‹ Visite dans les écoles du ManitobaChapitre 10 sur 13 · LA LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LA LANGUE FRANÇAISE

Question. — Au Manitoba est-ce que l’usage de la langue française est permis partout ?

Réponse — Quand le Manitoba est entré dans la confédération, voici la clause qui fut

sanctionnée par le parlement d’Angleterre pour la protection de la langue française :

Clause 23 : “ L’usage de la langue française ou de la langue anglaise sera facultatif dans les débats des Chambres de la Législature, mais dans la rédaction des Archives procès-verbaux et journaux respectifs de ces chambres l’usage de ces deux langues sera obligatoire et dans toute plaidoirie ou pièce de procédure par devant les tribunaux, il pourra être également fait usage à faculté de l’une ou de l’autre de ces langues. Les Actes de la législature seront imprimés et publiés dans ces deux langues.”

Voici une clause bien claire, n’est-ce pas. Laissons parler Monseigneur Taché dans son mémoire au gouvernement d’Ottawa.

4‘ La rédaction de cette loi est certainement parfaitement claire, le sens en est évident et tout-à-fait intelligible ; il ne peut pas y avoir deux opinions sur sa signification véritable. Eh bien î qu’est-il arrivé ? Le Grouvernement local de Manitoba, malgré ce Statut fédéral si clairement exprimé et au mépris de la sanction donnée à ce Statut fédéral par le Grouvernement Impérial ; oui,

le Gouvernement de Manitoba a proposé et la majorité qui l’appuie a voté ce qui suit : “ Nonobstant tout statut ou loi contraire, la langue anglaise sera seule en usage dans la rédaction des Archives et des journaux pour l’Assemblée Législative pour la province de Manitoba et dans toute plaidoirie ou pièce de procédure émanant de toute cour de la province de Manitoba.”

“ Les actes de la législature de Manitoba ne devront être imprimés et publiés que dans la langue anglaise.”

Monseigneur Taché ajoute : le lieutenantgouverneur sanctionna ce projet de loi quelqu’inconstitutionnel et injuste qu’il fût et il est entré au livre de nos statuts sous la désignation 58 Victoria, chapitre 14. Ainsi, vous voyez, amis lecteurs, que le gouvernement de Manitoba n’est pas tendre pour la langue française. En dépit d’une convention écrite, d’un acte impérial qui nous garantit l’usage de notre langue, monsieur Grreenway a fait passer l’odieuse loi que vous venez d’entendre.

Ceci nous prouve que la langue française ne sera pas en honneur dans les écoles. En effet, un journal de Winnipeg considéré

comme l’organe du gouvernement avertit ses lecteurs anglais de ne pas craindre l’article du règlement qui permet d’enseigner le français quand il y a des enfants français qui le demandent, car, dit-il, le français sera enseigné selon le système bilingue c’est-àdire que pour ceux qui ne comprennent pas l’anglais, on traduira quelques phrases en français.

Question. — Mais quel est donc le gouvernement qui a aboli l’usage de la langue française dans toute plaidoirie ou pièce de procédure et qui ne veut pas que les actes de la législature soient imprimés en français ?

Eéponse. — C’est le gouvernement G-reenway.

Question. — Est-ce le même Green way qui a été fêté à Montréal et applaudi par quelques canadiens-français ?

Eéponse. — Oui, c’est le même.

Supposons maintenant que le gouvernement de Québec passe absolument la même loi contre l’usage de la langue anglaise dans cette province et que le premier ministre aille se promener à Toronto, croyez-vous qu’il aurait une ovation ? .Vous répon-

drez qu’il serait sifflé, hué partout par les citoyens anglais outragés dans leur droit de parler la langue qu’ils ont apprise sur les genoux de leurs mères. D’un bout à l’autre du Canada, il y aurait des assemblées de protestation et les élections générales ne se feraient que sur cette question. Les gritset les tories seraient tous d’accord. Et nous, canadiensfrançais, nous ne dirions pas un mot, nous

subirions cet affront sans rien dire

Je ne le crois pas

Permettez-moi d’espérer que le peuple canadien n’en est pas encore rendu là.

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