TÉMISCAMINGUE
Description topographique de Témiscamingue. —- La chapelle, —— Les maitres de céans. — Une messe pontificale, — Une ordination. — Une procession sur la montagne. — Le soir des Quarante Heures, — Influence civilisatrice des religieuses. — Le Fort, —- Une séance en plein air. — Cérémonies d’un baptème nouveau. — Nos noms sauvages, —- Harangue du chef, — La visite au cimetière. — Le sermon d'adieu, — Extraits intéressants, — Les premie:s missionnaires de Témiscamingue. — Le P. Laverlochère, — Les apôtres d'aujourd'hui. -- Fundation d’une mission permanente, — Pauvreté évangélique, — Visite de Mgr Guigues. — Une nouvelle chapelle. — Arrivée des Sœurs Grises, — Les Sœurs actuelles. — Visite de Mgr Duhamei en 1876. — Un vaste théêtre pour le dévouement, — Le retour,
Témiscamingque, 16 août 1881.
MONSIEUR LE GRAND-VICAIRE
Nous partons cette après-midi à 8 h., et avant que mous nous embarquions, je vais, toujours pour obéir à votre désir, coucher sur le papier la relation de ce que, depuis trois jours, j'ai vu et entendu au grand Témiscamingue.
Témiscamingue est l’un des plus beaux sites que l’on puisse imaginer. Deux pointes s'avancent dans le lac en face l’une de l’autre et le
traversent presque entièrement, ne laissant entre elles qu'un chenal de cinq ou six arpents ; aussi les sauvages appellent-ils cet endroit opatchionnang, ce qui veut dire détroit. Sur la pointe est, dans la province de Québec, se trouve le fort de l'honorable Compagnie, sur la pointe ouest, dans Ontario, la mission catholique. La maison des Pères et le couvent sont bâtis à une petite distance de la grève, de manière à laisser devant la porte l’espace nécessaire pour un jardin potager où, à cette époque de l’année, s'étalent des fleurs de toutes variétés et de toutes couleurs. À deux arpentsemarrière, sur une petite élévation, se dresse la chapelle, dominée par une colline à la croupe arrondie, couverte de trembles, de chênes et d’érables. Au sommet de la colline on voit un oratoire auquel on arrive par un sentier :irge et bien travaillé qui serpente aux flancs d’une côte abrupte et coupée en précipice; ce sentier me rappelle la promenade qui circule autour des bâtiments du Parlement, à Ottawa. En arrière encore s'élève une large montagne aux énormes assises qui domine à son tour la colline de toute sa tête élevée. De la chapelle vous avez une vue libre sur le lac, d’un côté à six milles de distance, de l’autre côté à vingt-deux milles ; et, tout autour, l'horizon est borné par des baies profondes et des mamelons verdoyants.
La chapelle toute neuve, bâtie seulement depuis trois ans, a 50 pieds sur 25; elle est couverte en bardeaux et sa flèche élancée, étincelant aux rayons du soleil, se voit de loin sur les eaux du lac, La cloche, qui pèse 500 livres,
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trois fois par jour redit l’angelus aux échos d’alentour, Les murs de l’église, à l’intérieur, sont imités en pierre de taille, la voûte en est élancée, les châssis sont en couleurs et représentent des sujets bien choisis ; le jubé possède un harmonium dont les sons mélodieux relèvent la solennité des fêtes religieuses, l’autel est construit dans le style gothique et au-dessus de la plus haute flèche domine et règne, comme une reine, une belle grande statue de Marie Immaculée. À raison de la circonstance, un trône vraiment somptueux avait été préparé pour l’évêque, grâce à la générosité de la famille Rankin qui avait mis à la disposition de l’église tout ce que le magasin du fort renferme d’étoffes précieuses ; de chaque côté de l'autel le crayon du Frère Débigarré avait fait ressortir des colonnes et des pilastres élégants ; enfin le petit temple était orné avec un goût délicat qui indiquait que la main des religieuses avait passé par là.
Avec leur permission je vais vous présenter aux maîtres de céans: d’abord au Rév. Père supérieur, le Père Pian, qui a deux maisons sous son autorité, celle de Témiscamingue et celle de Mattawan, curé dont la juridiction s’étemd sur une paroisse vaste comme un royaume. En second lieu, voici bon, doux, affable le Rév. P. Laverlochère, si bien connu par toute la province de Québec, le fondateur des missions de la baie d'Hudson, qui est revenu en 1868 à Témiscamingue, sur l’ordre de ses supérieurs, pour y passer le reste de ses jours au milieu de ses chers sauvages, et pour les
édifier par sa patience et sa résignation à la sainte volonté de Dieu au milieu de ses longues et pénibles infirmités. Trois autres Pères apartiennent aussi à cette maison : le Rév. P.
ourier qui, après avoir fait connaissance avec ces missions dès 1867, depuis trois ans est revenu à ses premières amours ; le Rév. P. Nédelec, qui visite les missions d’Abbitibi, de la baie d'Hudson, du fort William et de Golden Lake, et le Rév. P. Guéguen, qui visite le Grand Lac, le Lac Barrière ainsi que les missions du haut de la Gatineau et du haut du Saint-Maurice. Ce Père a eu l’occasion de traduire les avis que donnait Monseigneur, il parle le sauvage avec une facilité vraiment extraordinaire. Deux Frères scholastiques, les FF. Blais et Cahill, résident ici depuis deux ans pour trouver la santé dans le grand air du lac et des montagnes, mais sn même temps ils savent se rendre utiles; le F. Cahill, entre autres choses, est chargé de l’école des petits garçons, De plus, cette maison possède trois Frères convers, les FF. Moffatt, Verrette et Débigarré. Tout le monde sait que ces bons Frères, en s’occupant des travaux matériels et extérieurs, pendant que les Pères courent après les brebis du Seigneur à travers les forêts, sont un véritable trésor pour les missions. Ici, sous la haute direction de leur supérieur, ils font marcher deux fermes où l’on récolte jusqu’à 600 minots de patates, 200 minots de blé, 150 minots de pois, etc. Quel secours inappréciable pour ces missions où les dépenses de voyage et de toutes sortes sont si considérables!
Dimanche, à 6 h, il y eut messe pontificale,
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avec prêtre assistant, diacre et sous-diacre d'honneur, diacre et sous-diacre d'office ; M. Robert s’acquittait à merveille de ses fonctions compliquées de maître des cérémonies. Aux balustres s'élevait un pain bénit à sept étages. La messe du second ton fut chantée par un chœur bien exercé, l’harmonium accompagnait.
La nef était remplie d’une foule compacte, le chœur ressemblait à celui d'une cathédrale.
Après le chant du Gloria, il y eut une ordination, la première que voyait cette mission lointaine, le F. Cahill reçut les ordres moindres. L'assistance recueillie suivait avec le plus grand intérêt ces cérémonies nouvelles pour elle et remplies de si profondes significations. Du haut de son trône, la statue de la Vierge immaculée, tendant ses mains vers lui, semblait sourire à son Oblat.
Après la messe on fit la procession solennelle du Saint-Sacrement. Le reposoir avait été preparé au sommet de la colline, dans cette petite chapelle que Monseigneur affectionne particulièrement, et où, il y a cinq ans, il administra le sacrement de confirmation et dit la messe jusqu'à trois fois. Le chemin avait été balisé ; d’ailleurs les arbres qui bordent la route, étendant leurs branches au-dessus de nos têtes, forment sur tout le parcours une arche continue de feuillage et de verdure. La procession, bannières déployées et croix en tête, déroule ses replis dans le sentier tortueux au chant des hymnes et des cantiques, et grimpe à pas lents la pente rapide. L’'orataire était tapissé de
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