AB
Se
© © °2ORmEDE
AT LAC ABBITIBI. 85
trois fois par jour redit l’angelus aux échos d'alentour, Les murs de l’église, à l’intérieur, sont imités en pierre de taille, la voûte en est élancée, les châssis sont en couleurs et représentent des sujets bien choisis ; le jubé possède un harmonium dont les sons mélodieux relèvent la sa' “nité des fêtes religieuses, l’autel est constiu… dans le style gothique et au-dessus de la plus haute flèche domine et règne, comme une reine, une belle grande statue de Marie Immaculée. À raison de la circonstance, un trône ‘vraiment somptueux avait été préparé pour l’évêque, grâce à la générosité de la famille Rankin qui avait mis à la disposition de l’église tout ce que le magasin du fort renferme d'étoffes précieuses ; de chaque côté de l'autel le crayon du Frère Débigarré avait fait ressortir des colonnes et des pilastres élégants ; enfin le petit temple était orné avec un goût délicat qui indiquait «1e la main des religieuses avait passé par là.
Avec leur permission je vais vous présenter aux maîtres de céans: d’abord au Rév. Père supérieur, le Père Pian, qui a deux maisons sous son autorité, celle de Témiscamingue et celle de Mattawan, curé dont la juridiction s'étend sur une paroisse vaste comine un royaume. En second lieu, voici bon, doux. affable le Rév. P. Laveriochère, si bien connu par toute la province de Québec, le fondateur des missions de la baie d'Hudson, qui est revenu en 1868 à Témiscamingue, sur l'ordre de ses supérieurs, pour y passer le reste de ses jours au milieu de ses chers sauvages, et pour les
édifier par sa patience et sa résignation à la sainte volonté de Dieu au milieu de ses longues et pénibles infirmités. Trois autres Pères apartiennent aussi à cette maison : le Rév. P.
Mourter qui, après avoir fait connaissance avec ces missions dès 1867, depuis trois ans est revenu à ses premières amours ; le Rév. P. Nédelec, qui visite les missions d’Abbitibi, de la baie d'Hudson, du fort William et de Golden Lake, et le Rév. P. Guéguen, qui visite le Grand Lac, le Lac Barrière ainsi que les missions du haut de la Gatineau et du haut du Saint-Maurice. Ce Père a eu l’occasion de traduire les avis que donnait Monseigneur, il parle le sauyage avec une facilité vraiment extraordinaire. Deux Frères scholastiques, les FF. Blais et Cahill, résident ici depuis deux ans pour trouver la santé dans le grand air du lac et des montagnes, mais en même temps ils savent se rendre utiles; le F. Cahill, entre autres choses, est chargé de l’école des petits garçons, De plus, cette maison possède trois Frères convers, les FF. Moffatt, Verrette et Débigarré. Tout le monde sait que ces bons Frères, en s’occupant des travaux matériels et extérieurs, pendant que les Pères courent après les brebis du Seigneur à travers les forêts, sont un véritable trésor pour les missions. Ici, sous la haute direction de leur supérieur, ils font marcher deux fermes où l’on récolte jusqu’à 600 minots de patates, 200 minots de blé, 150 minots de pois, etc. Quel secours inappréciable pour ces missions où les dépenses de voyage et de toutes sortes sont si considérables !
Dimanche, à 6 h, il y eut messe pontificale,
AU LAC ABBITIBI. 87
avec prêtre assistant, diacre et sous-diacre d'honneur, dis :re et sous-diacre d'office ; M. Robert s’acquittait à merveille de ses fonctions compliquées de maître des cérémonies. Aux balustres s'élevait un pain bénit à sept étages. La messe du second ton fut chantée par un chœur bien exercé, l’harmonium accompagnait.
La nef était remplie d’une foule compacte, le chœur ressemblait à celui d’uie cathédrale.
Après le chant du Gloria, il y eut une ordination, la première que voyait cette mission lointaine, le F. Cahill reçut les ordres moindres. L'assistance recueillie suivait avec le plus grand intérêt ces cérémonies nouvelles pour elle et remplies de si profondes significations. Du haut de son trône, la statue de la Vierge immaculée, tendant ses mains vers lui, semblait sourire à son Oblat.
Après la messe on fit la procession solennelle du Saint-Sacrement. Le reposoir avait été préparé au sommet de la colline, dans cette petite chapelle que Monseigneur affectionne particulièrement, et où, il y a cinq ans, il administra le sacrement de confirmation et dit la messe jusqu’à trois fois. Le chemin avait été balisé ; d’ailleurs les arbres qui bordent la route, étendant leurs branches au-dessus de nos têtes, forment sur tout le parcours une arche continue de feuillage et de verdure. La procession, bannières déployées et croix en tête, déroule ses replis dans le sentier tortueux au chant des hymnes et des cantiques, et grimpe à pas lents la pente rapide. L'oratoire était tapissé de
branches d'érable et l’autel était orné de fleurs naturelles. La foule s’agenouille en face du reposoir. De là, nous voyons à nos pieds la chapelle, l'établissement des Pères, le Fort et la plaine liquide bordée de ses paysages enchanteurs. Le spectacle était d’une grandeur indicible. Quand, après le Tantum ergo, l'évêque se retourna, tenant l’ostensoir entre ses mains, pour faire par trois fois le signe de la croix sur la foule prosternée, Jésus Eucharistique, du haut de ce trône bâti au sommet d’un rocher, de cette nouvelle montagne de Sion, semblait jeter un regard de complaisance sur les travaux des dévoués missionnaires et bénir avec amour cette terre autrefois infidèle et aujourd’hui si chrétienne.
Au retour de la procession, le Saint-Sacrement fut exposé pour l’exercice des Quarante- Heures, et, à tous les moments du jour et de la nuit, il resta dans l’église nombre d’adorateurs qui priaient et chantaient. Le soir l’autel étincelait de fleurs et de couronnes artistement disposées ; toute la mission se pressait dans la chapelle devenue trop étroite pour contenir la foule, l’évêque présidait ; et, pendant plus d’une heure, récitation du chapelet, cantiques, amendes honorables, doux soupirs de l’harmonium, c'était une succession non interrompue de prières à haute voix et de chants pieux.
Plongé comme dans une atmosphère de dévotion, qui ne se serait senti touché jusqu'au fond du cœur? ‘“ Quel changement ! me disais-je ; quelques années passées, ces pauvres sauvages étaient plongés dans l'ignorance de l’idolàtrie
AU LAC ABBICIBI. 89
et dans les horreurs des superstitions les plus grossières; aujourd’hui ils connaissent les secrets et ils goûtent les douceurs de la piété! Quels sujets de mérites pour les apôtres qui leur ont apporté la bonne nouvelle! Quam speciosi pedes evangelizantium pacem ? Quelles sources de bénédictions pour la congrégation religieuse dont ils sont les membres et les enfants !”
Lundi et mardi matin, Monseigneur donna la confirmation à 93 personnes. Les sauvages de Témiscamingue me paraissent avoir un air de civilisation que n’ont pas ceux de l’intérieur. Ils vivent plus près du missionnaire. Ils ont avec lui des rapports plus fréquents; et de plus, l’on sent que l'influence bienfaisante de la religieuse a passé sur ces existences primitives et en a modifié les habitudes. Outre l’entretien de l’église et de la sacristie, outre le soin d’un hôpital et la visite des malades à domicile, les Sœurs de la Charité soutiennent une école qui, l'été, est fréquentée généralement par soixante à soixante-dix écoliers et écolières; même, au temps de la mission, le nombre s’en élève jusqu'à une centaine. Mais ce sont des oiseaux voyageurs; l'hiver, au temps de la chasse, il n’est pas facile de les retenir en cage. Pourtant, plusieurs resteraient volontiers à l’école, si on avait les moyens de les entretenir et de les nourrir. Quelle patience ne faut-il pas à ces pauvres maitresses pour communiquer, comme en se jouant, les éléments de la science et les vérités de la religion à ces intelligences jeunes, neuves, trop souvent
# w VF, à S , LC 4 RS à \ AC L K ER N7 IMAGE EVALUATION DS TEST TARGET (MT-3) LO “I 125 | 1e y22 L'h | HU À, = 129 —— ILLS.