INTRODUCTION
Quand vous ave\ dépassé la rue de Rivoli, pénétré dans la rue Saint- Antoine, vous rencontrei à gauche la rue de Birague qui vous conduit à une des places les plus curieuses de Paris par son architecture et les plus intéressantes par ses anciens souvenirs.
On dirait une vieille estampe du xvii^ siècle oubliée dans un coin du Paris moderne.
C'est la place des Vosges. Elle a subi les fluctuations de la politique seulement en changeant plusieurs fois de tiom; elle a été la place Royale, et elle a repris, sous la République, son ancien état civil.
Quelle action d'éclat valut donc au département des Vosges l'honneur de ce parrainage ?
En Van viii, le i6 ventôse, le pre?nier Consul avait voulu piquer l'émulation des départements; à une époque oii les impôts rentraient dijyîcilement, il avait pris un arrêté par lequel une des places les plus ijnpoj^tantesde Paris porterait le nom du département qui aurait acquitté le plus vite ses contributions. Les Vosges V emportèrent .
Mais si la place changea pa?[fois de nom, elle conserva toujours son caractère archaïque., avec ses maisons de pierres et de briques, à fenêtres hautes, à mansardes, à toits d'ardoises inclinés, creusées, à leur re'{-de-chaussée, d'arcades
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tf-apues et d'un aspect extérieur uniforme. Elle doit sa célébrité ancienne à Henri IV, sa célébrité la plus récente à Victor Hugo.
Henri IV Jît bâtir le côté qui borde la rue Saint- Antoine. Victor Hugo habita le ;/° 6, précisément dans les bâtiments de Henri IV.
Cette vieille place., Vune des plus vieilles de Paris, puisquelle fut commencée en 1604 sur remplacement de l'hôtel des Tournelles, convenait bien au poète., car elle avait été et elle était alors le véritable centre intellectuel et mondain.
uA/"* de Sévigné l'appelait « la Place. » C'était la seule, tunique, la vraie; la place renommée par les rende\-vous des duellistes et les rende\-vous d'amour, la place des Rohan, des d'Aligre, des Rotrou, des Chaulnes, des Guéménée; la place illustrée par Corneille, Condé, Molière., Turenne, M™" de Longueville, la place habitée par le cardinal de Richelieu, puis par la tragédienne Rachel. C'était la place oii naquit M'"" de Sévigné ; c'était donc « la Place ». Victor Hugo occupa l immeuble connu sous le nom d'hôtel de Guéménée qui avait été acquis par Louis de Rohan, priîice de Guéménée, et qui, en dépit des changements de propriétaires, conserva son nom.
C'est au second étage de cette maison que Victor Hugo s'installa au mois d'octobre 1882. On répétait alors le Roi s'amuse. C'est donc à la place Royale qu il livra cette grande bataille que la censure voulut rendre unique en interdisant la pièce le lendemain de la premièi'e représentation.
Mais c'est de iS33 à 1848, dans cette même maison, c'est-à-dire pendant sei^e ans, qu'il écrivit ses grands drames : Lucrèce Borgia [i833), Marie Tudor {i833), Angelo {i83S}, Ruy-Blas {i838), les Burgraves {1843), et ses poèmes : les Chants du Crépuscule ( i83S), les Voix intérieures {j83y), les Rayons et les Ombres {1840); c'est là qu'il publia le Rhin, là qu'il ébaucha les Misérables, qu'il commença la Légende des Siècles, /e^ Contemplations. C'est
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là qu'il eut ses triomphes^ qu'il fut admiré, fèté^ glorifié^ là qu'il eut ses joies de famille, alors que sa femme rayonnait dans tout l'éclat de son intelligence^ de sa grâce et de sa beauté et que ses ejifants grandissaient.
C'est là quliélas! il eut aussi ses douleurs, alors qu'il perdait son frère Eugène en iSSj, son compagnon de travail et de luttes, puis sa chère fille Léopoldine dans la catastrophe de Villequier.
C'est là que le grand chef de l'école romantique recevait tout ce qu il y avait d'illustre en France. Là qu'il était entouré de ses amis et de ses admirateurs : Charles Nodier., Alfred de Vigny, Lamartine^ Béranger, Eugène Delacroix , Sainte-Beuve, Mérimée, Balzac, Alexandre Dumas, Louis Boulanger, les Deschamps, les Devéria, Célestin Nanteuil, David d'Angers, plus tard Th. Gautier, Auguste Vacquerie., et Paul Meurice, qui le connut n'ayant lui-même alors que seiie ans.
C'est là aussi qu'il livra ses premières batailles politiques lorsqu'il fut pair de Finance en 1845, et plus tard membre de l'Assemblée constituante en 1848.
Tant de souvenirs désignaient la maison de la Place Royale à Paul Meurice et à Georges et Jeanne, les petitsenfants du poète, qui voulaient élever un monument de gloire à l'ami et au grand-père.
Aussi, le 1 2 juin I go I , M. Paul Meurice adressait aux conseilleras municipaux de Taris une lettre qui était lue par sân neveu, M. Froment-Meurice , dans la séance du 21 juin, et qui est ainsi conçue :
12 juin 1901.
Messieurs les Conseillers municipaux de Paris,
L'Angleterre a la maison de Shakespeare à Stj^atfordsur-Avon, l'Allemagne a la maison de Gœthe à Francfort :