SALLE DES DESSINS SUR LES ŒUVRES
C'était une tâche difficile et redoutable de rendre par le dessin les héros et les grandes scènes des romans de Victor
Sara la baigneuse, par Henner,
Hugo, d'évoquer par l'image « le drame de la création éclairé par le visage du créateur », de peindre l'humanité toute entière sous tous ses aspects et à ses grandes époques. C'est cependant ce
!> LA MAISON DE MCTuU IILGO
(jne des artistes éminents ont tenté, et le succès a répondu à leurs ell'orts. On trouvera ici des dessins sur Xotrc-Danie de Paris, Les Misérables. Qiiatre-Vingt-Treize, pour le roman, sur la Légende des Sièeles. Toute la l)-re, Odes ei Ballades. I^a fin de Satan pour la poésie. Cnii flaiit et Biuox ont les honneurs de cette salle.
Sur le panneau en entrant à gauche et en haut :
La Flécharde, de Biuox {Quatre-vingt-treize). — L'action se passe en Vendée à l'époque où les Girondins ayant été exécutés, Robespierre, Danton et Marat sont aux prises et où le royalisme va jouer en Vendée sa dernière partie.
Les fédérés parisiens fouillent le bois de la Saudraie dans l'espoir de rencontrer les chouans.
a Au plus épais du fourré, au bord d'une de ces jietites clairit-res rondes <|ue font dans les bois les fourneaux à charbon en brûlant les racines des arbres, dans une sorte de bris de branches, espf'ce de chamiire de feuillage, entr'ouverte comme une alcôve, une femme était assise sur la mousse, ayant au sein un enfant qui tétait et sur ses genoux les deux têtes blondes de deux enfants endormis. »
C'est la Flécharde, dont le mari a été fusillé; le bataillon adopte les trois petits.
A côté :
Le Sergent Radoub, de Brion. — C'est le sergent qui. dans un élan d humanité, ayant une grosse larme sur la joue, a fait adopter les petits.
« 11 était de cette race que Pindare appelle « les athlètes agiles ». On peut être vieux soldat et homme jeune; Piadouh, «pii avait été garde française, n'avait pas quarante ans. C'était un hercule leste. »
Au-dessous :
Gringoire, de Biuox (Notre-Dame de Paris). — Gringoire. le pauvre diable chassé de son logis, aspirant à pleins poumons l'odeur de cuisine qui sort des soupiraux, pour apaiser un peu les révoltes de son estomac vide, errant à l'aventui'e à la rcolierche d'une rime et d'un gîte.
Phœbus, de Bu ion (Notre-Dame de Paris). — Le brillant genlillionime (jui lait sonner ses éperons d'or, une belle livrée, une gramle mine, un beau nom. une épée solide qu'il est toujours prêt à tirer pour conquérir une fille, un galant libertin.
Sur le même panneau de gauche, de l'autre côté de la fenêtre donnant sur l'escalier, quatre poèmes de la Légende des Siècles.
LA MAISON DE VICTOR IRMiO *
En haut :
Les Lions, de Giiifflart.
Quand la nuit eut noirci le grand firmament bleu,
Le gardien voulut voir la fosse, et cet esclave,
Collant sa face pâle aux grilles de la cave,
Dans la profondeur vague aperçut Daniel
Qui se tenait debout et regardait le ciel,
Etsongeait, attentif aux étoiles sans nombre,
Pendant que les lions léchaient ses pieds dans l'ombre.
A côté :
Le Petit roi de Galice, de Ghifflart.
Les bandits, le croyant prêt à recommencer, Tremblants comme des bœufs qu'on ramène à l'étable, A chaque mouvement de son bras redoutalde Reculaient, lui montrant de loin leurs coutelas. Et pas à pas, Roland, sanglant, terrible, las. Les chassait devant lui parmi les fondrières. Et, n'ayant plus d'épée, il leur jetait des pierres.
Au-dessous :
La Conscience, de Ghifflart. — G'est le supplice de Gain. Il est là debout, Tsilla, la fille de son fils, accroupie à ses pieds. Il fuit, un œil le regarde toujours.
L'œil a-t-il disparu ? dit en tremldant Tsilla. Et Gain répondit : — Non, il est toujours là!
Et pour s'y soustraire, il veut habiter sous la terre, mais quand il fut dans le souterrain :
L'œil était dans la tom'be et regardait Gain.
Le mariage de Roland, de Ghifflart.
Ils luttent de si près avec de sourds murmures Que leur souffle âpre et chaud s'empreint sur leurs armures; Le pied presse le pied : l'île, à leurs noirs assauts. Tressaille au loin, l'acier mord le fer. Des morceaux De iieaume et de hautberl, sans que pas un s'émeuve, Sautent à chaque instant dans l'herbe et dans le fleuve. Leurs brassards sont rayés de longs filets de sang Qui coule de leur crâne et dans leurs yeux descend.
Gomme depuis cinq jours ils luttaient « ainsi que lions et panthères », Olivier dit à Roland:
Ne vaudrait-il pas mieux que nous devinssions frères? Ecoute, j'ai ma sœur, la belle Aude au bras blanc, Epouse-la.
— Pardieu ! je veux bie>n, dit Roland.
Sur le panneau à côté, en haut :
M. Madeleine, de Brion {Les Misérables). — C'est Jean Valjean, le l'orçat, qui a pris un nom d'emprunt, qui est devenu, grâce à son habilett-. un riche manufacturier, qui fait le bien autour de lui, et qui arrive à être maire de sa commune.
« 11 avait les cheveux gris, l'œil sérieux, le teint hâlé d'un ouvrier, le visage pensif d'un philosophe. II portait habituellement un ( hapeau à bords larges et une longue redingote de gros drap boutonnée jusqu'au menton. »
A côté :
Cimourdain. de Brio.n {Quatre-vingt-treize). — Le délégué de la Convention.
« Il avait, dans ces temps et dans ces groupes tragiques, la puissance des inexorables. C était un impeciahle qui se croit infaillible. Personne ne lavait vu pleurer. Vertu inaccessible et glaciale. Il
était l'effrayant homme juste Cimourdain avait 1 apparence d'un
homme ordinaire, vêtu de vêtements quelconques, d aspect pauvre... Il avait une façon de parler brusque et solennelle, la voix brève, lai rent pérem])toire, la bou( he triste et amère, l'ct'il clair et proiond, et sur tout le visage on ne sait quel air indigné, »
Au-dessous :
Le marquis de Lantenac, de Buion (Quatre-vingt-treize). C'est le chef de l'insurreetion dans la Vendée, avec toute la morgue, la ténacité et la sauvagerie des gentilshommes bretons.
Gauvain, de Briox. — Le commandant des forces répuljlicaines, dans le livre de Quatre-vingt- treize, le neveu du mar- (juis de Lantenac. Il a déserté la cause royaliste servie par son oncle et s'est converti à la République.
« Gauvain avait trente ans, une encolure d'Hercule, l'd'il sérieux d'un prophète et le rire d un enfant.... Toujours rué éperdument dans les mêlées il n'avait jamais été blessé. Sa voix très douce avait à propos les éclats brus(pies du commandement. 11 donnait l'exemple de coucher à terre sous la bise, sous la pluie, dans la neige, roulé dans son manteau et sa léte charmante posée sur une pierre.
C'était une âme héroïque et innocente. Le sabre au poing le transQgurait. Il avait cet air efféminé qui dans la bataille est formidable. »
( Quatre-vingt-treize.)
Sur le panneau qui fait face à la porte d'entrée se trouve le buste de Victor Hugo, de Sghœnwerk, de 1879, quand le poète avait 77 ans.
A gauche du buste et près de la fenêtre, en haut :
La Esmeralda, de Brion {Notre-Dame de Paris). — La Esmeralda danse.
« Tandis qu'elle dansait ainsi, au bourdonnement du tambour de basque, que ses deux bras ronds et purs élevaient au-dessus de sa tête, mince, frêle et vive comme une guêpe, avec son corsage d'or sans pli, sa robe bariolée qui se gonflait, avec ses épaules nues, sa jambe fine que sa jupe découvrait par moments, ses cheveux noirs, ses yeux de flamme, c'était une surnaturelle créature. »
A côté :
Le jour des Rois, de Chifflart.
Alors, tragique et se dressant, Le mendiant, tendant ses deux mains décharnées, Montra sa souquenille immonde aux Pyrénées, Et cria dans l'abîme et dans l'immensité : — Confrontez-vous. Sentez votre fraternité, O mont superbe, ô loque infâme! neige, boue! Comparez, sous le vent des cieux qui les secoue. Toi, tes nuages noirs, toi, tes haillons hideux, 0 guenille, o montagne; et cachez toutes deux. Pendant que les vivants se traînent sur leurs ventres. Toi, les poux dans tes trous, toi, les rois dans tes antres.
{La Légende des Siècles.)
Claude Frollo, de Brion, l'archidiacre. {Notre-Dame de Paris).
« C était un prêtre austère, grave, morose Doù lui venait ce
large front chauve, cette tète toujours penchée, cette poitrine toujours soulevée par des soupirs ?
Quel était ce feu extérieur qui éclatait parfois dans son regard au point que son œil ressemblait à un trou percé dans la paroi d'une fournaise? »
Au-dessous :
L'aigle du Casque, de Frémiet. — Le comte Strathael, roi d'Angiis, pair d'Ecosse, a près de lui son petit-fîls Jacques,
l:i LA MAISON DK VICToK IILCU
enfant de six ans. L'aïeul meurt : dix ans ont passé. Tiphaine, oisif dans sa tour, scnnuio de navoir pas tué quehiuun depuis long^tenips, il a mis l'elfroi autour de lui : cependant Jacques, lord d'Angus, lui annonce quil veut le tuer suivant la promesse i[u"il a faite à laïeul. Lendroit choisi pour le champ clos est farouche et sauvage. Angus est presque une femme, en tout cas un enfant. Tiphaine est droit sous l'amun-e saxonne, sa visière le mas(|ue. Grave, il avance, avec un (x\y;le sur son casque. Le combat commence. Tiphaine ne riposte pas d'abord, puis, tout à coup, il s'abat sur le jeune Angus et le poursuit avec acharnement. Mettant son cheval au galop, il l'atteint dans un ravin, tombé sur l'enfant et le tue.
Alors l'iiigle d'airain qu'il avait sur son casque, Et qui, cahne, immobile et sombre, 1 observait,
prend à témoin le ciel et la terre que cet homme est méchant.
Et cela dit, ainsi qu'un piocheur fouille un champ,
Gomme avec sa cognée un pâtre bi-ise un chêne,
11 se mit à frapper à coups de bec Tiphaine;
Il lui creva les yeux, il lui broya les dents.
Il lui pétrit le crâne en ses ongles ardents
.Sous larmet d'où le sang sortait comme d un crible,
i^e jeta mort à terre et s envola terrilde.
[La Légende des Siècles.')
A côté :
L'Enlèvement de Cosette. d'KMiLi: Bavaud. — Jean Valjcan devenu M. Madeleine a promis à la mère de Cosette, Fantinc. qui est morte, de retirer son enfant des mains de Thénardier. L'aubergiste y consent moyennant un salaire. Puis il se ravise et rejoint Jean Valjean et Cosette dans le bois de Montfermeil. Il veut exiger une nouvelle sonune.
« Je r-eprendrai Cosette ou vous me donnerez mille écus. » L'éliatiger dit trampiillement : Viens, Closctte. Il prit Cosette de
la main gauche, et de la droite il ramassa son bâton qui était à terre. Le Thcuardier remartjua l'énormité de la trique et la solitude du
lieu. "
( l.cs Miscrahles.)
Adam et Eve après le meurtre d'Abel. par HocuEtniossE.
Et là, sans (piil sortît un soiiflle de leur bouche, Les mains sur leurs genoux et se tournant le dos, Accalilés comiiin ceux «pii |ioil('iil des fardeaux,
Ils songeaient, et, rêveurs, sans entendre, sans voir, Sourds aux rumeurs des mers d'oii l'ouragan s'élance, Toute la nuit dans l'ombre ils pleuraient en silence, Ils pleuraient tous les deux, aïeux du genre humain, Le père sur Abel, la mère sur Gain.
(Les Contemplations^)
A droite du buste de Victor Hugo :
Le Sauvetage des enfants, de M ai ll art {Qiiatre-vingttt'eize). — Le marquis de Lantenac est parvenu à se sauver de son château qui est la proie des flammes, mais il avait pris comme otages les enfants de la Flécliarde, et les petits sont menaces de périr dans l'incendie. La malheureuse mère, la Flécliarde, afl'olée, les réclame. Le marquis qui s'enfuyait en eut pitié.
« Et il rentra dans la salle pleine de flammes. Georgette était restée seule. Il alla à elle. Elle sourit. Cet homme de granit sentit quelque chose d'humide lui venir aux yeux. Il demanda : Comment t'appelles-tu ?
— Orgette, dit-elle.
II la prit dans ses bras, elle souriait toujours, et au moment où il la remettait à Radoub, cette conscience si haute et si obscure eut l'éblouissement de 1 innocence, le vieillard donna à l'enfant un baiser. »
Les Rochers Douvres, à Guernesey.
a La Durande était saisie, suspendue et comme ajustée dans les deux roches à vingt pieds environ au-dessus du flot. Il avait fallu pour la jeter là une furieuse violence de la mer. «
C'est le moteur du bateau de mess Lethierry sauvé par Gilliatt dans les Travaillées de la mer.
Gauvain dans sa prison, de Maill.vrt (Qaatre-cingt-treize) . — Lantenac jeté en prison va être exécuté. Gauvain le républicain, ému par la belle action de son oncle, l'a fait évader et a pris sa place. C'est la mort pour lui. Cimourdain, son ancien précepteur, vient le voir dans son cachot.
« O mon maiti'e, voici la difi'érence entre nos deux utopies. Vous voulez la caserne obligatoire, moi je veux l'école. Vous rêvez Ihomme soldat, je rêve 1 homme citoyen. Vous le voulez terrible, je le veux pensif. Vous fondez une Républicjue de glaives, je fonde...
Il s'interrompit :
— Je fonderais une république d'esprits.
Cimourdain reprit : Société plus grande que nature. Je te l'ai dit, ce n'est plus le possible, «est le rêve. — G est le but. »
Au-dessus :
La lyre de la Ligue des patriotes envoyée aux funérailles de Victor Hugo.
Sur le panneau à droite de la porte d'entrée, une glace au milieu. A gauche de la glace :
La Libération du territoire (1873) de Lix. (l'Alsace et la Lorraine .)
Quoi! nous croire
Affranchis, lorscjucn met au bagne notre gloire, Quand on coupe à la France un pan de son manteau, Quand l'Alsace au carcan, la Lorraine au poteau Pleurent, tordent leurs bras sacrés et nous appellent.
[Toute la Lyre.).
Au-dessous :
La Fiancée du Timbalier, de Henri Pille.
Le duc nost pas loin : ses bannières Flottent j)armi les chevaliers ; Quelques enseignes prisonnières, Honteuses, passent les dernières...
Mes sœurs, voici les timbaliers.
Elle dit, et sa vue errante Plonge, hélas 1 dans les rangs pressés ; Puis, dans la foule indifférente, Klle tomba froide et mourante...
Les timbaliers étaient passés.
[Odes et Ballades.)
La Grand'Mère. d'AnniEX Marie, du Théâtre en Ltberié.
A droite de ki glace :
Les Misérables, de Lix. — Frontispice du romun. Jean Valjcaii cl Fanliiic.
La Trompette du jugement, de Cnii kl.vrt. — L'artist<* a écrit ces mots : << Je désire que cette idée du maître, trop faiblement rendue, lui soit oflerte par M""' Drouct. »
Dans les nuées on voit un archange souffler dans une ti'ompette.
Au fond de rimiiianent et de rilliiiiité, Parfois dans les lointains sans nom de l'Invisible, Quelque chose tremblait de vaguement terrible, Et brillait et passait, inexprimable éclair.
[La Légende des Siècles.)