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accoste au quai que le peu de profondeur de l’eau a fait prolonger au loin. Nous débarquons ; encore un demi mille de marche et nous sommes au village, à la porte des Pères, où nous recevons le plus gracieux accueil.
Le village de la baie des Pères qui compte déjà une quarantaine de familles, des notaires, des avocats, des médecins, des marchands, semble destiné à prendre une grande importance comme centre de tout le pays d’alentour.
Ce pays, nous l’avons visité en partie, et nous l’avons trouvé superbe. Les récoltes jaunissantes, les fermes et les granges nombreuses et nouvellement bâties nous ont semblé l’image de la prospérité. Nous avons consulté les personnes compétentes, les Pères de la mission, le notaire Guay, agent des terres, nous avons lu les rapports de l’arpenteur Dumais ; tous sont d'accord pour vanter la fertilité du sol. Tout y môûrit, quoiqu'on en dise. Le foin demandé pour les chantiers, se vend $18 la tonne en grange et les habitants ont la faculté de le transporter eux-mêmes l'hiver au lieu de destination, ce qui leur procure un fructueux emploi de leurs attelages. L'’avoine vient à merveille. Les Pères ont fait cette année un essai de culture de froment avec le plus entier succès, comme nous nous en sommes convaincus de visu.
Quoique toute la vallée supérieure de l'Ottawa soit d’excellente qualité, les cantons Duhamel et Guigues l'emportent sur tous les autres sans compter qu'ils ont le grand avantage d'être à proximité du lac.
Le canton Duhamel en entier et presque tout celui de Guigues sont déjà pris. Le canton Fabre, ou commencent les montagnes, contient quatre bons rangs cultivables qui sont aux trois quarts vendus. Le canton Laverlochère comprend deux rangs arpentés et déjà presque tout vendus. Le reste, trop montagneux, est impropre à la culture. Dans le canton Baby, 150 lots sont occupés par des squatters sans titre. La réserve des sauvages— 10 milles sur 10 milles—est très fertile mais on on n'y peut toucher. Il reste encore, paraît-il, de vastes espaces en gagnant le lac des Quinze et l'est de la vallée jusqu'aux sources de l'Ottawa, suffisants pour former 20 paroisses et nourrir 40,000 hommes.
Dès maintenant, on prévoit la formation d’une belle paroisse en Fabre, de deux en Guigues, de deux en Duhamel et d’une en Laverlochère.
Au nord, une vingtaine de jeunes colons irlandais non encore mariés ont été récemment établis par le Père Nédelec dans la grasse et fertile vallée de la rivière Blanche dont les terres ont le seul défaut d’être difficiles à draîner..
De l’autre côté du lac Témiscamingue, en Ontario, la montagne se continue encore pendant 8 milles au-dessus de la baie des Pères, puis vient une vaste plaine. Quelques familles protestantes, amenées d'Angleterre par un nommé Parr, y sont établis, et l’on dit qu’elles ont de la peine à prospérer. Elles seraient une quarantaine à Haileybury.
Tel est l’état actuel de la colonisation du lac Témiscamingue.
Pour être juste, nous devons mentionner ici une double plainte formulée par les colons au sujet du mauvais état des chemins et des retards dans l'arpentage des terres. Toutes les terres arpentées sont prises* et les habitants du canton Guigues, dont quelques-uns se trouvent à 15 ou 20 milles de l’église, se voient, faute de chemins, dans l'impossibilité presque absolue de se rendre au village. Espérons qu'il sera promptement fait droit à ces plaintes légitimes. Déjà M. Bouliane ouvre, pour le compte du gouvernement, un chemin d'hiver à travers la forêt, depuis le Gordon Creek jusqu’à la baie des Pères.
Enfin, pour ne tromper personne, nous ajouterons avoir entendu dire par un arpenteur que les terrains qui restent à prendre, sans être mauvais seraient bien inférieurs à ceux qui déjà sont bien occupés.
La paroisse compte aujourd’hui quatre écoles : l’école du village tenue par les sœurs, deux autres dans Duhamel, et une dernière dans le canton de Guigues. |
L'hôpital est très fréquenté par les voyageurs des chantiers.
L'église de la paroisse que l'on décore actuellement, est fort petite et ne pourra longtemps suflire à tous les besoins, mais l'on
* Beaucoup, hélas, par des agioteurs qui, au lieu de cultiver, spéculent, » n + . .
retardant la colonisation et violant la loi,
attend avec raison, pour construire d’autres chapelles, d’être mieux renseigné sur l’avenir des colonies et sur le nombre des habitants.
Les Pères vont, une fois par mois, à la chapelle du Gordon Creek. Ils vont aussi quelquefois dire la messe au canton Fabre, dans un lieu qui semble désigné comme le site d'une future chapelle ; de même pour un autre point du canton Duhamel.
Le canton Guigues, quoique très peuplé, n’a point encore de chapelle désignée, mais le Père Beaudry y dit la messe tous les quinze jours dans la maison d’école, en attendant que Mgr. Lorrain vienne marquer l'emplacement de l’église définitive.
Ce Père, qui est chargé, depuis la mort du Père Nédelec, des missions sauvages, n’habite point à la baie des Pères. Il s’est établi dans la réserve des métis écossais de la tête du lac, d’où il visite les postes d’alentour : Abbitibi, le lac des Quinze, Matachouan, Tamagami et Kippawa. La sacristie de la chapelle lui ” sert de résidence.
Quant aux irlandais de la rivière Blanche, ils se rendent pour les exercices religieux, à la chapelle de la tête du lac.
Deux sociétés ont été fondées au Témiscamingue : l’archiconfrérie du Saint-Rosaire en 1888, et la société Saint-Jean-Baptiste en 1887.
MISSION DES JOACHIMS.
Quand on quitte le Témiscamingue il faut descendre, avant de trouver des défrichements de quelque importance dans le comté de Pontiac jusqu'au canton de Malakoff et au village des Joachims, près des rapides de ce nom.
La mission des Joachims, d'origine relativement très ancienne, fut fondée par les oblats, pour les sauvages et les voyageurs. Plus tard, les curés de Pembroke et de Sheenboro en eurent la charge. En 1885, Mgr. Lorrain en confia de nouveau la desserte aux oblats de Mattawa, malgré la distance de 60 milles qui la sépare d. :ette ville. Il y avait alors aux Joachims une petite chapelle &u bois. Le Père Nédeiec prit l'habitude d'y faire monter les sauvages des environs, abandonnant ainsi l'antique chapelle du fort William. D'ailleurs, ces sauvages, ainsi que ceux du Golden Lake, parlent
aujourd’hui presque tous anglais et ont moins besoin qu’autrefois de missions particulières.
En 1890, le Père Nédelec fit réparer et allonger la chapelle qui a aujourd’hui 50 pieds de long sur 26 de large, sans compter la sacristie et un appartement pour le missionnaire. Elle est en bon état, blanchie à la chaux à l’intérieur, peinte au blanc au dehors.
Cette mission se compose de cultivateurs canadiens et irlandais, mêlés de quelques protestants ; tous entendent l’anglais. Les chantiers des environs sont sa principale source de revenus. Un prêtre qui serait chargé des missions voisines de l’autre côté de la rivière, y pourrait aisément subsister. On y compte une quarantaine de familles catholiques pour lesquelles un Père vient faire mission le quatrième dimanche de chaque mois.