothèque contient toutes ses œuvres dans toutes les éditions^ dont les éditions princeps, avec dédicaces, vignettes, variantes : — 3 1 de ces volumes en épreuves, avec corrections, additions et bons à tirer de l'auteur: — les traductions en toutes langues ; tous les ouvrages critiques et biographiques relatifs à Victor Hugo. La [collection d'es-
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tampes comprend plus de 5 ,000 pièces, arec états dwers, dont goo portraits de Victor Hugo, sans compter les charges et les photographies.
Enfin, Georges et Jeanne, pour leur donner les noms qu'a consacrés le (.(grand-père », reconstitueront dans la Maison de Victor Hugo sa chambre de lai'enue d'Ej'lau, arec le lit oii il est mort, la table haute oii il écrivait debout, son bureau, tout ce qui garnissait la pièce et qui a été religieusement conservé.
Maintenant quelle sera cette Maison de Victor Hugo?
Ce sera, si vous le voule^ bien, messieurs les conseillers municipaux, la maison qu'il a habitée le plus longtemps à Pai'is, de i833 à 1848, la maison de la période romantique, oii il a écrit ses grands drames, livré ses grandes batailles., la maison du n° 6 de la place Royale, aujourd'hui place des Vosges. La Ville de Paris n'aurait pas à V acheter, elle appartient à la Ville. Elle forme un des bâtiments d'un important groupe scolaire, et il n*y aurait qu'à déplacer deux classes et un atelier. Pour les frais d\iménagement et d'installation du musée, nous mettons à la disposition de la Ville une somme de 5 0,000 francs ; nous offrons à Paris le musée, nous demandons à Paris le cadre pour le musée.
Le 26 février igo2 sera célébré le centenaire du poète. Ce jour-là, sur la place qui porte son nom., on inaugurera le monument de Victor Hugo. Si le Conseil municipal veut bien accepter notre ojjre et notre requête, on pourrait inaugurer aussi la Maison de Victor Hugo. Le soir, la Comédie- Française donnera la reprise des Burgraves. Ce serait là une journée historique et poétique qui honorerait à la fois Victor Hugo, Paris et la France.
Paul Meurice.
Le président du Conseil municipal^ M. Dausset, acceptait avec empressement cette offre et remerciait, au nom du
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Conseil municipal^ M. Paul Meurice et les petits-enfants du poète, M. Georges Hugo et M"" Jeanne Charcot. Le préfet de la Seine, M. de Seli'es, s'associait à la pensée du Conseil, mais certaines questions, telles que le transfert de l'école installée au n° 6 de la place des Vosges, l aménagement de cette école ailleurs, les négociations avec des locataires ayant des baux^ retardèrent l'installation et Vinau- ^■uration de la Maison de Victor Hugo.
Le g janvier igo2, le rapporteur, M. John Labusquière, soumettait au Conseil une délibération par laquelle celui-ci approuvait les dépenses d'aménagement de la Maison de Victor Hugo, montant à i i5,ooo francs, dont 5o,ooo fr. offerts par M. Paul Meurice et les petits-enfants de Victor Hugo, et 65,0 00 francs donnés par la Ville de Paris.
Un arrêté du 25 juin igo2 consacrait cette délibération.
La maison oii Victor Hugo habita un appartement est devenue aujourdlnii sa maison tout entière. Il la remplit de ses œuvres, de sa vie de poète, de romancier, d'auteur dramatique, d'historien., d'orateur, de philosophe et d'artiste. Il la remplit de sa vie intime et des souvenirs de son foyer. C'est le musée de son œuvre et sur son œuvre datis ses manifestations les plus variées, les plus éclatantes et les plus puissantes.
On doit l'exécution de ce beau projet à M. Paul Meurice qui., avec un admirable dévouement, une constante persévérance, une piété touchante et un généreux désintéressement, a non seulement su réunir toutes ces richesses, mais qui encore s'est dépouillé des œuvres les plus rares qu'il avait groupées et acquises à force de patients efforts et de laborieuses recherches et qui les aimait comme on aime les vieu.x compagnons et les chers souvenirs.
On le doit au.x petits-enfants de Victor Hugo, Georges et à Jeanne, qui ont voulu honorer le grand-père en apportant leurs précieuses reliques, écoutant plus leur amour filial que leur légitime égoisme.
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On le doit enfin au Conseil municipal delà Ville de Paris, fidèle à cette belle tradition de glorifier ceux qui ont jeté de Véclat sur leur pays et surtout celui dont le nom rayonne sur le siècle dernier. Car c'est le Conseil qui, dans un bel et unanime élan de générosité, a donné cette maison, petit temple abritant Vœuvre immortelle d'un grand génie.
La Maison de Victor Hugo a été inaugurée le 3o juin igo3.
M. Paul Meiœice, en quelques paroles toutes vibrantes d'émotion, a remis., au nom des petits-enfants de Victor Hugo et au sien, la Maison du poète « au Conseil municipal qui représente Paris, à Paris qui représente la France. »
Le président du Conseil municipal, M. Deville, a remercié, en quelques mots heureux, au nom de la Ville de Paris.
Le préfet de la Seine, M. de Selpcs., a reçu le musée comme un précieux dépôt pour la grande cité, ajoutant avec beaucoup de chaleur et d'éloquence : « Paris, en veillant sur lui, n'honorera pas seulement la mémoire du grand homme, mais slionorera aussi lui-même aux yeux du monde civilisé. ))
M. Jules Claretie, au nom de V Académie française , des littérateurs,, des auteuî's dramatiques et des amis, a évoqué, dans un beau et charmant discours, tous les grands et glorieux souvenirs de cette Maison oit palpite encore l'esprit de Victor Hugo et oii rayonne son immortalité.
^'iclo^ Ilugo. par Honnat.
DE
La Maison de Victoi* Hugo a trois étages. Elle est trop petite poui' contenir toutes ses richesses et l'œuvre du poète racontée par lui-même et par des artistes éminents, trop étroite pour abriter sa vie rappelée par des souvenirs, trop grande cependant pour la visiter sans g-uide.
Aussi trouvera- t-on dans ce livre, non pas seulement des indications et des renseignements, mais des récits, des anecdotes et des souvenirs inédits.
Cette maison est bien sa maison à lui, la maison qui parle de lui dans le passé, qui le célèbre dans le présent, qui le glorifie à jamais. C'est le musée de son œuvre et sur son œuvre.
Car des dessins originaux et des peintures de maîtres anciens et modernes font revivre les personnages créés par sou imagination ou rencontrés dans la vie, héros de légende, héros d'histoire, héros d'humanité ; ils reproduisent ses visions terribles ou gracieuses, tragiques ou lumineuses, nul mieux que Victor Hugo n'ayant su évoquer des images avec une force plus saisissante, ressusciter les temps disparus, décrire linvisiblc ou fixer l'impalpable, faire vibrer les foules, poétiser ses paysages, pénétrer les plus pures émotions de l'àme et les plus redoutables secrets de la nature.
Les artistes trouvaient dans ses poèmes et dans ses romans la physionomie des personnages et le décor si puissamment rendus, qu'ils avaient devant eux le modèle dont ils n'avaient plus qu'à donner la copie.
2 LA MAISON DE VlC'KiR IlLGO
Mais pour certaines conceptions prodigieuses de son imagination, mélange de fantaisie surnaturelle et de réalisme déconcertant, c'était lui seul qui pouvait les interpréter par le dessin et par la peinture.
Notre visite dans la maison de Victor Hugo comprend :
Arec salles de peintures et de dessins sur ses œuvres, la bibliothèque contenant les éditions originales des onivres de Victor Hugo, des curiosités bibliographiques, des estampes ;
Le second étage avec les dessins, peintures et sculptures de Victor Hugo, la salle chinoise et la chambre mortuaire ;
Le troisième étage, avec le musée intime, musée du foyer et des souvenirs, et le musée populaire, musée du bibelot, collection de menus objets de la petite industrie parisienne, consécration naïve et parfois touchante de la popularité.
Enfin, tous les murs des escaliers sont revêtus de dessins originaux sur les œuvres.