‹ Visite pastorale de Mgr. J. Thomas Duhamel dans le haut de l'Ottawa [microforme] (volume 2)Chapitre 9 sur 19 · CARS · texte numérisé non relu

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la Montagne. Le premier est court, violent et fougueux ; l’autre plus long, plus calme et plus majestueux.

Nous faisons portage, c’est-à-dire que nous transportons nos individus à l’autre bout des rapides, par terre, à pied, suivant un sentier généralement battu, et de ce temps-ci bordé de framboises, de bleuets, de fruits de toutes sortes. Ces portages ont cinq arpents, dix arpents, vingt arpents, le plus considérable a un mille et demi de longueur. Ces marches aux différentes heures de la journée, au lieu d’être un inconvénient, ne servent qu'à délasser nos jambes fatiguées de la position plus ou moins gênante du canot.

Pendant ce temps-là les hommes montent le canot à la cordelle. Ils s’attellent les uns à la suite des autres à une longue corde et ils courent sur les grèves, sautent de cailloux en cailloux, grimpent par-dessus les arbres renversés et passent à travers les broussailles, pendant que deux de leurs compagnons restés dans l’esquif, avec leurs avirons ou de longues perches, le tiennent droit au milieu du courant et l'empêchent de se heurter contre les écueils. Dix fois par jour ces pauvres gens sont obligés de se jeter à l’eau, quelquefois jusqu’à la ceinture, mais ils n’en font aucun cas; pourvu que le soir ils aient un bon feu pour faire sécher leurs habits, et une bonne tasse de thé pour se fortifier et donner du ton à leurs nerfs, c’est tout ce qu’ils demandent.

Le temps passe le plus agréablement du monde. Nous avons deux compagnons de voyage tout à fait charmants, le Rév. P. Pian, su-

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périeur de ces missions d’en haut, apôtre chez les Sauvages depuis vingt ans, et M. Rankin, bourgeois “de la Compagnie de la Baie d'Hudson à Témiscamingue, lequel a parcouru ces parages en tous sens, depuis les bords du lac Supérieur jusqu'aux glaces du Labrador. Chacun raconte son histoire, “qui a beaucoup vu a beaucoup à dire aussi”; l’une donne naissance à l’autre, c'est un vrai feu roulant ; il y en a de toutes les couleurs, des sérieuses et des badines. Monseigneur, pour sa part, en a plein son sac, il est inépuisable.

À propos d'histoire, savez-vous la réponse ingénieuse que donnait samedi dernier un enfant de la confirmation, à Mattawan ? Monseigneur lui demandait: “ Qu'est-ce qu un évêque ? ”’—“* Un évêque, répond l'enfant, c’est un homme qui compte.” Pas si bête, le petit ! Pour le récompenser, le P. Pian a exigé qu’on lui donnât une image.

Vous savez que j'ai emporté toute une bibliothèque ; jusqu'ici j'ai lu {es Plaidoyers de MM. Hamel et Lacoste, ainsi que les sociétés secrètes, par Claudio Jannet. Du reste, pour ne pas nous ennuyer, nous n’aurlrns qu'à nous coucher nonchalamment sur nos sièges et à considérer le panorama qui se déroule sous nos yeux: cette rivière dont l'aspect et les beautés varient à chaque pas, ces baies sombres et profondes, ces montagnes tantôt à la pente douce, tantôt coupées à pic, dont les flancs sont couverts d'arbres aux espèces les plus différentes et aux couleurs les plus variées. Oh! qu’elle est belle et grande la nature, quand on la considère dans son état primitif et sauvage, à peu

près telle qu'elle est sortie des mains de son Créateur,

L'heure du repas arrivée (et elle arrive souvent dans ces contrées, aujourd’hui elle est revenue cinq fois), “ ho! ho! ho! à terre!” murmure le sauvage de l'avant. Chacun saute sur la grève, l’un allume le feu, l’autre court chercher du bois, l’autre fait rôtir ou brüler les grillades, l’autre prépare le thé, un thé fort comme de la lessive, un thé rouge noir, vous diriez un rhum de la Jamaïque. Il se boit sans lait et sans sucre, il n’en est que meilleur. Y a-t-il rien d'aussi bon que de savourer un gros morceau de lard, assis sur une roche, avec une assiette sur les genoux.? Nos estomacs sont 2rassasiables. Allez demander à M. Latour, de Hull, qui fait chantier sur la Chippewa, ce qu’il en coûte de pain, de beurre et de sirop pour rencontrer des appétits comme les nôtres.

Le lac Témiscamingue se décharge dans l'Ottawa, par une succession de rapides qui, se prolongeant sur un espace d'environ sept milles, portent le nom générique de Long Sault.

Ici l’aspect change complètement, les paysages sont moins grandioses, mais ils sont plus coquets ; les rives sont basses, les montagnes s'éloignent quelque peu pour iormer à distance un fond de tableau ; à leur ried s'étend une plaine où croissent çà et iä des pins isolés, on y voit des prairies avec leur tapis de gazon, les grèves sont de sable jaune, les baies sont verdoyantes, des arbres de moyenne futaie descendent leurs branches jusqu'à la surface des eaux. L'œil se repose avec délices sur cette agréable variété,

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Vers 5 h., en prenant le Long Sault, le canot donna sur une pierre et se fit une large déchirure, On aurait pu y passer un chapeau. Quel contretemps ! Un blanc se serait découragé, du moins il aurait juré, sacré, tempèêté, blasphémé. L'enfant des bois est plus calme, il est plus raisonnable. Vite de jeter le bagage sur les pierres, de tirer le canot à sec et d'examiner la blessure ; puis les voilà à rire, à rire et à rire encore. Jls avaient été sérieux toute la journée, cet accident les mit eu bonne humeur. Il est admirable de les voir travailler ensemble, pas une dispute, pas une remarque, pas un reproche, pas d'avis à temps et à contre temps, chacun obéit sans mot dire à l’homme de l'avant, qui est considéré comme le chef de l'expédition. Sur ses ordres l’un court dans le bois pour lever une écorce de bouleau, un second allume le feu, un troisième apporte la poèle avec la somme d’épinette. Tout le monde met la main à l’œuvre. Poser une pièce au canot, l’enduire de gomme liquéfiée, la recouvrir d’un morceau de toile, y déposer une seconde couche de gomme, ce fut l’affaire d’un instant. Une heure après le naufrage, le vaisseau était radoubé, et nous remontions le courant à force d’avirons.

Nous nous arrêtâmes pour passer la nuit vers le milieu du Long Sault, au rapide des Fourneaux, sur une côte de gravier, à l'ombre de grands pins. Trois tentes furent dressées ; et pendant que nos sauvages préparaient le repas du soir, je me plaisais à considérer mes pieux compagnons, le chapelet à la main, allant et venant sur ces grèves embaumées, se promenant comme de mystérieux fantômes à travers

la äemi-obscurité de la nuit tombante : on aurait dit les bons génies de ces lieux solitaires.

Après souper, vers 10 h., un sauvage cria:

anamiata, anamiata ! la prière, la prière! Tous tombent à genoux autour du feu qui s’en va mourant, et dont les flammèches en serpentant montent se perdre dans l'obscurité des airs.

Un d’entre eux entonne l’Ave Maris Stella en sauvage, les autres répètent et les échos de la nuit répondent ; puis la prière se fait aussi en Algonquin et elle se termine par le chant d’un cantique. Chacun se retire à son lit, nous sous nos tentes, les sauvages à la belle étoile. La nuit est fraiche, il y a peu de maringouins, nous nous endormons au bruit monotone du sault bouillonnant.

“ Lève, iève,” il n’est que 4h.; à 7 h. nous sommes sur les bords du grand lac. Témiscamingue veut dire eau profonde; en effet, paraîtil, il n’en cède rien, pour la profondeur, au lac Supérieur lui-même. Depuis sa décharge jusqu'ici, à la mission, c’est à-dire sur une étendue de quatorze ou quinze lieues, on dirait plutôt une grande rivière, large d’un mille à deux milles; mais en remontant à la tête du lac, la largeur en devient plus considérable, elle est de huit milles environ. Vous diriez qu’il est couché en travers d’une chaîne de montagnes qui se serait ouverte violemment sous l’action d’un tremblement de terre, pour former le bassin de cette vaste nappe d’eau.

Vous apercevez au loin devant vous sept à huit mamelons aux croupes arrond'es, couchés régulièrement les uns à côté des autres, et séparés par des baies plus ou moins profondes, ce

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qui donne ne foule de points de vue magnifiques. Sur le côté est la nature a été fortement bouleversée ; on y voit des rochers abrupts de plusieurs centaines de pieds de hauteur, dans le genre de ceux que les touristes admirent au Saguenay. Mais ne vous laissez pas tromper par les apparences. Il n’y a que les bords de l'immense réservoir qui soient hérissés de hautes montagnes ; si vous suivez les vallées qui partent du lac, après avoir contourné trois ou quatre collines qui vont toujours s’éloignant les unes des autres, vous arrivez à des pays unis tout à fait propres aux travaux de la charrue, ou à des plaines qui s'étendent à perte de vue.

En remontant le lac, sur la droite, vous rencontrez la rivière Chippewa, qui décharge les eaux et descend les billots du grand lac Chippewa, et sur la gauche la rivière de Montréal. D'où lui vient ce nom ? est-ce de la haute montagne à deux têtes qui s'élève sur ses bords ? ou bien cette rivière Ctait-elle pour les voyageurs qui venaient de la baie d'Hudson le chemin pour descendre à Montréal ? Pour moi sub judice lis est.

Cette après-midi le vent était bon. Nos sauvages coupent un petit cire de dix-huit pieds et en font un mât qu'il: fixent au canot avec des cordes; ils y hissent une grande voile de quinze pieds sur sept ; les avirons sont tirés de l’eau et dorment sur les sièges et “ Filez, filez, Ô mon navire, car le bonheur m'’atterd làbas.”

Il est près de minuit, avec votre permission je vais aller prendre mon sommeil. Nous par-

tons demain pour Abbitibi, le P. Pian vient avec nous. M. Rankin nous accompagne, j'en suis bien aise, c'est un vrai gentilhomme et un compagnon tout à fait amusant dans le voyage. Le grand et beau canot qui nous a amenés de Mattawan est une faveur de son obligeante bonté ; il nous faut le laisser ici pour en prendre un plus petit, afin de faire plus facilement les portages de la hauteur des terres ; ce second canot est encore fourni par M. Rankin.

Nous avons souvent parlé de votre pèlerinage à la bonne Sainte-Anne, et tous ici souhaitaient qu'il fût un succès. — Bonsoir et au revoir.

Je demeure avec la plns grande considération, M. le Grand-Vicaire, votre très dévoué et très obéissant serviteur.

DE TÉMISGAMINGUE A ABBITIBI.

Chez M. Henderson. — Le Slella. — Notre équipage sauvage., — Une mine d’argent et de plomb, — Au fond du lac, — Chansons canadiennes. — Chez M. McBride, — Le tabernacle de Moïse. — Le rapide des Quinze. — Qu'est-ce qu’un portage. — Le plus beau des soirs sur le lac des Quinze. — La plus belle des nuits. — Le plus beau des matins. — Le temp.e de la nature. — Le lac Barrière et la rivière Ennuyante. — Une demi-journée longue sur le lac Long. — M. Rankin. — Le lac des Vases et la Hauteur des terres. — Une nuit froide et pluvieuse. — La route à vol d'oiseau. — Le lac des Iles. — Le lac Okotegami. — Une forêt de pavillons. — Un clou mal cogne.

Abbitibi, 7 août 1881. MONSIEUR LE GRAND-VICAIRE,

Nous sommes arrivés à Abbitibi hier, samedi, à six heures du soir ; nous avions quitté Témiscamingue mercredi. La distance entre ces deux missions est d'environ cent cinquante milles, à travers lacs et rivières ; nous l’avons parcourue en trois jours et demi, ayant couché trois nuits sous la tente. Nous sommes ici les hôtes de la compagnie de la Baie d'Hudson, et le bourgeois du poste, M. Henderson, se montre plein de déférence pour Sa Grandeur.

Mercredi, à 2 h. p. m.,, deux steamers en écorce de bouleau nous attendent dans le port ; je dis deux, car nous eûmes la bonne fortune d’avoir jusqu'au bout M. Rankin pour compagnon de voyage. Monseigneur, M. Rankin et moi, nous montons dans le Sfel/a ; le Rév. P. Pian et M. Robert prennent place à bord de l’autre erabarcation qui n’est pas encore baptisée. Le beau grand canot qui nous a montés de Mattawan s nomme Chief ; ces noms sont inscrits en lettres : ‘aminées sur le haut de la pince reluisante de ;inture et de vernis.

Voulez-vous faire connaissance avec notre équipage, je vais vous le présenter. D'abord à tout seigneur, tout honneur : à l’avant se trouve notre pilote Okocin, puis à l’arrière notre gouvernail, W. Cromalty ; nos rameurs sont Masinikijik, ce qui veut dire Nuages au firmament, Joachim et Jean Wabekijik, c’est-à-dire Ciel sans nuages ; enfin un jeune métis, Pierrot Thivierge. Dans l’autre canot, sous la direction de Pien (Pierre) Pénassi et de W. Pétras, rament M. Harry, le fils de M. Rankin, qui fréquenie les écoles de Toronto et qui vient à Abbitibi pour faire un tour de vacances, M. W. Clauston, commis du fort à Témiscamingue qui s’en va résider à Abbitibi, J. Stanger, M. Thompson et J. Polson, ces trois derniers métis écossais. Tous ces rameurs ont le bras vigoureux. À chaque coup d’aviron vous sentez sous vous le canot s’élancer et bondir ; du matin au soir les deux pilotes ont l'œil fixé à dix pas à l'avant, et debout à l'arrière les deux gouvernails, un grand aviron à la main, rament avec une ai-

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sance et une dignité que vous ne pouvez vous lasser d'admirer.

Il fait chaud, le soleil darde ses rayons sur nos têtes, nous voguons à l'ombre de nos parapluies. M. Rankin fait faire à ses hommes un détour de quelques milles pour aller montrer à Monseigneur une mine d'argent et de plomb ; c’est là, paraît-il, une grande marque de déférence de la part du bourgeois ; “ car, remarque le P. Pian, c’est la première fois à ma connaissance que M. Rankin a dévié de la ligne droite.” MM. Wright et Currier, d'Ottawa, ont acheté ces gisements miniers et y ont fait exécuter certains travaux d’excavation, maïs la mine ne peut guère payer tant que le transport du minerai sera aussi difficile ; si jamais un chemin de fer se construit de Nipissingue à Pemikan, à la tête du lac Témiscamingue, alors elle pourrait fort bien donner à ses entreprenants propriétaires des rendements considérables.

Nous cinglons toute l'après-midi vers le nord, le lac va toujours s’élargissant, la nappe d’eau finit par avoir huit à neuf milles d’une rive à l’autre ; au soleil couchant nous entrons dans une baie sur les bords de laquelle se trouvent de grandes prairies naturelles. Les frères Verret et Moffat y sont à faire leur foin, ils en couperont vingt-cinq tonnes qu'ils mettront en mulons, et au premier vent favorable, sur un grand chaland ils le transporteront à la mission, à 20 milles plus bas.

Nous entrâmes dans la baie en faisant retentir les échos d’alentour des anciennes chansons canadiennes ; du reste ce n’est pas la première

fois, et ce ne sera pas la dernière. Dans ces pays d’en haut, +3 chants semblent être l’accompagnement indispensable du voyage ; tous les connaissent, Français, Anglais, Sauvages. M. Rankin n’a pas chanté une seule chanson anglaise, mais il ne s’est pas passé un jour sans qu'il n’ait répété En roulant ma boule; Alouette, jolie alouette; Par derrière chez ma tante, etc. Nos sauvages ont chanté Un canadien errant traduit en leur langue ; mais le plus souvent ils entonnaient l’Ave Maris Stella ou de pieux cantiques.

A9 h. nous :: “vons chez M. Angus McBride, propriétañe & une jolie ferme qu'il cultive à son profit, et en même temps employé de la Compagnie de ‘+ E:: d'Hudson. Plusieurs familles de métis écossais sont là réunies ; il y a prière du soir en commun, à la belle étoile ; tous comprennent l'anglais; M. Robert commence son ministère en récitant le chapelet.

On nous offre à coucher dans une maison ; mais, instruits par une dure expérience et craignant puces et punaises, nous préférons dormir en paix sous la tente, sur le haut de la côte, rafraîchis par la bise du lac.

Le lendemain, à 4 h., Monseigneur dit la messe dans une maison préparée à cet effet ; deux jeunes sapins étendent leurs branches audessus de la table transformée en autel ; des bouquets de fleurs sauvages répandent leur parfum. Les femmes, comme aux jours de Moïse, ont apporté leurs joyaux et leurs bijoux pour orner le tabernacle du Seigneur, et les colliers de perle pendent aux branches verdoyantes ; les deux drapeaux flottent à la porte, et

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la maison s’emplit d’une foule pieuse, avide d'assister aux saints mystères et de contempler leur évêque, la plupart pour la première fois. Après la messe, Monseigneur leur donna, en anglais, des conseils pleins d’à-propos pour leur conduite chrétienne au milieu des devoirs et des obligations de la vie; puis nous continuâmes notre route. Une grande chaloupe montée par une trentaine de personnes nous reconduisit jusqu’au premier rapide, à un mille plus haut.

Nous venons de reprendre le cours de l’Ottawa et nous sommes arrivés au pied du rapide des Quinze, c'est-à-dire des quinze portages. Quinze fois 1l nous faut débarquer, décharger sur la grève, porter à bras bagage et canot, puis rembarquer pour aller débarquer de nouveau, quelquefois seulement à cinq arpents plus loin. Le plus long de ces portages peut avoir un mille, d’autres n'ont guère qu'une centaine de verges. Une fois, afin de raccourcir la route, nous quittons la rivière pour aller tomber, par un portage impossible, dans le lac l’Epervier ; puis, au moyen d’un second portage plus impossible encore, nous revenons à l'Ottawa. Les côtes en général sont basses et tout à fait agréables dans leurs détours, dans leurs caprices et bizarreries. Nous avons traversé la chaîne des Laurentides qui continue à s'étendre vers l’ouest du côté du lac Supérieur; du lac Témiscamingue à Abbitibi nous ne rencontrons qu’une seule montagne, et encore passons-nous à une journée de marche de ce pic isolé. Le rapide des Quinze peut avoir comme quatorze milles de longueur; nous l’avions attaqué à 7

h. du matin, et il était 6 h. du soir lorsque nous pûmes nous reposer, nous laver les pieds avec délice et prendre notre souper à la tête du dernier portage. Ce fut la plus dure journée du voyage; cependant nous n'étions pas trop fatigués, et Monseigneur a supporté ces marches à travers les rochers et les arbres renversés aussi bien que n'importe lequel d’entre nous,

Nous ne pouvions nous lasser d'admirer la patience et l’habileté de nos sauvages. Trois d’entre eux, après avoir fait avec leur capot une espèce de coussin qu'ils placent sur leur cou, renversent le canot et le chargent sur leurs épaules, l’embarcation pèse près de trois cents livres ; deux marchent en avant, un en arrière; ils s’avancent à travers les arbres, quelquefois dans un chemin étroit, rempli de cailloux et de précipices, montant, descendant, un vrai sentier de chèvre ; nous avions peine, complètement allèges, à y transporter nos personnes. Les autres s’attèlent au bagage; ils s'appuient sur le front une large bande en cuir qu'ils appellent leur collier, et à l’autre extrémité ils attachent une grosse caisse qu’ils se renvoient sur les reins ; ils jettent sur la caisse un paquet, puis un autre, puis un autre, et ainsi chargés comme de vrais mulets ils s’élancent à travers les difficultés du portage. Notre bagage est trop considérable pour qu’ils puissent tout le porter d’un seul coup, et à chaque rapide ils sont obligés de faire un second voyage. Cependant vous les voyez toujours gaiïs, contents, de bonne humeur ; vous n’entendez pas un seul juron, pas un seul mot déplacé. Hélas!

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