INTRODUCTION
jinéaraisKment du Paupérisme et dee genâêtrévô^ luiionnairet,
J'ÉTAIS venu saluer le professeur (4) à qui je devais les premières notions de la Science Sociale. Je le trouvai ^pausant avec un maître de foraes et l'un ^dé mes compagnons de voyage de la v^iUe, le fftb^icâftt* de soieries (2). Ce dernier , enchanté, comme moi .des. merveiUes. promJ§es par .Pe^^* nisatioii^ pbfdahstérleaée, yenalt- réclamer de nouvelle^lumîèrès et 'demander dfô^^^ ^/: :
jSpi^'fes compliments d'usage, j-éngégeiKÎ tm messieurs à continuer leur conversation interrom* pue par mon arrivée; et le fabricant, s*adressant au professeur :
Je vous disais, monsieur, que, comme la plapart de mes confrères , je voudrais de grand cœur améliorer le sort de mes ouvriers; mais que, pour soutenir la concurrence intérieure et étrangère, et ne pas succomber dans cette guerre de nouvelle
(I) Personnage de VOrganitation du travail et VAfr^
t INTRODUCTION.
espèce, guerre cruelle, sans trêve ni merci, dont les victimes couvrent par milliers le champ de bataille industriel , je me vois souvent contraint ou d'abaisser le «elaire^ quçind il me serait si doux de
gouvoir le idOuWtt*, ou d'augmenter lé nombre des eures d'un travail déjà trop prolongé. Cette allernative m'est douloureuse, et croyez bien que beaucoup de fabricants en soufirënt comme moi ; malheureusement elle me semble inévitable dans l'état actuel des relations industrielles. Cependant, je vouft I'atoh» ( eé que' je vpuift ai eâtendu dire nier m'a rendu Tespoir, et je suis venu vous demander si la Science Sociale ne pourrait m'indiquer les mbyBos d'accroire ié bleuâtre de nies subordonnéâ «aos eoœprom^ttre med intérêts.
Jtt iiBô^EtSEun* 3e vous ôi expliqué que Torgani- 011 pÎAlBUstérieane, en d'autres termes, l'AssodMloti intégrale des habitants de la commune est le remède là tous nos maux , par cette raison bien etm^e qu'elle en M% disparaître les causes ; elle est la réalisation de tous tes biens , parce qu'elle littnil tes conditions propres à la satisfaction de tettU tee besoins physiques, moraux et ihtetlectueli deriiotnme. .
Etudions donc le mécanisme de cette orga&fsàtton afin 4ê reconhaltre* si , parmi ses rouaaes, il n*oa est pas quelques*uns qu'on puisse introaulre. entiers ou modifiés, dans Iç milieu social actuel : if n*Y ^ psiB d'autres moyens de diminuer les souffrenoes des cieâses laborieuses, en attendant que rétablissement des Phalanstères les guérisse raoicaîemenl.
Je vous l'ai dit : les merveilles qu'enfantere l'organisation phalanstérienne seront dues à trw loflp tittttioDs seulement, savoir :
ANÉANTISSatteV ftt} »AlrPÉBI8MS. S
lt*AâsaBi0iiùn inté§ral9 ; L'ergmtÊâaUxm hiérurthiqHe eC lihrê étt înxvaîU kwn:
On eateiid par Assoeialiùn intègrak rAs8oeia-< tion de toutes lès forces productives des habitants d'une commune, c'est-à-dire l'association de leurs capitauKi de leurs bras et de leurs talents pour I9 pfôducti<m agricole et manufacturière, pour la COQsosnmftiion et les travaux domestiques.
L'Association intégrale exige donc la substitutioii du ménage soetéiairê au ménage morcelé, et par con6équ<ènt la construction d'un bâtiment d'habitation unitaire où chaque famille trouve un appar^ tement séparé et confortable^ où des salles de réu ' Bion , de travail et de plaisirs soient ouvertes à,
tOtittv
L'Association intégrale implique nécessairement Féducation complète et unitaire, je veux dire TéducBifon du eorps, du coeur et de Tintelligence de to«s l«s habitants de la commune, quelle que soit M!^ fortuné; elle implique par conséquent Téta-^ blûeement r%ulîer et très-perfectionné de ce que l'en a appelé crèches» salles d'asile, ouvrolrs, etc.
On entend par Organisation hiérarchique la di^ribution des travailleurs en groupes çt séries de muj^i autrement dit, en groupes reliés entre e\x% de manière à former des corporations d'un ordre de |)itts en plus élevé , dont les <^befs sont hiérardueéSk C'est ainsi que dans un corps d^rmée le$ eaeoiuuieB iorment des compagnies , celles-ci des bataillons, les bataillons des régiments, etc., et les eemmandants tte tses groupes divers reçoivent la direction unitaire du général en chef, par l'ij^emédialre tîe iMHrs «upérièurs hnmédlail.
4 •. IlfTRODBÇnmi.
Je crois l'ayoir démontré hier (^n),: Dieu a préposé le genre humain à la geslion^de la terre, sa planète, et, en mécanicien habile et économe de ressorts, il Ta doté d'aptitudes, pnoportioonelles aux exigences de, cette gestion. Par conséquent toutes les fonctions, tous les groupes trouveront les sectaires doiit ils auront besoin, et ces sectaires seront passionnés pour le travail qu'ils auront librement choisi, dès que toutes les aptitudes seront reconnues et développées dans les conditions. et suivant le vœu de la nature humaine.
^Organisation hiérarchique en séries de groupes libres impliqué donc le développement des vocations, des penchants, en un mot des caractères natifs de tous les individus^
L'alternance des travaux , enfin , exige la division de chaque espèce de travail en parcelles aussi minimes que possible.
Telles sont, en peu de mots, les exigences principales de l'organisation phalanstérienne etjes conditions qui doivent préparer le bonheur de tous les hommes. Pour alléger les souffrances actuelles , il faut spéculer sur ces données : plus les institutions que Ton créera emprunteront à la société-type, plus elles seront progressives et utiles. - .
LE FABRICANT. Je ne vois pas trop; monsieur, quel profit Je puis tirer de ces données pour ma fabrique.
LE PROFESSEUR. Cela dépend des circonstances où vous vous trouvez placé. Analysons rapidement les trois conditions essentielles de Tassociation ia-
(U Voir VOrgamsauon du travail ^H^As^oeiatian,
ANÉANnsmiwï i>u pàupÉRisMB. s
tégrale, et voyous si elles renferment quelques rouages que vous puissiez utiliser.
Si, tout en assurant un minimum de salaire à vos ouvriers , vous pouviez leur accorder une part dans vos bénéfices, teite association directe accroîtrait vos profils et les leurs, puisqu'elle exciterait vos employés à perfectionner les produits de leur travail et à introduire la plus grande économie dans toutes les opérations de votre industrie.
Mais la nécessité de livrer à la discussion les comptes de chaque année , et la possibilité d'un inventaire en déficit offrant de sérieux obstacles à Va^sociation directe ^ vous préférerez sans doute associer indirectement vos travailleurs, en leur accordant des primes, en les intéressant d'une manière ou d'une autre à la prospérité de votre établissement.
Si vous ne pouvez en aucune façon ajouter aux salaires de vos ouvriers, en les faisant participer aux bénéfices de la production, il vous sera peutêtre facile d'améliorer leur sort en leur procurant les moyens de vivre plus économiquement.
Pour y parvenir, il suffira de créer une espèce d'association entre eux, sur une ou plusieurs branches de consommation : nourriture , logement , chauffage, vêtements, etc. Vous ferez, je suppose, construire un grand bâtiment, distribué de manière que vous puissiez louer à chaque famille un logement commode et sain, chauffé économiquement au moyen d'un calorifère unique pour tout l'établissement. Puis vous ouvrirez une boulangerie, une boucherie, des magasins d'épiceries, dé comestibles et de vêtements de bonne qualité, que vous vendrez à vos ouvriers à des prix modérés : ce qu'il
V0U9 sera &cil# de fair« Mnsi aucun sacrifiée pietiniaire, puisque vous achèterez en grosel feorea^eotifectionner sur une grande éclielle.
Je dois vous en prévenir, œpeadani : ces divers moyens économiques oni été prati(|uéa çq France et dans des pays voisin^^ maié, telle est riiilhifince délétère de la concurrence anarchique, que la plupart du temps il» ont été-avaQtagea:s; aux maîtres seuls , . qu'ils ont aidés è rançoimer pdus impitoya*ment l'ouvrier, et à le priver de toute liberté* ^
S'il vous est impossible d'utiliser le principe i^associaHon^ soit en associant les travailleurs aux bénéfices de l'exploitation , soit en les associant entre eux pour la consommation^ voyons si vous ne pourrez tirer aucun parti du principe d'or^am* ittmn.
La théorie, appuyée sur l'expérience, n(ms en»seigne combien 1 esprit de corps est puissant. Cherchez donc à le faire naître chez vos ouvriers, en neitant vos ateliers en rivalité les uns avec les autres, ou en excitant l'amour-propre de vos employés, et les amenant à être fiers de la supériorité de vos produits sur ceux des fabriques rivales, ce <|ni sera difficile cependant tant qu'ils ne seront pas intéressés dans rentreprise.
Ce résultat, très-avantageux pour le fabricant, serait aisé à obtenir dans les grandes manufactures dont les ouvriers sont déjà organisés en groupes ayant leurs chefs ou contre-maîtres: si les employés de tous degrés étaient intéressés aux améliorations
Sarrespoir de primes ou autrement ; si leur séjour ans rétablissement, au lieu d'être précaire, leur était garanti pour la vie, à moins de fautes trèsgnives j s'ils étaient unis entre eux et avec leurs ciiefs par dee institutions de secours mutnels ; s'ils
fem&l^t, m m moi, ttkie «epèee de temllte eft !b flffis^ni aMtnés de trouver de rouvrage et de ne pas manquer des ^heees de première néoe^ité dans tes mahiéiw et la Tieilleôee.
Enfin , yotts mériterez )a reconnaissance de tas énrriers sî vous faites «»«iwf kmr$ tfûffâm <*^ Âne jour on seulement ofaa<|oe semaine. €Sa procédé si rimpte, et souvent pralieàl>le, eonsenre te ^anté et les forées du ^availleur ] il rend phis fé^ gères ses fatigues, tout en augmentant la ^uailtHé des produite.
Vous pouvez enôore aeerôMre le lideMlM m -familles attachées â vos ftibriques, en proraraut aut femmes les moyens de donner plus de temps an travail productif , soit en leur vendant, comme Je le conseillais tout-à-Pheure, des comestibles tout nrô« perèa, soU en ouvrant à leurs enfants des crèche*, ëe» salles d'asile, des écoles et^ des ouvreirs o* \» plus âgés puissent s'occuper utilement.
En un mot, plus vous pourrez emprunter à 1*0^ ganîsation phalanstérienne, qui résume tontes îes insttUrtions utiles, plus vous procurerez dVantages à vos ouvriers et à vous-mêmes. Mais, ne rpulmez pas, cette orsanisatîon seule offre un remède ^cace aux douleurs de la société. Tout ce gu\)n pourra tenter en dehors d*ene présefttera de imnçfô îésoltats ; les emprunts mômes qu*on hii fera pourront, dans cerUins cas, faire autant de mv^ que de bien.
^B FABRICANT. Commcût dopç estr.il potable, monsieur, que des institutions bonnes eg eUeiipémes conduisent à des résultats mauv^ ?
L« pnopBseBun. Mon Dieu \ monaleur, lMJ«*»^ lotions créées dans rintérèl deVouvfier
8 INTmODUCTIOM.
presque touîours par tourner contre lui : la raison en est que 1 offre des bras étant le plus souvent supérieure à la demande, le salaire tend inévitablement à descendre au minimum indispensable. au soutien de la vie du travailleur. Si donc une me- .sure quelconque fait baisser aujourd'hui d'un quart la dépense du salarié, demain les bras viendront s'offrir avec un rabais d'un quart sur le prix de la journée, et le. sort de l'ouvrier ne sera pas amélioré.
Cette tendance dû salaire à descendre au niveau :de8 premières nécessites de l'existence est admise depuis long|«mps comme un axiome par les économistes. Pour la bien constater, il suffit de remarquer crue le prix de la journée de travail est toujours DÎen supérieur dans les grandes villes, où la vie est chère, à celui de la même journée dans tel village situé au sein d'une proviQce sans industrie. Eh bien! cette tendance demon£re d'une manière péremptoire que le sort des classes laborieuses empirera, quoi qu'on fasse, aussi longtemps que le travailleur sera salarié, aussi longtemps que le salariat ne sera pas remplacé par l'as^eiâ^on.
Mais poursuivons notre examen sur là valeur des institutions particulières destinées à venir en aide aux travailleurs, et nous verrons que non-seulement elles sont peu efficaces, mais qu elles sont encore instables et forcément limitées.
Elles sont instables : un caprice du fondateur peut les lui faire abandonner; à sa mort son successeur peut, les détruire ou s'en appliquer égoïstement tous les bénéfices.
Elles sont limitées, et ne sauraient être généralisées, car pour accroître sensiblement le bien-être de tous, il ne suffit pas de régler d'une manière plus
AN ÉANTISMKBNT BV JPAVPÉRISVE. 9
équitable la répertitioA des produits, il faut encore augmenter la quantité de ces produits, tellement insaffisakits aujourd'hui que s'ils étaient partage également entre tous les habitants de la France, cbacias d'eux aurait par jour une valeur de 30 à 35 c^itifnes eh produits agricoles, et de 20 à 25 centimaB en produits manufacturés. On se fait donc illusion en espérant améliorer d'une manière notable le sort ées masses par des réductions d'impôt, dessu]^pressions de droits de douanes et l'exécution de tant d'autres projets philanthropiques. Tant qu'au préalable oh n'aura pas associé les travailleurs et doublé les produits, otWne poui'ra améliorer le sort des uns sans empirer celui des autres : c'est toujours i^ternel procédé révolutionnaire, si bien défini par ce dicton populaire : Ote-tai de là, qtie ie w'v iMt^-
L unique moyen d'arriver à un accroissement de produits capable de satisfaire tous les besoins légitimes, c'est d^utiliser toutes les forces humaines en associant les fortunes, les bras et les Intel) igences 4e tous pour l'exploitation de la terre et de rindustrie manufacturière.
Vous voyez bien qu'en définitive il faut toujours en venir à l'association intégrale.
LE FABBicANT. Àinsi, monsieur, je dois renoncer à améliorer le sort de mes ouvriers ?
UB PROFESSEUR. Nou Certainement. Le devoir d'un honmie de bien est de rendre aussi heureux que possible les êtres dont il est entouré. Loin de moi rmtention d'arrêter les cœurs généreux qui tentent des améliorations partielles! J'applaudis au contraire de toute mon âme à leurs nobles efforts, car, enfant du peuple, je syn^xathise, Dieu merci!
MMmt ^ qui qn^oe Mit, awt BouffrancM en fm-
RI el quand j'insiste pour montrer qo^eti dt^horâde ti^etôltei^ ê^meitiqm-cugpieok on ne pétti trouifer que ei'inftigaifiaiits {yalliatif? aux mille '<}oulears de la e&oiété, c*est afin que les pertoBnea de bons liésirft ne perdent pas leur tcmips et ieur argent en eMâs pw féoonc», «non aténies) e'eet afin que Ions aoiia UDÎgaiOBa nos eHartd peur liâter le Jour jMMireiu où se Anra Teisai d'une eeâunune sooié- Mre.
lE MArrax Dfi FOAGBs. Cependant, qiôDsieur, si toê gèuvernements s'entendaient pour fixer coave- Hablement le taux des salaires, croyez-vpus qu'ils ne parvinssent pas à détruire le paupérisme et ^ fiotts épargner les catastrophes aont i| menace nSurope f
m pao^B^^Eya. Çette^ mesure^ eo la supposant
r^ùcable, r^dml sans doute moins Intolérabie sort des masses ^ mais eUe nç résoudrait pas d'une manière définitive la qu^ioa delà paix in- A^fleure,
Pour nous en convaincre^ ne bornons pas le rôle df^Sk gouvaroamenla à^ une ùmi^, intervention dans la rétri.Dùtioa, du travail \ mais, après iear «voir laissé le àoin de régler à leur gré tes transactions eommerclalesy supposons pour un instant qu'ils aient reçu le don des miracles, et nous reconnais llo««l€^ere toute tour impuissance â faire aux peupké un son qui les satiiDasee toujours.
Teiiez, supposons i^ccord dont vous parlez possible f supposons qu'en môme temps, chez toutes les aaltoqs Industrielles, la journée de travail dans les . manufaoturessoil réduite par la Jol à huit heures d que te prix en soit doublé; allons plus loin :
àxÈAvnaamimmm mvpAbismb. Il
admeitopa q^Toii «U w é^Ubivhia tovâMkm^h eoDsommatioB des proâmis aumuftoluréi el que le commerce necoiHUu»fi.eplHid'iaienyiMelbcfir, qii*«a soit (Karvenu même À ^n^^éc^ Im ^pmlaltoilB rillageoises de ce jeUfT dans le^ Yillèa pinur écèanger la vie de privati^a4u UnTayieurcBinnigaard entre la vie devenue meilleure de rouvrier mamiftMturier ; admettons en^n qu'on se soit precur^ï )<^^e sais où, m denrées né0e$aaire9 ji toos leat^esoinMe la consommation , en un mot ^u'(m ait amdlkiii^ consfdérablement, par une séria de mirltcleti la situation des masses laborieuses des vilWa, et oÀ pour toiyours, sans aucune crÂinto de râleur à la toisère.
Eh bien ! qu'arrîvera-t-H ? ï^'homme c^ ki9i^ tiable, de sSi nature ^ j*ai démontré hm (4) qtw Dieu a dû \^ créer ainsi afin qu'il prisse accomplir sa destinée terrestre. — La c&sae des IravaHleuit, incessamment occupée à élever pour le rjohe des demeures splendides, à confectionner des vétçments -étéf ante, à ftibriquer mille futilités du lu^e le plus mfflné) ne se contentera pas tong-temps de la part que aos mirades lui auront faite ^ car sa position, qaélqm douce que tous la supposiez, sera toujours la gène, la privation, comparativement au sort de ia dassA opulenle. Les salariés Mfeai toujours une i^iaau a iNirt, el« n'en dont» pas, ils troiiVeront enoere ia part da eapilal trop eonsidérable^et Aar trop minime la part faite an travail. Devenus éclaira et forta de leur nombre, ils pousseront ta société vers un nouvel ordre de choses, eotnme la
(i> ¥plc l'O^MDMJM éà a«valf (^1 rjiiiùekm*
12 nmioDirGTioN. '
bourgeoisie, enrichie par rindustïië et le commerce et rendue puissante par l'instruction, a poussé, il y a un demi-siècle, au renversement des classes privilégiées. La question sociale se trouvera de nouveau posée dans les mêmesHermes qu'en ce moment : il y aura eu du temps de gagne, mais ce sera tout.
Ainsi, messieurs, croyez-m'en : ne demandons pas de miracles aux gouvernements; faisons nos affaires nous-mêmes, puisque nous sommes tous fortement intéressés à ce que la société se transforme pacifiquement. Et pour épargner à l'Europe d'effroyables convulsions, auprès desquelles notre 93 serait, comme on la dit, une révolution à l'eau de rose, propageons vigoureusement la science sociale et préparons Pavènement d'un essai de l'association Qomestique-agricole , hors de laquelle il ne saurait y avoir de salut pour une civilisation qui vieillit sur un volcan.
LE FABRICANT. Mais, monsicur, si vous nous ramenez tous à la culture de la terre, la grande in-» dustrie va disparaître. Adieu donc cette élégance, adieu ce luxe que je me plaisais à supposer dans les moindres de vos Phalanstères I
LE PROFESSEUR. GLardez-vous de vous plaindre si l'ouvrier, attiré par le bien-être dont jouiront les habitants des villages organisés, déserte la ville fatale à sa santé et à ses mœurs : le contraire seul est déplorable et plein de dangers pour la tranquillité publique.
Quant au luxe, soyez sans inquiétude, il ne disparaîtra pas : c'est un besoin inné chez l'homme. L'industrie manufacturière, abondamment fournie de matières premières par ragriculture, prendra
un dévelop{>ement inoui, afin de satisfaire les désirs toujours croissants des populations de plus ea plus opulentes.
On tenterait vainement d'organiser isolément les fabriques d'une manière favorable à tous les travailleurs; mais rindustrie manufacturière viendra s'associer à I Industrie agricole. En effet, dans chaque commune sociétaire, les habitants, pour utiliser les moments nombreux qui ne seront pas donnés aux travaux champêtres, créeront des industries appropriées aux produits du sol et aux convenances de la localité. Quelques années après la fondation des Phalanstères, les offres les plus brillantes seront faites aux fabricants, contre-maîtres et ouvriers capables , et l'industrie manufacturière se transplantera peu à peu dans les campagnes.
Heureux alors, je vous le dis, les artistes, les industriels et tous les hommes habiles en quelque genre que ce suit l Ils seront recherchés avec empressement .par ces populations avides de savoir. Iteureux aiorâ les capitalistes I car, les capitaux iM suffisant pas aux demandes, l'intérêt de l'argent s'élèvera indubitablement.
LE MAITRE DE FORGES. En vérité, monsiour, votro système est on ne peut plus séduisant. Riches et pauvres, savants et ignorants, cultivateurs, fabricants, rentiers, tous; au Sein de vos Phalanges, nageront dans l'opulence. Il est bien fâcheux qu une aussi merveilleuse utopie soit irréalisable.
LE PROFESSEUR. Irréalisable ! Eh ! pourquoi donc? je vous prie. -^
LE MAITRE DE FORGES. Pour habiter vos associations, il faudrait des hommes convaincus et dévoué»
toi ég<4f8ieB IbiBefiMiit
LE PROFESSEUR. Vous êtes daos tWeùr : la gmnde dittetilté, mais la seule, c*est l'organisalioQ dé la p^emière Phalange. Dès que rexpériettce a^ra révélé à tous les avantages lùcalôulables da 1 assoéiation, les plus obstinés s^associeront| nefùt^ ce qve paf cupidité, par égoïsme.
i^VAiti» DE ron&Bs. Peui^ètre : car U y aura ten* jours dans TaltiectiQo de beaucoup de membres d# clauses infiériaure^ m obsiacl^^ inauraiontabia à Tètablissemetit d^ Pbalanstère». Si, comme mei, vou^ aviez passé votre vie en (H)ntaoi avec les ou» vners^ si^ comm^ moi, voua ^avie; combien H te trouve parmi eux d'individus grossi^ii dans lem» manières et dans l^urs discours, combi^fi<mi i«elpropres, Ivrognçs, paresseux, vous ne voum aariM pas imaginé gue des personnes bien élevées pu9» sent trouver le moindre plaisir à se mêler aui^ tra* vaux de pareilles gen^ ; voua ne #upposeri^9 peé que de riches capitalistes et leurs femmes eoiigei^« tissent jamais à s^associer ^ux ouvrier^ de nos ms^ nufactures et aux manouvriers de nos villages.
tfi PROthissEUli. Mon Dieu, nionsieur, personne n^ rêvé la promiscuité dont vous parlez. Certes 1^ femme délicate et élégante, l'homme instruit et pou se plairaient fort peu à une occupation, y eussent ils un geût très-prononcé, s'ils devaient s'y Hvw côle-à-côte avec dés malotrus, des brutaux comme il e*eii trouve eecerie deM les eiasMs {nhivum et ignorantes. Aussi, je ie disais hier, et'je le Pé{ièle» rai autant de fois qu'on me fera votre objection i lestiliimaes lesplusdouxde Passociatbn, tes plaisir» ii^MMes mmés m trartfl organteé sont, pour
AlfBAMTISSMBW m «MVÉmigME. îê
la phlpart» fésannâBi à nos sbftMito M )Mlte««til8Attir car ie travail ne d^loiera iet girandB «iMfItt jpoiil' tout le monde que le jour ou rédttjsaUoii U&ilâkt aura fiûi disparaître ia grorieièi^lé et femplaeé Jtte maaièr^ plus ou moim vulgaires ée temejoHté^ des civilisés par Turbanilé parfaite ^ le bon |Ml uaiversd*
i^ HAiTRB PE FORGES. Toilià Une fatneuse uto^ pie t donner ^ tout le AOiide mm palitewe $>(&véelAklâhl
ijf PBDFssdmm. Que To)neE-vou« t^oliG là de 4 risible ou ée si ektrayiigato 1 1 Eh bfOÉ I ie vous d^ mèi, qoe lltnpolitesse fera placé, dès la pmnièi^ giénération, à rurhaAfté la plus Trafe> ta pfdâ bfe^ veillantev k moins toutefois ctuéDiéd ne se com-* pialBBà cT^r des hommes fétalemetil voués à la grossièreté, et réiî^kititaires à toute éducation.
Mais hon : vous ne croyez pas, Inonsieuf , <f^ le père du genre humain pétrisse l*enfant dd rfdM d'un limon pm^iculier, qu^l donne au fils du pauvra mèiAd'a^itude qu'au fils du milliohnaire pour H seience» us arts et les manières distinguées. 81. si TOUS ne ie croyez pas, si le simple bon sens no^ fait voir que les différences de ton, de manières^ de moeurs œnt lès résulWts des mliieuï dans les» qttek se trouvent les diverses ^kffises de la soeiétéi
Cquoi paraître surpris quand j^ffirine eue m ton sera général, lorsque le bien^ire et Védn^ cation seront le 1^ de tous ?
Eabi^iés à viv«>B au milieu d'êtres dépavés j^: la mis^e et f ignorance, les eivillsôs ne neuvent se ^urer un autre état de tiihoses ; et si la plupaH d%ntr« euxdiénittpeni inmossiMe la société nanm^' ttlettne^ c'«it<fa1Us^obstmeniàpeBplérlesFtola»»^
t$ ' INTHODUCTIOff,
tères (Hiommes tels qu'ils les voient aujourd/httî, faussés par notre milieu social, le plus grand nombre en proie à la misère, pervertis par le commerce mensonger, Tindustrie anarchique et les relations hypocrites. Ils ne veulent pas se donner la peine de reconnaître comment toute Phalange ayant le plus grand intérêt et apportant la plus active sollicitude à ne rien laisser perdre des forces accordées aux hommes par le créateur, élèvera ses enfants de manière à développer le plus possible leurs corps, leurs intelligences et leurs aptitudes. Dès-lors, les femmes et les hommes joindront Ums, à des. talents spéciaux, à la culture des beaux-arts et à celle de l'industrie, une politesse exquise, une élégance de manières et de mœurs auxquelles nous ne trouvons rien de comparable dans nos misérables sociétés.
Ne souriez pas, monsieur, mais plutôt accordez à cette question un instant ae réflexion, et, comme moi, vous serez bientôt convaincu que l'élégance des manières sera une conséquence forcée, oui, forcée, entendez-vous, de l'aisance générale, de la solidarité des intérêts, de la culture des esprits, de l'unité d'éducation et surtout de la coopération de la femme à tous les travaux, de sa présence à toutes les réunions.
Au surplus^ votre objection vient corroborer ce Gueje vous disais tout-à-1 'heure sur Timpossibilité de commeoûer l'organisation par les fabriques et la facilité d'organiser l'agriculture. En effet, bien peu de personaâ» iks^ classes opulentes voudraient et pourraient prendre part aux travaux manufacturiers en compagnie des ouvriers actuels, quand, au contraire^ dans les prenûères communes agricoles sociétaires, rien ne les empêchera de former entre elles des groupes pour cultiver lee fleurs et
AzviANTissnaurr w paijpébismc. 17
tes jiu^iiis, soigner les couches, les serres, elc La grossièreté, cet obstacle à Vuniié, à l'harmo^ me parfaite des habitants des premiers Phalanstères n'attendra pas m reste, pour disparaître qu'une nouvelle génération ait remplacé celle-ci ' le contact de» personnes polies modifiera rapidement les habitudes des itidividus les plus grossiers, N'aT0n&«0U8 pas vu bon nombre d'officiers et de fonctionnaires sortis des dernières classes de la aociété contracter promptemôDt les manières du monde le plus distingué? Ne rencontre-t-on pas des fenmies privées d'éducation qui, élevées toutà-coup aux premiers rangs, par un caprice de la fortune ou de l'amour, ne sont pas dépaysées au milieu de la société la plus élégante ?
Le riche, d'ailleurs, qui ne voudra pas travailler tivra de ses revenus : il placera s^ capitaux dan^ les Phalanges et ira dépenser ses rentes où bon lui semblera. Chacun sera parfaitement libre d'agir à «a fantaisie. Et ce qui doit faire sourire d'espérance bien des riches malaisés, c'est que le nombre de« rëulters assez opulents pour vitre dans une grande aisance et sans avoir besoin de travailler dou^ blera, triplera peut-être ; car, d'un côté, le Phalanstère réalisera des économies énormes sur la consom» mation, et, d'autre part, l'intérêt de l'argent s'élèvera nécessairement. Comme nous l'avons déjà dit. en même temps que le lot du travail et du talent.
tE FABaiGA2«T. Mais, monsieur, l'association axh ra-t-elle la propriété d'accroître les produits au point de procurer l'abondance pour tous? J'en doute, en me rappelant ce que vous nous assuriez tout 4 1 heure de l'incroyable pénurie des produits actuels de la France.
LE PA0F£SSfiUB. Je VOIS quo vous ne vous expli-
18 INTAODUCTION.
quez pas cet étrange phénomène d'une nation in^ telliçente, active, industrieuse» placée sur uu sol fertilB et qui néanmoins ne produit chaque année que pour une valeur de SOO francs, en moyenne, pour chaque individu.
Ce déplorable résultat est. dû à une foule de causes dont les principales sont : le grand nombre de parasites, lemorcenement, rincohérenoB et l'ignorance.
LB FABRICANT. Qui nommez-vous parasites, je vous prie?
LE PROFESSEUR. Je nommo parasite ou improductive toute personne dont le travail n'ajoute rien à la somme dés produits ou des jouissances sociales. J'appelle encore partîtes rindîvidù oisif et celui dont le travail utile pourrait être exécuté plus économiquement, et le serait^ en effet, dans une société bien organisée.
Ainsi les rentiers, les militaires, les honunès de loi, juges, avocats, huissiers, les douaniers, les contrebandiers, les mendiants, les vagabonds et lapiupart des enfants sont improduclifs d'une manière absolue : plusieurs de ces classes sont même des^ tructives.
Les négociants, les marchands, les banquiers, les notaires, leç préposés à la perception des impôts, et les femmes, dont généralement la vie est absorbée par les détails du ménage morcelé , forment encore des classes innombrables d'improductifs ,
Êuisque leurs besognes res|)ectives peuvent faciment être faites en Association par un personnel | vingt fois moins nombreux! 1
Les travailleurs industriels eux-mêmes sont bien i souvent improductifs en ce sens qu'ils subissent de |
firéquens chômages, qu'ils passent, à fabriquer des tîssus de mauvaise qualité et, par conséquent, de peu de durée, un temps aussi considérable que l'exigerait là confection d'objets capables de durer deux fois davantage. Ils sont encore improductifs sous d'autres rapports : ils font des travaux destinés évidemment à être exécutés par des machines; il§ se.gervent d*outiJs grossiers, et parfois ils travaillent moitié moins,que s'ils étaient à leurs pièces, ou que si l'organisatiofi sériaire eût rendu le travail attrayant.
La misère et Tigaçranee - sont aussi cause de Texiguité des produits, surtout en agriculture.
LE MAITRE DE FORGES. Cependant, monsieur, la terre est fort bien cultivée aujourd'hui ; à telles enseignes que je connais une famillecomposée de dixsept personnes de tout âge, domestiques compris, qui cultive une propriété de cent hectares et en retire -environ O,i00 fr., c'est-à-dire plus de \ ,000 fr. par personi\e.
' ^i^ PROFESSEUR. C'ost là, en effet, le produit de la grande . culture alterne. Toutefois, le résultat n'est pas merveilleux, car s'il est de 4 ,000 par travailleur, il est d'un autre côté de 474 fr. seulement par chaque hectare, et c'est bien peu.
An reste, ne concluez pas de cette ferme à la superficie de la France : vous seriez dans une grande erreur, puisque les produits annuels de l'agriculture française sont évalués à 4 'milliards à peine, pour cinquante millions d'hectares de terres cultivables et imposables. C'est un produit de 80 fr. seulement par hectare, et en comptant trente-cinq millions d habitans, c'est pour la consommation moyenne 445 fr. par individu, comme je l'ai dit.
)0 tNttlÔI>tCttON.
tt MAifftfi DIS roRGES. Vollà Une producttoQ bieû ehétivel Un aussi misérable résultat me surprend infiniment, je Tavoue.
L8 ]^ROPB89Sun. Voud ceeaerez de vous étonner quand vous saurez que le cinquième des terpas cvàtiyables, plus de dix millions d'hèclares , reste im-*
Sroductif, ou à peu çrès, sous forme de. jachèpes, a landes ou de terrains abandonnés excluaivement au pâturage ; quand surtout vous ferez attention que dans un grand nombre de provinces les cultivateurs sont pauvres et ignorants. Or, ta terre, cha*cun le sait» rapporte à proportion du travail intelligent Qu'on lui consacre et des dépenses qu'on fait pour elle. Un hectare cultivé par un pauvre fermier broduit 120 fr.j il en produit 200 cultivé par un rermler alséj-ayant dés prés artificiels et faisant des élèves.
Ecoutez-moi ehcore. Les fermes flamandes, si iatelligemment cultivées, rendent 441 fr. par hectare, selon les uns, et jusqu'à 588 fr. selon les autres, et demandent le travail d'une personne pour trois hectare» et demi) tandis que l'hectare de jardinage ordinaire qui réclama lea soins de deux ou trois peraonnes, produit au moins 1 ,200 fr. de revenu, et qu'enfin^ suivant M» Héricart de Thury, tes loaraichers des enviroai de Paris retirent de 5 à 9)000 fr. de chaque hectare, qui exige, en ce caa, te temps de cinq travaillaurs.
LB FABRICANT. J'entrevois comment, dans une commune sociétaire, lés bras, les capitaux et les talents spéciaux ne manquant Jamais , la terre deviendra très-féconde ; mais mameureusement les associés auront à payer de gros intérêts, et, en définitive, led revenus nets seront loin de leur per-
ANÉANTISSES JKNT m P4ITPÉRI8MB. H
mettre d'introduire chez eu^ le iuxe de logeDMnti 6t de Tétemenls, comme \0U8 semblez le croira. •
LE PROFESSEUR. Puisquo VOUS aimez les chiffinedj monsieur, nous allons en poser quelques-uns.
. Alors, prenant sur sa table du papier et un orayt)ii| k prof^aeuJr établit les calculs suivants :
Supposons qu'une compa^îe de capitalistes se décide à fonder, sur un terrain de 2,500 bectares, une formé destinée à recevoir cinq cents femlUeS ou deux mille individus «^ c'est à peu près le rsp port de la population de la France à ses terres la^ bourables -^ et voyons si cette compagnie qui, certes, ferait un acte de haute philanthropie sociale et d'insigne prud^oe, ferait aussi, en supposant le DToblème sodétaire résoju, une bonne speculatién, onanoièrement parlant.
Pour cela, après avoir examiné succinctement celles seraieni les dépenses forcées d'une telle co* lonle, nous calculerons approximativement quels en seraient les revenus. Et ann de n'être pas acculés d'exagération, nous évaluerons ces derniers audeeaous du minimum obtenu aujourd'hui et les dépenses au-dessus des probabilités.
L'achat du terrain, des instruments de travail, du mobilier et la construction des bâtiments exigeront de 6 à 7 millions de francs. Supposons qu'il en faille 8 ; et au lieu de porter l'intérêt à 4 ou 4 h\% p. 0|0, fixons-le à 5. Ce sera pour nos fermiers 400,000 fr. de rente à payer.
Pour établir la dépense d'entretien de notre population, nous supposerons celle-ci composée de un «ers d'hommes, un tiers de femmes et un tiers dW fants. Nous compterons l'entretien de la femme pour les trois quarts de celui d'uu homme, et l'entr^tiw
Tt HfTRODITGTION.
de l'enfant pour la moitié; cela posé, Tentretien de nos 2,000 colons sera égal à celui de \ ,500 hommes.
Nous supposerons encore que chaque homme dépense pour son entretien autant qu'un soldat. Or, un soldat coûtant à TEtat 255 fr. par an, pour nourriture, vêtements, blanchissage^ logement, etc., nos colons dépenseront annuellement pour les mêmes objets \ ,500 fois 255 fr. ou 382,500 îr. Cette somme ajoutée aux 400,000 fr. de rente et aux contributions que nous supposerons, pour avoir un compte rond, ae 42>500 fr., portera la dépense générale et indispensable à 825,000 fr.
Voyons maintenant les produits obtenus.
En évaluant à 300 hectares les terres occupées par les bâtiments, les chemins, les canaux d'irriga* tien, les réservoirs, la garenne, les parterres, etc., il restera pour la culture 2,200 hectares que nos colons utiliseront , je suppose, de la manière suivante ;
2,000 hectares seront cultivés selon la méthode flamande et produiront en minimum 400 fr. chacun. — Nous avons vu que les produits sont évalués de 444 à 588 fr. par hectare. — Ce qui donnera, pour les 2,000 hectares, 800,000 fr., ci. . . 800,000 f.
.200 hectares en jardins et vergers, à raison de 4,000 fr. Fun , donneront. . 200,000
Nous avons dit que les produits du jardinage sont évalués de 4,200 fr.à 9,000 fr.
Nos 2,200 hectares donneront donc un million , c'est-à-dire 47'J,000 fr. de profit sur les dépenses.
Mais ces cultures n'exigeront pas tous les bras de notre ferme. Les terres labourées occuperont, comme en Flandre, une personne pour 5 hectares et demi, ou 572 personnes pour nos 2,000 hectares.
ANÉANTisavionrr dv paupébismb. u
Les 200 beclalreft de jardins demanderont les soins de 600 personnes, ensemble 4,47i individus de tout âge et de tout sexe, employés à la culture.
En supposant, ce qui est évidemment exagéré, 328 personnes ou occupées à la cuisine et autres soins du métuige, ou impropres à toute espèce de travail , pour-cause d*âge ou de maladie , il nous restera disponibles 500 colons.
Pour ajouter à* leuri:>ien-ètre-, nos fermi«« auront donc :
40 475,000 fr. restant après les dépenses indispensables payées, ci. ... 4 75,000 f.
2^ Le produit industriel des 500 colons non occupés aux cultures.
Or, on ne peut évaluer à lAoins de 4 ,500 fr. en nooyenne le bénéfice aurmiel de chaque ouvrier, contre-maitre et directeur, puisqu'il n'est pas de manufaclure employant 500 ouvriers qui ne produise plus de 750,000 fr, en comprenant le salaire de. tous les en>-^ pkiyés , les intérêts et les bénéfices.
Mais, pour ne pas sortir de notre sys^ téme d'évaluation, nous porterons à 4,000 fr. seulement la production de chacun de nos industriels ; nos 500 personnes occupées à la fabrique donneront donc 500,000 fr., ci. . 500,000
3® Le produit du travail manufacturier des 4,472 cultivateurs rentrant dans les ateliers durant Thiver et pendant les mauvais temps.
En supposant cinquante jours de
Jrepwter, 675,000 f.
Report X 675,600 f.
travail seulement pour chacun, nous aurons 195 années de- 300 journées, qui, à raison.de 1,000 fr. par chaque année, donneront 195,000 fr., ci. . ., 1^8,000
Total $70,000 f.
Ensemble 870.000 Ir., ou 435 fr, pour chaque personne de tout âge. ^
Vous Toye^, reprit ie profe08eiir« Aisrès avoir déduit tous ces calculs , que nos formiers poturont embellir leu^ demeure et améliorer chaque jour leur position. Vous vofsrez encore que les cajpil»* listes qui tenteraient rétablissement d*uiio ferme comme oelle-ci retireraient facilemi^it 8 ou 4 pour cent de leurs capitaux, tout en faisant utie ceuvre des plus progressives ; et si Tun de vous, Messieara, désire de plus amples détails, il peut consulter aveo fruit les Calculé agronomiques de M. Le Mojme.
Je dois vous faire observer, avant de quitter ee sujet, que non seulement j*ai évalué le produit-de nos terres au-desspus de ce qu'on en obtient ao« tuellement, mai» que je n'ai pas eu égard aux cîr^ constances favorables dues à Tassodation et à l'or* ganisation des travailleurs. Ainsi je n'ai tenu aucun compte de l'activité de nos côlons variant leurs oo« cupations, travaillant en réunions d'amis, et assurés d'obtenir dans les bénéfices une part proportionnelle à leurs travaux. Je n'ai pas non plus s|>éciilé sur les irrigations qui, à moins d'obstacles insurmontables, seront pratiquées peu de temps après l'établissement de la colonie. .
©'uft autre côté , i'ai pris pour base d'évaluation de nos dépenses d^entretien celles du soldat, dont
Tordmaire et le yéjtomènt smilpiuseehfiH^ftbktt mM» ne ie sont les vêtements et la neurritore de la mvH part des rnivriers de nos villes manufacturières et des manouvriers de nos villages. 11 est évident toutefois ^'à prix égal les habitants de notre ferme auront un ordinaire plue varié, mieux préparé et par consé-'
nt Inen préférable à celui de la caserne. Au lieu fatiser tous les jours, comme le 60ldat, k. t5 de bmm bltoilli^ noë eolons feront arranger de cent façons diverses leurs 375 kil., non de bofuf exdttslVCTdénl^ntaia dedlttârentes sortes de tlande,pour m prix égél à eelui du btenf. Puis, avec un léger aeeroissèment de dépense, ils i^uteront à leur or-^ dinaire du laitage de leurs vaehesietde leurs br^9| dee volailles et des oBuf^ de leur basse^^cour, du poéason de leurs rivières, des lapins de leur ga^ r«nne, du sabler de leur chasse, des fruits de leurs vwrger», etc.
LB ifArnffififtyononi. Bn vérité, Monrieur^ je sifto foit^ de le reconnaitre : la création d'une terme cultivée par cinq cents familles associées aérait une excellente ^culation. Hais c'est une chimère , cn>ye2-nu>ii d'espérer flaire vivre tant de monde en bonne intelligence, quand nous voyons la discorde en permanence dans toute maison ayant seulemeat une demi-dou2aine de locataires*
LE p&orBssEtjR. Bh ! sans doute, Monsieur, dh: personnes toujours en contact se lassent les unes des autres et bientôt se querellent, souvent môme se haïssent; tandis que deux mille vivront en paix et s'aimeront, quand on aura bien el dûment expérimoiité le mécanisme de l'organisation sériaire. Ghaci^, avec on peu de réftaxûm, peut lésémcni
29 nfTftowcniMc.
en découvrir la raison et les causes. Voici, au reste, ce que nous enseigne la théorie : !
Le Su{>rème Econome a destiné Thomme à vivre en associations nombreuses, gages de toute écono-. mie. Or, comme le créateur proportionne toujours les attractions aux destinées, il a dû nous donner et nous a donné en effet des penchants qui ne peuvent s'harmoniser au'au sein des grandes réunions, et qui éprouvent des froissements et causent des désordres dans tout autre milieu.
Je suis loin de croire cependant qu'il sufiSse de réunir quatre cents familles dans une ferme pour y voir régner la concorde. Je ne voudrais pas non plus répondre de la réussite d'un tel établissement, si les fondateurs abandonnai^it les habitants à euxmêmes, s'ils ne se réservaient pas le droit d'expulser ceux dont les caractères faussés par la société actuelle apporteratem le trouble dans la colonie. Pour que le premier essai réussisse, il faut, sans aucun doute, le tenter avec des sujets choisis, avec desrenHamts , les seuls êtres dignes , selon l'Ëvangile, d'entrer. dans le Royaume de Dieu.
LE FABRICANT. Pourquoi doDC Ics Phalanstérîens n'ont-ils pas fait un essai qui, parfaitement inoffensif pour l'ordre public, eût répondu, bien mieux que tous les raisonnements du monde, aux objections des incrédules, et fait voir à tous ce qu'on est en droit d'attendre des merveilleuses promesses de ce système. Une telle expérience, la plus importante de toutes, serait, me semble-t-il, relativement bien peu coûteuse.
LE PROFESSEUR. Los disclplos de Fourier comptent bien aussi fonder une Phalange d'essai dès que l'opinion publique, naguère hostile, aujour-
AU ÉAïf nssnsNT bu pacpérismb. 2V
dliHÎ attentive et même bienveiHante sur plusieurs points, sera devenue assez favorable à la doctrine sociale pour demander une épreuve, en souhaiter la réussite, fournir les sonunes indispensables fjour l'achat des terrains et ia construction des bâtiments nécessaires à une population de quatre cents enfants seulement et crune centaine d'adultes. Un devis fait avec soin porte à I millions de francs les frais d'installation, mais comme dans toute entreprise nouvelle, fût-elle de l'indus-* trie la mieux connue, il y a des dépenses imprévues, ce serait folie de ne pas compter les tàttmnemenu au début d\ine expérience de la nature decelle-ci. On aura sans doute à faire des changements dans Tappropriation des terrains, dans la construction et la distribution des ateliers et des appartements, des expériences de méthodes, etc. Aussi, les disciples de Fonrier n'entreprendront-ils pas un essai avant de pouvoir compter et sur une somme supérieure â celle indiquée par les devis, et sur ia sympathie fJublique.
L opinion n'est peut-être pas encore assez formée pour faire à la science sociale une avance de cinq à six millions, mais cela ne tardera pas : la Science Sociale gagne chaque jour du terrain , et l'histoire n'offre pas d'exemple de propagation aussi rapide d'une idée capitale.
LE FABRICANT. Si, dès aujourd'hui, les personnes qui ont foi à la puissance de l'association pressaient un peu les hommes de cœur de leur connaissance, si elles faisaient un appel aux bourses de toutes les classes de la société, n'en doutez pas, monsieur, cinq ou six millions seraient facilement recueillis.
Quel homme de bien n'apporterait de grand cœur son offrande? quelle femme ne se priverait
1$ QIT1I0P9GTI0N.
yoloBtîers d'un spectacle ou d'un colifichet pour contribuer à une expérience qui doit, •— ainsi le proclament une foule de gens ius^ruits et posi«> tÛs, — rassurer les fan^illea^ riclies, en élevant une digue au flot toujours montant du paupérisme et fermer pour jamais Tabîme des misères, des vice$ et des dépravations où nous sommes plongés ?
(^on^ non, monsieur^ personne ne refuserait un don, SI faible qu'il fût; et d 'ailletirs^ si les »oiis* criptions étaient insuffisantes, le budget de,l!État ferait le reste*
i.K PKOFESSBUii. Yous avoz raison : le gouvernement contribuerait à Tépreuve, ou même la ferait lout entière à. ses frais si l'opinion la réclamait sé<rîeusement. Que des pétitions, couvertes des signa* tures du dixième des personnes qui souffirent, adju*' rent nos représentants de voter six millions poilr fonder un Pnalanstère d'essai sous le yeux et la surveillance de l'autorité, et les chambres ne passeront pas à l'ordre du Jour, au risque d'encourir le grave reproche d'avoir laissé à d'autres nations la gloire d'une expérience qui, en définitive, n'eatcai" aérait qu'une perte de un ou deux millions au plus, si, contre toute probabilité, elle échouait complètement.
Si nous nous laissons devancer, certes nous mé-riterons les sarcasmes du monde entier. Mais, j'aime à le penser, la France, avide de nouveautés et libérale à l'excès de ses trésors, la France qui, de^ puis des siècles, marche à la tête des peuples dans la voie du progrès, ne souffrira pas qu'une autre nation, avant elle, 'tente re:^périence de la découverte BXh*blime de Tun de ses enfants. L'invention deFourîer n'aura pas le sort d'une foule d'inventions précieutm due» à des Français, qui n'ont été admirées ea
ANÉANTlSHKIIeNir hV ^AUPJÉBISMB. )|
Praticé et a{>pHquées aux besoins de Thumanilé qu*après avoir reçu le baptême de l'étranger..
Ayons bonne espérance, ihessieurs, nous n*avOiis plus lotig-lemps à attendre. Et de même que Qo^ lomb, après plus de quinxe ans de dématches al d*efforts, après a^oir essuyé les sarcasmes de$ beaux esprits et les anathèmes des puissants de son siècle, obtint d'ïsàbelleun vaisseau et découvrît un nouveau monde ; de môme l'opinion, poHs^ par la portion jeune et dévouée de la population et entraînée par les masses que la bonne nouvelle remue déjà profondément, réclamera bientôt un essai et procurera les moyens de le faire: Alors nous entrerons dans la tçrre promise, dans le monde vraiment nouveau, en dépit des esprits étroits «t des cœurs égoïstes.
Ten accepte Taugure , m*écrlai-ie à tùon tour, car il me tarde de voir à l'œuvre une de vos Pha^ langes ; d'autant plus que je m'efforce en vain-dd me représenter cette société où la joie et le bonheur 'Seront la règle et la douleur l'exception. Je le coufesse : je me sens toujours entraîné à confondre Ta»- 30ciation phalanstérienne ou avec le communisme, c'est-à-dire l'oppression de l'individu par la niasse, ou avec le saint-simonisme , c'est-à-dire l'oppre^ sion de la masse par l'individu.
Ainsi, mon imagination me peint la vie dw plttr lanstériens comme ayant des ressemblances, tmalAt avec celle des F^raguaisiens et certainas aeetes vivant sous le régime de la communauté, tantôt avec oe)l6 des moines ou des militaires soumis à la diseipline et à une obéissance plus ou moins passive. Je vous aérais bien recomiaissant, monsieus, iiv0«8 vouHes v^ûtffîier meaidéesàoetégacd, en me
dO . INTE0DUGT10N«
donnant quelques détails sur les habitudes et les mœurs des Harmoniens.
LE PROFESSEUR. Jo pourrais vous répondre : Jisez Fourier ; vous trouverez dans ses œuvres d'admirables pages sur les sociétés de haute harmonie, et la description des puissantes et gracieuses institutions qui doivent faire la félicité de nos arrière-neveux. Mais notre maître parle fréquemment d*une époque encore Ijienéloignée, et peut-être préférerez-vous apprendre quelles seront les coutumes des
Êhalanstériens durant le premier siècle de Téta-, lissement de Tassociation. Eh bien î i*ai décrit ces coutumes, et voici à quelle occasion.
Ayant eu dernièrement, avec un de mes amis, une longue conversation dans laquelle nous passâmes en revue lés merveilles prédites par Fourier, je fis, la nuit suivante, un songe que je m'empressai d'écrire à mon réveil.
Ce songe, le voici, me dit le professeur, prenant dans son secrétaire un manuscrit qu'il me remit. Puissiez-vous, monsieur, trouver à le lire autant de plaisir que j'en ai eu à le faire !
Si i'eusse été doué de quelque imagination, ajouta-t-il, mon rêve eût été cent fois plus séduisant et plus délicieux, sans cesser d'être une peinture fidèle de l'avenir. Mats, enfermé depuis ï enfance entre les murs d'un collège, porté par goût, sinon par habitude, à ce qu'on est convenu d'appeler les douceurs d'une vie simple et retirée, ab«)rbé par des études et des travaux fort peu poétiques, ignorant également et lés plaisirs réservés à l'opulence, et les jouissances dues à la culture des beaux-arts, je n ai vu dans mon sommeil que les détails tout bourgeois de la vie destinée à nos enfants. A d'autres, plus favorisés du sort et de la fortune et Biieux do-
ANBANTI8SBMSNT BU PAUPiBISMB. 31
tes de la nature, le bonheur de peindre les mœurs élégantes des femmes et des artistes harmoniens.
Je puis toutefois me rendre la justice de n'avoir conservé de mon rêve que ce qui m'a paiu être %ine conséquence nécessaire de Torganisation phalanstérienne.
Quand donc vous lirez ce manuscrit*; je vous engage à vous demander à chaque affirmation, à chaque description que vous y^rencontrerez, si, comme la plupart des peintures des choses à venir, elle est Tenfant du caprice et de la fantaisie^ ou si; étant donnés les éléments logiques de l'association, les institutions que je décris n'en sont pas les consé-< quences naturelles ; et vous reconnaîtrez, je n'en doute pas, que, loin d'avoir exagéré les merveilles réalisâmes par l'organisation sociâaire, je suis resté bien au-dessous de la réalité.
J'acceptai avec empressement l'offre qui m'était faîte. La lecture de ce manuscrit non seulement mç fit connaître les détails de la vie phalanstérienne, mais me découvrit encoçe les causes des douleurs, des vices et des crimes qui souillent et ensanglantent la terre, et qui font de Texistence actuelle un présent indigne de la bonté divine.
Vpici, au surplus, la copie fidèle dé ces pages.