SAINTE-PHILOMÈNE DE BONFIELD (AUTREFOIS DE NOSBONSING
Le village de Bonfield, situé au débouché du lac Nosbonsing, et à un mille de la station du chemin de fer, présente, avec ses maisons de bois mal terminées, et les monticules chauves et rocheux qui l'entourent, un triste aspect. C'est pourtant le centre d'un riche pays de colonisation.
Le Rév. Père Nédelec, mort récemment, qui a passé la plus grande partie de sa vie dans ces contrées nous a laissé sur les origines de Bonfield un récit fort intéressant que nous reproduisons ici textuellement :
‘{ Jusqu'en 1860, les sauvages régnèrent en maîtres dans tout le pays. Jamais blancs ne troublèrent leur solitude, à part quelques voyageurs de la compagnie de la baie d'Hudson. La rivière Mattawan, la rivière à la Vase et la rivière des Français, étaient les seules voies ouvertes au commerce et aux missionnaires.
‘ Au nord de la rivière Mattawan, le vieux Antoine Kikwiwisens était le roi de la forêt vierge. Il a laissé son nom au ruisseau Antoine, Du côté du sud, le vieux Amable Dufond avait son terrain de chasse,
Un terrain de chasse embrasse en général, une étendue de vingt milles carré. Les lignes de démarcation sont les rivières et les lacs. Ce même sauvage a donné son nom à la rivière l’Amable Dufond. A l’ouest du lac Nosbonsing, c'était le vieux Commandant, qui a donné son nom au lac Commandant. Au côté nord du lac Nipissing, le vieux Beaucage régnait sans rival. Il a donné son nom à Beaucage Bay. Les descendants de ces familles sont nombreux et encore vivants. Les deux premières appartiennent à la tribu du lac des Deux-Montagnes, les deux autres à celle du lac Nipissing.
‘* Les gens des chantiers, avant-coureurs naturels de la civilisation, ont commencé à envahir le domaine sauvage du côté de Mattawa vers l'an 1860. Eug. Varin fut le premier bourgeois qui s’attaqua aux pins du lac. À sa suite vinrent les Ch. et Ths.
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* Résumé d'une notice historique de Bonfeld, par le Rév. M. Martel, curé de Bonfeld,
Smith, ensuite, David Moore. Les Smith possédaient les limites autour de la ‘ gueule ” de l’Amable Dufond, entre le lac Nosbonsing et le iac Nipissing. Moore avait un dépôt entre le lac Nosbonsing et Wase. Ces limites sont aujourd’hui passées entre les mains de J. R. Booth, d'Ottawa.
‘ Les habitants suivirent de près les chantiers. En 1864, on voit Maxime Cherrier se fixer À la tête du lac Talon, et plus tard, au pied du lac Nosbonsing. En 1865, André Shields s'établit au p'ed du lac Talon, où il tint une auberge ‘‘ stopping piace ”
‘* En 1872 on voit Joachim Lefebvre à la tête du Kabaska. Louison Laronde fut le premier colon au pied de Nosbonsing et Jeremiah Shields à la tête du même lac. William Harris et Abraham Sparks s’établirent sur le Spark’s Creek.
‘“ En 1874, on voit dans la forêt, avec Joachim Lefebvre, Antoine Lachapelle, F. Lamothe, A. Savard. Les années suivantes arrivèrent d’autres colons de Coulonge, de la Madawaska, de l’île des Allumettes, de la ‘‘ gueule ” de la Petewawa. Déjà en 1879 on compte 35 familles catholiques et 15 protestantes entre Mattawa et le lac Nipissing.
“En 1880, apparaissaient les premières bandes des ouvriers du Pacifique. Ilest temps de songer à la construction d’une chapelle. En 1881 l'entrepreneur Ulric Harnoïs la bâtit donc sur un terrain donné par MM. Auguste Savard et Denis Boivin. Pendant l'été de cette année, Mgr. Duhamel visita cette chapelle dont le gros œuvre seul était achevé, et à la suggestion du Rév. M. Proulx qui l’accompagnait, il la baptisa du nom de Sainte-Philomène du lac Talon.*
‘“ À partir de cette époque les missionnaires des chantiers cessèrent leurs visites annuelles et une mission régulière confiée au Père Emery, fut fondée, été 1882. Le Père Emery établit une école, aménagea l'intérieur de la: chapelle et construisit une sacris- | tie. A son départ de Mattawa, 30 octobre 1883, tout était en | excellent état. Son successeur, le Père Legault, continua l'œuvre avec le même zèle et le même succès.
‘4 Dans le temps, vu que le grand dépôt du Pacifique était à Rutherglen et que la majorité des habitants se trouvait dans les
: * Comme © on le voit, la première chapelle fut placée sur le lac Talon,
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environs, on avait cru devoir établir l’église là où nous venons de le dire. Les choses ayant changé depuis, Sa Grandeur Mgr. Lorrain, vicaire apostolique de Pontiac, après avo'r visité deux fois les lieux, en 1883 et en 1885, décida que le site de la future église serait définitivement fixé au pied du iac Nosbonsing, près de la station de Callender, octobre 1885. Tous les jours, le nombre des colons augmente. L'école catholique, sous l’habile direction de M. Lévesque, prend un essor extraordinaire. M. Denis Boivin a puissamment contribué au développement de la mission qui va bientôt devenir paroisse organisée.”
Ici s'arrête le manuscrit du Père Nédelec. Ce bon religieux, l’apôtre du Nipissing, s’est complètement oublié lui-même. Nous serons plus juste que lui, d'autant plus qu'il vient de mourir, et nous saluerons en lui le grand missionnaire, le défricheur spirituel du pays, et l’une des gloires les plus pures des oblats dans ces contrées.
Comme l'avait prévu le Père Nédelec, le temps n'était pas loin où Nosbonsing, c’est ainsi qu'on appelait la nouvelle paroisse, allait avoir un curé. Le 4 avril 1886, Mgr. Lorrain vint en personne. y installer en cette qualité le Rév. M. Georges Gagnon, alors vicaire de Pembroke. La mission comptait déjà 175 familles.
Le 25 juin 1886, on commença les travaux de la chapelle, qui fut terminée de bonne heure en automne. La première messe fut dite dans la sacristie en construction, le troisième dimanche de juillet, et l’église fut terminée et livrée au culte le 19 septembre, fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Cette église n’était point un monument, loin de là, c'était une chapelle en bois de 70 pieds sur 42, non finie à l’intérieur ; la sacristie à double étage, 30 pieds sur 24, servait en même temps de presbytère temporaire.
Le terrain de la fabrique qui comprend 24 arpents fut donné par quatre citoyens du village : MM. Jérémie Labrecque, Achille Lamarche, J. B. Gauthier, E, J. B. Foisy.
Les frais de construction de l'église et de défrichement du terrain de la fabrique s'élevèrent à la somme de 83,233.
Le maître-autel et la chaire de Bonfield sont un cadeau de la
paroisse de Saint-Janvier du diocèse de Montréal, cadeau offert à la mission par l'entremise de Mgr. Lorrain.
Cette même année (ocicbre 1886) le canton de Bonfield fut érigé en municipalité, complément naturel de son organisation religieuse.
L'année suivante (1887) trente-neuf familles nouvelles arrivèrent dans le canton de Bonfield prenant chacune deux lots de terre à titre gratuit; de plus, douze jeunes gens non mariés reçurent, chacun pour sa part, la concession d’un lot dans les mêmes conditiens.
A cette même époque, le canton voisin de Ferris, où les colons commençaient à affluer, vit s'élever sa première chapehe sur le terrain de M. Lévesque à la tête du lac Nosbonsing ; c’est la mission actuelle de Saint-Thomas de Lévesqueville. Parmi les premiers colons de ce canton que le Père Legault avait visités et chez qui il avait dit la messe dès le 2 août 1883, nous citerons les noms des MM. Damase, Cléophas et Alexandre Robert, Pierre, Joseph et Jacob Guillemette.
En octobre 1888, un terrain de trois arpents, pour l'érection d'un nouveau cimetière, fut acheté à M. Auguste Savard qui ne voulut recevoir le prix que de deux de ces arpents.
Dès lors, le canton de Bonfield comptait 181 familles ; celui de Ferris, qui venait d’être érigé à son tour en municipalité, en comprenait 46. Les autres commençaient à peine à s'ouvrir.
L'année 1889 fut désastreuse pour les colons. Les coupes de bois qu’ils entreprirent les laissèrent en déficit et ils se trouvèrent sans argent pour ensemencer leurs terres. Heureusement que Mgr. Lorrain put obtenir du gouvernement de Québec pour $120 de semences qu'il leur fit distribuer. C'est ainsi que le clergé a toujours témoigné l'intérêt qu'il porte à la grande œuvre de la colonisation.
Cette même année :889, le soubassement de l'église fut transformé en une vaste salle pour les assemblées et pour une école séparée. Cette école, la troisième de la paroisse, fut inaugurée le 19 août avec 61 enfants.
En 1890 l’ent'epreneur Jos. Giroux construisit pour la somme de $213 la voûte de l’église où l’on souffrait du froid et la rendit plus décente. La récolte fut abondante, les entreprises de dormants pour la ligne du Pacifique donnèrent quelques profits et l'argent commença à circuler plus librement dans la paroisse. Le canton de Chisholm qui s’ouvrait demandait déjà une chapelle ; des sociétés d'agriculture s’établirent dans Bonfield et dans Ferris.
Telles sont les origines de la paroisse de Bonfield.
En 1895, le Rév. M. Gagnon, épuisé par les fatigues à la fleur de l’âge, se vit obligé (18 avril) de quitter son poste et de se retirer à Pembroke où il mourut le 21 juillet 1895. Monseigneur lui donna pour successeur un jeune prêtre du diocèse de Montréal alors vicaire à Eganville, M. Henri Martel (1er mai 1895).
Le Rév. M. Martel a fait peinturer l'extérieur de l’église et lambrisser l’intérieur qui présente actuellement un aspect assez agréable. Le soubassement a été agrandi et terminé. Il ne sert plus d’ailleurs d'école, car depuis 1894 une belle maison en bois a été élevée près du village à cette fin. Quant au presbytère on a commencé cet automne les fondations. Il sera en bois et aura 26 pieds de long sur 30 de large avec une cuisine de 18 sur 24.
Le nom de Nosbonsing que portait le village et celui de Calender qu’on avait donné à la station ont disparu et ont fait place au nom unique de Bonfield qui est celui du canton (1896).
La paroisse de Sainte-Philomène de Bonfield comprend actuellement l'immense territoire des quatre cantons de Bonfeld, de Ferris, de Chisholm et de Boulter. Ce dernier commence à peine à s'ouvrir aux colons, mais les trois premiers sont déjà assez densément peuplés.
Au sud de ce territoire s'étend, à partir du canton de Wilkes, l'immense espace inculte et montagneux que le gouvernement d'Ontario a eu la sage pensée d’ériger en parc national ; mais au nord, de l’autre côté du lac à la Truite, du lac Talon et de la Mattawan, la terre cultivable se continue au loin. Déjà le canton de Widifield commence à être occupé par des fermiers canadiens qui, quoique appartenant au vicariat, sont desservis par des prêtres de
North Bay. Le temps n'est pas éloigné, espérons-le, où de nombreuses paroisses seront crées dans ce pays.
Dès aujourd’hui le curé de Bonfield se trouve incapable de
suffire à lui seul aux besoins des nombreuses missions qu’il dessert
puisqu'il ne les visite que rarement, et jamais le dimanche.
Il nous faut maintenant parler de ces missions.
CANTON DE FERRIS (DEUX MISSIONS). —LE SACRÉ-CŒUR DE CORBEIL’S SIDING, BUREAU DE POSTE DE CLINT.
Cette mission est située sur le Pacifique, à dix milles à l'ouest de Bonfield. Une petite chapelle de 24 pieds de long qui sert en même temps de maison d'école, y a été élevée. On y dit la messe tous les mois à une trentaine de familles.
SAINT-THOMAS DE LA TÊTE DU LAC NOSBONSING, BUREAU DE POSTE LÉVESQUEVILLE.
Cette mission, à dix milles de Bonfield et à cinq milles de Corbeil’s Siding, se trouve, comme l'indique son nom, à la tête du lac Nosbonsing, et à l'extrémité d'un petit chemin de fer, long de six milles, par lequel les billots de la grande compagnie Booth, d'Ottawa, sont transportés du lac Nipissing dans le lac Nosbonsing, d’où ils passent dans la Mattawan et l’Ottawa pour être flottés jusqu'aux moulins des Chaudières. Une petite chapelle de 24 pieds de long y a été construite en 1887, qui réunit une trentaine de familles des cantons de Ferris et de Chisholm.
CANTON DE CHISHOLM.—MISSION DE SAINT-LOUIS DE WASE, BUREAU DE POSTE DE CHISWICK, A DIX MILLES SUD-OUEST DE BONFIELD.
Le canton de Chisholm est colonisé en partie par des protestants. Une petite chapelle de 26 pieds de long y a été élevée dernièrement, en 1895, pour servir en même temps de maison d'école, Une trentaine de familles se rendent à cette mission. N