‹ Visite au phalanstèreChapitre 5 sur 52 · VISITE · texte numérisé non relu

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Après cela, je tîi nn ciel aooTean etnne terre

nonvelle Et moi Jeen, je tîs le Tille seinte,

le nooTelle Jérusalem , qai, Tenanl de Die«, descendait du ciel, étant parée comme une éponse qui se pcre pour son éponx. Et j^entendu une grande Toiz qai Tenait dn trdne et qui disait : Voici le tabemAcle de Diea «Tec les tommes , et demeurera aTec eux , et ils

seront son peuple Dieu essuiera toutes le*

larmes de leurs yeux Il n'y aura plus là ni

pleurs, ni cris, ni afflictions, parce que le premier état sera passé.

Apoc&ltfsb, ch. XXI

Campagnes et jardins du Phalanstère.

Une neige fine et dure, vidlémment chassée par ie vent glacial d'une mit de janvier, rebondissait contre les vitres de ma fenêtre et m'apportait de pénibles pensf^es. Je me disais : Combien l'hiver engendre de douleurs et fait naître de misères, en doublant les besoins de l'homme, en diminuant ses ressources ! Combien de familles mal nourries, mal

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vêtues, n*ont, pour se défendre contre la rigueur de cette nuit affreuse^ qu^un taudis ouvert à tous les vents., et une poignée de paille que se disputent de faibles enfants à demi-morts de froid I Qui pourrait compter les soufiFrances que chaque minute apporte à une multitude d'indigents malades ou sans ouvrage ? Qui pourrait dire combien d'entre eux succombent lentement sous le poids de privations con- Ui^udles, et combien plus succqmberaient encore, n'était la touchante sympathie de tant de nobles coeurs toujours prêts à venir en aidé aux malheureux?

Mais, hélas ! ajoutajs-je, on ne peut se le dissimuler» celte charité sainte, tout ingénieuse, tout inépuisable qu'elle est , restera toujours impuissante à cicatriser tant de plaies, à tarir la source de ces innombrables douleurs contre lesquelles se débattent les classes pauvres, plus nombreuses chaque jour. Pourquoi , mon Dieu ! les hommes s'obslinent-ils à fermer les yeux pour ne pas voir qu'à l'association, 'et à Tassociation seule, est réservé un aussi beau miracle?

Et, perdant de vue notre société décrépite, je me complaisais à évoquer les splendeurs de Tavenir, errant dans la contemplation des joies ineffables destinées aux Harmoniens. Peu à peu le sommeil s'empara de mes sens, mais sans briser la chaîne de mes idées.

Il me sembla que, nouvel Ëpiménide, après avoir dormi durant de longues années, je me réveillais, non pas en l'an %U0, comme Tauteur du Tëbleiim de

Pariât mais bieo en Tan 4950. J« ma Mmtai» jeune, mon corps était plein de force, et mon âme n'avait rien perdu do sa chaleur.

Je me trouvais^ compagnie de mon ami Test», un excellent civilis^^ riche, bon garçon, qui regar(}e la société actuelle c6inme très-supportable, et s'obstine à déclarer impossible Tassociation pbalanstérienne, dont je a' ai encore pu lui faire comprendre le premier mot.

Nous étions assis sur le sommet d'un monticule^ minant une plaine [^>acipuse d'un aspectdéUeieut et couverte d'une merveilleuse végétation. LeseuIturaB étaient distribuées d'une manière ea^trèmement^ pittoresque : les champs de céréales^ les prairies, les vergers s'entrelaçaient de cent façons diverses^ et des \ignes de dahlias et de rosiers, des touffes d arbustes» des corbeilles de fleurs de toutes sortes couvraient la campagne, séparaient les diverses productions agricoles, et formaient de gracieuses guirlandes ou de charmantes oasis. Nous remarquâmes encore, sur plusieurs points qui paraissaient plus spécialement consacrés à la culture des fleur», des espèces d'autels de verdure où se dressaient de blanches statues. A 3 ou 4 kilomètres vis-àvis (Je nous, une belle garenne bornait notre vue. '

Mille filets d'eau, portant la fraîcheur et la vie à cette luxuriante végétation^ dont aucune portiou de terrain n'était privée, coupaient la charmante ■ vallée étendue à nos pieds. XI nous semblait voir le Paradis terrestre confié à ThQmme av^t sa chute.

OU mieux encore un paradis planté par la main des anges pour Thomme réhabilité.

Des groupes nombreux de gais travailleurs ani-^ maient ce frais paysage et faisaient retentir I^air de leurs chants joyeux. De temps en temps, divers inrstruments de musique semblaient donner des ordres , à la manière des trompettes dans les manœuvres de cavalerie ou d*infanterie légère. -

Un vaste palais occupait le centre de ce vallon enchanté ; des châteaux et des kiosques élevaient çà et là leurs toitures ardoisées ou leurs brillantes coupolesau-dessus des verts massifs de verdure.

Muets de surprise, nous ne nous lassions pas d*admirer ce merveilleux panorama, quand une fanfare ayant de nouveau attiré nos regards vers rédifice principal , nous en vîmes sortir plusieurs chars qui venaient d*un train de galop de notre côté. Bientôt ils passèrent au pied du monticule où nous étions assis, et nous pûmes reconnaître qu'ils étaient remplis, les uns de jeunes hommes dans la force de Tâge, les autres de belles et riantes jeunes filles.

A peine cette caravane avait-elle disparu dans un massif d'arbres situé à >notre gauche, que des voix enfantines et tumultueuses, se firent entendre du même côté, et un instant après, un convoi sorti du massif offrit.à nos yeux le plus gracieux spectacle : six chars, beaucoup plus brillants que les premiers, traînés par de jolis chevaux nains, portaient de charmants enfants de six à dix ans, vêtus avec goût, maïs simplement , et accompagnés de

GAMPAGNB9 BT jr^ADINS. 37

quelques adultes. De&étendards aux couleurs éclatantes flottaient sur ces voitures.

A un signal donné par une petite fille armée d'un bâton do cjornoiandement, les cris et les rires bruyaiUs cessèrent tout-à-<M)up, et cinquante voix argentines, soutenues par les voix graves de six personnes chargées vraisemblablement de guider cette troupe joyei:tse, entonnèrent une marche vive et animée dont, à notre grand regret, nous ne pûmes saisir les paroles, couvertes qu'elles étaient par réclat des instruments dont les accompagnaient les jeunes gens du troisième char.

Il nou$ semblait entendre Técho redire au loin ces chants de joie, quand nous nous aperçûmes qu'ils étaient répétés par une autre troupe nombreuse de cavaliers enfantins , qui , courant en groiq)eâ serrés et en bon ordre , venaient à la rencontre de leurs jeunes amis. Ceux-ci mirent pied à terre, et tous ensemble disparurent bientôt à nos yeux.

Nous écoutions cependant encore ; mais les innombrables oiseaux dont les bouquets d'arbres étaient peuplés faisaient seuls entendre leur chant matinal.

Stupéfait, émerveillé, mon ami gardait le silence, et son regard semblaitmedemahder si ce ravissant paysage, si ces frais et joyeux habitants n'étaient pas les fantastiques créations d'une fée ou d'un magicien, lorsque nous vîmes un vieillard à l'air vénérable quitter un groupe de travailleurs et s'avancer de notre côté. Nous noud levâmes pour aller à 8<|

ai «ttàvmia t«

reneonlM,^ bS(0Al6l il noie Béeosta de ht AMmièré la plus franche et la plus aimable :

M-fc Mettlèurs, noM diMl, vous par aîsser étrafigéra à ce canton, et semblex avoir bedotn de repot.- Quittez^ je voua y engage, oe lien découvert où le soleil devient ardent , et venez vous reposer an viilago que voils apercevez è deux pas d'ici.

'«^ Un village l mon père, s'écria Testn. Qwoî <to»e ( G*eslce.magAiâque palais que vous appelée ainsi?

«— Sans dcMiite, mon fils : ce bâtiment est le village, ou, si vous le voulez, le PhnlanstèredeSaint* Riemy. Nous n'avons pas même rang decheMieu de cMtOQ, et ne formons ici qu'une simple commune rurale.

•^UnPhalanstèrel m'écriai-je à mon tour, trans» porté de Joie. Obi mon père, quel plaisir j'nurai à le visiteK Mais avant de nous éloigner de ce lieu oharmnnt) ayez la bonté de répondre à quelque^ questions.

» Je vous demanderai d'abprd si o*«st aujourd'hui fiète a Saintrltemy, que nous avons vu arriver, il y a un ttôment, plusieurs chars remplis d'enfents I^ plus gentils du monde ? »

t^ Ces en£snte, répondit M. Léonard (ainsi se nommait notre phalanslérien, comme nous Tap- Urimes plus tard), ces enfants viennent domM* «n coup de nwin aux nôtres. Quelques signes précur^ seurs de Torege ont été signalés hier au soir par Tobservatoire. Noseafiuits, dans la oreinte de ne peiivoif «cbever eeule te euetUeltode leurt» gr»*

GAMPAGNBS EX JARAIN8. g»

sdlles qui auraient à souifrir d'un retard et de la pluie, ont .appelé à leur aide- leurg camarades de» Phalanges voisines. Vous avez va la réponse de deux villages situés de ce côté. Toutes les communes qui, ce matiui m'ont pas absolument besoinde leurs enlaatSi s'empresseroat^alement de nous les envofrer»

^ 9 De semblables échanges ont lieu chaque jour, poursuivit ie vieillard : tout le monde y trouve son pn^ les réunions nombreuses égayant les séances etdonblant l'ardeur du trevalLyous avez vu partir des voitures remplies de jeunes gens: ce sont nos grèves de fenéuses et dé oharg^rs qui vont en aîdeàlsuisemiseu Phaleestère veisin/doiit les foQri!Sieas,coiifés depuis deux jours, ne peuvenl attetiUre phis leoftemps sans danger» •

<^?<iâà| fepras4je| dés coutumes tien faites pour eafa po lea îr i'amitié parmi les populations, et très* propres en mième temps à aooél^er les travaux et à-lês reedre agréables.

• Maintenant, mon père, auries-vous ja comjplair* sasce de nous apprendre pourquoi vous choisissez oe mode de eultures entrelaoées^ont l'effet est des pl«s i^ttoresqiies ? Si votre but est de charmer la vue, vous Tatteignez parfaitement. »

^*-*Ici, comme en toutes choses, répondit le vieillard, nous nous conformons à la volonté divine^. que nous nous efforçons constamment de décou* vrir. Mais, ponr vous bien édifier à ce sujet, permettezHDoi de remonter à la fondation de notre Pbalange, C'est un peu là manie des vieillards de

remonter au déluge, ajouta-t-il en souriant; au reste , cette digression ne sera peut-être pas sans intérêt pour vous.

» Il y a. de cela tantôt 80 ans,— je tiens tous ces détails de mon père, — les habitants de ce vallon, alors marécageux et fort peu productif, se décidé^ rent à former une association phalanstérienne, à limitation d^une foule de village» çirconvoisins, qui avaient considérablement accru leur bien-être et leurs richesses en prenant ce parti. Nos pères, ayant donc mis en société leurs terres, leurs bestiaux, leurs instruments de labourage, etc., et reçu, en échange, des actions portant intérêt et hypothéquées sur la totalité du territoire, firent venir quelques savants versés dans la théorie et dans la pratique de l'agriculture. Ces habiles agronomes examinèrent avec une grande attention les caractères de notre sol ; ils analysèrent les terres, recueillirent tous les Tenseignement3 possibles près des laboureurs du village, et, à la suite de cette étude, 'il§~ indiquèrent les moyens de saigner les endroits marécageux et d'utiliser les eaux abondantes, mais que ïe défaut d'écoulement rendait nuisibles ; enfin ils déterminèrent la distribution générale et remploi le plus convenable à chaque terrain.

» Les terres basses que vous voyez ici près — c'étaient des bruyères — furent destinées aux prairies ; celles d'au-delà le furent alternativement aux céréales, aux légumes et aux prés artificiels. A notre gauche, on planta les immenses vergers que vous apercevez, et l'on réserva les terres les plus voi-

CAMPAGNES ET JAADINS. 41

sines du bâtiment pour les parterres et la culture des légumes de choix. Enfin ce coteau qui borne notre territoire au nord et qui nous sert de rideau contre les vents frofd^ fut désigné pour la garenne. Cette distribution, en harmonie avec les conditions naturelles de la vallée, produisit cette variété riche et pittoresque dont Taspect vous séduit.

it'Nos pères, voulant ensuite organiser les travailleurs, eurent recours aux hommes instruits dans la science sociale. Lès ingénieurs phalanstériens, formés dans les communes d'épreuve, créèrent, pour toutes les branches des fonctions agricoles et industrielles, des Groupes de travailleurs corporisés en Séries ; et comme il est bon, afin d'exciter l'émulation et de répandre le charme et la galté dans les travauxi que les sexes et les âges divers se trouvent souvent en présence, ils jetèrent au travers des grandes cultures, qui sont en général le lot des hommes jeunes et robustes, des cultures faciles et gracieuses auxquelles se livrent plus spécialement nos femmes, nos enfants et nos vieillards. Voilà pourquoi vous voyez, encadrant les champs de froment, de luzerne ou de sainfoin, ces bordures dé lilaset de lauriers, ces massifs de rosiers aux mille variétés, ces toufiTes de groseillers, d'arbustes et d'arbres fruitiers, et ces lignes de fleurs qui ser* pentent dans toutes les directions. »

— Soyez assez bon, mon père, dis-je au vieillard, poiir nous donner encore quelques détails sur les premières années de l'association des habitants de ce délicieux séjour. Conte:&-nous, je vous prie, com-

U ««AVif AS I»

v^i^yos pèrôg, se tant éievéïite i'mdigedce à kl fortune et (mt pu préparer pour leurs enfants la iQfTTdiltouse opidencd ûom vous paraiseez jouir.

*-* Dô» lfi( fi^eoada aanée <le i'asflociatioa ^ rctpril M» liéoaard) les revanu^ s'accrurent d'un tiers i à la ci^quièiae Us ^aimi tioublés^ at cala parce qua tous les habitafits iotéreasés, par raésociatioa^ à la bonne gestion et à la réussite des affaires, avaiant appliqué toutes leurs ressources et les éoonomiaa d^ léalisées à ramélioration» à rameademeai des terres, à l'irrigation, à Tacquisition de bestiaux da racesdioisiafi^ à Tadiat de machines à battre ai à vaimer, enfia parce que la population entière a'oo^ cupalt utilement et devenait chaque jour phisM* 1^ 4«BS tous les Uravaux.

« A la fin de la pra«ûère année donc, aos pàc«0t tou); en vivant d'uaa manière infiniment plug omh forta^ que par la p9ssé| avaient d^à fait de oata*' U|es 4coiioaiji0S sur la coasoquQaatioQ «a étabUnaanI aa €QmfMr i^ominimal et un rmUmr(mi mçià*

n La oomptair oommunal était ua vaajbebanrpbi» ce dans lliMeUia^yiUe et ooaâé à uaa commissiea de six persoimes, troia femmes at trois hoaimai^ «hariés d'aojtieter oa gros les objets aéceiMirfli m% à raas^tçijitioa, soit aux partieuUaia, el ée la» livrer moyennant uaa Ugèreaugmaatatioa de prix, dastioéa à couvrir les avaries et las autres pertes possibles,

» Le fffrtaarunt sociétaire consistait eauoa snuuie cwiM^ Wè toidMi^ia et uœ famiiârie» où l'on

CABffPAGIflS WtSAWLDlNS. 41

ptépÊmt la Miirriture et la boisson pour loiis tes habUants.

» Aa comsienfienieBt , plusieurs femilles contn* iHièKMit à (M^pairer leur AOturiture'ehez elles; maïs , dès la quatrième année) lescuisinieniie i'associalîoA' devinraht si fiabiias, que les plus riches et les plur fina gMtrooQoœs firent prendre au restaurant, comme toirt le monde^ les mets dont ils étaient ba« soin ; tia n'auraiant pu se proGurer d'une au^e ma» nière al à prix égal une ciwir aussi délicate et aussi variée.

» Gea deux élablissementaprocurèrent de fraads avantages; non^eulemeat Ils donnèrent le moyen de vivra miaiix, tout en dépensant moins, mais ils pennirent anoore aux exHnarebands et aux femmes de domiar toat Jour tempe aux travaux de la campagne et des ateliers, ce qui accrut beaucoup lé nonfore des travailleurs et par conséquent la quan* tiké ilea produits. Ainsi, d'une part, les .reyenas généraux augmmtèrent, tandis que d'autre part les dépenses diminuèrent, et la richesse du village doubla rapidement.

»Getteaituation, plus florissante diaque jour, per* mit de songer aux constructions dont le besoin se faisait sentir de plus en plus ; aussi, dès la quatri^ me asaéa, commença-t-on à bâtir la grande écurie et l'iaunense étable que je vous ferai voir tantôt, at à creuser des silos propres à recevoir les grains de la réserve ; deux ans plus tard, on construisait di«» vers magasins et de grands ateliers.'

9 ▲^tâ4pa4tta)laYiadéjàteilplaiiieada9bar-

44 GHA^ITAE^ I.

mes : IWreuse inquiétude.^e l'avenir ne torturait plus personne, les liens lâe la famille se resserraient à mesure que disparaissaient les causes de désaccord ; la dissimulation ayant cessé d'être profitable, et les intérêts de tous étant identiques, les amitiésétaient vraies,' lesamours loyales^ la bienveillance universelle. Les mœurs s^épuraient, les manières se polissaient ; lés enfants, élevés unitairement, croissaient en vigueur, en santé, en dévouement ; et la religion reflorissait : car les cœurs contents, qui voient régner partout la joie et le bonheur, sont disposés à croire à la Providence, à aimer Dieu et à lui rendre des actions de grâces.

» Tout souriait à nos pères ; une seule chose les con^rtait encore : devenus aisés ou riches, de pauvres qu'ils étaient auparavant , ils ne trouvaient plus en harmonie avec leurs goûts les vieilles maisons qu'ils habitaient ; elles ne répondaient plus au besoin du comfort, à l'amour du beau, et de l'élégant déjà bien développés dans les familles. D'ailleurs ces masures, disséminées çà et là, se prêtaient difficilement aux réunions fréquentes et indispensables à des associés qui ont, plusieurs fois par jour, besoin de se concerter. On songea donc à élever un Phalanstère.

» A cet effet, la grande majorité des habitants ayant accepté les plans d'un halnle architecte, on fit un emprunt; on se mit bientôt à l'œuvre, et Ton continua avec persévérence ce grand et beau travail qui dura six ans.

» Des dépenses aussi considérables et le rembour-

CAM PAGMBS BT JABDIN8. 45

sèment de Temprant lui-même devinrent possibles à ces villageois naguères si pauvres, ear les rêve* nus ne cessaient de s'accroître chaque année, et cela par des raisons faciles à c<miprendre :

»Les terres arrosées à propos, et de mieux en mieux ■cultivées, devenaient plus fertiles ; les jardins et les vergers commençaient à donner des fruits superbes.Nos mères utilisaient leurs loisirs, rendus nombreux par la création d'une belle crèche et d'un magnifique quartier d'asilQ pour l'enfance, en fabriquant des confitures de cerises et de groseilles que notre vallée a eu de tout temps la réputation de faire excellentes, et en vaquant à cent autres fonctions productives. Les troupeaux sMtaient considérablement accrus et les races perfectionnées ; la vente des animaux dont on n^avaitpas besoin pour la consommation^ celle des laines, du lait des vaches et des brebis sous forme de beurre salé et de frojq^ages, tout multipliait les revenus de la commune et permettait de faire chaque jour des améliorations et des embellissements.

» La certitude que notre sol et son expo^tion convenaient parfaitement aux fruits rouges avait engagé nos pères à multiplier, dès la première année de l'association, les cerisiers et les groseillers des plus belles espèces alors connues, mais bien inférieures toutefois à celles que nos voisins et nous sommes parvenus à créer depuis. Aujourd'hui, comme vous le verrez, nous avons, en variétés innombrables, des fruits dont les plus belles exposi-

46 csAMnui i«

iion» 4et eoeiéftëg d'boriîGiiltiiro de la civilmtien ft'^usseiit pas doBné l'idée ily a un siècle.

» Touftledhabitanls de SaiDt4lémy, à peud'excaptions pr^s, s'occupent à quelque fonction de la confiserie : c'est notre industrie pivotale. Les uns eultivent les arbres, les autres cueillent les fruits, que ceux-ci conservent dans toute leur fraîcheur, et que ceux-là préparent en gelées, en pruneau?, etc. Notre Phalange est renommée au loin pour ses confitures. Nos dames ont acquis de la célébrité dans cette préparation, et c'est avec orgueil que nous voyons nos produits rechercifiés de tout le monde et servis sur la table des rois. Mais révenons :

» Vers la dixième année de l'Association, les enfants, élevés sociétalrement, eidont un grand nombre étaient devenus hommes, avaient acquis beaueoup d'habileté dans toutes les branches de Tagriculture et dans Téiève des bestiaux. Pleins de san^é et ardents au travail devenu un plaisir incesscuit, ils expédiaient si promptement la besogne que nos pères sentirent la nécessité d'établir, indépendamment des ateliers ordinaires, une industrie squspivotalelafin d'utiliser les loisirs forcé» de l'hiver, et d'offrir un exercice productif à l'activité dévorante de leur robuste jeunesse.

»0n se décida pour Tébénisterie, qui devait plus tard procurer les moyens de tirer parti des nots^ t»rei|x cerisiers dont notre contrée abonde. L'éb^ msterie nous donne aujourd'hui de grands béaéfi*" ces* Elle v« s^ periecUonnaht tous les jomi : oelte

C AMBAGJIBft ET ^RDINS. |7

ipEèd-nîdi je rom meQtrerai nolie tsiNriMaiN).

» Yo^ le voyez donc, nmùtm^y vpréàqaaoBdtHa d'Association, les rerenas delà eoumune élaient aa. moins décnptés, el les famiilei dont les sept builièmes étaieiii pauvres, ignorantes, maiadtres et groatîôrea, sods le ré^ma de f isolemenl el de lacanciirreBce anaroliiqoe/vfrevt leur sitkî, inoeitifiaraUeiBeBt lamna oialfa^Bieiix dès les premières années de rAsaociatioii, s'aiBélkn<er sans eesse. »

-^G0t aecroisaemeQt eoBtiiroel de !iM»-ètreY ^N^ «Q vieillard, cette amélioratiû» des moears et de la «Bmté soat, je te conçois, les eliéls naturels de votre vie champêtre eteeeupée, et de la CQaver^eaee de toutes les forées ; aussi vos pères entoila été bien Inspirés en imitant leurs vrâins associés avant t«uc. Berez^vooA aaMs ben pour nous dire pat qui aété fimdé [e presuor Pbalanstèrè ?

— -Vers je milieu du siècle dernier, répondit M. Léonard, la eonnaissaaee de la loi d'attraetkm pos a loua eBeèt de ses applications aux sociétés Immaines se répandit dans tous les pays civilisés, de sorte qu'eu 1950, il se trouvait |brt peu de personnes tant soit peu instruites qui n'^Misseat étudié l'admirable découverte de Peurier^ 6nFraaee, patrie de ce grand homme, une sodélé d*ae* tionnaireft fonda vers cette époque une Fhaïange d'essai composée, à son début, de 406 enftmtset liO grandes personnes. Après quelques tâtonnements, Pespérience réussit, le mécanisme sériaire fut parfinlenent organisé; on passa r^ridement à la grande échelle, et les soocèef^renlteiS) qu'm 9879,

48 CHAPITRB I.

. une foule de villages, aidés par les ingénieurs sociétaires formés dans les premiers cantons d'essai, s'étaient transformés en Phalanstères.

» £n 4900, on comptait par milliers les Phalanges

. en plein exercice, et Qomme Fassociation remplaçait partout les chagrins et les maladies par la santé et le bonheur, Timitation devint si contagieuse qu'aujourd'hui les communes sociétaires couvrent l'Europe et l'Amérique. Déjà plusieurs provinces se sont organisées, c'est-à-dire que leurs phalanges se sont associées entre elles, et avant un demisiècle on aura bien certainement organisé sociétairement les empires et les continents.

» La liste des hommes qui ont concouru à la pro-

. pagation de la Théorie et préparé la fondation du Phalanstère d'essai se trouve dans les archives de toutes les communes, et les noms des plus dévoués d'entre eux sont gravés dans la mémoire de tous les harmoniens, car un chant célèbre que nous redisons à chaque anniversaire de cette imrmortelle fondation, nous les apprend dès notre bas âge. D'un autre côté, bien des villages ont pris ces noms glorieux ou ceux des Sommes généreux •qui ont jadis, consacré leur vie , leur fortune à faire entrer l'hnmanité dans la voie divine où elle s'avance à grands pas ; les descendants de ces nobles athlètes sont glorifiés dans tous les pays. » ' — Voyez donc, messieurs, nous dit tout-à-coup mon ami Testu, en nous indiquant de la main un massif d'arbustes qu'il regardait fixement depuis .quelques instants, voyez cette multitude de char-

CAMPA0]«|Bi «T 1411 DINS. 4|

maiita ei^mts à demi cachés sous dee espèce* du tenles : ils vont et viennent en riant aux ^Iat8|ila peraisient jouer avec une ardeur extrême, ils.,»*

— Ces enfants font )a cueiHette de nosgrosellleai interrompt! M. Léonard. Et, bien que ce travail Môg^ des .précautions, afin de ne cveillir que les fruits mûrs à point, nos bainbins sont si eiereéa qu'ils font en se jouant eette bMKKgne comiBe Unh tes les autres.

— A quoi hoB, dîa-je au vieillard, ces tentes ani eoideiirs variées sous lesquelles di^raissent A cbaqoe instant ces jeunes travailleurs, 9^ çellsi qu'on aperçoit disséminées de toutes parts?

— Les unes servent à préserver de l'ardeur «lu soleil nos fleurs, nos jeunes plantes , |ioa arbuaif tes, etc. ; les autres abritent nos groupes de tffh YliiJleurs durant la grande chaleur* Noua trouvons dsms TeinpJoi des tentes bien-être et éconos^i^*

— * Bien-être, sans doute, reprit Testu, n^is é6§« nonkiel

-*— Ouï, mon fils, économie. En toutes chosea vous reconnaffareK ici deaulé, ulilUé, économie. Disciplei el)éi8santa de la nature, nous faisons conuae ài/è^ BOUS ne séparons jamais les trois choses. On Ht saurait dire combien de fleurs, de fruits et de ii^ gumes sont, grâces à nos tentes, sauvés chaqiie année de la mort dont les menacent les feux de lu canicule et les gelées tardives du printemps. Pui^ nous ferions triste H diétiye besogne , n'est-il paa trm, s'il nous feUait tr0vailler à l'ardeur du soleil au contraire, si nous sonunes protégés, notre m*

tivité ne. se ralentit pas. Il est bien entendu , toutefois, qu'à moins d'urgence, la plupart des habitants, durant les grandes chaleurs, se tiennent à la maison de dix heures du malin à quatre heures du soir et s'y occupent aux travaux intérieurs.

— Pourquoi donc , demandai-je , ce charmant enfant montre-t-il son panier à ses amis et leur fait-il un geste moqueur ? ^

— Garçons et filles, tous ces enfans, comme vous le voyez , sont vêtus des uniformes .de leur corporation sériaire; ils portent, en outre des ceintures de diverses couleurs affectées aux divers groupes auxquels ils appartiennent f et dont chacun a ses insignes, bannières, guidons, etc., et ses instruments de travail , ses paniers et ses chsH^iots de la couleur de la groseille qu'il cultive.

» Si cet enfant que vous m'indiquiez , et dont la ceinture est blanche, montrait d'un air narquois à ses voisins parés de la ceinture rouge son panier plein de fruits, c'était sans doute pour les railler en leur faisant voir combien les groseilles de son groupe l'emportent sur les leurs. L'homme est naturellement si enclin à admirer ses œuvres qu'il n'est pas un groupe qui ne regarde ses produits comme bien supérieurs à ceux de ses rivaux.

• Tous pouvez remarquer que plusieurs enfen te portent au bras une écharpe de même couleur que celle de la ceinture : ce sont des chefs de groupes. Voyez l'activité de ces jeunes chefs : tout en cueillant, ils stimulent leurs amis, excitent la rivalité des groupes^ donnent des conseils à droite et à gau-

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