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il serait à souhaiter que, sous ce rapport, plus d’un blanc de nos grandes villes fût sauvage.
À 7 h. nous laissons l’Ottawa sur la droite, et nous continuons notre route dans une baie du lac des Quinze; elle peut avoir quatre lieues de long sur cinq milles de large. Jamais de ma vie je n'ai vu plus belle soirée. L'air est calme, le temps est frais ; le soleil se couche en colorant d’or et de pourpre les quelques nuages qui flottent à l’horizon, au-dessus de nos têtes le ciel est d'azur; il souffle une toute petite brise qui se joue dans nos cheveux et fait flotter nos pavillons; cependant les eaux du lac sont unies comme un miroir, le canot glisse, vole sur la surface liquide ; au loin, tout à l’entour, les arbres semblent se confondre avec les ondes et forment une ceinture de verdure sombre. Personne ne parle, nous n’entendons que le bruit cadencé des avirons. Couchés au fond de nos canots, nous nous délassons des fatigues du jour, nous contemplons, nous méditons. Pour moi, plongé dans une douce rêverie, je me disais: Que Dieu est grand et que ses œuvres sont admirables! La hache de l’homme n’a jamais dévasté ces forêts, je vois cette grande nature telle que la vit Cartier quandil aborda pour la première fois sur nos rives.
Que ne puis-je rester longtemps dans ces solitudes, loin de tout travail pénible, loin des hommes et de leurs discussions acerbes. Ici l'esprit se repose et jouit. — Grare ! gare! gare! crie l’homme de l'avant; nous abordons sur une grève de sable jaune.
La nuit fut aussi belle que le jour. Pendant
que nos hommes étaient à préparer les tentes,
j'allai m’asseoir, pour réciter mon chapelet, sur le sommet d’un énorme rocher. La lune laissait tomber sur le lac une longue trainée d’argent ; le silence m'enveloppait de toutes parts, je n’entendais que le bruissement des feuilles dans la forêt, que le clapotis de la vague sur le rivage; puis bientôt monta vers le ciel la voix douce et sonore des sauvages qui soupiraient leur cantique avant la prière du soir. J’allai me coucher le cœur enivré de suavité et mon sommeil fut rempli de rêves couleur de rose.
Le lendemain le charme n'était pas fini.
Nous partimes à quatre h. L'air était pur, frais et délicieux, l'aurore empourprait l’orient, aux lueurs d’un demi-jour incertain les îles semblaient sortir du sein des eaux; les herbes et le feuillage imprégnés de la rosée du matin nous envoyaient leurs exhalaisons embaumées.
Enfin le soleil se leva radieux comme un roi sur son trône et laissa tomber sur nous des flots de lumière et de chaleur.
À 7 h. nous abordions à un rocher nu, sec et aride. Monseigneur était à jeun ; il tenait à dire la messe ce jour-là, qui est l’anniversaire de sa première communion et de sa confirmation ; de plus l'Eglise célébrait la fête si touchante de Notre-Dame des Neiges. Une tente est dressée sur le galet, la messe ne peut se dire en plein air, le vent éteindrait les lumières. Nous nous découvrons, nous tombons à genoux, les sauvages récitent des prières à haute voix, ils jettent dans les airs les notes joyeuses de leurs plus beaux cantiques, pendant que l’évêque, au fond de la tente, murmure les paroles du saint sacrifice ; comme autrefois le grand-prêtre
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dans les mystères et le secret du sanctuaire, Monseigneur est presque entièrement caché à nos regards. C’est bien dans une semblable circonstance que l’on peut dire que nous adorons notre Dieu en esprit et en vérité; son temple est ce vaste univers qui est l'ouvrage de ses mains; le soleil en est la lumière et le flambeau ; il a tendu les cieux au-dessus de nos têtes comme un pavillon; et en ce moment les décors de son autel sont ces eaux argentines qui baignent les pieds de ce rocher; ces iles verdoyantes qui nous environnent, et làbas ces immenses forêts qui ferment l'horizon et forment le fond de ce sublime tableau.
Transporté par ces beautés de la terre et du ciel, j'ai oublié de vous dire que vers 6 h. nous étions passés, au moyen d’un portage, du lac des Quinze dans le lac Barrière. À 10 h. nous entrons dans la rivière Ennuyante. Certainement celui qui l’a baptisée de ce nom a péché par calomnie; car cette belle petite rivière, large d'environ cent pieds, serpente à travers une épaisse forêt d’épinettes et de cèdres odorants dont les pieds baignent dans l’eau profonde ; et pendant environ deux lieues nous naviguons entre deux hautes murailles de feuillage et de verdure. Le ciel nous apparaît audessus de nos têtes, large d’une aune. Du reste l'ennui se serait-il présenté que M. Rankin l’aurait chassé de suite en sortant de son sac à tout mettre quantité de journaux de toute sorte, le Gobe, le Scientific Journal, le Canadian Illustrated News, etc., et n'avais-je pas pour me défendre contre l'ennemi la Biographie de Mgr Plessis par l'abbé Ferland ?
À midi nous entrâmes dans le lac Long. En effet il n’est pas très large, mais il mérite bien son nom, il est long, très long, surtout quand on le traverse dans toute sa longueur par une pluie battante. Les côtes en sont hautes, ce ne sont pourtant pas des montagnes, il n’y en a plus dans ce pays-ci ; elles s'élèvent en amphithéâtre, au bas croissent des bouleaux et des trembles au feuillage d’un vert tendre; plus haut, en arrivant au sommet, domine une rangée d’épinettes et de cyprès au feuillage sombre. Nous étions à admirer ce mélange et cette disposition de couleur et de verdure, lorsque tout à coup les nuages crevèrent et laissèrent tomber sur nos têtes une pluie fine et glacée qui eut bientôt refroidi notre admiration. Il plut jusqu'au soir ; cependant nous n’eûmes pas trop à souffrir, nous avions un grand prélart, long de vingt-deux verges, qui couvrait en même temps nos bagages et nos personnes jasqu’au cou ; la tête se trouvait à l’abri du mauvais temps sous le parapluie ; même je mis la mienne, avec les coffres, sous le prélart, et je m'endormis bercé dans mon canot comme l’enfant dans son berceau.
Ce prélart bienfaisant était une nouvelle faveur de M. Rankin. Ce bourgeois est un chief factor, c’est-à-dire un des dix qui forment dans le pays le conseil du gouverneur de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Il a gagné ses épaudettes à force de travail, de persévérance et d'énergie. Il est très agréable par sa conversation, ses histoires et ses chansons. Pour les reparties il n’y a que Monseigneur qui peut lui tenir tête, depuis longtemps j'ai jeté ma langue
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aux chiens et j'ai abandonné la partie. Ce monsieur connaît tous les missionnaires depuis le Labrador jusqu'au lac Supérieur, plusieurs même sont ses amis intimes, Certainement le plaisir d’avoir passé plusieurs jours en sa compagnie restera un des plus beaux souvenirs de notre voyage.
Après avoir fait un portage dans la boue (ce qui n’est pas plaisant surtout pour ceux qui ont perdu leurs claques, et devinez qui a pu perdre les siennes ?), après avoir traversé un petit lac aux eaux blanchâtres, appelé le lac des Vases, nous arrivons à la hauteur des terres où nous campons un pied dans la province de Québec, l’autre dans le territoire du Nord- Ouest.
Il fait froid, il pleut toujours, les maringouins sont enragés, les brulots brûlent, l'herbe est trempée de rosée, la terre est humide et les pieds aussi ; il faut faire de la boucane pour chasser ces chiens de maringouins, nous étouffons dans la fumée, en vérité ce n’est pas encourageant d'aller se mettre au lit dans cet état. Heureusement que la bonne humeur a résisté au mauvais temps. “ Nous devons être heureux, disait Monseigneur, de souffrir quelque peu, afin de mieux comprendre quelles sont les misères et aussi quel est le mérite de ces pauvres missionnaires qui passent leur vie dans ces pénibles voyages.” Le lendemain samedi, de gros nuages noirs nous menaçaient de nouvelles ondées: mais le soleil levant les eut bientôt dissipés, il réchauffa l’atmosphère et nous donna un jour fait à souhait, dont nous jouimes d'autant plus que nous avions
craint la pluie davantage. Nous étions comme ce malade qui, après s’être tordu dans les douleurs de la colique disait: “Oh! que j'aime cela, les coliques, moi; oh ! que j'aime cela ! — Eh ! pourquoi donc ? — On est si bien quand elles sont passées.
Samedi, à 5 h. a. m. portage de la hauteur des terres. De m'’entendre énumérer tous ces portages, vous êtes peut-être plus fatigué que nous l’étions nous-mêmes à les faire. Voyons, allons, courage, je vais vous les énumérer tous d'un seul coup, et ce sera fini. À cinq h. nous traversons un lac dont le nom est inconnu aux rameurs de notre canot; à 7 h. nous entrons dans larivière Serpent, qui déroule ses méandres à travers les joncs et les roseaux ; à 8 h. nous voguons sur le lac des îles; à 10 h., par deux portages, nous arrivons à une rivière d’un arpent de large, qui nous conduit vers midi au lac Okotegami ; à 4 h. p. m., nous sautons du lac Okotegami, par le portage de la danse, dans une rivière qui porte ses eaux au lac Abbitibi, le terme de notre voyage.
Le lac des Iles est on ne peut plus pittoresque : à chaque pas le paysage change, vous découvrez de nouveaux chenaux, la vue s'étend, s'élargit, se rétrécit, vous diriez une toile aux couleurs et aux dessins variés qu’on déroule suus vos yeux. Voyez là-bas ces îlots tantôt plus grands, tantôt plus petits, à la forme ronde, couverts d’un bois verdoyant; voyez ces cyprès, qui çà et là élèvent au-dessus des autres arbres leurs têtes coniques, ne dirait-on pas autant de flèches hardies, de clochetons
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gothiques ? Ne dirait-on pas, transportées comme par enchantement dans ces déserts, des
églises du moyen-àge, de nouvelles cathédrales de Milan ?
Le lac Okotegami est une belle nappe d’eau de trois à quatre lieues de long sur une couple de large, autant du moins que les îles permettent d’en juger. Un assez fort vent soufflait de l'avant, la houle était grosse, de longues vagues à la crête blanchissante battaient les flancs de l’esquif, le canot léger dansait sur les flots : quel plaisir, quand il n’y a pas de danger, de se sentir ainsi balancer au-dessus de l’abime!
La rivière qui conduit au lac Abbitibi est large, droite, bien boisée. Voyez-vous à l’entrée du lac cette armée de canots et cette forêt de pavillons: c’est la nation tout entière des sauvages Abbitibis qui vient au-devant de Sa Grandeur. Mais je vous relaterai cette réception dans ma prochaine missive ; ilse fait déjà tard et cette lettre doit partir demain matin par M. Rankin qui s’en retourne de suite à Témiscamingue. Nous ne partirons d'ici que mercredi. Nous sommes tous en bonne santé.
J'ai oublié de vous dire ce qui est arrivé à M. Robert sur le lac Barrière. En dormant, il a cogné un clou en dehors du canot, et son chapeau est tombé à l’eau; vite le petit bateau à vapeur a viré de bord, et l’on a pu pêcher ce pauvre couvre-chef avant qn'il eût complètement sombré. Nous avons plusieurs aventures de ce genre que je vous raconterai de vive voix: l’histoire d’une certaine claque,
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rovez que je demeure toujours vicaire, votre très humble et très dévoué ser-
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Le jour du départ. — Une marche triomphale. — Le fort et la chapelle, — Entrée épiscopale. — M. Henderson et deux serviteurs de la Compagnie. — Les sauvages à l’église. — Les sauvages sous la tente, — Une messe pontificale avec sermon en algonquin, — Une procession du saint Sacrement. —- Une Madeleine dans les bois. — Un sermon pour les protestants. — Le sacrement de confirmation. — Une noce. — Détails historiques, — Le temps de la mission. — Le pays de chasse, — Sacritices et bonheur du missionnaire.
Abbitibi, 9 août 1881.
MONSIEUR LE GRAND-VICAIRE
Nous quittons Abbitibi une journée plus tôt que je vous l'avais annoncé dans ma dernière lettre. Nous partons aujourd’hui mardi, 9 août, à deux heures après-midi, et nous devrons nous trouver à Témiscamingue samedi soir.
Je reprends le fil de ma narration là où je l'ai interrompu. Donc toute une flotte de canots d’écorce nous attend à l’entrée du lac; il y en a une cinquantaine, montés par plus de deux cents sauvages ; à l'avant et à l’arrière de chaque canot s’agitent, à l'extrémité de longues perches, des pavillons de toutes grandeurs et
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1: de toutes couleurs. Dans ce pays, pas de fête | complète si on ne brüle quelques livres de poudre; en conséquence, Monseigneur est sa- | lué par des décharges cent fois répétées. Le ai Rév. P. Nédelec et le bourgeois du fort, M. | | Henderson, serrent la main à Sa Grandeur, et nous prenons le chemin de la mission, à petits | coups d’aviron, dans une marche lente et ma- Ë jestueuse, Tous les esquifs s’avancent de front | 14 comme des soldats alig'iés pour l'exercice, au- | | cune pince n’empiète &.r sa voisine, seulement (il le canot amiral, celui de l’évêque, en marque d'honneur, a le pas sur les autres d’une dizaine de pieds. Les squaws et leurs jeunes filles manient l’aviron comme les hommes. Tout près Fh. de nous un enfant de deux ans était attaché k . par des lacets sur sa planche ; pour l'empêcher | de pleurer, sa mère lui avait mis dans les mains un petit aviron d’un pied et demi, et le mar- | LUE mot nageait tout joyeux dans l’intérieur du fl canot. Chez nous on amuse les enfants avec fl | des petits chevaux et des poupées, ici avec des NP avirons, c'est bien là ce qu’on peut appeler de
“ la couleur locale.
| Nous avons une demi-lieue pour nous renè | dre à destination, et de loin, nous apercevons | près des eaux, sur une presqu'île qui s’avance Ds dans le lac, la chapelle dont le clocher en fer- | blanc brille aux rayons du soleil, et le fort de ! la Compagnie de la baie d'Hudson. La maison du bourgeois est une habitation bien conve- AL nable, avec une galerie sur le front, à demi {l cachée derrière une rangée de trembles plantés | avec symétrie ; devant la porte principale se jai. trouve un jardin où l’on voit oignons, navets,
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choux de siam et gadeliers avec leurs grappes en maturité ; à coté se trouvent six grands bâtiments qui servent de magasin, de hangars et de logements pour les employés de la compagnie. À trois arpents de là trône la chapelle, sur une élévation qui domine le fort; on y arrive par une montée rapide et les galets, par leurs couches superposées, servent comme de marches naturelles. Elle a 42 pieds sur 20, et à l'arrière est accolée une petite sacristie dont le missionnaire fait sa résidence pendant les jours de la mission. Au-dessus du fort, en signe de réjouissance, flotte le pavillon anglais, ce drapeau rouge que le commerce et la puissance britanniques promènent par toute la terre, rule Britannia over land and over seas ; devant la chapelle flotte le drapeau français, cet antique protecteur du droit et de la faiblesse, dont la mission est de monter la garde aux portes du Vatican. Hélas! que les temps sont changés!
mais espérons que bientôt reviendront des jours meilleurs.
Pendant que je me perds dans mes descriptions le canot a filé ses nœuds et nous voici arrivés au quai de la compagnie. Monseigneur revêt la magna cappa, et, comme c’est la première fois qu’il visite cette mission, il s’'avance sous un dais préparé pour la circonstance ; le chemin est bordé de balises; les sauvages, après avoir sauté sur la grève, courent s’agenouiller sur le passage de Sa Grandeur, puis ils suivent en procession, chacun portant sa bannière ou son pavillon. Le Rév. Père Nédelec attend avec l’eau bénite à la porte de l’église, et Sa Grandeur fait son entrée solennelle au chant du 7e
Deum, selon toutes les cérémonies prescrites au Rituel Romain. Le petit temple est pimpant de propreté, des branches de sapin le tapissent à l'extérieur, et l’intérieur est orné de guirlandes de verdure qui courent sur les murailles. Pour un endroit si éloigné au fond des bois, je puis dire sans exagération que c’est un petit bijou; la voûte, toute neuve, est en planche d’épinette, la nef est séparée par deux rangées de colonnes, les fenêtres en ogive ont leurs vitraux de couleur, l’autel est paré de jolis bouquets artificiels, et le petit clocher possède sa cloche, dont la voix argentine, répétée par les échos sur les eaux tranquilles du lac et dans la solitude des forêts profondes, appelle pieusement à la prière.
Nous avons nos appartements à la maison du bourgeois, Monseigneur, M. Robert et moi; les deux Pères Oblats couchent à la sacristie, mais ils viennent prendre leurs repas avec nous. M. Henderson s’est montre d’une politesse qu'on ne peut surpasser. Sa maison et sa table ont été mises à la disposition de l’évêque et de sa suite. Un quai considérable et dispendieux avait été construit à l’occasion de la visite épiscopale, et pour aller au-devant de Sa Grandeur le grand canot de la compagnie avait revêtu une toilette toute fraîche. Depuis trois jours c’est grande fête au fort, et pour leur permettre d'assister aux offices religieux, on donna congé à tous les employés. Parmi ces serviteurs de la compagnie on remarque un vieux canadien de Sorel, au type antique, du nom d’Aubichon, qui est dans ce pays depuis quarantecinq ans; il pleuraït de joie en s’agenouillant
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aux pieds de Monseigneur. Je dois mentionner aussi M. Miller, garde-magasin, homme de confiance, tout à fait dévoué aux intérêts de la mission.
Lundi, après souper, vers 8 heures, Monseigneur alla présider la prière du soir, ce qu’il avait fait aussi dimanche et samedi. Les sauvages commencent par chanter un cantique, ils disent le chapelet, ils finissent par un ou deux cantiques. Ils aiment à chanter, et ils chantent bien. Les hommes et les femmes, assis les uns du côté de l’évangile et les autres du côté de l’épître, alternent à tour de rôle. La plupart ont à la main leur livre de prières, ils savent tous lire, à l'exception de quelques vieillards. Ces sauvages sont habillés à l’européenne, la seule différence qu'il y a dans leur costume avec celui des gens de nos campagnes, c'est que les femmes, en général, se recouvrent la tête d’un mouchoir. Ils sont habillés proprement, on n’en voit point en haïillons. Ils se tiennent bien dans l’église, et leur maintien plein de respect indique assez qu’ils comprennent ce qu'est le temple du Seigneur.
Il y a 371 sauvages attachés à cette mission, ils sont présents pour la plupart ; quelques-uns cependant ont dû rester au fond des bois, dans leur pays de chasse et de pêche, faute de vivres pour faire le voyage. La paroisse est grande, plusieurs centaines de milles carrés, et il n’est pas facile à un moment donné de rassembler tous les paroïssiens,
Les sauvages sont campés sur la grève entre le fort et l’église ; ils ont dressé leurs tentes de toile blanche cà et là, sans ordre; les canots
1] mée des Hellènes qui, après avoir tiré ses carènes sur la plage troyenne, est assise sous les murs d’Ilion. L'habitation n’est pas grande, huit pieds sur huit; le ménage n’est pas consi- | dérable, un coffre, quelques couvertes, une 1 poële, une marmite; rien de plus commode
| Pl {l (1: | , . CE | | 1 sont renversés sur le rivage ; vous diriez l’ar- (l jf |
| | | quand il faut déménager ; dans un quart d’heure | un propriétaire a plié bagage et il emporte tout son avoir au fond de son canot. Quand il veut | se passer de toutes les superfluités des cou- À tumes et de la civilisation, c’est extraordinaire comme l’homme peut vivre de peu. Comme ces jours-ci sont des jours de repos complet, ju sans travail, ni pêche, ni chasse, il est intéresaie | sant de considérer à la porte de leur tente les ne femmes qui jasent, les enfants qui jouent, et | les hommes qui fument leur pipe solennellement, heureux comme des rois sur leur trône,
| Je souhaiterais autant de tranquillité d'esprit 4 et de contentement de cœur au czar des deux à | Russies. Il Dimanche, à 10 h. a. m., il y eut messe ponti- | | ficale avec diacre, sous-diacre, prêtre assistant, nul maître de cérémonies. Vous pouvez vous imaqi di giner si ces pauvres enfants des bois ouvraient | | de grands yeux, la plupart n'avaient jamais vu d’évêque. La richesse des habits, l’éclat des |
QD bd bed = ne —…
| couleurs, la majesté des cérémonies, la magna qui cappa, la mitre, la crosse, tout les jetait dans Je l'admiration. Pendant la messe le peuple ne | chante en latin que la réponse au Dominus vo-
| biscum et, comme le disait un fort helléniste,
| le Æyrie eleison ; tout le reste, Gloria, Sanctus, Agnus Dei, se chante en sauvage. Immédiate-
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ment avant l'office, Monseigneur lut en algonquin son sermon d'entrée, il commençait en ces termes: ‘“ Ni nidjanisitok saiakienagok “ migwetch nin ina kige Manitou iki chawe- “ nimetch kitchi pi wabaminagok,” ce qui veut “ dire: Mes enfants que j'aime, merci je dis à * Dieu par qui j'ai été favorisé de venir vous voir.” Les sauvages ont bien compris Sa Grandeur, et ils étaient heureux d'entendre leur premier pasteur leur parler dans leur langue. Dans une circonstance semblable un sauvage se plaignait au Père en disant: ‘ Pourquoi Monseigneur ne nous parle-t-il pas hors de l'église, il est savant en sauvage. — Il sait lire, répond le Père, il ne sait pas parler.— Comment ça! moi, j'ai appris à parler avant que d’apprendre à lire.” Et il ne pouvait comprendre
coment on peut lire une langue qu'on ne
sait pas.
Dans l’après-midi, à 3 h., il y eut procession solennelle du saint Sacrement. Un reposoir avait été préparé avec des branches de sapin dans une prairie à quelques arpents de la chapelle. La bannière de la sainte Vierge marche en tête; suivent sur deux lignes les femmes, les petits garçons, puis les hommes; vient ensuite sous le dais le saint Sacrement porté par Monseigneur ; de chaque côté du daïis marche une escouade de soldats improvisés qui de temps en temps nous assourdissent de leurs détonations. Au reposoir le Tantum ergo est chanté en sauvage, on revient par le même chemin. Certainement le Rév. Père avait raison de l’ordre et de la décence qui avaient régné pendant toute la cérémonie.
La procession fait époque dans la vie du sauvage, il y tient, sans elle la mission ne serait pas complète, Tout le monde y assiste. Cette fois une femme paralysée de ses jambes, pour ne pas y manquer, était portée sur le dos de son mari ; le spectacle pouvait paraître un peu comique, mais il n’en était pas moins édifiant. Cette pauvre femme demandait sans doute pardon de ses peccadilles passées. Elle avait été sorcière, et encore sorcière de première force, puisque, tout infirme qu'elle était, elle réussit à ensorceler un jeune homme qui l’épousa. Elle ne s’en tint pas là ; elle persuada à son beau-frère, plus jeune qu’elle d’une vingtaine d'années, de l'enlever dans toute la force du terme, puisqu'il lui fallut la dérober sur ses épaules; et pendant des années, hiver et été, il la porta comme sa croix à travers les rochers et les forêts. La mort du premier mari est venue rétablir les choses dans leur ordre, et depuis l’ancienne sorcière mène une vie tout à fait édifiante. C’est bien à de tels époux que s'applique cette parole du maréchal de Saxe qui disait: “Je soutiens qu’il n’y a que six sacrements, car tout le monde doit savoir que le mariage et la pénitence n’en font qu'un.”
Dimanche soir, à la prière, les protestants firent demander à Monseigneur s’il voulait bien leur donner une instruction en anglais.
Sa Grandeur le fit volontiers et en termes on ne peut plus heureux. Elle expliqua cette vérité, que c’est Jésus-Christ qui nous instruit, il le fait par les saintes Ecritures ; mais, comme le dit saint Jean, tout n’est pas dans l’Ecriture, Jésus nous instruit encore par la tradition; et
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c'est l'Eglise qui, de même qu’elle nous conserve les livres saints, nous transmet la tradition pure et intacte.
Lundi et mardi matin, à la messe de 7. h.
Monseigneur donne la confirmation. Avant et après la cérémonie, au milieu d’un profond silence et de l'attention la plus grande, il fait les remarques de circonstance en lisant son masanaigon, c’est-à-dire son papier. Quatrevingt-dix sauvages reçoivent avec piété le sacrement qui fait les forts ; la plupart sont des personnes d’un certain âge, ou des vieillards. Car, en général, ici les enfants ne font pas, comme chez nous, leur première communion à dix ou onze ans; leur intelligence ne s'ouvre que plus tard aux choses d’en haut, ils n’ont pas d'occasions fréquentes de s’instruire, et le missionnaire, avant de les admettre à la table sainte, doit leur laisser le temps de former leur vie aux habitudes chrétiennes. Cependant il est à remarquer que dans cette mission il n’y a plus un seul infidèle.
Lundi après-midi, Monseigneur fait une visite dans toutes les tentes ; partout on le reçoit à genoux, avec les plus grandes marques de respect et de contentement. Pendant ces trois jours, chaque fois que Sa Grandeur se rendait à la chapelle ou en revenait, il était édifiant de voir grand nombre de sauvages se précipiter sur son passage et s’agenouiller pour recevoir sa bénédiction, ils ne se relevaient qu'après avoir fait un grand signe de croix. À ceux qui ont été confirmés le matin ou qui doivent l'être le lendemain, Monseigneur donne un chapelet, aux petits garçons une médaille, et une image
aux petites filles. Il fallait voir si ces pauvres gens étaient contents et de la visite et du présent ; de toutes les bouches on entendait mig-welch, migwetch : merci, merci. Le lendemain tous les petits garçons que nous rencontrâmes portaient leur médaille suspendue au cou.
Le dernier exercice de la mission, ce matin, a été une grand'messe de requiem, suivie de la visite à la paroisse des morts, au cimetière. Le ciel est sombre, l'herbe est humide, le vent gémit. Oui, dormez en repos, cendres des ancêtres, pendant que vos enfants se disperseront dans les bois. Onze mois durant, vous n’entendrez que le silence, aucun pas ne passera sur vos têtes, personne ne s’agenouillera sur vos tombeaux. Que vos os reposent en paix! KRequiescant in pace.
Pendant notre séjour ici, il s’est fait quatre baptêmes et deux mariages. Il y aura noce ce soir. Deux sauvages sont venus demander au bourgeois s’il avancerait à crédit les vivres nécessaires pour faire fricot; sur sa réponse affirmative ils sont allés de tente en tente demander à chaque chef de famille ce qu'il fournirait pour le repas. L'un a promis une loutre, l’autre une martre, un autre un castor, etc. De plus, ce soir, paraît-il, outre que la marmite bouillira, il y aura ximiwin, c'est-à-dire grand bal. Les sauvages ne dansent plus la guerre ni la médecine ; mais, quand l’occasion s’en présente, comme plus d’un Canadien, ils ne dédaignent pas de danser la noce. Cependant depuis qu'ils sont chrétiens, leurs danses son devenues simples et modestes; et, ce qui ne
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parle pas peu en leur faveur, ils ne connaissent ni la valse ni la polka.
Cette mission d’Abbitibi doit remonter bien haut ; sans doute elle a vu dans ses commencements les anciens pères Jésuites. Après la conquête, elle a été visitée par les Messieurs de Saint-Sulpice ; M. Bellefeuille y est venu le premier en 1837 et 1838. Depuis, M. Poiré et le défunt grand vicaire Moreau ont poussé leurs courses apostoliques jusqu'ici. On voit avec plaisir le portrait de ce dernier appendu aux murs de la sacristie. Les Rév. Pères Oblats se sont chargés de la mission en 1844; cette année-là, Abbitibi vit le Père Laverlochère, ce vétéran des missionnaires de la Baie d'Hudson. Il ne trouva ici absolument aucun édifice religieux. Le cahier des baptèmes, mariages et sépultures porte les signatures des RR. PP.
Déléage, Pian, Lebret, Guéguen et Nédelec.
Le P. Nédelec est le missionnaire actuel de ce poste, il le visite depuis treize ans ; c’est un apôtre plein de zèle, d'activité et de mouvement. L'été il se rend à Abbitibi et descend jusqu’à Albany sur la Baie d'Hudson à environ quatre cents milles plus au nord, et l'hiver il fait les missions des chantiers. Il aime ses sauvages et il pousse loin pour eux sa charité et sa condescendance. Il ne veut pas qu'on les gronde. “Avec des reproches, dit-il, on n’en fait rien de bon. Le sauvage, tout sournois et rancunier qu'il soit, ne connaît pas l’impatience et elle lui déplaît fort chez les blancs. Au con-
raire on le relève et on le soutient avec de bonnes paroles et du sucre.”
[it ° Tous les printemps, au commencement de Al 1 juin, les sauvages d’Abbitibi sortent de leurs [il | 14 bois et viennent au Fort de la Compagnie venpag dre leurs pelleteries, c’est le temps de la mission. Ils restent campés autour de la chapelle | pendant une quinzaine de jours, et ils y resteraient volontiers plus longtemps si le mission- | | | |
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naire n’était appelé ailleurs pour porter les mêmes secours spirituels à une autre partie de son troupeau. Ce sont pour lui quinze jours | d'un travail incessant. Il s’agit d'entendre les [ii 4 confessions, de catéchiser les enfants, d’instruire Il ; les adultes, de faire les baptèines, de bénir les | | mariages, d'enseigner à lire et à chanter: pas fl de repos ni le jour ni la nuit.
Après ces deux semaines d'exercices spirituels, fortifiés par la parole de Dieu et le pain eucharistique, les sauvages reprennent le chemin de leur pays de chasse. Ils ont en propriété chacun leur part de la forêt sur une éten- “ due de dix milles, de vingt milles, de quarante milles carrés ; ils sont familiers avec les limites
| de leurs domaines respectifs comme un habitant
| de nos campagnes connait les lignes de sa
| ferme. La pêche, la chasse aux bêtes errantes et voyageuses comme l'orignal et le caribou, | enfin toute chasse nécessaire pour le soutien ‘1 de l’existence, sont libres rartout; mais pour 1 la chasse des pelleteries précieuses, comme | celle des castors, des martres, des visons qui cherchent et trouvent leur vie dans un rayon
assez circonscrit, personne ne doit empiéter 15 sur le terrain de ses voisins. Après qu'ils ont | satisfait aux exercices de la mission, les Pères
Lee,
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aiment mieux les voir dispersés dans la forêt que réunis en village. Ils vivent tranquilles, seuls avec leurs familles dans leurs wigwams, et par cet isolement ils échappent à bien des périls, surtout aux excès de l’ivrognerie et aux fréquentations dangereuses. Vraiment Dieu a pour ces sauvages fidèles des grâces toutes spéciales ; il est étonnant que n'ayant l’occasion de voir le missionnaire qu'une seule fois par année, ils puissent se conserver aussi bien dans la foi et ia pratique du bien. La prière du cœur simple et humble pénètre les nues. Le divin Pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent, il les conduit dans de gras pâturages.
C’est bien ici, sur le théâtre même de leurs travaux, que l’on comprend mieux les sacrifices qu'ont à faire ces courageux missionnaires.
Voyager par tous les temps pendant des mois entiers, recevoir sur les épaules les pluies d'orage et ia fureur des tempêtes, marcher tout le jour avec des habits mouillés de part en part, dormir sur la terre humide durant les nuits froides du printemps et de l'automne, être exposé à la voracité d'une nuée de maringouins dévorants, faire de rudes portages à travers les montagnes ou bien jusqu'aux genoux dans l’eau glacée, vivre seul, pendant la plus grande partie de l’année loin de la société de ses frères ; voilà quelques-unes des privations et des souffrances qu'entraîne après elle la vie apostolique dans ces forêts.
Cependant, malgré tout, le missionnaire paraît joyeux, content, heureux ; c'est que le bon-
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heur a sa source, non dans les jouissances extérieurcs, mais dans la paix du cœur et le repos de la conscience. Les hommes ont été rachetés au prix des souffrances et du sang d’un Dieu ; les apôtres ont converti le monde par leurs labeurs et leur martyre ; dans l’économie de la Providence rien n’est changé. Aujourd'hui encore il n’y a que les sacrifices, les souffrances et la mort aux douceurs de ce monde, qui puissent amener les peuples infidèles des ténèbres de leurs erreurs aux lumières de la foi.
Sur ce, je me tais et demeure comme toujours avec le plus profond respect, M. le Grand-vicaire, votre très dévoué et très obéissant serviteur.
D’ABBITIBI A TÉMISCAMINGUE.
Un foyer de famille.— Une promenade d'amateurs.— Adieux aux Wi nidjanisilok.—Une épitre sur écorce de boulean.—Une chasse à l'ours. — Abbitibi mullon.—Agréments du voyage. — Limites de la Province. — Le royaume du pin bianc. — La patrie des caribous et celle des orignaux.—Une soirée poétique.—Notre bibliothèque.—Un pays de colonisation. — Au Nord! — La forteresse de notre nationalité. — Steamship ‘Chasseur.’ — Le serpent de Virgile.—Les habitants de la solitude.—Une visite de brûlots, — Une beile région agricole. — La Rivière Blanche et la Rivière du Diable. — Une tempête en miniature. — Une procession.
Témiscamingue, 14 août 1881.
MONSIEUR LE GRAND-VICAIRE
Nous voici de retour au grand Témiscamingue, en bonne compagnie, en plein petit Canada ; car nous trouvons ici réunis cinq Pères et cinq Frères de l* société des Oblats de Marie Immaculée.
Des circonstances incontrôlables ont exigé quatre jours pour revenir, au lieu de trois que nous avions pris pour aller, ce qui a fait de notre voyage d'Abbitibi à Témiscamingue une vrai promenade d'amateurs.
Mardi, à 2 h. p. m., Monseigneur se rendit à la chapelle et fit ses adieux à ses enfants qu’il aime beaucoup, Ni nidjanisitok. Nous récitons l'itinéraire pour attirer sur nous le regard de Dieu et la protection des anges ; puis après avoir salué le bourgeois, les employés de la compagnie et tous les sauvages réunis sur la grève, nous descendons dans le Sfella qui se balance sur la vague. Deux coups d’aviron nous poussent au large, et nous partons en agitant nos chapeaux comme signe d'adieu, au bruit des échos et des tonnerres qui répètent cinquante décharges de fusil. Oui, adieu ! bons sauvages ; contents, heureux de la visite de votre évêque, fortifiés par les dons du Saint- Esprit, retournez dans vos pays de chasse, et que, au premier printemps, la prochaine mission vous retrouve réunis autour de votre mékatéokonaié, autour de votre Robe noire, dans l'enceinte de votre jolie chapelle.
Notre canot partait seul, M. Rankin avait dû retourner dès lundi matin. À 5 h., nous étions arrivés au portage de la Danse. En mettant le pied sur le rivage, nous apercevons une patte d'ours, encore toute fraiche, fixée à l’extrémité d'un bâton avec une écorce de bouleau sur laquelle il est écrit “M. Rankin a tué un ours. À tous ceux que les présentes regardent, avis est donné de faire attention à l’autre côté du portage.”
En effet, comme nous l’apprîmes plus tard, en arrivant à l'embouchure de la rivière, M.
Rankin et ses hommes aperçurent un ours qui
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se détachait du rivage, ayant entrepris de traverser à la nage sur la rive opposée. Ils le laissèrent s'engager dans le courant assez loin pour que la retraite lui devint impossible, puis ils se dirigèrent sur lui à force d’avirons.
L'ours rebroussa chemin, mais quand il se vit serré de trop près, il se retourna, et, la gueule béante, les yeux en feu, de sa grosse main il essayait de saisir le canot pour le renverser. Les hommes le tenaient à distance et en respect à grands coups de hache sur les pattes et sur la tête ; à la fin, avec un couteau attaché au bout d’une longue perche, M. Rankin lui porta au cœur un coup mortel. La pauvre bête, vomissant des flots de sang par les narines gagna le rivage, pour aller expirer à quelques arpents dans les broussailles. Quelles émotions nouvelles, fortes et profondes on doit éprouver dans une semblable lutte ! cependant, je vous l’avouerai franchement, je n'ai point regretté de n'avoir pas rencontré d'ours.
De l’autre côté du portage se trouvait à l’adresse de Monseigneur une lettre sur papier, cachetée dans une enveloppe en écorce ; elle était conçue en ces termes : “A Sa Grandeur Monseigneur Duhamel, Portage de la Danse.
M. Rankin présente ses compliments à Sa Grandeur et au parti épiscopal ; il espère qu'ils voudront bien accepter l’humble offrande d'un compagnon de voyage. Bon mouton d’'Abbitibi.” Soigneusement déposés sur des écorces de bouleau, sous un abri de feuillage, nous trouvâmes deux gros quartiers de ce mouton d’un nouveau genre qui, pour les repas
suivants, fournit à notre cuisine des grillades succulentes et d’excellent bouilli.
Pour revenir d’Abbitibi, comme pour y aller, ce sont dans le voyage les mêmes charmes et les mêmes agréments. Canot qui glisse léger sur la surface des eaux, conversations agréables, réflexions plus ou moins philosophiques, discussions sur un point de théologie, lectures distrayantes, récitation du saint office sous le regard de Dieu au sein d’une grande nature, flots de lumière versés par un soleil prodigue, vastes nappes d'eau sur ces lacs aux rivages lointains, rivières capricicuses, saults blanchissants d’écume, îles pittoresques, rochers aux formes bizarres, côtes découpées en dentelle de verdure ; air délicieux, fraîches matinées, souffle de la bise, journées chaudes et vivifiantes, exhalaisons embaumées des cèdres et des sapins odorants, repas champètres sur les pierres du rivage ; courses effrénées dans les bouillons irrités des rapides, marches à l’ombre sous une voûte de feuillage dans une route facile ou par un sentier abrupt ; soirées calmes et tranquilles, silence des bois profonds, ciel brillant d'étoiles, lune qui reluit sur le miroir des grands lacs, tableaux mystérieux, arbres altiers qui mirent leurs têtes superbes dans les eaux transparentes, feu qui pétille à travers les ombres, chant pieux des cantiques et prières du soir, échos sonores qui chantent et prient avec nous, sommeil au grand air, quelquefois gouttelettes de pluie qui tombent monotones sur la toile de la tente pendant que vous reposez chaudement enveloppé dans vos cou-
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vertes ; enfin, partout, dans le ciel, sur la terre et sur l'onde, c’est une réunion, une variété d'incidents et de beautés naturelles qui ré-
créent le regard, reposent l'esprit et réjouissent le cœur.
Nous filons toujours. La hauteur des terres, en cet endroit, se trouve être la limite entre la province de Québec et la province d’'Ontario, ou plutôt le territoire qu'Ontario prétend s’annexer. L'hiver dernier la ligne a été tirée par un parti d’arpenteurs envoyés conjointement
par les gouvernements des deux provinces sœurs.
Là aussi se termine le royaume du pin blanc qui règne en maître dans toute la vallée de l'Ottawa. De l’autre côté de la ligne, sur les bords du lac des Iles, du lac Okotegami et du lac Abbitibi, les arbres ont perdu de leur hauteur et de leur grosseur. On trouve bien encore ça et là des épinettes aux proportions considérables, mais elles font exception ; cependant il paraît que, au sud et à l’ouest du lac Abbitibi, sur une lisière de plus de cent milles, la forêt reprend sa richesse, son exubérance et sa vigueur.
À la hauteur des terres finit la patrie des orignaux pour faire place à celle des cariboux qui poussent leurs troupeaux voyageurs jusqu'aux glaciers de la mer du Nord. Le bon Dieu, qui a donné un pays à chaque peuple, semble avoir fixé son domaine propre à chaque race d’ami-
maux sauvages. Ila voulu que toute la terre fût habitée.
Nous arrivons jeudi, à 6 h. p. m., au lac des Quinze. Il est statué, paraît-il, que nous naviguerons sur ce beau lac, toujours dans une auréole de poésie, d’arc-en-ciel et de soleil couchant. La bise du soir, après les chaleurs de la journée, rafraîchissait nos fronts brülants, et notre canot dansait sur la lame. Il faisait bon, au sein de ces paysages enchanteurs, sous les reflets de cette douce lumière, de lire “ La descente des Iroquois dans l'ile d'Orléans.” “Le rêve d’une jeune Huronne” et quelques pages “ d'Evangéline.” La poésie de la nature donnait l'intelligence de l'inspiration et de l’enthousiasme qui échauffaient le cœur et l’imagination du poète dont nous lisons les vers harmonieux,
Je me suis vraiment applaudi de la bonne idée que j'ai eue de faire une trouée dans votre bibliothèque avant de partir. Nous avons “Tout pour Jésus,” par Faber ; “ Biographie de Mgr Plessis,” par Ferland ; “ Les Canadiens de l'Ouest,” par Tassé ; “ Les sociétés secrètes,” par Claudio Jannet ; “ Philosophie de l’histoire contemporaine,” par le P. Deschamps; “ Les libertés populaires au moyen-âge,” par Gruérin; “ Les plaidoyers de MM. Hamel et Lacoste en faveur de l’Université Laval ;” “ Fabiola,” par Wiseman ; “ En canot” par le juge Routhier, les ‘ Essais poétiques,” par Lemay, etc. Ces livres sont étalés sur le bagage dans le canot, il y en a pour tous les goûts. Rien d’agréable comme ces lectures de voyage, libres, noncha- Jantes, faites entre deux conversations, interrompues sans scrupule pour contempler une
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haute montagne qui porte sa tête dans les nuages, ou un lac immense aux rives inconnues.
Le sol autour du lac des Quinze, est uni, sans montagnes, sans rochers, tout à fait arable, il m'a paru d'excellente qualité ; les bois qu’il produit sont le pin blanc, l’épinette, le cèdre, le sapin, le tremble et le bouleau ; en plus d’un endroit j'ai vu de l’érable et du mérisier. Ces terres sont-elles propres à la cultureet à la colonisation ? Je n’en doute pas; des personnes qui sont depuis longtemps dans ce pays l’affirment. Remarquez que nous ne sommes pas ici plus au nord que le lac Saint-Jean, la saison d'été est aussi longue qu'à Québec, les fermes qui sont ouvertes sur les bords du lac Témiscamingue produisent toutes sortes de légumes et de céréales. Qui sait si dans cinquante ans la race canadienne n’aura pas étendu ses rameaux jusque dans cette partie de son domaine, si ces beaux lacs ne seront pas entourés de riches campagnes aux moissons dorées, si ces rivages ne seront pas bordés de villages florissants et de villes superbes, si ces eaux ne seront pas sillonnées par des bateaux à vapeur quiécouleront les produits d’un commerce considérable ?
Le Nord, voilà le champ ouvert à l'activité et au développement des Canadiens-Français.
Eux seuls aimeront à y vivre. Les populations étrangères que l’émigration transatlantique vomit tous les ‘ans par milliers sur nos bords, préfèreront toujours se diriger vers les prairies
de l’ouest où les premiers travaux de défrichement sont moins pénibles. La vigueur de nos colons ne recule pas devant les arbres de la forêt, le climat leur est salutaire, et leur tempérament est fait à la rigueur de nos hivers. Sachons profiter du mouvement colonisateur qui agite le pays, que le gouvernement ouvre de bonnes voies de communication, même qu'il ne craigne pas de pousser des lignes de chemins de fer dans les régions de l'intérieur, et avant longtemps le sur plus de notre population aura remonté le cours de toutes les rivières, échelonnant des établissements continus sur les rives du Saint-Maurice, de la Rouge, de la Lièvre et de la Gatineau. Bientôt de courageux colons, après avoir pénétré la chaîne des Laurentides, parviendront aux immenses plateaux de la hauteur des terres, et dérouleront une succession non interrompue de paroisses depuis la vallée du lac Saint-Jean jusqu'aux rivages lointains du lac Témiscamingue.
Dans ce temps-là la patrie canadienne, restreinte au midi et au sud-ouest, s'étendra vers le nord, embrassant des espaces plus vastes que ceux qu'elle occupe aujourd'hui. Le Nord sera notre domaine, la forteresse de notre nationalité. Quelle puissance au monde pourrait anéantir ce peuple, homogène, jeune et plein de sève, défendu par cette position isolée, à l'extrémité d'un continent, position inexpugnable qui fait ressembler le Canada français à une île bordée de toutes parts par d'énormes banquises, redoutées de l’envahisseur,—Mais revenons à nos forêts.
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Celles que nous traversons en ce moment ne connaissent pas encore les coups de la hache destructive, les chantiers ne sont pas arrivés jusqu'ici. Cependant dernièrement les marchands de bois ont acheté des limites jusqu à la hauteur des terres, et ils se proposent de les exploiter avant longtemps. Même, afin d'éviter le rapide des Quinze où les billots seraient exposés à tant de retards et d'accidents, on parle de pratiquer un canal, en s’aidant du cours de quelque rivière, depuis la tête des Quinze jusqu’au lac Témiscamingue. L'hiver dernier, des arpenteurs du gouvernement seraient venus explorer le terrain dans ce but.
Jamais je ne passai de meilleure nuit qu’à la tête des Quinze. La tente est dressée sur la pierre, une couverte est étendue sur ce solide matelas, la valise sert de traversin, sur la valise on met un oreiller, et sur l’oreiller sa tête. Puis enroulé dans une chaude couverte, sur ces Témiscaming feathers, comme disait le grand vicaire O'Connor, sur ce duvet de Témiscamingue, vous dormez jusqu'au matin du sommeil du juste, ou, ce qui est tout un, du sommeil du missionnaire.
Vendredi, à 84 h. a. m., nous entreprenions le premier portage des Quinze, et à 5 h. p. m, notre canot se balançait fièrement au pied du dernier rapide ; nous avions pris deux heures de moins que pour monter. Aussi nous avions pour nous le courant et une température plus fraîche ; de plus nous sautàämes quelques rapides, la frêle embarcation bondissait sur la
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vague écumante. Une fois entre autres un flot irrité s’élance par-dessus bord, et voilà du coup les lits, les pains, la blague à tabac et le census du P. Nédelec à la nage au fond du canot.
C'était la troisième fois que ce pauvre “ recensement des tribus sauvages ” sur lequel le bon Père veillait comme sur la prunelle de ses yeux, manquait de se noyer. Hélas ! la malice humaine est sans pitié ; c'était un malheur, et nous en rimes à nous en tenir les côtes.
À. l’avant-dernier rapide nous trouvons sur la côte, dans une enveloppe en écorce de bouleau, une nouvelle lettre à l’adresse de Monseigneur. ‘ Le steamship Chasseur, de la ligne H. B. en route pour le retour, a passé ici, mercredi à 9. 30 a. m., tout le monde bien. Les machines travaillent admirablement. Course à toute vapeur, quantité de charbon à bord.
Signé, le capitaine.” Ligne H. B. veut dire : ligne de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
M. Rankin, en souvenir sans doute de l’heureuse chasse à l'ours qu'il avait faite sur la rivière Abbitibi, venait de baptiser son beau canot neuf du nom de ‘“ Chasseur.”
Pour nous, nous ne vimes aucun ours. Le seul ennemi de la race humaine que nous rencontrâmes sur notre passage fut un serpent qui traversait à la nage la rivière Mattawan ; il déroulait, comme aurait dit Virgile, ses anneaux tortueux sur la surface de l’onde tranquille. Mais il ne dardait aucunement sa langue sifflante dans sa gueule béante, et il ne s’attaqua à aucun Laocoon ; au contraire, par tous les
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moyens, il cherchait à s'enfuir, lorsque notre gouvernail, un parent sans doute de l’homme de la fable, lui cassa la tête de son aviron, en lui faisant à peu près cette harangue :
Symbole des ingrats! être bon aux méchants C’est être sot; meurs donc: ta colère et tes dents Ne me nuiront jamais,
Deux fois, au pied des rapides, pendant que les hommes transportaient le bagage, avec une ligne, nous primes notre déjeûner. De temps en temps nous apercevions au fond des baies de nombreuses bandes de canards qui prena‘ent leurs ébats. Nous aurions bien aimé ies voir à la broche ou au fond de la marmite, mais la difficulté était de les approcher. Une fois nous entreprimes d'en poursuivre une couvée, la mère en tête, à la vitesse de douze milles à l'heure. Enfin après une course effrénée, au moment où nous croyions les tenir, les coquins nous échappèrent, les uns en se perdant dans le bois, les autres en plongeant sous les eaux ; et un seul tomba sous les coups des avirons.
Nous renonçâmes à la chasse, le métier ne payait pas. De temps en temps aussi, des mauves au blanc plumage nous suivaient sans crainte et sans défiance, voltigeant autour de notre canot. Trois fois nous aperçümes, planant au haut des airs, un aigle aux ailes étendues qui poursuivait sa course majestueuse.
On nous montra, tout-à-fait à la tête d’une épinette élevée, en coiffant le sommet comme d’une énorme couronne, le nid aérien où le roi des oiseaux nourrit ses jeunes aiglons. La gente
ailée voltige de branche en branche et égraine dans les airs ses notes variées ; elle égaie de ses chansons ces immenses solitudes enveloppfes, quand elle se tait, dans un silence profond, vaste et morne.
Vendredi, nous passâmes la nuit à l'endroit où l’Ottawa se jette dans le lac Témiscamingue. M. McBride mit généreusement sa maison à notre disposition ; mais, comme il faisait chaud, nous préférâmes dormir sous la tente. La nuit fut splendide, j'eus tout le loisir d'admirer la lune argentée et les étoiles scintillantes : tous les brûülots du pays, je crois, s'étaient donné rendez-vous dans notre tente; à deux heures, ne pouvant plus tenir en place, je me levai et j'attendis lejour en me promenant su: le rivage silencieux. Au lever du soleil, Monseigneur célébra la sainte messe dans la môme maison où il l'avait dite quelques jours auparavant.
Autour de chez M. McBride il y a une trentaine de familles écossaises, métisses et sauvages. Une dizaine de fermes sont en opération. Monseigneur reçut la visite de deux jeunes gens, du nom de Burwash, autrefois de Saint- Eugène, qui cnt pris des terres dans les environs et qui sont très contents de L ar sort. La terre est excellente, la moisson a l1 plus belle apparence, déjà les blés sont parvenus à leur maturité. Tout près d'ici, sur les bords de la rivière La Loutre et de la rivière Blanche, ü y a de l’espace pour jeter dix paroisses, et pourquoi pas vingt ? Le gouvernement est sur le point de faire arpenter, un peu plus au sud-
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est en descendant sur le lac, deux townships qui sont déjà marqués sur la carte, le township Duieues et le township Duhamel. Un bateau à vapeur doit naviguer sur les eaux du Témiscamingre dès l’année prochaine ; il sera sans doute destiné surtout à remorquer le bois qui sortira des chantiers, mais en même temps il servira à écouler les produits de ces fermes lointaines. (1)
Au fond du lac Témiscamingue arrivent en trépied trois grandes rivières de trois côtés différents, l’'Ottawa au milieu, la rivière Blanche sur la droite et la rivière La Loutre sur la gauche. La rivière Blanche a trois embouchures, dont l’une porte le nom de rivière du Diable; c’est ici que la ligne entre Ontario et Québec quitte le cours de l'Ottawa, pour gagner la hauteur des terres. Dans le but de raccourcir notre route, nous remontons la rivière du Diable pour descendre ensuite la rivière Blanche proprement dite. En considérant cette terre d’alluvion et les bois francs qui ombragent les rivages, nous aurions pu nous croire transportés dans une campagne des environs de Montréal, par exemple sur les bords de la rivière l’Assomption ; et après avoir voyagé si longtemps à travers les pins et les épinettes, nos yeux se reposaient agréablement au spec-
(1). Les deux townships sont arpentés, et le gouvernement se propose de faire continuer l’arpentage, cette année, 1885, sur une étendue considérable de pays. Le bateau à vapeur en question, propriété de M. Olivier Latour, navigue sur le lac; bien plus, une compagnie est orgarisée pour bâtir ur chemin de fer de Callender sur le Pacifique au lac Témiscamingue, L'avenir sourit à cette belle vallée,
tacle des ormes, des frênes et des chênes au feuillage sombre et luxuriant.
Nous vinmes dîner dans une île à trois milles de Témiscamingue. Les sauvages se proposaient de se porter à la rencontre de Monseigneur avec une grande pompe ; mais l’homme propose et Dieu dispose. Il s'élève un fort vent du large, et il est impossible aux canots d'ordinaire dimension de s’aventurer sur la houle; seul le “Chasseur” de M. Rankin peut tenir la mer, le voici venir au-devant de nous avec le bourgeois à 54. Le spectacle est vraiment grandiose, le lac est sombre, de grosses vagues d'au moins six pieds de hauteur se suiveut à perte de vue en renversant leurs sommets blanchissants, vous diriez une armée de chevaux blancs au galop agitant leur crinière. Le canot monte, descend, monte encore et recule avec le pe qui l’apporta. Il est beez de voir William Oromalty, avec son œil d’aigie, debout à l'arrière du canot, son grand aviron à la main, prenant la vague tantôt en flanc, tantôt en travers ; au milieu du silence soiennel il dit un mot sec et bref, et les avirons se medèrent ; il prononce un autre monosyllabe, et tous les avirons ensemble, mus comme par un ressort, nagent et travaillent dru et fort,
Cromalty a la conscience de sa position, ti sait qu'il a dix vies entre les mains. Mais ne crains rien, pilote, tu portes César et sa fortune.
Toute la mission attend à genoux sur la grève, deux cents pavillons flottent au vent, la
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mousqueterie ébranle les airs, et une forte odeur de poudre dit comme c’est grande fête à Témiscamingue. La procession se met en marche, nous avançons entre deux rangées de jeunes érables, nous passons sous des arcs de verdure faits avec des branches d'érable.
L’érable est partout bienvenu.
Du Canada c’est l’érable chérie, L'arbre sacré, l’arbre de la patrie.
Allons ! assez pour aujourd’hui ; je remets à ma prochaine lettre les détails de la visite et
la description de cette belle mission.
Je demeure toujours avec la plus haute considération, Monsieur le grand vicaire, votre très dévoué et très obéissant serviteur.