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impatientes du joug et presque toujours inconstantes dans leur assiduité. Les religieuses aussi élèvent des orphelines, lesquelles, en se mariant, retournent dans les forêts, au milieu des leurs, et elles apportent dans leurs nouvelles familles des semences de piété, d'ordre et de politesse qui produisent, avec le temps, les fruits et les résultats les plus satisfaisants. Les femmes ici portent le chapeau, mais il est simple et uni, et il ne change pas de forme, paraît-il, avec les quatre saisons de l’année. Lundi à midi, nous allons prendre le din au fort, où Mlle Ella Rankin fait avec grâce les honneurs de la maison. M. Rankin a conservé les vieilles traditions de politesse franche et aisée qui distinguaient à un haut degré les anciens officiers de l'honorable Compagnie. Le fort de Témiscamingue est environné d’une palissade qui peut avoir deux à trois arpents de cxconférence ; une petite colline en arrière le domine üe son sommet couvert de pins. La maison du bourgeois est peinturée avec élégance, devant la porte s'étend une verte pelouse au milieu de laquelle s'élève un arbre aux branches étendues, le chêne de Saint- Louis, où dans les beaux jours, l’aimable Chief Factor prend le thé avec ses amis ou bien traite les affaires de son vaste commerce. Les autres constructions du fort, au nombre d’une dou- Zaine, ainsi que la palissade, sont blanchies à la chaux, ce qui donne à l'établissement un grand air de propreté. On nous fit visiter un vieux magasin qui remonte, dit-on, à plus de cent ans d'existence, et qui a dû voir les jours de Murray ou de Carleton.
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À ‘notre retour du fort, les petits garçons du F. Cahill et les petites filles de Sr Colombe attendaient Sa Grandeur à la porte du presbytère, les parents faisaient cercle derrière leurs enfants. Monseigneur, assis dans un fauteuil sur la galerie, reçut leurs hommages ; une petite canadienne et un petit sauvage lui présentèrent, chacun à leur tour, un bouquet avec une adresse bien préparée et bien récitée. Monseigneur, après leur avoir donné des conseils appropriés à leur âge, leur distribua des médailles ; les mères apportaient leurs poupons dans leurs bras, il en sortait de partout ; le P. Supérieur était surpris qu'il y eut tant d’enfants dans la mission ; le généreux donateur en fut quitte pour douze douzaines. La petite séance avait commencé par une chanson en français, elle se termina par ce chant latin: Vivat Pastor noster. Tout le monde sait que les sauvages manquent de la lettre v dans leur alphabet, ils prononcent plus facilement, paraît-il, la lettre b. C'était un plaisir d'entendre les petits malheureux chanter à tue-tête, avec ensemble et entrain : Bibat Pastor noster.
Suivit une cérémonie bien étrange et qui nous amusa fort. Il s'agissait de donner un nom à Monseigneur et à ceux qui l’accompagnaient. D'abord, les chefs tiennent conseil, ils nous examinent des pieds à la tête, et, après mûre délibération, ils s'arrêtent sur le nom à donner. Puis un d’entre eux vous prend par la main et vous nomme de votre nom nouveau, la foule le répète trois fois ; ensuite sautant et dansant à vos côtés, il lâche un grand cri:
hou! hou! hou! La foule reprend : Aou! hou ! hou! La danse augmente en activité, les cris en intensité, jusqu’à ce qu’enfin ce soit une véritable tempête. Quand vous êtes descendu de dessus la sellette, la même cérémonie recommence en l'honneur d’un autre ; si vous le pouvez, risum tenealis, amici.
D'abord le chef de Témiscamingue nomma Sa Grandeur, il l'appelle Wäasechkang, “ celui qui répand la lumière ” ; ensuite le chef de la Chippewa baptisa M. Rankin Xïitchiodjibik, ‘“ la grande racine ”, parce que le puissant bourgeois, dans sa richesse, va chercher au loin la nourriture qui soutient les pauvres sauvages. Puis vint mon tour ; le chef de Timagoming me donna nom Aiamiemijakwan, “le saint temps clair”, ou, dans un sens moins mystique “ le bon Vive-la-joie”, parce que, disait-il, pendant le voyage, le nuage de la tristesse n'était pas passé sur le ciel de mon esprit. Enfin quatre principaux d’entre les sauvages nommèrent M. Robert, la R. Sœur Christine, Mile Ella Rankin et le jeune Rankin, bébé de deux ans.
M. Robert fut appelé Æisisowabikon, ‘“ la fleur du soleil”; la Sœur Christine Ojawach, ‘“ la feuille verte” ; Mile Rankin, Okimakiÿigok, “la reine du jour”, et le bébé Æamiskwawa, “le bois dont on fait les manches de plume.”
Pour terminer la cérémonie, le chef de Témiscamingue fit une harangue en paroles imagées dans laquelle il remerciait Sa Grandeur d'être venu porter la joie et la lumière chez sesenfants d'Opatchionang. “ Grand maître de la
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prière,dit-ilen terminant,à l’occasion de ta visite le cœur du sauvage et l’esprit du sauvage sont dans la joie ; seul, son ventre est dans la tristesse, car depuis trois jours la pêche manque, et il jeûne.” Monseigneur répondit, le P. Gué. guen interprétait ; l'évêque conclut sa réponse en annonçant que M. Rankin s’unissait à lui pour donner aux sauvages un grand festin.
“ Alors, reprit le chef, tout chez le sauvage est dans la joie, le cœur, l'esprit et le ventre.” L'allégresse était au comble. Toutes les bouches répétaient à demi-voix : Oua! Oua! Oua ! Migwetch ! Migwetch ! Après tout, on ne reçoit pas un nom pour rien, il faut bien payer le baptême.
Mardi, après la déposition du saint Sacrement et une grand'messe chantée pour les défunts, eut lieu la visite au cimetière. Le champ des morts est situé de l’autre côté du lac, près du fort, où l’on voit encore l’ancienne chapelle bâtie par M. Bellefeuille. On se rend en procession au rivage ; Monseigneur revêtu de la chape noire et mitre blanche en tête, prend place sur un sièce dans un grand bateau. En un clin d'œil le détroit est couvert de canots qui vont, viennent, se croisent et se recroisent pendant que tous, hommes, femmes et enfants chantent le Miserere en sauvage.
Arrivée sur l’autre rive, la procession se reforme et monte au cimetière, qui s'étend sur le flanc de la colline, bien arrangé, proprement clôturé et ombragé ça et là par de jeunes pins toujours verts. Au milieu, s'élève la grande croix noire sur un tertre destiné à la sépulture des
Pères missionnaires. “ Après avoir passé, me disait le Rév. P. Laverlochère, la plus grande partie de ma vie au milieu de mes chers sauvages, il est bien juste que, après ma mort, je vienne dormir et reposer avec eux.”
Au retour du cimetière, Monseigneur fit ses adieux aux sauvages. Il les félicita sur la bonne volonté qu’ils avaient montrée en aidant à la construction de leur chapelle. Il leux dit que, d’après ce qu’il avait vu à Témiscamingue età Abbitibi, il serait heureux de rapporter aux Associés de la Propagation de la Foi que leur argent et leurs sacrifices n'étaient pas perdus. Il les mit en garde contre les tentations de l'orgueil, les séductions de la vanité et les superfluités de la toilette. Enfin il leur rappela que le seul moyen qu'ils avaient de se soutenir dans le bien pendant les longs mois qu'ils passaient loin de leurs missionnaires, était en général le recours fréquent à la prière, et en particulier la dévotion à notre bonne mère la Vierge Marie.
Si vous désirez, Monsieur le Grand Vicaire, connaître plus à fond cette mission et son histoire, je vous renvoie à un travail d'assez longue haleine qui a paru dans l’Album des familles, ler janvier 188'. En voici quelques extraits qui reviennent à mon sujet et qui me paraissent tout à fait mtéressants. Je les copie sans scrupule ; du reste, l’auteur, qui sort de ma chambre, m'a donné, pour me servir du langage du pays, tout droit de chasse et de pêche sur son terrain.
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ne “ Les seules notes qu'on ait pu retrouver au de | sujet de la mission de Témiskamingue re- LU- montent à 1835 alors que M. Bellefeuille, je prêtre de Montréal, y fit une mission qu’il
renouvela en 1836, 1837 et 1838. En 1839, M.
Poiré, autre prêtre de Montréal, et en 1841, M.
ses Moreau, aussi de Montréal, vinrent successivela , ment évangéliser les pauvres sauvages, les
ant pauvres enfants des bois.”
dit
rue
tux se Le R. P. Laverlochère, en 1844, fut
eur le premier Oblat missionnaire de Témiska-
us. mingue et de la baie d'Hudson, lequel a su si
de bien raconter, autrefois, dans les Annales de la
su- Propagation de la Foi, ses voyages, ses missions,
ela ses travaux et ses aventures parmiles sauvages,
1te- u'il visita successivement avec les Pères
ils | lément, Garin, Armand, Pallier, jusqu’en 1862, î en époque où, accablé de rhumatismes et d'infir- LA en mités, il fut obligé de laisser à d’autres le soin nd la des pauvres sauvages qu'il avait tant aimés.” nl
“ Après lui, nous voyons successivement apparaître, sur le même théâtre, les Pères Dé- k léage, Pian, Lebert, Mourier, Guéguen, Néde- ai lec, Poitras et Prevost, qui ont tour à tour eu défriché leur part du vaste champ confié au 4 zèle de leur congrégation. En 1862, on sentit enfin la nécessité de se fixer définitivement au j milieu des sauvages dont la profonde misère et ie l'incessante prière appelaient à grands crit la présence des missionnaires.”
C'est le 11 mai 1863 que le R. P. Pian arrivaità Témiskamingue pour jeter les fondements de cette résidence si nécessaire et désirée depuis si longtemps. “ Avec l’aide d’un sauvage, écrit ce bon Père, et quelquefois des commis du poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson, une petite résidence, mesurant huit mètres sur six, se trouva terminée et en état de recevoir les Pères Lebert et Mourier, le 12 octobre 1868, jour où nous sommes entrés dans cette nouvelle demeure. Pour tout meuble nous n’avions qu’un banc ; nous couchions sur le plancher, les pieds tournés vers la cheminée, sans crainte defaire une chute. Si sainte Thérèse avait visité notre maison, elle n’y aurait certainement rien trouvé de contraire à la pauvreté.” (Lettre du R. P. Pian, ler mars 1864).
Je puis ajouter que ces traditions et ces habitudes de pauvreté évangélique se sont conservées à Témiscamingue ; le mobilier n’y est pas somptueux, même les chambres ne renferment pas les trois chaises permises par la règle ; au réfectoire il n’y en a qu'une, elle est pour l’évêque, et les autres s’asseyent sur de longs bancs comme à l’école.
Î “En 1864,au mois d'août, S. G. Mgr Guigues, À évêque d'Ottawa, voulut bien venir bénir, au nom du bon Dieu, cette nouvelle résidence et, en même temps, donner la confirmation aux sauvages qu'évangélisaieut les Pères.
‘“ Après le départ de Sa Grandeur,le P. Pian
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ne resta pas les bras croisés. Avec un petit Canadien qu'il avait à son service, puis un petit sauvage et le vieux l’Ecrevisse, qu'il avait engagé cet automne, il réussit à faire des billots, à scier de la planche et à travailler si bien la nouvelle allonge que, le 25 mars 1865, il y avait une autre chapelle dans le haut de la nouvelle pièce ; l'autel et le tabernacle étaient prêts. Le dimanche, 26 mars, les Pères célébrèrent pour la première fois le saint sacrifice de la messe dans la nouvelle chapelle.
“ Mais les Pères ne se bornaïent pas à améliorer le côté matériel de leur mission. Ils savaient qu'ils avaient des âmes ignorantes à instruire, des orphelins à recueillir, des malades à soigner. Pour cela il leur fallait des coadjutrices, des Sœurs de Charité. Le R. P.
Pian s’adressa donc à Mgr CGruigues, évêque d'Ottawa, pour cette affaire importante qui éprouva d’abord de grandes difficultés, mais que le bon Dieu couronna enfin d’un plein succès ; car en 1866, le 17 octobre, le KR. P. Pian remontait d'Ottawa à Témiscamingue, accompagné de deux bonnes Sœurs Grises, Sœurs Raisenne et Vincent. Dès leur arrivée il fallut s'occuper de construire une nouvelle demeure. Le R. P. Pian se mit aussitôt à l'œuvre pour faire préparer le bois de la maie neuve qu'il fit élever dans le courant de
été.
Le couvent, aujourd’hui, renferme quatre religieuses qui s’y dévouent à toutes les œuvres