PAROISSE DE SAINTE-BRIDGET
La paroisse de la cathédrale était devenue si populeuse que l'on commençait à sentir le besoin de la diviser (1888), Du moment qu'une séparation devenait nécessaire il était évident qu'elle devait s'opérer en donnant une église neuve à la partie de la congrégation parlant anglais qui se montait déjà à piusieurs centaines de familles.
Les paroisses mixtes ont l'avantage de faire licr connaissance entre eux aux catholiques de toutes nationalités, mais elles ont l'inconvénient plus grand de causer des rivalités plus fréquentes entres les différentes races, surtout si le pasteur, faute de discrétion ou de connaissance parfaite des deux langues, montre quelque préférence et quelque partialité, Dans tous les cas, la dualité des
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langues rend les offices longs et ennuyeux. Il a donc toujours été sage et politique de bâtir dans les villes, dès qu’on le peut, des églises spéciales pour les irlandais et pour les eanadiens-français. Aussi personne ne fut-il étonné lorsque le dimanche, 18 mars 1888 les catholiques irlandais furent convoqués, de la part de Mgr. l'archevêque à une réunion dans le soubassement de la basilique à 5 heures du soir pour y tenir une assemblée de paroisse.
A l'heure dite, un grand nombre d'irlandais, et des plus influents, se trouvèrent réunis sous la présidence de Mgr. Duhamel. Le Rév. M. McGovern, alors vicaire de la cathédrale et chargé spécialement des irlandais, fit les fonctions de secrétaire.
Nous donnons ici la traduction exacte du compte-rendu de cette première et importante assemblée.
+ Minutes de la réunion tenue par les paroissiens de langue anglaise de la basilique d'Ottawa pour traiter la question d’une église séparée pour leur usage propre.
‘ Comme on l'avait annoncé à la basilique le dimanche 1€ mars 1888, une réunion nombreuse de paroïissiens de langue anglaise eut lieu dans le soubassement de cette église, à 5 heures p.m. %a Grandeur Mgr. Duhamel présidait, et le Rév. M. Mc- Govern remplissait les fonctions de secrétaire. Après les prières de l'ouverture, monseigneur prit la parole, il exposa que le but de cette réunion était de décider si les catholiques de langue anglaise appartenant à la basilique auraient une église séparée. 11 ne proposait point la chose, et il ne l'aurait jamais proposée le premier. Mais, quelque temps auparavant, il avait reçu une délégation des catholiques de langue anglaise pour lui demander d'avoir une église séparée. Il avait pris la chose en considération et avait convoqué cette assemblée pour connaître précisément le sentiment des paroissiens sur cette question. Si leur désir était d'avoir une église séparée, il était tout prêt à leur construire cette église dont les revenus serviraient à liquider la dette. La responsabilité en serait prise par la corporation épiscopale comme pour les autres églises d'Ontario. Sa Grandeur déclara ensuite que son désir était de satisfaire tout le monde. Aussi derandait-il à l'as-
semblée de décider si c'était bien le vœu de la majorité que l’on bâtit une église séparée, et si, dans ce cas, on acceptait sa proposition au sujet de la construction. En conséquence, il invitait ceux des assistants qui voudraient parler à exposer leur manière de voir.
‘! Le Père McGovern dit alors que, comme vicaire des paroissiens de langue anglaise de la basilique, il avait été prié par un grand nombre de personnes de donner son avis sur la question. Il fit remarquer que, dans une paroisse séparée, le curé exerçait une influence plus directe sur ses paroissiens, et que, vivant davantage au milieu d'eux, il pouvait donner aux congrégations et aux sociétés plus de vie et une meilleure organisation. Il remerciait monseigneur de la générosité de son offre et espérait que toute l’assemblée se prononcerait en faveur de l’église séparée,
‘“ M. Jas. Warnock parla contre la séparation. A son avis la chose était prématurée et demandait une plus longue étude. Les paroissiens de langue anglaise étaient bien traités, et il ne voyait pas pourquoi les prêtres irlandais ne resteraient pas à la basilique aussi bien que les prêtres français. Il espérait que la question serait étudiée à nouveau, et proposa, appuyé par M. Bingham, qu'une commission de vingt membres fût nommée pour en délibérer avec monseigneur.
‘* En opposition à ce projet, M. P. Brankin, appuyé par M. J. Lyons, proposa que ‘‘ puisque c'était le vœu des paroissiens de langue anglaise d’avoir une église séparée, on acceptât la proposition de monseigneur qui s’offrait à en bâtir une en consacrant les revenus à la liquidation de la dette.
‘ M. Bingham parla alors en faveur du premier projet. Il lui semblait qu’on était aussi hien que possible dans la paroisse de la basilique, il ne voyait donc pas la raison de cette séparation. Et s’il fallait une nouvelle église, qu'elle tût mixte encore.
‘ M. J. Lyons se déclara pour la séparation, non que tel fut son désir personnel, mais parce qu'il constatait que c'était le vœu général de toute la population, et qu'en outre, si la séparation avait lieu elle mettrait fin À uno grand nombre de difficultés exis-
tantes.
‘ M. McEvila se prononça également en faveur de l'église séparée, principalement à cause des difficultés inhérentes à l’usage des deux langues. La proposition de M. Warnock fut mise aux voix et rejetée, MM. Warnock et Bingham votant pour, mais tous les autres assistants votant contre.
‘ L’amendement de M. Brankin fut alors lu et accepté à une grande majorité. Sept voix seulement lui furent contraires.
‘ M. Bingham déclara alors que, puisque la majorité se prononçait pour l’église séparée, il ferait personnellement tout son possible pour seconder cette mesure.
‘* Monseigneur, après l'adoption de l'amendement, invita l’assemblée à nommer un comité de cinq membres qui agirait de concert avec lui-même et le Kév. M. McGovern, pour choisir le site, arrêter les plans, etc. Il avertit que, bien qu'il entrât entièrement dans les attributions de l’évêque de déterminer seul le site d’une église, cependant, il cédait volontizrs de son droit pour le cas présent et demandait en conséquence le choix d’une commission. L'assemblée procéda ensuite au choix des membres de cette commission.
‘# Proposé par M. Burns, secondé par W. McEvila, que Jos. Lyons soit membre du comité. Accepté.
‘# Proposé par John White, secondé par J. Howratty, que J. O’Reilly soit membre du comité, Accepté.
‘* Proposé par P. Brankin, secondé par E. McEvoy, que M. McEvila soit membre du comité. Accepté.
‘# Proposé par P, O’Neil, secondé par W. McEvila, que M. Bingham soit membre du comité. Accepté.
‘# Proposé par F, Leacry, secondé par M. Harris, que D. McDonald soit membre du comité. Accepté.
‘ Une réunion du comité fut convoquée pour le mardi soir, 26 mars.
‘# On fit les prières et la réunion fut close.
‘{ J.-Tuomas, Arch. d'Ottawa, F,-J, MCGOvERN, prte., Président. Secrétaire.
Conformément à la décision prise par l'assemblée de paroisse, le comité de construction de la nouvelle église commença à faire les démarches nécessaires au bon succès de la tâche qui lui était confiée.
Après maintes réunions et maintes recherches, le choix de monseignenr et du comité se fixa sur les lots 23 et 26 des deux rues Saint-Patrick et Murray qui font angle avec la rue Cumberland, soit en tout quatre lots de ville, lesquels furent achetés en conséquence. Puis l'architecte Bowes fut chargé de dresser les plans de la nouvelle église.
Le contrat fut donné (août 1888) à M. John Lyons, entrepreneur.
La bénédiction de la première pierre par monseigneur n'eut lieu toutefois qu’au printemps de l’année suivante (3 mai 1889). La façade de l’église devait regarder la rue Saint-Patrice, le chevet la rue Murray, tandis que le flanc s'étendait tout le long de la rue Cumberland. Les travaux, une fois commencés, se poursuivirent vivement, si bien qu’au mois d'août de l’année suivante, l'église se trouva complètement terminée. Monseigneur en fit donc la bénédiction solennelle ie 3 août 1890 et lui donna le nom de sainte Brigitte. 11 chanta la messe, à laquelle assistaient Mgr. Grandin, évêque de Saint-Albert, un nombreux clergé et une grande affluence de peuple. Le soir, une conférence fut donnée par le Rév. Père Drummond, jésuite de Montréal.
L'église est grande et belle ; ses murs, en pierre à bosse, sont imposants ; On n'en peut pas dire autant de la coupole de son clocher, genre russe. L'intérieur (150 pieds sur 70) est vaste et richement
décoré, malheureusement, le manque d'espace a fait tronquer le sanctuaire qui est étroit et n’a pas permis d'avoir de sacristie. Le soubassement en tient lieu, ce qui est fort incommode,
Le prix total de l'édifice s'est élevé à $78,000. Si nous ajoutons à cette somme l'achat du terrain, la construction du presbytère qui eut lieu en 1891 et plusieurs autres dépenses nécessaires, nous trouvons que la dette de l'église Sainte-Brigitte monte à un chiffre formidable, près de $100,000,
Le 13 septembre 1890, le chanoine McCarthy fut nommé curé de ia nouvelle paroisse.
M. McCarthy n’a eu, jusqu'ici, qu’un vicaire, M. Jos. Gascon, (a février 1891-octobre 1892). Depuis le départ de M. Gascon, il s’est fait aider, pour les offices du dimanche, par quelques prêtres du collège.
Deux missions ont été prêchées à Sainte-Bridget, l’une pendant le carême de 1892, par les PP. Doherty et O'Bryan, jésuites ; l’autre pendant le carême de 1896, par ies PP. Mark et james, passionnistes, d’Hoboken.
Voici la liste des sociétés ou confréries établies à Sainte-Bridget : Dames de Sainte-Anne et la Société de Tempérance, qui sont un démembrement de la cathédrale. Ligue du Sacré Cœur, fondée en 1895. C. M. B. A. Forestiers Catholiques. Saint-Vincent de Paul.
L'importance paroisse de Sainte-Bridget compte actuellement environ 450 familles.
EGLISE NOTRE-DAME DU BON-CONSEIL DE BAYSWATER.—(VUL- GAIREMENT SAINTE-MARIE,
Quoique les églises de Notre-Dame du Bon-Conseil et de Saint-François appartiennent encore administrativement au comté de Carleton, on les considère à juste titre comme des faubourgs de la ville d'Ottawa, à laqueile elles ont reliées par une suite non interrompue de maisons. C'est pourquoi nous avons pensé qu'il convenait de faire ici l’histoire de ces deux nouvelles paroisses.
La paroisse de Notre-Dame du Bon-Conseil de Bayswater est un démembrement de la paroisse irlandaise de Saint-Patrick d'Ottawa. Eile comprend toute la partie de la ville, à l’ouest de la rue Division, et toute la campagne jusqu’à la paroisse de Fallowfield.
L'église est un vaste édifice en bois, lambrissé de briques, de 120 pieds sur 50, construit sur les plans de l'architecte J. J. Bowes, par l'entrepreneur J. J. O'Connor, au prix d’une douzaine de mille piastres, Commencée au printemps de 1860, elle fut terminée l'année suivante, et bénite par Mgr. l'archevêque le 3 mai 1891.
Un vaste terrain, appartenant, comme l'église, à la corporation épiscopale, lui est affecté ; non loin de là, sur la route de la ferme expérimentale, un beau presbytère, également en bois, briqueté, a été construit.
Le Rév. M. Thos. Joseph Cole, curé de Dawson, fut nommé le 28 avril 1891 à ce poste nouveau, qu’il occupe encore aujourd’hui. Le 15 septembre de la même année M. Cole fonda une conférence de Saint-Vencent de Paul qui prit le nom de Sainte-Marie et qui s'ouvrit avec le chiffre respectable de vingt-trois membres.
Le 22 novembre suivant, Monseigneur bénit la cloche de la nouvelle église ; le même jour il érigea les stations du chemin de la croix. Enfin, le 26 septembre 1891, la confrérie du Très-Saint Rosaire fut érigée dans la paroisse.
L'année suivante, 1892, le R. P. Daniel Patrick Riordan, oblat, prêcha une mission à Sainte-Marie, avec beaucoup de fruit.
En septembre de la même année 1892, une école séparée, servant pour les deux paroisses de Sainte-Marie et Saint-François d'Assise.
La paroisse de Notre-Dame du Bon-Conseil ne compte en 1895 que 225 familles, toutes irlandaises ; mais il est à supposer que dans quelques années l'accroissement continu de la ville en fera une riche et populeuse congrégation.