‹ Visite dans les écoles du ManitobaChapitre 9 sur 13 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

RÉFLEXIONS QUE FONT NAITRE DANS L’ESPRIT D’UN CATHOLIQUE LES RÉPONSES DE SA GRANDEUR MGR LANGEVIN.

Question. — Monseigneur Langevin n’a donc pas approuvé les propositions de Sir Donald Smith et des honorables Dickey et Desjardins ?

Réponse. — Non, monseigneur ne les a pas approuvés. Sir Donald Smith qui est un homme bien élevé, qui avait à cœur le règlement de cette question qu’il connaissait très bien, (il était gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson en 18Y0), est venu

lui-même faire les propositions à monseigneur Langevin qui, en présence de Thon. A. Desjardins, les a refusées tout de suite. Ceci est un fait d’histoire facile à vérifier.

Question. — Le gouvernement G-reenway par monsieur Sifton, a aussi refusé de les accepter. Pourquoi donc ?

Réponse. — Monsieur Sifton le dit dans sa réponse : parce que ces propositions reconnaissaient le principe des écoles séparées, or le gouvernement G-reenway ne voulait pas entendre parler d’écoles séparées, c’est-à-dire, d’écoles catholiques.

Le gouvernement G-reenway refuse l’arrangement proposé par Sir Donald Smith parce qu’il favorise trop les catholiques.

Monseigneur Langevin refuse cet arrangement parce qu’il n’est pas assez catholique. A vous, lecteurs, de juger celui des deux qui est le partisan politique.

Question. — Monseigneur Langevin est donc moins partisan politique que quelquesuns ne le supposaient ?

Réponse. — Monseigneur Langevin, comme tous les évêques de la Puissance, appartient au parti du bon Dieu. Lorsqu’un parti n’attaque pas les droits de Dieu, les évêques le

laissent bien libre. Pendant que les politiciens parlent de protection et de libre échange, les évêques prient. Mais quand les politiciens viennent enlever le crucifix et les images de la Sainte Vierge des écoles» les évêques parlent et parleront dans tous les lieux et dans tous les temps. Quelquefois leurs paroles déjouent le calcul de quelques ambitieux comme celles de Saint Jean-Baptiste troublaient les nuits d’Hérode, mais les hommes seront toujours impuissants à enchaîner la parole de Dieu.

Question. — Alors si j’ai bien compris monseigneur, la question des écoles n’est pas une question politique de rouge ou de bleu, mais une question entre ceux qui veulent accorder justice aux catholiques et ceux qui ne le veulent pas ?

Eéponse. — C’est justement cela. Il ne s’agit pas ici d’une simple opinion d’évêque, mais il s’agit de doctrine où tous les évêques doivent être unis au Pape ou être démis de leurs fonctions. Sachez, lecteurs, que monseigneur Langevin n’est pas isolé du reste des évêques sur cette question. Écoutez monseigneur Bégin, coadjuteur de Son Éminence le cardinal Taschereau :

“ Je viens aujourd’hui faire appel à votre charité en faveur des malheureux catholiques du Manitoba.

“ Aucun évêque ne veut ni ne peut approuver le soi-disant Règlement de la question scolaire Manitobaine, qui ne repose en définitive, que sur un abandon injustifiable des droits les mieux établis et les plus sacrés de la minorité catholique. Monseigneur l’archevêque de St-Boniface a fait entendre tout de suite une protestation énergique contre ce Règlement ; il n’a fait, en cela, qu’accomplir son devoir de pasteur et suivre la direction du St-Siège. Il était tenu de défendre ses ouailles ; il a réclamé non pas des privilèges ou des faveurs mais des droits qui sont méconnus et foulés aux pieds.

“ Ce n’est pas le temps aujourd’hui d’examiner ce règlement dans ses divers articles ; mais ce que j’ai dit et écrit est déjà suffisant pour vous faire conclure que je le réprouve absolument.. C’est dans ce sens que vous devrez parler à vos gens, lorsqu’ils viendront vous consulter.”

Amis lecteurs, avez-vous bien remarqué ces mots : aucun évêque ne veut ni ne peut approuver le règlement G-reenway.

Je me permettrai d’attirer votre attention sur cette phrase du Saint-Père s’adressant à la nation de France.

“ L’église a toujours condamné ouvertement les écoles qu’on appelle mixtes ou neutres.” (Paroles de Léon XIII).

Est-ce assez clair pour celui qui est catholique ? Le Saint-Père condamne les écoles mixtes ou neutres, dit que i’Église les a toujours condamnées, tandis que G-reenway, Joe Martin, Dalton McCarthy, Chiniquy disent que les écoles sans Dieu sont ce qu’il y a de mieux pour un pays, et en présence de ces deux opinions contradictoires, l’on verrait des canadiens qui se disent catholiques, des canadiens qui se signent du signe de la croix, qui portent un scapulaire, qui vont demander des miracles à sainte Anne de Beaupré, l’on verrait, dis-je, ces catholiques hésiter, l’on en verrait aimer mieux se ranger du côté de Dalton McCarthy» ce mangeur de canadiens-français, que d’être du côté du pape, des évêques et des prêtres ? J’espère que pas un père de famille catholique ne léguera une pareille honte à ses enfants.

Question. — Quand le pape parle, il faut se

soumettre : l’on est catholique ou l’on ne l’est pas. Le pape ne veut pas des écoles neutres, nous n’en voulons pas nous autres non plus, mais peut-on appeler école neutre une école où il y a une demi-heure d’instruction religieuse par jour ? Expliqueznous la réponse de monseigneur Langevin à ce sujet.

Réponse. — D’abord établissons le principe catholique : on ne peut pas concevoir une école catholique sans que l’enseignement de cette école soit contrôlé par les représentants de l’église catholique. L’église a le droit et le devoir de connaître les livres qui sont mis entre les mains de ses enfants.

Vous avez vu ce que Notre Saint Père le Pape dit des écoles où l’Eglise catholique n’a pas d’accès. Le pape sait pourtant bien que dans la France, pays auquel il s’adressait, les prêtres après l’école finie pouvaient faire le catéchisme, non-seulement une demiheure, mais une heure s’ils le voulaient sans attendre la permission de César ou d’ïïérode, mais le pape ne veut pas que les enfants qui appartiennent à Dieu soient cinq heures en dehors de toute atmosphère religieuse.

Il y a beaucoup d’écoles protestantes dans

la province de Québec ; croyez-vous que ces écoles deviendraient catholiques par le fait que quelqu’un irait faire le catéchisme pendant une demi-heure à la fin de la classe ?

Etudier cinq heures et demie sans entendre prononcer le nom du bon Dieu ; attendre que votre enfant soit fatigué, pour lui dire qu’il y a un Dieu, qu’il doit le servir, que ce Dieu lui demandera plus tard compte de toutes ses actions ; y a-t-il un homme raisonnable qui voulût donner à une telle moquerie, le nom d’école catholique ?

Question. — Mais dans bien des collèges et des écoles donne-t-on plus qu’une demiheure par jour de catéchisme ?

Réponse. — Amis lecteurs, il y a des gens bien méchants dans le monde. L’autre jour, un compagnon de collège me disait qu’il n’avait eu d’instruction religieuse ou de catéchisme que deux fois par semaine — le jeudi et le dimanche. Je le regardai fixément, il eut la pudeur de rougir ; sa conscience lui disait qu’il venait de proférer un mensonge, mais une dizaine de partisans politiques étaient là et il fallait leur faire croire que M. G-reenway accordait autant d’instruction religieuse aux enfants catho-

iiques du Manitoba que nos supérieurs de collèges en réclamaient pour leurs élèyes de la province de Québec. J’ai énuméré le temps qu’on employait dans nos collèges à l’instruction religieuse. D’abord la prière du matin et un quart d’beure de méditation sur les devoirs d’un chrétien ; n’est-ce pas du^catéchisme tout pur ceci ? Après une heure d’étude, les élèves montent à la chapelle pour entendre la messe.

La messe ! mais c’est la plus belle page du catéchisme.

Avant et après chaque classe, avant et vaprès chaque étude, on invoque l’Esprit - * Saint et l’on se met sous la protection de la Sainte Vierge. Puis, chaque soir, avant le souper une demi-heure fde catéchisme sous forme de lecture spirituelle. Ajoutez à cela l’étude de l’histoire sainte, puis l’explication de la lettre du catéchisme une fois ou deux par semaine comme on fait aux enfants de la première communion. N’oublions pas un cours suivi d’instruction religieuse dans chaque classe.

Question. — On peut donc apprendre la religion dans d’autres livres que dans le petit -catéchisme à l’usage des enfants ?

Réponse. — Certainement. Une mère qui fait apprendre les douze articles du Symbole des Apôtres à ses enfants, leur fait apprendre le premier catéchisme qui ait jamais paru dans l’Eglise et que les premiers chrétiens étaient tejius d’apprendre ayant de faire leur première communion. Quand vous faites réciter à vos enfants les dix commandements de Dieu, vous leur faites le catéchisme.

Ceux qui disent que nous n’avons pas beaucoup de catéchisme dans nos collèges, couvents et écoles, me font penser à cet homme qui, après avoir parcouru les rues de Montréal pendant une semaine, se plaignait de n’avoir pas pu voir la ville parce qu’il y avait trop de maisons.

Question. — Considérez-vous que la présence d’un crucifix dans une classe, soit une leçon de catéchisme ?

Réponse. — La meilleure leçon qu’on puisse donner aux enfants et aux peuples en général ; la croix est le résumé complet de toute la religion, le livre où l’œil de l’enfant va chaque jour lire un feuillet de l’histoire de son divin Maître ; la croix ! c’est le drapeau d’un catholique.

Vous savez, amis lecteurs, le rôle que joue la masse au parlement ; devant elle toutes les têtes s’inclinent. Ministres et députés doivent courber le front devant ce morceau de fer recouvert d’or, pourquoi ? parce que c’est le signe de la royauté et cette masse inerte sur son oreiller de velours en dit bien plus sur le respect dû au roi que les plus longs traités sur l’étiquette des cours. De même ce signe de la Croix “ qui paraîtra dans les deux quand le Seigneur viendra juger le monde,” en dit peut-être plus au cœur de l’enfant que bien des traités que sa jeune intelligence ne cojnprend pas toujours complètement.

Un père qui, par lâcheté, aura permis qu’on enlève des yeux de ses enfants le Signe de la Croix à laquelle est attaché le salut du monde, sera dans la honte et la confusion à l’heure du jugement général quand ce signe apparaîtra dans les cieux.

Un père de famille catholique qui envoie ses enfants à une école d’où les ennemis de Jésus-Christ ont enlevé les crucifix, n’a pas de cœur ; il rougit de Jésus-Christ et de sa doctrine devant les hommes, Jésus rougira de lui devant son Père céleste.

J’espère que vous comprenez maintenant pourquoi Mgr Langevin disait avec la tristesse dans l’âme : “ D’après le règlement il ne peut y avoir de crucifix dans les écoles.”

Question. — Mgr Langevin dit que d’après le règlement, les Frères et les Sœurs ne pourront plus enseigner. Comment cela, s’il vous plaît ?

Réponse. — La chose est bien claire et prouve que le réglement, à l’insu sans doute des catholiques qui l’ont signé sans en comprendre toute la portée, est vraiment diabolique. Il a dû y avoir un cri de joie dans l’enfer quand ce règlement a été signé — si toutefois il est signé — et les mangeurs de prêtres, qui se sont tant réjouis et ont tant hurlé, ont flairé quelque chose de favorable pour eux. Je sais que la plupart des canadiens qui ont applaudi, ont été trompés, pensant tout d’abord applaudir au triomphe des écoles catholiques.

Nous disons donc que d’après le nouveau règlement, les frères et les sœurs ne pourront pas enseigner comme ils le font dans la province de Québec. Les frères et les sœurs ne pas enseigner î Quelle injure faire à l’Eglise catholique qui nous les prépare et

qui nous les envoie en son nom. Ces frères et ces sœurs qui accomplissent une œuvre si salutaire vont donc être humiliés et avec eux, l’Eglise catholique. Expliquons-nous.

D’après le nouveau règlement les catholiques n’ont pas de districts scolaires tels qu’ils en avaient avant 1890 ; les catholiques, sont englobés avec les protestants.

Par exemple, il y a 600 enfants catholiques dans la ville de Winnipeg ; avec les écoles séparées ces enfants partent de tous les points de la ville et viennent chez les frères ou les sœurs qui de cette manière peuvent vivre en communauté suivant leurs règles et les intentions de l’Eglise.

Mais maintenant il n’y a plus de district scolaire catholique. Tous les enfants catholiques et protestants doivent se rendre à telle école désignée si leurs parents veulent jouir de la protection de la loi. Il y a un enfant catholique sur 12 à "Winnipeg. Il faut donc qu’il y ait 660 enfants à l’école pour qu’il y ait parmi eux 55 catholiques sur le registre, nombre exigé par la loi pour donner droit à un professeur catholique. Mais n’allez pas croire que ces 55 enfants catholiques qui représenteront, je suppose, une

assistance moyenne de 40, vont être placés tous dans une même classe ; pas du tout, ils seront placés avec les protestants, suivant le degré d’instruction qu’ils possèdent, dans la première, deuxième, troisième ou quatrième classe (grade) depuis 9 heures du matin jusqu’à 3J de l’après-midi.

La huitième clause du règlement est formelle sur ce point. “ Les élèves ne devront pas être séparés par dénominations religieuses pendant le travail séculier de l’école.”

Yoici une religieuse qui a fait vœu à Dieu d’enseigner la religion catholique aux enfants et qui ne peut prononcer le nom de Dieu pendant 5J heures, qui ne peut dire à ses élèves : allez m’écrire sur le tableau ces phrases : La sainte Vierge est la mère de Dieu. La religion catholique est la religion de Jésus-Christ. Le pape est le vicaire de Jésus-Christ sur la terre.” Ces trois phrases, qui sont une belle leçon de catéchisme, ne pourront pas être écrites en classe par ordre de la religieuse sans que celle-ci soit destituée.

Et les Canadiens-Français catholiques qui aiment leur religion, qui veulent aller au

ciel, vont recevoir sans protester cette injure lancée à la face de leur mère ?

Que dis-je ? ils vont aller baiser avec reconnaissance les mains d’un G-reenway

qui a donné ce soufflet à leur mère ?

Oh ! non, le peuple canadien ne fera pas cela. Il n’est pas assez vil et assez méprisable pour commettre une action aussi basse ; il n’est pas né esclave, il ne le deviendra jamais, j’espère.

Question. — Mais si ce que vous nous dites est vrai, — et nous ne pouvons pas le nier, — la clause du règlement qui permet un professeur catholique quand il y aura une assistance moyenne de 40 dans les villes et 25 dans les districts de la campagne ne veut pas dire grand’chose ?

Réponse. — J’affirme ici solennellement que cette clause du règlement qui, de prime abord, parait favoriser les catholiques est peut-être la plus perfide et la plus illusoire de tout ce document. La preuve est facile à faire. D’abord, comme le dit monseigneur Langevin, ce professeur ne peut être catholique que quand il est hors de l’école. Jusqu’à 3 J heures de l’après-midi, il ne devra enseigner que ce que M. G-reenway ou le bu-

reau de ses aviseurs (advisory board) lui permettra d’enseigner. Il devra enseigner, par exemple, l’bistoire telle qu’il la trouvera dans les livres que le gouvernement ou ses aviseurs auront mis entre ses mains.

Aux États-Unis, j’ai vu un livre d’histoire où l’on demandait à l’enfant : Qui est Luther ? Et l’enfant devait répondre : Luther est une des plus puissantes intelligences dont s’honore l’humanité ; c’est lui qui a rétabli la religion du Christ sur les véritables bases et l’a débarrassée des superstitions de la Rome des Papes.

Je ne connais pas la réponse que M.

G-reenway ou ses conseillers font à cette question, mais je puis affirmer qu’il ne permettra pas à l’enfant catholique de répondre : c’est le plus grand monstre que la terre ait produit depuis Judas qui a trahi Notre-Seigneur et dont il a imité l’exemple.

Aux Etats-Unis il y a plusieurs catholiques qui sont professeurs aux écolespubliques. Les examinateurs ne demandent jamais à quelle religion appartient le candidat qui se présente pour avoir son diplôme d’enseignement. Le seul point important pour eux est celui-ci : tout professeur, qu’il soit musul-

man ou catholique dans sa maison, devra être athée à l’école : pas de Dieu, pas de sainte Vierge, pas de pape, pas de prière, pas de commandements de Dieu, rien qui de près ou de loin se rattache à la religion.

Si le professeur s’engage à suivre ces prescriptions, il pourra enseigner, si non, jamais il ne deviendra professeur dans les écoles sans Dieu. Ce qui se fait aux États-Unis se fait maintenant en France où le gouvernement a banni la religion des écoles. Le démon veut implanter ce système dans tous les pays. Jusqu’ici l’Angleterre a résisté à cet état de choses tyrannique. Là, l’argent des familles catholiques est employé à maintenir des écoles catholiques. Pas un catholique ne donne un sou pour des écoles protestantes.

Nous avions lieu de oroire que les protestants du Manitoba imiteraient ceux de leur mère-patrie ; mais non, la haine que quelques uns portent aux canadiens-français et aux catholiques, l’a emporté sur le bon sens anglais, à un tel point, que les religieux et les religieuses de notre sainte mère l’Eglise, ne peuvent bénéficier de l’argent des pères de

famille catholiques, exigé par le gouvernement sous forme de taxes scolaires.

Question. — Mais, au moins, les frères et les sœurs peuvent enseigner le catéchisme pendant la demi-heure accordée par G-reenway ?

Réponse. — Tous ceux et celles qui seront autorisés par le curé de l’endroit où se trouve l’école, pourront enseigner d’après le règlement. Mais pour enseigner à une heure fixe de 3J à 4 heures, il faut habiter non loin de l’école. Comment voulez-vous que des frères et des sœurs se mettent à parcourir chaque jour tous les rangs des différentes paroisses du Manitoba ? Comme un instituteur ne peut faire qu’une école par jour, jugez du nombre de catéchistes qu’il faudrait à Mgr Langevin pour donner l’instruction religieuse à ses enfants. Il lui faudrait engager 200 instituteurs, qui iraient attendre à 3J heures, les élèves catholiques de chaque école. Qui paiera ces instituteurs qui demanderont aussi cher pour cette demi-heure que pour faire la classe toute l’après-midi ? Qui paiera ces professeurs de catéchisme ? Yous voyez, mes amis, qu’en pratique cette permission de faire du catéchisme une demi-

heure, est illusoire et ne donnera aucune satisfaction.

Question. — De ce temps-ci, on parle beaucoup de ceux qui ont à supporter le fardeau de l’entretien des écoles ; on parle des contribuables, de ceux qui paient les taxes et l’on dit ayec arrogance : Monseigneur L. P. A. Langevin et les prêtres ne paient pas de taxes ; s’ils payaient comme nov s ils ne seraient pas si exigeants : est-ce vrai cela ?

Eéponse. — Nous connaissons depuis longtemps ceux qui parlent ainsi ; plusieurs d’entre eux doivent leur instruction aux prêtres.

Pour toute réponse, je dirai que monseigneur L. P. A. Langevin a payé plus de cinq cents (500) piastres de taxes scolaires, l’an dernier, cinq cents piastres, remarquez bien. Yous n’avez qu’à dire à ceux qui se plaignent que le clergé ne donne rien, que, s’ils veulent seulement donner dix centins contre une piastre que monseigneur dépense chaque année pour l’instruction des enfants pauvres de son archidiocèse, nous nous offrons à payer toutes les dépenses d’une enquête faite par eux, et vous verrez

ce que c’est que le cœur d’un archevêque pour ses enfants

Il est pénible d’avoir à répondre à de telles calomnies. Les évêques et les prêtres qui ont fondé non pas des centaines, mais des milliers de maisons d’éducation, les évêques et les prêtres qui pourvoient aux dépenses de tant d’élèves, non-seulement dans nos collèges et nos couvents, mais dans chaque école de nos paroisses, sont accusés de ne pas payer pour l’éducation ! — Il faut être bien méchant pour parler ainsi.

Au Manitoba, les curés ont une ferme dont ils paient les taxes^j comme tout autre contribuable ; plus que cela, une ferme dont le revenu très souvent est employé à habiller les enfants pauvres, et à leur acheter des livres pour leur permettre d’aller à l’école.

Dans' les provinces de Québec, d’Ontario, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle- Ecosse et autres, ceux qui donnent le plus pour les écoles sont les évêques et les prêtres; et cela au su de tout le monde, même au su de ceux qui disent que les prêtres ne donnent rien pour l’éducation ; ils mentent effrontément et ils savent qu’à l’heure du jugement général, en face de l’univers entier, ceci leur

— Mi-

sera reproché comme une noire calomnie et un odieux mensonge. Mais pour détruire l’influence du clergé, il y en a qui ne reculent pas même devant les menaces de l’enfer.

Question. — Les enfants par la nature, appartiennent à leurs parents ; et si les pères de famille catholiques veulent envoyer leurs enfants aux écoles sans Dieu, n’en ont-ils pas le droit ?

Réponse. — Je réponds de toute la force de mon âme, non, mille fois non, ils n’en ont pas le droit. — Il y a une vie infiniment plus précieuse que la vie de la nature, c’est la vie de la grâce. Un enfant baptisé appartient à Dieu qui l’a adopté, à Dieu qui veut lui donner en héritage des biens éternels. La première femme, Eve, disait en regardant son premier-né : j’ai possédé un homme par Dieu ; c’est de Dieu, l’Auteur de tous dons que vous possédez ces enfants ; Dieu ne veut pas seulement que vous les fassiez baptiser — ce n’est là qu’un de vos devoirs, amis lecteurs — le devoir de les élever suivant leurs promesses du baptême vous oblige tout autant que celui de les faire baptiser ; Dieu veut que vous les

envoyiez à une école où le professeur leur parlera de Lui.

Dieu parle non seulement au ciel mais sur la terre où il a des représentants et les parents chrétiens n'ont pas le droit de lui désobéir.

Si vos enfants n’étaient sur la terre que pour manger, boire et dormir, s’ils n’avaient pas d’âme, vous pourriez pendant cinq heures par' jour, les confier à des instituteurs qui ont ordre de ne jamais parler du bon Dieu, mais vos enfants ont une âme, et l’église catholique veut que cette âme soit sauvée, et elle connaît mieux que nous ce qui est dangereux pour leur salut ou ce qui ne l’est pas... Malheur à ceux qui croient en connaître plus long qu’Elle : leurs enfants, par la peine qu’ils causeront plus tard à ces parents rebelles, se chargeront de la venger.

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