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évêques d'Ottawa et de Pontiac, il eut le plaisir de voir ces statuts adoptés sans une seule voix discordante.
‘“ Bien plus, à cette même séance 85 membres se firent inscrire dans la société et donnèrent ainsi une approbation non douteuse et d’un grand poids à ces règlements et constitutions.
‘* Toujours sous le haut patronage des deux évêques intéressés, NN. SS. les évêques d'Ottawa et de Pontiac, la société fut définitivement organisée et le 12 décembre 1884, elle élut les officiers suivants :
Président, le Rév. Père Gendreau, O.M.I.
Vice-président, M. P. H. Chabot.
Directeurs, MM. Aug. Laperrière, F. R. E. Campeau, Alph. Benoit, Chs. Desjardins, Rév. Père U. Poitras, O.M.I.
Secrétaire-trésorier, M. J. L. Olivier.
‘ Comme nous l'avons déjà dit, le plus grand obstacle à la colonisation du Témiscamingue était la difficulté de se rendre de
Mattawa à Témiscamingue. Il n'y avait pas de chemin carossable.
‘‘ La seule voie de communication sur cette distance de 1c0o milles est par la rivière Ottawa qui s'appelle à un endroit lac Sept Lieues et plus haut lac Témiscamingue.
‘“ La navigation est interrompue à différents endroits par les rapides de la (lave, ies Erables, la Montagne et le Long Saut, et ne peut se faire en conséquence que dans des embarcations à rames, puis le portage des provisions à dos d'hommes en traînant les embarcations à la cordelle dans les rapides.
‘* Dans ces circonstances, la société comprit que c'était sur ce point qu'elle devait concentrer ses efforts.”
Il s'agissait tout d'abord de construire quatre tronçons de voie ferrée pour franchir les rapides. Le gouvernement fédéral accorda (1835) un bonus de $3,200 par mille, à la compagnie. Celle-ci s'adressa alors (3 août 1885) à l'ingénieur P. J. C. Dumais pour se procurer les plans nécessaires, Enfin, le 17 novembre de la même année, l'entreprise de ces tramways fut donné à M. P.
Bouliane, lequel commença immédiatement les travaux et les mena avec la plus grande énergie pendant tout l'hiver.
Cependant ces dépenses pesaient lourdement sur la compagnie de colonisation qui préférait réserver ses forces à l’œuvre speciale de défrichement des terres. On songea donc à former une nouvelle compagnie, dite du chemin de fer du Témiscamingue. Cette compagnie enregistrée le 20 juillet 1887, eut pour président le P. Gendreau et pour gérant M. Emmanuel Tassé. Elle remboursa les fonds de la première, termina les tramways, plaça cinq bateaux à vapeur entre les différents rapides, et, en un mot, mena l’œuvre avec tant d'intelligence et d'activité que dès l'automne de cette année 1887, elle établit de Mattawa au lac Témiscamingue une ligne régulière pour les marchandises et les voyageurs. Dès lors, on put faire en 24 heures le voyage d'Ottawa à la baie des Pères. Il avait fallu, jadis, aux premiers oblats, treize jours bien comptés pour parcourir cette distance.
Désormais l'avenir de ia colonisation était assuré ; d'autant plus qu’elle fut puissamment aidée par les généreuses contributions de plusieurs français qui, à l’instigation de MM. Onésime Reclus et Napoléon Bonaparte Wyse, achetèrent des lots pour la somme de $20,000, dont ils n'ont point tiré profit. Pourtant les commencements furent d’une lenteur désespérante ; tout sembla contrecarrer l’entreprise, jusqu'à la fameuse mine d'argent de Wright, qui, après quelques mois d'exploitation, fut temporairement du moins, abandonnée.
On comptait, en 1887, 112 familles de colons. Elles n’augmentèrent guère l'année suivante, En 1889, :a seulement arrivèrent. En 1890, les arrivées furent de 22, mais neuf départs réduisirent ce nombre à 13. En 18091, on vit monter au lac 6 familles seulement. Heureusement et comme compensation, le juge Saint-Julien vint inaugurer, cette année, la première cour judiciaire. Il y avait alors dans tous le pays 1072 âmes : 740 blancs, 250 sauvages, catholiques, et 82 protestants.
En 1892, ce fut pis encore. Sept familles arrivèrent, deux partirent.
En 1893, neuf familles nouvelles firent leur apparition.
En 1894, vingt-sept vinrent se joindre aux anciennes. C'est alors que commença l’ère de la prospérité définitive.
Dès 1891, la compagnie de chemin de fer du lac Témistamingue avait vendu sa ligne et sa charte à des officiers du Pacifique Canadien. Cette puissante compagnie entreprit aussitôt une nouvelle ligne continue de 40 milles jusqu’à Gordon Creek, à la tête du Long Saut, d’où la navigation s'étend sans obstacle pendant 75 milles sur tout le lac Témiscamingue. Ce chemin de fer fut terminé en 1894. Le pont de Mattawa qui devait le relier au Canadien Pacifique vient enfin d’être ouvert (mai 1896.) En même temps un chemin de terre fut tracé, de Gordon Creek à la Kippawa, et de la Kippawa à la baie des Pères, si bien que, hiver comme été, le désert du Témiscamingue se trouva désormais relié au reste du monde.
Le: résultats de ce nouvel ordre de choses furent surprenants. En 1995, le lac Témiscamingue compta 250 familles de colons, soit 1,500 habitants. Cette année. 65 nouvelles familles arrivèrent, et l’on calcule qu'avec l’émigration de 1896, la population totale de la colonie doit s'élever actuellement aux environs de 350 familles.
Il nous a été donné de visiter cet été le Témiscamingue. Parti de Mattawa à 81% heures nous avons traversé le magnifique pont de bois récemment construit par la compagnie du chemin de fer, sur l'Ottawa, et nous sommes arrivés en deux heures au terminus de la ligne. Rien n'est beau comme cette puissante rivière aux berges boisées et rocheuses, hautes comme des montagnes, que l’on côtoie en surplombant souvent la rive. Elle traverse les Laurentides de part en part, sans que sa vallée s’élargisse un instanr. Parfois elle se rétrécit et forme de violents rapides, les rapides de la Cave, des Erables et de la Montagne. L'œil découvre à demi cachées sous les herbes, les lisses du tramway primitif, rouillées et tordues, et les cinq petits bateaux gisant mélancoliquement sur les galets du rivage. La rivière, au-delà du rapide de la Montagne, s'élargit tout à coup et devient comme endormie sur un parcours de 18 milles, c'est le lac des Sept Lieues des voyageurs. Enfin on arrive au Long Saut, le dernier et le plus long de tous les rapides.
C'est à la tête du Long Saut, au Gordon Creek, que s'arrête actuellement ‘a voie ferrée, mais un embranchement de quelques milles con’ *s voyageurs jusqu’au lac Kippawa, centre important de :ha..uers,
Le lac Témiscamingue commence précisément à la tête du Long Saut. Après avoir pris le dîner à l'hôtel Bouliane, l'unique maison du terminus, nous allons visiter la chapelle de Notre- Dame de Bonsecours. C’est une jolie petite construction en bois, de 55 pieds sur 25, qui a coûté $1,200 et qui paraît toute neuve. Une terre de 50 arpents est attachée à cette église, mais les roches qui la couvrent la rendent impropre à la culture. Les missionnaires de la baie des Pères desservent cette mission où se réunissent les treize familles éparses sur les bords de la rivière, les ouvriers catholiques de la scierie de M. Lumsden, établie à proximité, sur le Gordon Creek, et quelques voyageurs des chantiers voisins.
Vers midi ou une heure la foule des voyageurs s'embarque sous le Météor, le Clyde ou l’Argo. Rien n’est bizarre comme le spectacle de cette foule de toutes langues et de toutes les races— voyageurs canadiens et anglais—jurant et buvant à l’envi, sauvages et métis taciturnes, mères de familles et petits enfants, prêtres et religieuses.
Le lac Témiscamingue qui doit son nom à la profondeur de ses eaux n'est, pendant longtemps, que la rivière même dont le cours est ralenti. À cinquante milles en haut, vers la baie des Pères il commence à s’élargir, et il atteint, non loin de la tête du lac, ses plus fortes dimensions, 10 milles.
La traversée jusqu'à la baie des Pères prend de cinq à six heures, pendant lesquelles le même spectacle de rives boisées et montagneuses se continue dans une monotone magnificence, A peine si. parfois, sur le penchant d'une colline, on aperçoit une chaumicre et quelques défrichements.
Lorsau'on arrive au détroit formé par le fort de la compagnie et l'ancienne mission des Pères, la scène change tout à coup. Le bateau fait un tour à droite, double un cap élevé et se dirige à pleine vapeur dans une vaste baie aux rives basses et rasées. I!