I . Les noms sont suites des choses
propre puisse être, en la plupart des choses, autre que doux, étant donné que les noms suivent les choses nommées, comme il est écrit : Nomina sunt cousequmtia reriiin. » — Le quatrième était celui-ci : a La Dame pour laquelle Amour t'étreint ainsi, n'est pas comme les autres dames, pour changer aisément son cœur. » — Et chacun de ces pensers me combattait tellement qu'il me faisait rester comme un homme qui ne sait par quelle route prendre son chemin, et qui veut aller et ne sait par où l'on va ; et si je songeais à vouloir chercher une voie commune à tous ces pensers, c'est-à-dire où tous s'accorderaient, cette voie m'était très ennemie, et c'était d'appeler la Pitié et me mettre en ses bras. Et, en cet état demeurant, me vint la volonté d'écrire des paroles rimées ; et j'en dis alors ce sonnet, lequel commence : Tons mes pensers.
Tous mes pensers parlent d'Amour, et ont entre eux si grande variété, que l'un me fait vouloir sa puissance, un autre follement parle de sa vertu,
un autre, avec l'espoir, m'apporte une douceur, un autre me fait pleurer maintes fois ; et seulement s'accordent à requérir pitié, en tremblant de la peur qui est dedans le cœur.
Aussi je ne sais pas duquel prendre matière et je voudrais parler, et je ne sais que dire ; ainsi me trouve en amoureuse erreur.
Et avec tous si je veux faire accord, il me faut appeler mon ennemie, madame la Pitié, pour qu'elle me défende.
Questo sonetto in quattro parti si puô dividere : ne la prima dico e soppongo che tutti li miei pensieri sono d'Amore ; ne la seconda dico che sono diversi, e narro la loro diversitade ; ne la terza dico in che tutti pare che s'accordino ; ne la quarta dico che volendo dire d'Amore, non so da quai parte pigli matera, e se la voglio pigliare da tutti^ convene che io chiami la mia inimica, madonna la Pietade ; e dico « madonna » quasi per disdegnoso modo di parlare. La seconda parte comincia quivi : c hanno in loro ; la terza quivi : e sol s' occordauo : la quarta quivi ; Oud' io non so.
APPRESSO la battaglia de li diversi pensieri avenue che questa gentilissima venne in parte ove moite donne gentili erano adunate ; a la quai parte io fui condotto per amica persona, credendosi fare a me grande piacere, in quanto mi menava là ove tante donne mostravano le loro bellezze. Onde io quasi non sappiendo a che io fossi menato, e fidandomi ne la persona, la quale uno suo amico a 1' estremitade de la vita condotto avea, dissi a lui : « Perché semo noi venutia queste donne ? ». Allora quelli mi disse : « Per fare si ch' elle siano degnamentc servite ». E Io vero è che adunate quivi erano a
Ce sonnet se divise en quatre parties : en la première je dis et j'expose que toutes mes pensers parlent d'Amour ; en la seconde, je dis qu'ils sont divers, et je narre leur diversité; en la troisième, je dis en quoi il semble qu'ils s'accordent tous ; en la quatrième je dis que, voulant parler d'Amour, je ne sais de quel côté prendre matière ; et si je la veux prendre de tous ensemble, il faut que j'appelle mon ennemie, madame la Pitié. Je dis Madame, comme en façon de parler par dépit. La seconde partie commence là: et ont ejit/e eux; la troisième là: et seideinent s'accordent ; la quatrième là : ^/^j-j/ je ne sais.
APRÈS la bataille des divers pensers, il arriva que cette Très Gentille vint en un lieu où beaucoup de gentilles dames étaient réunies. En ce lieu je fus conduit par une personne amie, qui crut me faire grand plaisir en m'amenant là où tant de dames montraient leurs beautés. D'où il advint que moi, ne sachant quasi pas pourquoi j'y avais été mené, et me fiant en cette personne, qui avait conduit un ami jusqu'à l'extrémité de la vie, je lui dis : « Pourquoi sommes-nous venus vers ces dames ?» — Alors il me répondit : « Pour faire en sorte qu'elles soient dignement servies. » — Et la
la compagnia d'una gentile donna che disposata era lo giorno ; e perô, seconde l'usanza de la sopradetta cittade, convenia che le facessero compagnia nel primo sedere a la mensa che facea ne la magione del suo novello sposo. Si che io credendomi tare piacere di questo amico, propuosi di stare al servigio de le donne ne la sua compagnia. E nel fine del mio proponnnento mi parve sentire uno mirabile tremore incominciare nel mio petto da la sinistra parte e distendersi di subito per tutte le parti del mio corpo. AUora dico che io poggiai la mia persona simulatamente ad una pintura, la quale circundava questa magione ; e temendo non altri si fosse accorto del mio tremare, levai li occhi, e mirando le donne, vidi tra loro la gentilissima Béatrice. AUora fuoro si distrutti li miei spiriti per la forza che Amore prese veggendosi in tanta propinquitade a la gentilissima donna, che non ne rimasero in vita più che li spiriti del viso; e ancora questi rimasero fuori de li loro istrumenti, perô che Amore volea stare nel loro nobilissimo luogo per vedere la mirabile donna. E avegna che io fossi altro che prima, molto mi dolea di questi spiritelli, che si lamentavano forte e diceano : « Se questi non ci infolgorasse cosi fuori del nostro luogo, noi potremmo stare a vedere la maraviglia di questa donna cosi coma stanno li altri nostri pari ». Io dico che moite di queste donne, accorgendosi de la mia trasfigurazione, si cominciaro a maravigliare, e ragionando si gabbavano di me con questa
vérité est qu'elles étaient réunies là pour faire compagnie à une gentille dame qui avait été mariée ce jour même ; et donc^ selon l'usage de la susdite ville, il fallait qu'elles lui fissent compagnie la première fois qu'elle s'asseyait à table dans la maison de son nouvel époux. Si bien que moi, croyant devoir complaire à mon ami, je me décidai à rester pour le service des dames en sa compagnie. Et au moment que je m'y décidais, il me sembla sentir un merveilleux tremblement commencer en ma poitrine du côté gauche et s'étendre subitement par toutes les parties de mon corps. Alors je dis que, sans faire semblant, j'appuyai ma personne contre une peinture qui entourait cette maison ; et craignant que quelqu'un se fût aperçu de mon tremblement, je levai les yeux, et regardant les dames, je vis parmi elles la très gentille Béatrice. Alors mes Esprits furent si détruits, par la force que prit Amour en se voyant si proche de la très gentille Dame, qu'il n'en resta plus en vie que les Esprits de la vue ; et même ceux-ci restèrent hors de leurs instruments, parce qu'Amour voulait demeurer en leur très noble lieu pour voir l'admirable Dame. Et encore que je fusse autre qu'auparavant, j'avais grande souffrance de ces petits Esprits qui se lamentaient fortement et qui disaient : « Si celui-ci ne vous foudroyait pas ainsi hors notre place, nous pourrions rester à voir la merveille de cette Dame, ainsi que restent les autres nos semblables. » — Je dis que plusieurs de ces dames, s'apercevant de ma transfigu-
gentilissima : onde lo ingannato amico di buona fede mi prese per la mano, e traendomi fuori de la veduta di queste donne, si mi domandô che io avesse. Allora io riposato alquanto, e resurressiti li morti spiriti miei, e li discacciati rivenuti a le loro possessioni, dissi a questo mio amico queste parole : « Io tenni li piedi in quella parte de la vita, di là da la quale non si puote ire più per intendimento di ritornare ». E partitomi da lui, mi ritornai ne la caméra de le lagrime ; ne la quale, piangendo e vergognandomi, fra me stessodicea : « Se questa donna sapesse la mia condizione, io non credo che cosi gabbasse la mia persona, anzi credo che moka pietade le ne verrebbe ». E in questo pianto stando, propuosi di dire parole, ne le quali, parlando a lei, significasse la cagione del mio transfiguramento, e dicesse che io so bene ch'ella non è saputa, e che se fosse saputa, io credo che pietà ne giugnerebbe altrui ; e propuosile di dire, desiderando che venissero per aventura ne la sua audienza. E allora dissi questo sonetto, lo quale comincia : Ctvi Taltre donne.
Con l'altre donne mia vista gabbate, e non pensate, donna, onde si mova ch' io vi rassembri si figura nova, quando riguardola vostra beltate.
Se io savf sto, non poria pietatc tener più contra me 1' usata prova,
ration, commencèrent à s'étonner; et, en devisant, elles se raillaient de moi avec cette Très Gentille : d'où vint que mon ami, qui était de bonne foi, tout déçu, me prit par la main, et me tirant hors de la présence de ces dames, me demanda ce que j'avais. Alors moi, un peu calmé (mes Esprits morts étant ressuscites, et ceux qui avaient été chassés étant revenus en leur domaine), je dis à ce mien ami ces paroles: « J'ai posé les pieds en ce point de la vie, au delà duquel on ne peut aller plus avant avec la volonté de revenir. » — Et l'ayant quitté, je m'en retournai dans la chambre des larmes, en laquelle, pleurant et honteux de moi-même, je me disais : « Si cette Dame savait mon état, je ne crois pas qu'elle se raillerait ainsi de ma personne ; mais je crois, au contraire, que grande pitié lui en viendrait. » — Et restant en ces larmes, je résolus de dire des paroles en lesquelles, parlant à elle, j'expliquerais l'occasion de ma transformation, et je dirais, que je sais bien qu'on ne la sait pas, et que si on la savait, je crois que pitié en viendrait aux gens : et je résolus de dire ces paroles, avec le désir qu'elles vinssent par aventure à son audience. Et alors je dis ce sonnet, lequel commence : Avec les autres dames.
Avec les autres dames vous raillez mon aspect, et ne penser, ô Dame, d'où arrive que je vous semble ainsi figure nouvelle, quand je regarde votre beauté.
Si vous le saviez, la Pitié ne pourrait pas tenir plus contre moi son usuel combat.
chè Amor, quando si prcsso a voi mi trova, prende baldaiiza e tanta securtate,
chc fcre tra' miei spiriti paurosi, e quale ancide, e quai pinge di fore, si che solo remane a veder vui :
ond' io mi cangio in figura d'altrui, ma non si ch' io non senta bene allorc li guai de li scacciati tormentosi.
Questo sonetto non divido in parti, perô che la divisione non si fa se non per aprire la sentenzia de la cosa divisa ; onde, con ciô sia cosa che per la sua ragionata cagione assai sia manifesto, non ha mestiere di divisione. Vero è che tra le parole dove si manifesta la cagione di questo sonetto, si scrivono dubbiose parole, cioè quando dico, che Amore uccide tutti li miei spiriti, e li visivi rimangono in vita, salvo che fuori de ii strumenti loro. E questo dubbio è impossibile a solvere a chi non fosse in simile grado fedele d'Amore; ed a coloro che vi sono è manifesto ciô che solverebhe le dubitose parole; e perô non è bene a me di dichiarare cotale dubitazione, acciô che Io mio parlare dichiarando sarebbe indarno, o vero di soperchio.
AppRESSO la nuova trasfigurazione mi giunse uno pensamento forte, Io quale poco si partia da me, anzi continuamente mi riprendea, ed cra di cotale ragio-
car quand Amour si près de vous me trouve, il prend audace et si grande assurance,
qu'il frappe au travers de mes Esprits épeurés, et qu'il tue l'un et pousse l'autre hors, si bien que seul il demeure à vous voir.
D'où vient que je me change eu figure d'un autre ; mais non pas tellement, que bien alors n'entende les plaintes des Esprits chassés qui se tourmentent.
Ce sonnet, je ne le divise pas en parties, parce que la division ne se fait que pour découvrir le sens de la chose divisée : aussi, étant donné que, par l'occasion qui en a été expliquée, ce sonnet est assez clair, il n'a pas besoin de division. Il est vrai que, parmi les paroles où est démontrée l'occasion de ce sonnet, sont écrites des paroles obscures : à savoir quand je dis qu'Amour tue tous mes Esprits et que ceux de la vue restent en vie, mais sont hors de leurs instruments. Et cette obscurité est impossible à résoudre pour qui ne serait pas au même degré fidèle d'Amour ; et à ceux qui le sont, paraît clairement ce qui pourrait résoudre ces paroles obscures. Et donc il n'est pas bon que j'éclaircisse une pareille obscurité, car en l'éclaircissant mon discours serait ou vain ou superflu.
APRÈS ma nouvelle transfiguration, il me vint un penser très fort, qui peu me quittait, mais continuellement me reprenait ; et il raisonnait ainsi avec
namento meco : « Poscia che tu pervieni a cosi discherne- Yole vista, quando tu se' presse di questa donna, perche pur cerchi di vedere lei ? Ecco che tu fossi domandato da lei, che avrestù da rispondere, ponendo che tu avessi Ubera ciascuna tua vertude, in quanto tu le rispondessi ? ». Ed a costui rispondea un altro umile pensero, e dicea : « S' io non perdessi le mie vertudi, e fossi libero tanto che io le potessi rispondere, io le direi, che si tosto com' io imagino la sua mirabile bellezza, si tosto mi giugne uno desiderio di vederla, Io quale è di tanta vertude, che uccide e distrugge ne la mia memoria ciô che contra lui si potessc levare : e perô non mi rittraggono le passate passioni da cercare la veduta di costei ». Onde io, mosso da cotali pensamenti, propuosi di dire certe parole, ne le quali, escusandomi a lei da cotale riprensione, ponesse anche di quello che mi diviene presso di lei ; e dissi questo sonetto, Io quale comincia : Cid che VI incontra.
Ciô che m'incontra ne la mente, more, quand' i' vegno a veder voi, bella gioia ; e quand' io vi son presso, i' scnto Amore che dice : « Fuggi, se '1 périr t' è noia ».
Lo viso mostra Io color del core, che, tramorteudo, ovunque puô s'appoia ; e per la ebrietà del gran tremore le piètre par che gridin : « Moia, moia ».
Peccato face chi allora mi vide,
moi-même : « Puisque tu arrives à un aspect si digne de raillerie, quand tu es près de cette Dame, pourquoi donc cherches-tu à la voir ? Et mettons que tu fusses interrogé par elle, qu'aurais-tu à répondre, en supposant même que tu eusses assez libre chacune de tes vertus pour pouvoir lui répondre ?» — Et à celui-ci répondait un autre humble penser, et il disait : « Si je ne perdais pas mes vertus, et si j'étais assez libre pour lui pouvoir répondre, je lui dirais qu'aussitôt que j'imagine son admirable beauté, aussitôt il me vient un désir de la voir, lequel est de telle force qu'il tue et détruit dans ma mémoire tout ce qui contre lui se pourrait élever. Et donc, les souffrances passées ne me détournent pas de chercher la vue de cette Dame. » — D'où vient que, poussé par de tels pensers, je décidai de dire quelques paroles, en lesquelles, m'excusant à elle d'un semblable reproche, je parlerais encore de ce qui m'advient près d'elle ; et je dis ce sonnet, lequel commence : Ce qui, dans ma lunnoire.
Ce qui, dans ma nicmoirc, me peut menacer, meurt, quand je viens pour vous voir, ô belle joie. — Puis quand je suis auprès de vous, j'entends Amour, qui dit : « Fuis, si périr t'ennuie v.
Le visage montre la couleur du cœur, qui, défaillant, partout où il le peut s'appuie. Et par l'ivresse du grand tremblement, il semble que les pierres crient : « Meurs, meurs ! »
Il fait péché celui qui lors me voit.
se l'aima sbigottita non conforta, sol dimostrando che di me li doglia,
per la pietà, che '1 vostro gabbo ancidc, la quai si cria ne la vista morta de li occhi, c' hanno di lor morte voglia.
Questo sonetto si divide in due parti : ne la prima dico la cagione per che non mi tengo di gire presso di questa donna ; ne la seconda dico quello che mi diviene per andare presso di lei ; e comincia questa parte quivi : e quand' io vi son presso. Ed anche si divide questa seconda parte in cinque, seconde cinque diverse narrazioni : che ne la prima dico quello che Amore, consigliato de la ragione, mi dice quando le sono presso ; ne la seconda manifesto lo stato del cuore per esemplo del viso ; ne la terza dico si corne onne sicurtade mi viene meno ; ne la quarta dico che pecca quelli che non mostra pietà di me, acciô che mi sarebbe alcuno conforto ; ne 1' ultima dico perché altri doverehbe avère pietà, e ciô è per la pietosa vista che ne li occhi mi giugne ; la quale vista pietosa è distrutta, cioè non pare altrui, per lo gabbare di questa donna, la quale trae a sua simile operazione colore che forse vederebbono questa pietà. La seconda parte comincia quivi : Lo viso viostra ; la terza quivi : e per la ehrieîà ; la quarta : Peccato face ; la quinta : per la pietà.
si à l'âme affligée ne donne réconfort,
en montrant seulement que de moi il a peine,
pour la pitié, que tue votre raillerie, et qui naît de l'aspect mourant des yeux, quand de leur mort ont volonté.
Ce sonnet se divise en deux parties : en la première je dis la raison pour laquelle je ne puis me tenir d'aller auprès de cette Dame ; en la seconde, je dis ce qui m'advient pour aller auprès d'elle ; et cette partie commence là : Puis quand je suis auprès de vous. Et encore cette seconde partie se divise en cinq, selon cinq diverses narrations ; car en la première, je dis ce qu'Amour, conseillé par la raison, me dit quand je suis près d'elle ; en la seconde^ j'explique l'état du cœur par l'exemple du visage ; en la troisième, je dis comment toute assurance m'échappe ; en la quatrième, je dis que celui qui ne me montre pas pitié fait un péché, car cela me serait de quelque réconfort ; en la dernière, je dis pourquoi on devrait avoir pitié, à savoir pour l'aspect pitoyable qui me vient en les yeux ; car cet aspect pitoyable est détruit, c'est-à-dire disparaît aux yeux des gens, par la raillerie de cette Dame, laquelle entraîne à une action semblable ceux qui peut-être verraient cette pitié. La seconde partie commence là : Le visage montre ; la troisième là : Et par l'ivresse; la quatrième: Il fait péché ; la cinquième : pour la pitié.
AppRESso ciô, che io dissi questo sonetto, mi mosse una volontade di dire anche parole, ne le quali io diecesse quattro cose ancora sopra Io mio stato, le quali non mi parea che fossero manifestate ancora per me. La prima de le quali si è che moite volte io mi dolea, quando la mia memoria movesse la fantasia ad imaginare quale Amore mi facea. Le seconda si è che Amore spesse volte di subito m' assalia si forte, che' n me non rimanea altro di vita se non un pensero che parlava di questa donna. La terza si è che quando questa battaglia d'Amore mi pugnava cosi, io mi movea quasi discolorito tutto per videre questa donna, credendo che mi difendesse la sua veduta da questa battaglia, dimenticando quello che per apropinquare a tanta gentilezza m' adivenia. La quarta si è come cotale veduta non solamente non mi difendea, ma finalmente disconfiggea la mia poca vita. E perô dissi questo sonetto, Io quale comincia : Spesse fate.
Spesse fiatc vegnonmi a la mente le oscure qualita ch' Amor mi dona, e vènnemi piclâ, si che sovente io dico : « Lasso ! aviea elli a persona ? » ;
ch' Amor m' assale subitanamente, si che kl vita quasi m' abandoaa :
campami un spirto vivo solamente,
VITA NOVA él
APRÈS que j'eus dit ce sonnet, une volonté me vint de dire aussi des paroles, en lesquelles je dirais sur mon état quatre choses encore, car il ne me semblait pas que je les eusse déjà fait connaître. La première de ces choses est que bien des fois je souffrais, quand ma mémoire excitait mon imagination à me représenter quel me faisait Amour ; la seconde chose est que maintes fois Amour, subitement m'assaillait si fort, qu'il ne restait de vie en moi rien, sinon un penser qui parlait de cette Dame ; la troisième chose est que, quand cette bataille d'Amour m'attaquait ainsi, je partais alors, quasi tout décoloré, pour voir cette Dame, croyant que ma vue me défendrait de cette bataille, et oubliant tout ce qui, pour approcher d'une telle Gentillesse, m'arrivait ; la quatrième chose est que cette vue non seulement ne me défendait pas, mais détruisait enfin le peu de vie que j'avais. Et donc je dis ce sonnet, lequel commence : Bnii des fois.
Bien des ibis me viennent à la pensée les sombres qualités qu'Amour me donne ; et il m'en vient pitié, tellement que souvent je dis : « Hélas ! cela advient-il à personne ? »
car Amour m'assaille subitement, tellement que la vie quasi m'abandonne : un Esprit vivant seulement me sauve.
e que' riman, perché di voi ragiona.
Poscia mi sforzo, chè mi voglio atare ; e cosi smorto, d' onne valor voto, vegno a vedervi, credendo guerire :
e se io levo li occhi per guardare, nel cor mi si comincia uno tremoto, che la de' polsi l'anima partire.
Questo sonetto si divide in quattro parti, seconde che quattro cose sono in esso narrate ; e perô che sono di sopra ragionate, non m' intrametto se non di distinguere le parti per li loro cominciamenti : onde dico che la seconda parte comincia quivi : ch' Amor ; la terza quivi : Poscia mi sfoi\o; la quarta quivi : c se io hvo.
Poi che dissi questi tre sonetti, ne li quali parlai a questa donna, perô che fuoro narratori di tutto quasi Io mio stato, credendomi tacere e non dire più, perô che mi parea di me assai avère manifestato, avegna che sempre poi tacesse di dire a lei, a me convenue ripigliare matera nuova e più nobile che la passata. E perô che la cagione de la nuova matera è dilettevole a udire, la dicerô quanto potrô più brievemente.
et celui-là demeure parce qu'il parle de vous.
Puis je m'efforce, car je me veux aider ; et ainsi mourant et privé de toute force, je viens pour vous voir, croyant guérir :
et si je lève les yeux pour regarder, dans le cœur me commence un tremblement, qui fait des veines partir la vie,
Ce sonnet se divise en quatre parties, selon que quatre choses y sont narrées : et, comme les choses sont expliquées plus haut, je ne m'occupe que de définir les parties par leurs commencements : je dis donc que la seconde partie commence là: car Amour; la troisième là: Puis je m'ejforce ; la quatrième là : et si je lève.
ARES que j'eus dit ces trois sonnets, en lesquels je parlai à cette Dame, comme ils avaient été narrateurs de presque tout mon état, je pensai me taire et n'en pas dire plus, parce qu'il me semblait en avoir assez fait connaître de moi-même ; mais (encore que toujours désormais je me sois tu de parler à elle), il me fallut cependant reprendre matière, nouvelle et plus noble que celle du passé. Et comme l'occasion de cette nouvelle matière est délectable à entendre, je la dirai, le plus brièvement que je pourrai.
CON ciô sia cosa che per la vista mia moite persone avessero compreso lo secreto del mio cuore, certe donne, le quali adunate s'erano, dilettandosi V una ne la compagnia de l'altra, sapeano bene lo mio cuore, perô che ciascuna di loro era stata a moite mie sconfitte ; ed io passando appresso di loro, si corne da la fortuna menato, fui chiamato da una di queste gentili donne. La donna che m'avea chiamato, era donna di molto leggiadro parlare; si che quand' io fui giunto dinanzi da loro, e vidi bene che la mia gentilissima donna non era con esse, rassicurandomi le salutai, e domandal che piacesse loro. Le donne erano moite, tra le quali n'avea certe che si rideano tra loro. Altre v' erano che mi guardavano, aspettando che io dovessi dire. Altre v' erano che parlavano tra loro. De le quali una, volgendo li suoi occhi verso me e chiamandomi per nome, disse queste parole : « A che fine ami tu questa tua donna, poi che tu non puoi sostenere la sua presenza } Dilloci, chè certo lo fine di cotale amore conviene che sia novissimo ». Et poi che m'ebbe dette queste parole, non solamente ella, ma tutte 1' altre cominciaro ad attendere in vista la mia risponsione. Allora dissi queste parole loro : «■ Madonne, lo fine del mio amore fue già lo saluto di questa donna, forse di cui voi intendete, ed in quello
OR, comme par mon aspect maintes personnes avaient compris le secret de mon cœur, certaines dames, qui s'étaient réunies, prenant plaisir en la compagnie l'une de l'autre, connaissaient bien mon cœur, parce que chacune d'elle elles avait assisté à plusieurs de mes défaites. Et moi, passant près d'elles, comme mené parla fortune, je fus appelé par une de ces gentilles dames. La dame qui m'avait appelé était dame de parler très gracieux. Si bien que quand je fus arrivé devant ces dames, et vis bien que ma très gentille Dame n'était point parmi elles, je me rassurai et les saluai, et leur demandai quel était leur plaisir. Les dames étaient nombreuses, et il y en avait quelques-unes qui riaient entre elles. Il y en avait d'autres qui me regardaient, attendant ce que je pourrais dire. Il y en avait d'autres qui parlaient entre elles. Une desquelles tourna les yeux vers moi, et, m'appelant par mon nom, dit ces paroles : « A quelle fin aimes-tu cette tienne Dame, puisque tu ne peux soutenir sa présence ? Dis-le nous, car assurément la fin d'un tel amour doit être très nouvelle. » — Et alors qu'elle m'eût dit ces paroles, non seulement elle, mais toutes les autres parurent se mettre à attendre ma réponse. Alors je leur dis ces paroles: a Mesdames, la fin de mon amour fut naguère le salut de cette Dame,
dimorava la beatitudine chc era fine di tutti H miei desiderii. Ma poi che le piacque di ncgarlo a me, lo mio segnore Amore, la sua merzede, ha posto tutta la mia beatitudine in quelle che non mi puote venire meno ». Allora queste donne cominciaro a parlare tra loro ; e si corne talora vedemo cadere l'acqua mischiata di bella neve, cosi mi parea udire le loro parole uscire mischiate di sospiri. E poi che alquanto ebbero parlato tra loro, anche mi disse questa donna che m' avea prima parlato, queste parole : « Noi ti preghiamo che tu ne dichi ove sta questa tua beatitudine ». Ed io, rispondendo lei, dissi cotanto : « In quelle parole che lodano la donna mia ». Allora mi rispuose questa che mi parlava : « Se tu ne dicessi vero, quelle parole che tu n'hai dette in notificando la tua condizione, avrestù operate con altro intendimento ». Onde io pensando a queste parole, quasi vergognoso mi partio da loro, e venia dicendo fra me medesimo : « Poi che è tanta beatitudine in quelle parole che lodano la mia donna, perché altro parlare è stato lo mio ? » E perô propuosi di prendere per matera de lo mio parlare sempre mai quello che fosse loda di questa gentilissima ; e pensando molto a ciô, pareami avère impresa troppo alta matera quanto a me, si che non ardia di cominciare ; e cosi dimorai alquanti di con desiderio di dire e con paura di cominciare.
de qui peut-être vous voulez parler ; et en lui demeurait la béatitude qui était la fin de tous mes désirs. Mais après qu'il lui a plu de me le dénier, mon Seigneur Amour, auquel j'en rends merci, a placé toute ma béatitude en cela qui ne me peut pas faire défaut. » — Alors ces dames commencèrent à parler entre elles ; et de même que parfois nous voyons tomber l'eau mêlée de belle neige, de même il me semblait entendre leurs paroles sortir mêlées de soupirs. Et, après qu'elles eurent quelque temps parlé entre elles, cette même dame encore qui m'avait d'abord parlé, me dit ces paroles : « Nous te prions que tu nous dises où réside cette tienne béatitude. » — Et moi, lui répondant, je dis ceci : « Dans les paroles qui louent ma Dame. » — Alors me répondit celle qui me parlait : « Si tu nous disais vrai, ces paroles que tu en a dites en faisant connaître ton état, tu les aurais employées en une autre intention. » — D'où il advint que, pensant à ces paroles, et comme honteux, je m'éloignai d'elles ; et je m'en venais disant en moi-même : « Puisqu'il y a tant de béatitude en les paroles qui louent ma Dame, pourquoi autre langage a-t-il été le mien ?» — Aussi je décidai de prendre à jamais pour matière de mes paroles chose qui fût louange de cette Très Gentille ; et pensant beaucoup à cela, il me semblait avoir entrepris une matière trop haute quant à moi, si bien que je n'avais pas le courage de commencer ; et ainsi demeurai-je quelques jours, avec désir de dire et avec peur de commencer.
AVEXNE poi che passando per uno cammino, lungo lo quale sen gia uno rivo chiaro molto, a me giunse tanta volontade di dire, che io cominciai a pensare lo modo ch'io tenesse ; e pensai che parlare di lei non si convenia che io facesse, se io non parlasse a donne in seconda persona, e non ad ogni donna, ma solamente a coloro che sono gentili e che non sono pur femine. Allora dico che la mia lingua parlô quasi corne per se stessa mossa, e disse : Donne cl) avcte iutelleîto d'amore. Queste parole io ripuosi ne la mente con grande letizia, pensando di prenderle per mio cominciamento ; onde poi ritornato a la sopradetta cittade, pensando alquanti die, cominciai una canzone con questo cominciamento, ordinata nel modo che si vedrà di sotto ne la sua divisione. La canzone comincia : Donne cJ) avete.
Donne, ch' avete intelletto d'amore, i' vo' con voi de la mia donna dire, non perch' iocreda sua laude finire, ma ragionar per isfogar la mente.
Io dico che pensando il suo valore, Amor si dolcc mi si fa sentire, che s' io allora non perdessi ardire,
IL arriva ensuite que, passant par un chemin, le long duquel s'en venait un ruisseau très clair, il me vint une telle volonté de dire, que je commençai de songer à la manière que je pourrais prendre ; et je pensai que parler d'elle n'était pas chose qu'il convenait que je fisse, à moins que je parlasse à des dames, à la seconde personne ; et non à toutes dames, mais uniquement à celles qui sont gentilles, et ne sont pas seulement femmes. Alors je dis que ma langue parla comme mue par elle-même, et dit : Dames, qui ave::^ entendement d'amour. Ces paroles, je les reposai en mon esprit avec grande joie, pensant les prendre pour mon commencement : or ensuite, rentré en la susdite ville et pensant pendant quelques jours, je commençai, avec ce commencement, une chanson, ordonnée en la façon que l'on verra plus bas en sa division. La chanson commence: Dames qui ave^.
Dames, qui avez entendement d'amour, je veux avec vous de ma Dame dire ; non que je croie pouvoir finir sa louange, mais discourir pour soulager mon âme.
Je dis que, pensant à son mérite.
Amour si doucement à moi se fait sentir, que, si alors je ne perdais l'audace.
yO VITA NOVA
farei parlando innnmorar la gcntc :
e io non vo' pailar si altamcnte, ch' io divenissc per temenza vile ; ma tratterô dcl suo stato gcntile a respetto di lei leggeramcnte, donne e donzelle amorose, con vui, chè non è cosa da parlarne altrui.
Angelo clama in divino intelletto e dice : : « Sire, nel mondo si vede maraviglia ne l'atto chc procède d'un' anima che 'nfin quassù risplendc ». Lo cielo, che non ave altro difetto che d'aver lei, al suo segnor la chiede, e ciascun santo ne grida merzede.
Sola pietà nostra parte difende, chè parla Dio, che di madonna intende : « Diletti miei, or sofferite in pace che voscra spene sia quanto me place là ov' è alcun che perder lei s'attende, e che dira ne lo inferno : — O malnati, io vidi la speranza de' beati. — »
A'Lidonna è disiata in somnio ciclo :
or voi di sua virtù farvi savere.
Dico, quai vuol gentil donna parère vada con lei, chè quando va per via, gitta nei cor \-illani Amore un gelo, per che onne lor penscro aghiaccia e père, e quai soffrisse di starla a vedere diverria nobil cosa, o si morria ; e quando trova alcun che degno sia di veder lei, quel prova sua vertute, chè li avien, ciô che li dona, in salute, e si l'umilia ch' ogni oftesa ohlia :
ancor 1' ha Dio per maggior grazia date che non po mal hnir chi 1' ha parlato.
je ferais, en parlant, énamourer les gens.
Et ne veux pas parler en si haute façon,
que, par peur, j'en devienne lâche :
mais je traiterai de sa nature gentille,
(bien faiblement au regard d'elle),
dames et damoiselles amoureuses, avec vous,
car ce n'est chose pour en parler à d'autres.
L'Ange clame en l'Intellect divin et dit : « Seigneur, dans le monde se voit une merveille en l'acte, qui procède d'une âme qui jusques ici rayonne. »
Le ciel, qui ne manque que d'une chose, c'est de l'avoir, la demande à son Seigneur, et tous les saints en réclament la grâce. Seule la pitié défend notre parti ; et Dieu parle, qui connaît bien Madame : « Mes bien-aimés, ore souffrez en paix, que soit votre espérance, pour autant qu'il me plaît, là où est un homme qui s'attend à la perdre, et qui dira dans l'enfer : — O mal nés 1 j'ai vu l'espérance des bienheureux ! —
Madame est désirée en le haut ciel :
or je vous veu.x faire connaître sa vertu. Je dis : qui veut gentille dame paraître aille avec elle ; car quand elle va par le chemin, Amour jette en les coeurs vilains un gel, par quoi tous leurs pensers se glacent et périssent. Et qui supporterait de rester à la voir deviendrait noble chose, ou bien mourrait : et quand elle a trouvé quelqu'un qui digne soit de la voir, celui-là éprouve sa vertu ; car ce qu'elle lui donne devient pour lui salut, et le fait si humble qu'il oublie toute offçBse. A elle encore Dieu, par grâce majeure accorda, que ne peut mal finir qui lui a parlé.
Dice di lei Amor : Cosa mortale corne esser po si adorna e si pura ? » Poi la reguarda, e fra se stcsso giura che Dio ne ' ntenda di far cosa nova. Color di perle ha quasi, in forma quale convene a donna aver, non for misura ; ella è quanto de ben po far natura ; par esemplo di lei bieltà si prova.
De li occhi suoi, corne ch' ella li mova, esconospirti d'amore inflammati, ' che ferou li occhi a quai che allor la guati,
e passan si che '1 cor ciascun retrova : voi le vedete Amor piuto nel riso, là 've non pote alcun mirarla fiso.
Canzone io so che tu girai parlando a donne assai, quand' io t' avrô avanzata. Or t' amonisco, perch'io t' ho allevata per figliuola d'Amor giovane e piana, che là ovegiugni tu dichi pregando :
« Insegnatemi gir, ch' io son mandata a quella di cui laude so' adornata ».
E se non vuoli andar si corne vana, non restare ove sia gente villana ; ingegnati, se puoi, d'esser palese solo con donne o con omo cortese, che ti merrano là per via tostana :
tu troverai Amor con esso lei ; raccommandami a lui comme tu dei.
Questa canzone, acciô che sia meglio intesa, la dividerô più artificiosamente che 1' altre cose di sopra. E perô prima ne fo tre parti : hi prima parte è procmio de le sequenti parole ; la seconda è Io intento trattato ;
D'elle Amour dit : « Chose mortelle comment être peut-elle si parée et si pure ? » Puis la regarde et en lui-même jure que Dieu entend en faire chose neuve. Elle a quasi la couleur de la perle, en la forme qu'il convient à dame l'avoir, non hors mesure. Elle est ce que de bien peut faire la nature, à son modèle s'éprouve la beauté ; de ses yeux, comment qu'elle les meuve, sortent Esprits d'Amour enflammés, qui vont frapper les yeux à qui lors la contemple, et pénètrent si fort que chacun trouve le cœur. Vous lui voyez Amour peint au sourire, là on ne peut aucun la regarder fixement.
Chanson, je sais que tu iras parlant à maintes dames, quand je t'aurai laissée : or je te donne avis, puisque t'ai élevée pour fille d'Amour, jeune et simple, que dises, en priant, partout où tu viendras : a Enseignez-moi ma route ; car je suis envoyée à celle de la louange de qui je suis ornée. » Et si tu ne veux pas t'en aller toute vaine, ne t'arrête jamais où sont vilaines gens ; Mais t'ingénie, si tu peux, de te faire connue seulement avec dame ou avec homme courtois, qui te mèneront là par la route rapide : Tn trouveras Amour près d'elle ; à lui me recommande, ainsi que tu le dois.
Cette chanson, afin qu'elle soit mieux comprise, je la diviserai avec plus d'artifice que les autres choses cidessus. Et donc, j'en fais d'abord trois parties. La première partie est la préface des paroles qui s'ensui-
la terza è quasi una serviziale de le precedenti parole. La seconda comincia quivi : Angelo clama ; la terza quivi : Can:;^onc, io so chc. La prima parte si divide in quattro ; ne la prima dico a eu' io dicer voglio de la mia donna, e perché io voglio dire ; ne la seconda dico quale me pare avère a me stesso quand' io penso Io suo valore, e com' io direi s' io non perdessi 1' ardimento ; ne la terza dico come credo dire di lei, acciô ch' io non sia impedito da viltà ; ne la quarta, ridicendo anche a cui ne intenda dire, dico la cagione per che dico a loro. La seconda comincia quivi : Io dico, la terza quivi : e io non vd parlar ; la quarta : donne e don:(eJIe. Poscia quando dico : Angelo clama, comincio a trattare di questa donna. E dividesi questa parte in due : ne la prima dico che di lei si comprende in cielo ; ne la seconda dico che di lei si comprendre in terra, quivi : Madonna è disiata. Questa seconda parte si divide in due ; che ne la prima dico di lei quanto da la parte de la nobilitade de la sua anima, narrando alquanto de le sue vertudi effective che de la sua anima procedeano ; ne la seconda dico di lei quanto da parte de la nobilitade del suo corpo, narrando alquanto de le sue bellezze, quivi : Dicc di lei Amor. Questa seconda parte si divide in due ; che ne la prima dico d'alquante bellezze che sono secondo tutta la persona ; ne la seconda dico d' alquante bellezze che sono secondo diterminata parte de la persona, quivi : De li occhi siioi. Questa seconda parte si divide in due ; che ne 1' una dico dcgli occhi.
vent ; la seconde est le sujet traité ; la troisième est comme une servante des paroles précédentes. La seconde commence là : L'ange dame \ la troisième là : Chanson, je. sais. La première se divise en quatre : en la première je dis à qui je veux parler de ma Dame et pourquoi je veux parler ; en la seconde je dis quel je me semble à moi-même quand je pense à son mérite, et comment j'en parlerais, si je ne perdais pas le courage; en la troisième je dis comment je crois pouvoir parler d'elle afin de n'être pas empêché par la lâcheté ; en la quatrième, redisant encore à quelles personnes j'entends parler, je dis la raison pourquoi c'est à elles que je parle. La seconde commence là : Je dis ; la troisième là : Et ne veux pas parler ; la quatrième : dames et damoiseUes. Ensuite quand je dis : L'ange clame, je commence à traiter de cette Dame. Et cette partie se divise en deux : en la première je dis ce que d'elle on comprend au ciel ; en la seconde je dis ce que d'elle on comprend sur la terre ; là : Madame est désirée. Cette seconde partie se divise en deux ; car en la première je parle d'elle quant à la noblesse de son âme, narrant quelque chose de ses vertus effectives, qui procédaient de son âme ; en la seconde je parle d'elle quant à la noblesse de son corps, narrant quelque chose de ses beautés ; là : D'elle Amour dit. Cette seconde partie se divise en deux ; car en la première, je parle de certaines beautés qui sont selon toute la personne ; en la seconde, je parle de certaines beautés qui sont selon une partie
76 VITA KOVA
H quali sono principio d' amore ; ne la seconda dico de la bocca, la quale è fine d'amore. E acciô che quinci si lievi ogni vizioso pensiero, ricordisi chi ci legge, che di sopra è scritto che lo saluto di questa donna, lo quale era de le operazioni de la bocca sua, fue fine de li miei desiderii, mentre ch'io lo potei ricevere. Poscia quando dico : Can:(one, io sa che tu, agiungo una stanza quasi corne ancella de 1' altre, ne la quale dico quello che di questa mia canzone desidero : e perô che questa ultima parte è lieve a intendere, non mi travaglio di più divisioni. Dico bene che, a più aprire lo intendimento di questa canzone, si converrebbe usare di più minute divisioni ; ma tuttavia chi non è di tanto ingegno che per queste che sono flitte la possa intendere, a me non dispiace se la mi lascia stare, chè certo io temo d' avère a troppi communicato lo suo intendimento pur per queste divisioni che flitte sono, s' elli avenisse che molti le potessero audire.
APPRESSO che questa canzone fue alquanto divolgata tra le genti, con ciù fosse cosa che alcuno amico l'udisse, volontade lo mosse a pregare me che io li dovesse
déterminée de la personne ; là : de ses yeux. Cette seconde partie se divise en deux ; car en l'une je parle des yeux, qui sont le principe d'Amour; en la seconde je parle de la bouche qui est la fin d'Amour ; et, (afin que d'ici s'écarte toute pensée vicieuse), que le lecteur se rappelle qu'il est écrit ci-dessus que le salut de cette Dame, lequel était œuvre de sa bouche^ fut la fin de mes désirs, tant que je le pus recevoir. Ensuite quand je dis : Chanson, je sais, j'ajoute une stance qui est comme servante des autres, en laquelle je dis ce que je désire de cette mienne chanson. Et comme cette dernière partie est aisée à entendre, je ne me mets pas en peine de plus de divisions. Je dis pourtant que pour mieux découvrir le sens de cette chanson, il conviendrait d'employer des divisions plus minutieuses ; mais toutefois, qui n'a assez d'esprit pour la comprendre par celles qui sont ici faites, il ne me déplaît pas qu'il me la laisse là : car certes je crains d'en avoir communiqué à trop de gens le sens, par ces divisions mêmes qui sont faites, s'il arrivait que beaucoup le pussent comprendre.
APRÈS que cette chanson fut un peu divulguée parmi les gens, comme il arriva qu'un de mes amis l'entendit, la volonté lui vint de me prier que je lui
dire che è Amore, avendo forse per 1' udite parole speranza di me oltre che degna. Onde io pensando che appresso di cotale trattato bello era trattare alquanto d'Amore, e pensando che 1' amico era da servire, propuosi di dire parole, ne le quali io trattassi d'Amore ; e allora dissi questo sonetto, Io quai comincia : Amore ef cor gentil.
Amor e '1 cor gentil sono una cosa, si corne il saggio in sue dittare pone, e cosi esser l'un sanza l'altro osa com' aima razional sanza ragione.
Falli natura quand' è amorosa, Amor per sire e '1 cor per sua magione, deutro la quai dormcudo si riposa tal volta poca e tal lunga stagione.
Bieltate appare in saggia donna pui, che place a gli occhi si, che dentro al core nasce un disio de la cosa piacente ;
e tanto dura talora in costui, che fa svegliar Io spirito d'Amore.
E simil face in donna omo valente.
Questo sonetto si divide in due parti : ne la prima dico di lui in quanto è in potenzia ; ne la seconda dico di lui in quanto di potenzia si riduce in atto. La seconda comincia quivi : Bieltate appare. La prima si divide in due : ne la prima dico in che suggetto sia questa potenzia ; ne la seconda dico si come questo suggetto e questa potenzia siano produtti in essere, e come l'uno guarda
dusse dire ce qu'est Amour ; il avait peut-être conçu de moi, par les paroles qu'il avait entendues, une espérance plus grande que je n'en étais digne. D'où vint que moi, pensant qu'après un tel discours, il était beau de dire quelque chose sur Amour, et pensant que l'ami était de ceux qu'on doit servir, je résolus de dire des paroles en lesquelles je parlerais d'Amour, et je dis alors ce sonnet, lequel commence : Amour et k cœur gentil.
Amour et le cœur gentil sont une chose, ainsi que le Sage en son discours l'affirme ; et autant l'un sans l'autre ils peuvent être, comme âme raisonnable être sans la raison.
La Nature les fait, quand elle est amoureuse, Amour pour Sire et le cœur pour sa maison, dedans laquelle dormant il se repose, parfois un bref et parfois un long temps.
Beauté paraît dans sage dame ensuite, qui plaît aux yeux si fort, que dans le cœur naît un désir de la chose plaisante.
Et tant il dure alors en celui-ci, qu'il fait éveiller l'esprit d'Amour :
et mêmement en une dame fait l'homme vertueux.
Ce sonnet se divise en deux parties : en la première je parle de lui en tant qu'il est en puissance; en la seconde je parle de lui en tant que de puissance il se réduit en acte. La seconde commence là : Beauté parait. La première se divise en deux : en la première je dis en quel sujet est cette puissance ; en la seconde je dis comment ce sujet et cette puissance sont produits en être, et comment l'un
l'altro conie forma matcria, La seconda comincia quivi : Falli naîura. Poscia quando dico : Bieltate appare, dico corne questa potenzia si riduce in atto ; e prima corne si riduce in uomo, poi corne si riduce in donna, quivi : E si m il face in donna.
POSCIA che trattai d'Amore ne la soproscritta rima, vennemi volontade di volere dire anche in loda di questa gentilissima parole, per le quali io mostrasse corne per lei si sveglia questo Amore, e corne non solamente si sveglia là ove dorme, ma là ove non è in potenzia, ella, mirabilemente operando, lo fa venire. E allora dissi questo sonetto, lo quale comincia : A^^ // occhi porta.
Ne li occhi porta la mia donna Amore, per che si fa gentil ciô ch' ella mira ; ov' ella passa, ogn' om ver lei si gira, e cui saluta fa tremar lo core,
si che, bassando il viso, tutto smore, e d' ogni suo difetto allor sospira :
fugge dinanzi a lei superhia ed ira.
Aiutatemi, donne, farle onore.
Ogne dolcezza, ogne pensero umile nasce nel core a chi parlar la sente, ond' è laudato chi prima la vide.
est au regard de l'autre comme la forme à la matière. La seconde commence là : La Nature les fait. Puis quand je dis : Beauté paraît, je dis comment cette puissance se réduit en acte ; et d'abord comment elle se réduit en l'homme ; puis comment elle se réduit en la dame, là : et mêmement e?t une dame.
APRÈS que j'eus traité d'Amour en la rime susdite, volonté me vint de vouloir dire encore, à la louange de cette Très Gentille, des paroles par lesquelles je montrerais comment par elle s'éveille cet Amour ; et comxment non seulement il s'éveille là où il dort ; mais là même où il n'est pas en puissance, elle, par une merveilleuse opération, le fait venir. Et je dis alors ce sonnet qui commence : Dans les yeux.
Dans les yeux ma Dame porte Amour, par quoi se fait gemil cela qu'elle regarde : où qu'elle passe, tout homme vers elle se tourne, et à celui qu'elle salue elle fait trembler le cœur :
tellement que baissant les yeux, il pâlit tout, et de toute sa faute alors soupire ; devant elle s'enfuit l'orgueil et la colère. — Aidez-moi, dames, à lui faire honneur ! —
Toute douceur et tout humble penser nait dans le cœur à qui parler l'entend ; d'où vient qu'on doit louer qui tout d'abord l'a vue.
82 VIT A KOVA
Quel ch' ella par quando un poco sorridc, non si po dicer uè tencre a mente, si è novo miracolo e gentile.
Questo sonetto si lia trc parti. Ne la prima dico si corne questa donna riducequestapotenzia in atto, seconde la nobilissima parte de li siioi occhi ; e ne la terza dico questo medesimo, seconde la nobilissima parte de la sua bocca : e intra queste due parti è una particella, ch' è quasi domandatrice d'aiuto a la précédente parte ed a la sequente, e comincia quivi : Aiutaîciiii, donne. La terza cominciaquivi ; Ogiie dolce::^:ia. La prima si divide intre; che ne la prima parte dico si corne virtuosamente fae gentile tutto ciô che vede, e questo è tanto a dire quanto inducere Amore in potenzia Là ove non è ; ne la seconda dico corne reduce in atto Amore ne li cuori di tutti coloro cui vede ; ne la terza dico quelle che poi virtuosamente adepera ne' loro cuori. La seconda comincia quivi : ov eîla passa ; la terza quivi : e cui saluta. Poscia quando dico : Aintahini, donne, do a intendere a cui la mia intenzione è di parlare, chiamando le donne che m' aiutino onorare costei. Poscia quando dice : Ogne dolce:^:^a, dico quelle medesimo che dette è ne la prima parte, seconde due atti de la sua bocca ; l'une de li quali è lo suo dolcissime parlare, e l'altro le sue mirabile rise ; salve che non dico di questo ultime ceme adepera ne li cuori altrui, perô che la memoria non puote ritenere lui ne sua operaziene.
Ce qu'elle paraît quand un peu sourit, ne se peut dire ni garder à l'esprit, tant est miracle nouvel et gentil.
Ce sonnet a trois parties. En la première je dis comment cette Dame réduit cette puissance en acte, selon la très noble partie de ses yeux : et en troisième je dis la même chose selon la très noble partie de sa bouche : et entre ces deux divisions, il y en a une petite qui est comme demandeuse de secours à la précédente et à la suivante, et commence là : Aide:(^-moi, dames. La troisième commence là : Tonte douceur. La première se divise en trois, car dans la première je dis comment par sa vertu elle fait gentil tout ce qu'elle voit, et cela revient à dire qu'elle induit Amour en puissance là où il n'est pas ; en la seconde, je dis comment elle réduit en acte Amour dans les cœurs de tous ceux qu'elle voit ; en la troisième je dis ce qu'ensuite par sa vertu elle opère dans leurs cœurs. La seconde commence là : où qu'elle passe ; la troisième là : et à celui quelle salue. Quand je dis ensuite : Aide::jmoi, dames, je donne à entendre à qui mon intention est de parler, appelant les dames pour qu'elles m'aident à honorer celle-ci. Puis quand je dis : Toute douceur, je dis cela même qui est dit dans la première partie, selon deux actes de sa bouche : l'un desquels est son très doux parler, et l'autre son admirable sourire ; sauf que je ne dis pas de ce dernier comment il opère dans les cœurs, puisque la mémoire ne le peut retenir ni lui, ni ses opérations.
AppRESSO ciô non molti di passati, si corne piacque al glorioso sire lo quale non negoe la morte a se, colui che era stato genitore di tanta maraviglia, quanta si vedea ch' era questa nobilissima Béatrice, di questa vita uscendo, a la gloria etternale se ne giô veracemente. Onde, con ciô sia cosa che cotale partlre sia doloroso a coloro che rimangono e sono stati amici di colui che se ne va ; e nuUa sia si intima amistade come da buon padre a buon figliuolo e da buon figliuolo a buon padre ; e questa donna fosse in altissimo grado di bontade, e lo suo padre, si come da molti si crede e vero è, fosse bono in alto grado ; manifesto è che questa donna fue amarissimamente piena di dolore. E con ciô sia cosa che, secondo l'usanza de la sopradetta cittade, donne con donne ed uomini con uomini s' adunino a cotale tristizia, moite donne s' adunaro cola dove questa Béatrice piangea pietosamente : onde io veggendo riiornare alquante donne da lei, udio dicere loro parole di questa gentilissima, com' ella si lamentava ; tra le quali parole udio che diceano : « Certo ella piange si, che quale la mirasse doverebbe morire di pietade ».
APRÈS quelques jours écoulés, ainsi qu'il plut au glorieux Seigneur qui n'a pas refusé la mort pour lui-même, — celui qui avait été le père de la si grande mer\-eille que l'on voyait être cette très noble Béatrice, sortit de cette vie, et à la gloire éternelle s'en alla véritablement. Aussi comme un semblable départ est douloureux à ceux qui restent, et ont été amis de celui qui s'en va, et que nulle amitié n'est aussi intime que celle de bon père à bon fils et de bon fils à bon père ; et comme cette Dame était au plus haut degré de bonté, et que son père (ainsi que beaucoup le croient, et cela est vrai), était bon en haut degré ; il est manifeste que cette Dame fut très amèrement pleine de douleur. Et, selon qu'il est d'usage en la susdite cité que les dames avec les dames et les hommes avec les hommes se réunissent en de pareilles tristesses, beaucoup de dames se réunirent là où cette très gentille Béatrice pleurait piteusement : d'où vint que voyant retourner quelques dames d'auprès d'elle, je les entendis dire des paroles sur cette Très Gentille et comme elle se lamentait. Parmi ces paroles, j'entendis qu'elles disaient : « Certes elle pleure en telle manière que qui la verrait en devrait mourir de pitié. » — Alors passèrent ces dames ; et moi je demeurai en telle tristesse
Allom trapassaro queste donne ; cd io rimasi in tanta tristizia, che alcuna lagrima talora bagnava la mia fliccia, onde io mi ricopria con porre le mani spesso a li miei occhi : e se non fosse ch' io attendea audire anche di lei, pero ch' io era in luogo onde se ne giano la maggiore parte di quelle donne che da lei si partiano, io mi sarei nascoso incontanente che le lagrime m'aveano assalito. E perô dimorando ancora nel medesimo luogo, donne anche passaro presso di me, le quali andavano ragionando tra loro queste parole : « Chi dee mai essere lieta di noi, che avemo udita parlare questa donna cosi pietosamente ? ». Appresso costoro passaro altre donne, che veniano dicendo : « Questi ch'è qui piange ne più ne meno come se l'avesse veduta, corne noi avemo », Altre dipoi diceano di me : « Vedi questi che non pare esso, tal è divenuto ». E cosi passando queste donne, udio parole di lei e di me in questo modo che detto è. Onde io poi pensando propuosi di dire parole, acciô che degnamente avea cagione di dire, ne le quali parole io conchiudesse tutto ciô che inteso avea da queste donne ; e perô che volentieri l'averei domandate, se non mi fosse stata riprensione, presi tanta matera di dire come s' io l'avesse domandate ed elle m'avessero riposto. E feci due sonetti ; che nel primo domando in quello modo che voglia mi giunse di domandare ; ne l'altro dico la loro risponsione, pigliando ciô ch' io udio da loro si come Io mi avessero detto rispondendo. E cominciai Io primo :
que quelque larme parfois baignait ma face, dont je me cachais en portant souvent les mains à mes yeux. Et s'il n'eût été que j'attendais pour ouïr encore parler d'elle, (parce que j'étais en un lieu par où s'en allaient la plupart de ces dames qui sortaient d'avec elle), je me serais caché, aussitôt que les larmes m'avaient assailli. Or donc, comme je demeurais en ce même lieu, des dames encore passèrent près de moi, lesquelles s'en allaient disant entre elles ces paroles : « Qui denoiis pourrait jamais être joyeuse, qui avons entendu parler cette Dame aussi piteusement ?» — Après celles-ci passèrent d'autres dames, qui venaient disant : « Celui qui est ici pleure, ni plus ni moins que s'il l'avait vue, ainsi que nous l'avons vue. » — Puis d'autres disaient de moi : « Vois celui-ci, qui ne paraît plus lui-même, tel il est devenu ! » — Et comme passaient ainsi ces dames, j'entendis parler d'elle et de moi en cette façon que j'ai dite. D'où vint qu'ensuite, y songeant, je résolus de dire des paroles (pour ce que dignement j'avais occasion de dire), en lesquelles j'enfermasse tout cela que j'avais entendu dire à ces dames ; et comme volontiers je les aurais interrogées, si je n'avais dû en avoir reproche, je pris pour sujet de parler comme si je les eusse interrogées et qu'elles m'eussent répondu. Et je fis deux sonnets ; et dans le premier je les interroge en la façon que volonté me vint de les interroger; dans l'autre je dis leur réponse, prenant ce que j'entendis d'elles, comme si à moi elles l'eussent dit en
Foi chc portatc la seinbiau::^a tiDiile, e l'altro : 5"^' tu coliii c bai trattato soventc.
Voi che portate la sembianza umile.
con li occhi bassi mostrando dolore, onde venite che '1 vostro colore par divenuto de pietà simile ?
Vedeste voi nostra donna gentile bagnar uel viso suo di pianto Amore ?
Ditelmi, donne, chè '1 mi dice il core, perch" io vi veggio andar sanz'atto vile.
E se venite da tanta pietate, piacciavi di restar qui meco alquanto, e quai che sia di lei no '1 mi celate.
Io veggio li occhi vostri c' hanno pianto, e veggiovi tornar si sfigurate, che '1 cor ne triema di vederne tanto.
Questo sonetto si divide in due parti : ne la prima chiamo e domando queste donne se vegnono da lei, dicendo loro che io Io credo, perô che tornano quasi ingentilite ; ne la seconda le prego che mi dicano di lei. La seconda comincia quivi : E se venite.
Qui appresso è l'akro sonetto, si corne dinanzi avemo narrato.
Se' tu colui c' hai trattato sovente di nostra donna, sol parlando a nui ?
Tu risomigli a la voce ben lui, ma la figura ne par d'altra gente.
E perché piangi tu si coralmente, che fai di te pietà venir altrui ?
répondant. Et je commençai le premier : Vous qui porte^ ■ humble semhJance ; tt l'autre: Es-tu celui quia traité souvent.
Vous qui portez humble sembbnce, avec les yeux baissés montrant douleur, d'où venez-vous, que votre couleur paraît devenue semblable à la pitié ?
Avez-vous vu notre Dame gentille baigner de pleurs, en son visage, Amour? Dites-le moi, dames, car le cœur me le dit, parce que je vous vois aller sans rien de vil.
Et si vous venez d'une telle pitié, que donc vous plaise ici vers moi rester un peu, et quoi qu'il en soit d'elle, ne me le cachez pas.
Je vois que vos yeux ont pleuré, et je vous voir retourner si défaites, que le cœur me tremble d'en avoir autant vu.
Ce sonnet se divise en deux parties : en la première j'appelle ces dames et leur demande si elles viennent d'auprès d'elle, et je leur dis que je le crois, parce qu'elles s'en reviennent comme plus gentilles devenues ; en la seconde je les prie qu'elles me parlent d'elle ; et la seconde commence là : Et si vous vene:^.
Ci-après est l'autre sonnet, ainsi que ci-dessus nous avons narré :
Es-tu celui qui a traité souvent de notre Dame, à nous seules parlant ? A la voix tu lui ressembles bien ; mais l'aspect nous paraît d'un autre homme.
Et pourquoi pleures-tu si cordialement que tu fais de toi-même pitié venir aux autres ?
Vedestù pianger lei, chc tu non pui punto celar la tlolorosa mente ?
Lascia pianger a noi e triste andare (c fa peccato chi mai ne conforta), che nel suo pianto 1' udimmo parlare.
Eir ha nel viso la pietà si scorta, che quai 1' avesse voluta mirarc sarcbbe inuanzi Ici piangendo morta.
Questo sonetto ha quattro parti, seconde che quattro modi di parlare ebbero in loro le donne per cui rispondo ; e perô che sono di sopra assai manifesti, non m'intrametto di narrare la sentenzia de le parti, e perô le distinguo solamente. La seconda comincia quivi : E perché piiwgi ; la terza : Lascia pianger a noi ; la quarta : EU' ha nel viso.
APPRESSO ciô per pochi di avenne che in alcuna parte de la mia persona mi giunse una dolorosa infermitade, onde io continuamente soffersi per nove di amarissima pena ; la quale rai condusse a tanta debolezza, che me convenia stare come coloro li quali non si possono muovere. Io dico che ne lo nono giorno, sentendo me dolere quasi intollerabilemente,a me giunse uno pensero, lo quale era de la mia donna. E quando ei pen-
L'as-tu donc vue pleurer, que m ne peux celer aucunement ton douloureux penser ?
Laisse à pleurer à nous et tristement aller, (il fait péché qui jamais nous console), car dans ses pleurs nous l'ouïmes parler.
Elle a dans le visage la pitié si empreinte, que qui l'eût voulue regarder, devant elle, pleurant, serait morte.
Ce sonnet a quatre parties, selon que les dames pour lesquelles je réponds eurent entre elles quatre façons de parler. Et parce qu'elles sont ci-dessus très manifestes, je ne me mêle pas de narrer le sens des parties ; et donc je les distingue seulement. La seconde commence là : Et pourquoi pJeurcs-tn ? la troisième : Laisse à pleurer à nous ; la quatrième : Elle a dans le visage.
PEU de jours après cela, il arriva que dans une partie de ma personne me vint une douloureuse maladie, dont continuellement, pendant neuf jours, je souffris peine très amère ; et elle me conduisit à une telle faiblesse qu'il me fallait rester comme sont ceux qui ne se peuvent mouvoir. Je dis que dans le neuvième jour, me sentant souffrir presque intolérablement, il me vint un penser, qui était de ma Dame. Et quand j'eus quelque
sato alquanto di lei, ed io ritornai pensando a la mia debilitata vita ; e veggendo corne leggero era lo suo durare, ancora che sana fosse, si cominciai a piangere fra me stesso di tanta miseria. Onde, sospirando forte, dicea fra me medesimo : « Di necessitade convene che la gentilissima Béatrice alcuna volta si muoia ». E perô mi giunse uno si forte smarrimento, che chiiisi li occhi e cominciai a travagliare si corne farnetica persona ed a imaginare in questomodo : chêne lo incominciamento de lo errare che fece la mia fantasia apparvero a me certi visi di donne scapigliate, che mi diceano : « Tu pur morrai ». E poi dopo queste donne m' apparvero certi visi diversi e orribili a vedere, li quali mi diceano : « Tu se' morto ». Cosi cominciando ad errare la mia fantasia, venni a quello ch' io non sapea ove io mi fosse ; e vedere mi parea donne andare scapigliate piangendo per via, maravigliosamente triste ; e pareami vedere lo sole oscurare, si che le stelle si mostravano di colore ch' elle mi faceano giudicare che piangessero ; e pareami che li uccelli volando per l'aria cadessero morti, e che fossero grandissimi terremuoti. E maravigliandomi in cotale fimtasia, e paventando assai, imaginai alcuno amico che mivenissea dire: « Or non sai ? la tua mirabile donna è partita di questo secolo ». AUora cominciai a piangere molto pietosamente, e non solamente piangea ne la imaginazione, ma piangea con li occhi, bagnandoli di vere lagrime. Io imaginava di guardare verso lo cielo, e pareami vedere moltitudine
peu pensé à elle, alors je revins à penser à ma vie affaiblie ; et voyant, (encore fût-elle saine), combien légère était sa résistance, je commençai à pleurer en moi d'une telle misère. D'où vint que soupirant fortement, en moi-même je disais : « De toute nécessité il faut que la très gentille Béatrice quelque jour se meure. » — Et ainsi il m'arriva un si fort égarement, que je fermai les yeux, et commençai à m'agiter comme une personne frénétique, et à imaginer en la façon que voici : au commencement de l'erreur que fit mon imagination, m'apparurent certains visages de dames échevelées qui me disaient : « Toi aussi mourras. » — Et puis, après ces dames, m'apparurent certains visages étranges et horribles à voir, qui médisaient : « Tu es mort. » — Et comme ainsi commençait à errer mon imagination, j'en vins à ceci que je ne savais plus où je me trouvais ; et il me semblait voir des dames aller échevelées, pleurant par la route, merveilleusement tristes ; et il me semblait voir le soleil s'obscurcir, tellement que les étoiles se montraient d'une couleur qui me faisait juger qu'elles pleuraient ; et il me semblait que les oiseaux, en volant par l'air, tombaient morts, et qu'il y avait de très grands tremblements de terre. Et m'émerveillant en une telle imagination, et m'eftrayant beaucoup, je crus voir un ami, qui me venait dire : « Or ne sais-tu pas ? ton admirable Dame est partie de ce siècle. » — Alors je commençai à pleurer fort piteusement ; et non seulement je pleurais dans l'imagi-
d' angeli, li quali tornassero in suso, ed aveano dinanzi da loro una nebuletta bianchissima. A me parea che questi angeli cantassero gloriosamente, e le parole del loro canto mi parea udire che fossero queste : Osanua in cxcehis ; ed altro non mi parea udire. Allora mi parea che lo cuore, ove era tanto amore, mi dicesse : « Vero è che morta giace la nostra donna ». E per questo mi parea andare per vedere lo corpo ne lo quale era stata quella nobilissima e beata anima ; e fue si forte la erronea fantasia, che mi mostrô questa donna morta : e pareami che donne la covrisserOjCioè la sua testa ,conuno biancovelo; e pareami che la sua faccia avesse tanto aspetto d'umilitade, che parea che dicesse : « lo sono a vedere lo principio de la pace ». In questa imaginazione mi giunse tanta umilitade per vedere lei, che io chiamava la Morte, e dicea : « Dolcissima Morte, vieni a me, e non m'essere villana, perô che tu dei essere gentile, in tal parte se' stata ! Or vieni a me, che molto ti desidero ; e tu lo vedi, chè io porto già lo tuo colore ». E quando io avea veduto compiere tutti li dolorosi mestieri che a le corpora de li morti s'usano di fare, mi pareo tornare ne la mia caméra, e quivi mi parea guardare verso lo cielo ; e si forte era la mia imaginazione, che piangendo incominciai a dire con verace voce : « Oi anima bellissima, corne è beato coluiche ti vede ! ». E dicendo io queste parole con doloroso singulto di pianto, e chiamando la Morte che venisse a me, una donna giovane e gentile, la quale era lungo lo
nation, mais je pleurais avec les yeux, les baignant de vraies larmes. Je m'imaginais que je regardais vers le ciel, et il me semblait voir une multitude d'anges qui retournaient en haut, et ils avaient devant eux une petite nue très blanche : et il me semblait que ces anges chantaient glorieusement ; et, les paroles de leur chant, il me semblait entendre qu'elles étaient celles-ci : Osaniia in cxcelsis ; — et il ne me semblait pas entendre autre chose. Alors il me semblait que le cœur, où était un si grand amour, me disait : « Il est vrai que gît morte notre Dame. » — Et pour cela il me semblait que j'allais pour voir le corps dans lequel avait été cette très noble et bienheureuse âme ; et si forte fut l'erreur de mon imagination qu'elle me montra cette Dame : il me semblait que des dames la couvraient (je veux dire sa tête) avec un blanc voile ; et il me semblait que sa face avait un tel aspect d'humilité qu'il semblait qu'elle dit : « Je suis à voir le principe de la paix. » — Dans cette imagination, il me vint à la voir une telle humilité, que j'appelais la Mort, et disais : « Très douce Mort, viens à moi, et ne me sois pas vilaine ; car tu dois avoir été rendue gentille : en un tel lieu tu as été ! Ore viens à moi qui beaucoup te désire : et tu vois que je porte déjà ta couleur. « — Et quand j'eus vu accomplir tous les douloureux oPnces qu'aux corps des morts il est d'usage de faire, il me semblait retourner dans ma chambre, et là, il me semblait regarder vers le ciel ; et si forte était mon imagination, que
mio letto, credendo che lo mio piangere e le mie parole fossero sohimente per lo dolore de la mia infermitade, con grande paura cominciô a piangere. Onde altre donne, che per la caméra erano, s'accorsero di me, che io piangea, per lo pianto che vedeano fare a questa ; onde foccendo lei partire da me, la quale era meco di propinquissima sanguinitade congiunta, elle si trassero verso me per isvegliarmi, credendo che io sognasse, e diceanmi : « Non dormire più » e « Non ti sconfortare ». E parlandomi cosi, si mi si cessô la forte fantasia entro in quello punto ch'io volea dicere : « O Béatrice, benedetta sie tu » ; e già detto avea « O Béatrice », quando riscotendomi apersi li occhi, e vidi che io era ingannato. E con tutto che io chiamasse questo nome, la mia voce era si rotta dal singulto del piangere, che queste donne non mi potero intendere, secondo il mio parère ; e avegna che io vergognasse molto, tuttavia per alcuno amonimento d'Amore mi rivolsi a loro. E quando mi videro, cominciaro a dire : « Questi pare morto », e a dire tra loro : « Proccuriamo di confortarlo » ; onde moite parole mi diceano da confortarmi, e talora mi domandavano di che io avesse avuto paura. Onde io ■essendo alquando riconfortaio, e conosciuto lo fallace imaginare, rispuosi a loro : « Io vidiroe quello ch'i' hoe avuto ». Allora, cominciandomi dal principio infino a la fine, dissi loro quello che veduto avea, tacendo lo nome ■di questa gentilissima. Onde poi sanato di questa infer-
pleurant, je commençai à dire avec ma voix véritable : « O âme très belle, comme est bienheureux celui qui te voit !» — Et comme je disais ces paroles avec un douloureux sanglot de larmes, et appelais la mort pour qu'elle vînt à moi, une dame jeune et gentille, laquelle était le long de mon lit^ croyant que mes pleurs et mes paroles étaient seulement causés par la douleur de ma maladie, avec grand peur commença à pleurer. D'où vint que d'autres dames qui étaient par la chambre s'avisèrent que je pleurais, à cause des pleurs qu'elles voyaient faire à cette dame : aussi faisant éloigner de moi celle-ci, (laquelle était unie à moi par la plus proche parenté), elles se portèrent vers moi pour me réveiller, croyant que je rêvais, et elles me disaient : « Ne dors plus « — et — « Ne te désole pas. » — Et comme elles me parlaient ainsi, alors cessa ma forte imagination, en ce point que je voulais dire : « O Béatrice, bénie sois-tu » ; — -et déjà j'avais dit : « O Béatrice », — quand revenant à moi, j'ouvris les yeux, et je vis que j'étais dans l'erreur. Et pour tant que je clamasse ce nom, ma voix était si brisée par le sanglot des pleurs, que ces dames ne me purent comprendre, ainsi qu'il me sembla ; et encore que j'eusse grande honte, cependant, par quelque avertissement d'Amour, je me retournai vers elles. Et quand elles me virent, elles commencèrent à dire : « Celui-ci semble mort » ; — et à dire entre elles : « Tâchons de le réconforter » ; — aussi elles me disaient beaucoup de paroles pour me réconfor-
mitade, propuosi di dire parole di questo che m'era adivenuto^ perô che mi parea clie fosse amorosa cosa da udire ; e perô ne dissi questa canzone : Donna pieiosa e. di novella elate, ordinata si corne manifesta la infrascritta divisione.
Donna pictosn c di novella etatc, adorna assai di geutilezzc umane, che era là 'v' io chiamava spesso Morte, veggendo li occhi miei pien di pietate, e ascoltando le parole vane, si niosse con paura a pianger forte ; e altre donne, che si fuoro accorte di me per quella che nieco piangia, fecer lei partir via, ed appressarsi per farmi sentire.
Quai dicea : « Non dormire », e quai dicea : « Perché si ti sconforte ? » AUor lassai la nova fantasia, chiamando il nome de la donna niia.
Era la voce mia si dolorosa e rotta si da l'angoscia del pianto, ch' io solo intesi il nome nel mio core ; e con tutta la vista vergognosa ch' era nel viso mio giunta cotanto, mi fece verso lor volgere Amore.
Elli era taie a veder mio colore, che facea ragionar di morte altrui :
« Deh, consoliam costui »
pregava 1' una 1' altra umilemente, e dicevan sovente :
« Che vedestù, che tu non liai valore ? »
ter^ et parfois me demandaient de quoi j'avais eu peur. Alors moi, étant un peu réconforté et connaissant la fausseté de mes imaginations, je leur répondis : « Je vous dirai ce que j'ai eu». — Alors je commençai du principe jusqu'à la fin, et je leur dis ce que j'avais vu, taisant le nom de cette Très Gentille. D'où vint qu'ensuite, guéri de cette maladie, je résolus de dire des paroles sur cela qui m'était arrivé, parce qu'il me semblait que ce fût amoureuse chose à entendre; et donc j'en dis cette chanson : Une dame pitoyable et d'âge nouveau, ordonnée comme le manifeste la division ci-dessous écrite :
Une dame pitoyable et d'âge nouveau, ornée grandement de gentillesses humaines, qui était là où j'appelais souvent la Mort, voyant mes yeux pleins de pitié, et écoutant mes paroles vaines, se mit avec peur à pleurer fortement ; et d'autres dames qui s'avisèrent de moi, par celle-là qui avec moi pleurait, la firent s'éloigner,
et s'approchèrent pour se faire entendre à moi. L'une disait : « Ne dors pas » ; et une autre disait : « Pourquoi tant te désoles-tu ? » Alors je laissai mon étrange rêverie, clamant le nom de ma Dame.
Ma voix était si douloureuse, et si brisée de l'angoisse des pleurs, que moi seul j'entendis le nom dedans mon cœur, et, malgré tout le semblant de honte qui tant en mon visage était venu, Amour me fît tourner vers elles.
E quando un poco confortato fui, io dissi : « Donne, diceroUo a vui.
Mentr' io pensava la mia fraie vita.
c vedea '1 suo durar com' è leggero, piansemi Amor nel core, ove dimora ; per che 1' anima mia fu si smarrita, che sospirando dicea ncl pensero :
— Ben converrà che la mia donna mora. ■ Io presi tanto smarrimcnto allora, ch' io chiusi li occhi vilmente gravati, e furon si smagati
li spirti miei, che ciascun giva errando ; e poscia iniaginando, di caunoscenza e di verità fora, visi di donne m' apparver crucciati, che mi dicean pur : — Morràti, morràti. -
Poi vidi cose dubitose moite, nel vano imaginare ov' io entrai ; ed esser mi parea non so in quai loco, e veder donne andar per via disciolte, quai lagrimando, e quai traendo guai, che di tristizia saettavan foco.
Poi mi parve vedere a poco a poco turbar Io sole e apparir la Stella, e piauger elli ed ella ; cader li augelli volando per l'are, e la terra tremare ; ed omo apparve scolorito e fîoco, dicendomi : — Che fai ? non sai novclla ? Morta è la donna tua, ch' era si bella. —
Levava li occhi miei bagnati in pianti, e vedea (che parean pioggia di manna) li angeli che tornavan suso in cielo, ed una nuvoletta avean davanti, dopo la quai gridavan tutti : Osanna ;
VITA NOVA lOI
Telle était à voir ma couleur,
qu'elle faisait parler de mort :
« Las ! consolons-le »,
priaient l'une à l'autre humblement ;
et elles disaient souvent :
« Qu'as-tu donc vu que tu n'as plus courage ? »
Et quand je fus un peu réconforté,
je dis : « Dames, je le dirai à vous.
« Pendant que je pensais à ma fragile vie, et voyais sa durée, combien elle est légère. Amour me pleura dans le cœur, où il demeure ; par quoi mon âme fut si éperdue, que soupirant je disais en pensée :
— Il faudra bien que ma Dame meure ! — Je pris alors un tel égarement, que je fermai les yeux lâchement alourdis ; et si furent affaiblis
mes Esprits, que chacun partait errant.
Et ensuite (imaginant hors de la connaissance et de la vérité), des visages de dames m'apparurent désolés, qui me disaient aussi : — Tu mourras, tu mourras ! »
« Puis je vis maintes choses douteuses dans le vain rêve où j'entrai ; et il me semblait être je ne sais en quel lieu, et voir des dames aller par la route échevelées ; une pleurant, une autre tirant des gémissements, qui de tristesse dardaient un feu.
Puis il me sembla voir peu à peu se troubler le soleil et l'étoile apparaître, et pleuref lui et elle ; tomber les oiseaux volant par l'air, et la terre trembler ; et un homme apparut pâli et enroué, qui disait : — Que fais-tu ? ne sais-tu la nouvelle ?
c se altro avcsser detto, a voi dirèlo.
AUor diceva Amor : — Più nol ti celo ;
vieni a veder nostra donna che giace. —
Lo imaginar fallace
mi condusse a veder madonna morta ;
e quand'io 1' avea scorta,
vedea che donne la covrian d' un velo ;
ed avea seco umilità veracc,
che parea che dicesse : — lo sono in pace.
lo divenia nel dolor si umile, veggendo in lei tanta umiltà formata, ch' io dicea : « Morte, assai dolce li tegno ; tu dei ornai esser cosa gentile, poi che tu se' ne la mia donna stata, e dei aver pietate e non disdegno.
Vedi che si desideroso vegno d' esser de' tuoi, ch'io ti somiglio in fede. Vieni, chè '1 cor te chiede. — Poi mi partia, consumato ogne duolo ; e quand' io era solo, dicea, guardando verso F alto regno :
— Beato, anima bella, chi te vede ! — Voi mi chiamaste allor, vostra merzcde. »
Questa canzone ha due parti : ne la prima dico, parlando a indiffinita persona, corne io fui levato d' una vana fantasia da certe donne, e corne promisi loro di dirla ; ne la seconda dico corne io dissi a loro. La seconda comincia quivi : Mcntr io pcusava. La prima parte si divide in due : ne la prima dico quello che certe donne, e che una sola, dissero e fecero per la mia fan-
Morte est ta Dame qui était si belle. —
« Je levais mes yeux baignés dans les larmes,
et je voyais (ce semblait une pluie de manne)
les Anges qui s'en retournaient en haut, au ciel :
et avaient devant eux une petite nue,
derrière laquelle ils criaient tous : — Hosanna — ;
et s'ils avaient dit plus, à vous je le dirais.
Alors disait Amour : — Plus je ne te le cèle ;
viens voir notre Dame, elle gît. —
Le rêve trompeur
me conduisit à voir Madame morte ;
et quand je l'eus aperçue,
je vis que des dames la couvraient d'un voile ;
et avait avec elle humilité si vraie,
qu'il semblait qu'elle dit : — Je suis en paix. — « Je devenais dans la douleur si humble,
en elle voyant telle humilité faite,
que je disais : — O Mort, je te tiens pour très douce :
tu dois désormais être une chose gentille,
puisque tu as été dans ma Dame,
et dois avoir pitié et non dédain.
Tu vois que si désireux je viens
d'être des tiens, que vraiment te ressemble.
Viens, carie cœur t'appelle. —
Puis je me départais, tout deuil étant fini ;
et quand j'étais seul,
je disais, regardant envers le Haut-Royaume :
— Bienheureux qui te voit, âme belle ! —
Vous m'avez appelé alors ; merci à vous. »
Cette chanson a deux parties : en la première je dis, parlant à une personne non désignée, comme je fus tiré d'une vaine imagination par certaines dames, et comment je leur promis de la leur dire ; en la seconde je dis
tasia, quanto è dinanzi che io fossi tornato in verace condizione ; ne la seconda dico quello che queste donne mi dissero, poi che io lasciai questo farneticare ; e comincia questa parte quivi : Era la voce iiiia. Poscia quando dico : Mcntrio pensava, dico corne io dissi loro questa mia imaginazione. Ed intorno a ciô foe due parti : ne la prima dico per ordine questa imaginazione ; ne la seconda, dicendo a che ora mi chiamaro, le ringrazio chiusamente ; e comincia quivi questa parte : Voi mi cbiainaste.
APPRESSO questa vana imaginazione, avenne uno die che, sedendo io pensoso in alcuna parte, ed io mi sentio cominciare un tremuoto nel cuore, cosi corne se io fosse stato présente a questa donna. Allora dico che mi giunse una imaginazione d'Amore ; che mi parve vederlo venire da quella parte ove la mia donna stava, e pareami che lietamente mi dicesse nel cor mio : « Pensa di benedicere Io di che io ti presi, perô che tu Io dei fare ». E certo me parea avère Io cuore si lieto, che me non parea che fosse Io mio cuore, per la sua
comment je la leur dis. La seconde commence là : Pendant que h pensais. La première partie se divise en deux : en la première je dis ce que certaines dames, et ce qu'une seule, dirent et firent pendant mon rêve, c'està-dire avant que je fusse revenu à la vérité des choses ; en la seconde je dis ce que cts dames me dirent après que j'eus quitté cette frénésie ; et eette partie commence là : Ma voix était. Ensuite quand je dis : Pendant que je pensais, je dis comment je leur ai dit cette mienne imagination. Et au sujet de cela je fais deux parties : en la première, je dis par ordre cette imagination ; en la seconde, disant à quel moment elles m'appelèrent, je les remercie brièvement, et cette partie commence là : Vous m'ave^ appelé.
APRÈS cette vaine imagination, il arriva un jour qu'étant assis pensif en quelque lieu, je me sentis commencer dans le cœur un tremblement, de même que si j'avais été en la présence de cette Dame. Alors je dis qu'il me vint une apparition d'Amour ; car il me sembla le voir venir de ce côté où était ma Dame ; et il me semblait que joyeusement il me disait dans mon cœur : « Pense à bénir le jour où je t'ai pris, parce que tu le dois faire. » — Et pour moi assurément il me semblait avoir le cœur si joyeux qu'il ne me semblait pas que ce fût
nuova condizione. E poco dopo queste parole, che lo cuore mi disse con la lingua d'Amore, io vidi venire verso me una gentile donna, la quale era di famosa bieltade, e fue già molto donna di questo primo mio amico. E lo nome di questa donna era Giovanna, salvo che per la sua bieltade, secondo che altri crede, imposto 1' era nome Primavera ; e cosi era chiamata. E appresso lei, guardando, vidi venire la mirabile Béatrice. Queste donne andaro presso di me cosi 1' una appresso l'altra, e parve che Amore mi parlasse nel cuore, e dicesse : a Quella prima è nominata Primavera solo per questa venuta d'oggi ; chè io mossi lo imponitore del nome a chiamarla cosi Primavera, cioè prima verra lo die che Béatrice si mosterrà dopo la imaginazione del suo fedele. E se anche voli considerare lo primo nome suo, tanto è quanto dire « prima verra », perôche lo suo nome Giovanna è da quello Giovanni lo quale precedette la verace luce, dicendo : Ego vox damantis in deserto : parafe viam Doiniui'. » Ed anche mi parve che mi dicesse, dopo, queste parole : « E chi volesse sottilmente considerare, quella Béatrice chiamerebbe Amore, per moka simiglianza che ha meco ». Onde io poi ripensando, propuosi di scrivere per rima a lo mio primo amico, tacendomi certe parole le quali pareano da tacere, credendo io che ancora lo suo cuore mirasse la bieltade di questa
I. Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : préparc/, la voie du Seigneur. (Math., III, 3.)
bien mon cœur, à cause de son nouvel état. Et peu après ces paroles que le cœur me dit avec la langue d'Amour, je vis venir vers moi une gentille dame, laquelle était de beauté renommée, et qui fut fort jadis la dame de ce mien premier ami. Et le nom de cette dame était Giovanna ; sauf que, pour sa beauté (selon que l'on croit), le surnom lui avait été imposé de Primavera ; et ainsi était-elle appelée. Et regardant derrière celle-ci, je vis venir l'admirable Béatrice. Ces dames vinrent près de moi ainsi, l'une après l'autre, et il me sembla qu'Amour me parlait dans le cœur et disait : « Cette première est nommée Primavera seulement à cause de cette arrivée d'aujourd'hui ; car c'est moi qui poussai celui qui lui imposa ce nom à l'appeler ainsi Primavera, ce qui veut dire : Prima verra, la première elle viendra, en le jour où Béatrice se montrera après la vision de son fidèle. Et si encore tu veux considérer son premier nom, il vaut autant à dire que Prima verra, parce que son nom Giovanna vient de ce Giovanni, lequel précéda la véritable Lumière, disant : « Eqo vox clamantis in deserto : parate viaiu Domini. » Et il me sembla encore qu'il me disait ensuite ces paroles : « Et qui voudrait subtilement considérer, appellerait cette Béatrice Amour, pour la grande ressemblance qu'elle a avec moi. » — D'où vint qu'y repensant ensuite, je résolus d'érire par rime à mon premier ami (en taisant certaines paroles qui paraissaient à taire), car je croyais qu'encore alors son cœur
Primaveni gentile ; e dissi quesro sonetto, lo quale comincia : lo mi senti svcgUar.
lo mi senti svegliar dcntro a lo core un spirito amoroso che dormia :
e poi vidi venir da lungi Amore allegro si, che appena il conoscia,
dicendo : « Or pensa pur di farml onore » ; e ciascuna parola sua ridia.
E poco stando meco il mio segnore, guardando in quella parte onde venia,
io vidi monna Vanna e monna Bice venire inver lo loco là ov' io era, r una appresso de 1' altra maraviglia ;
e si come la mente mi ridice, Amor mi disse : Quell' è Primavera.
e quell ' ha nome Amor. si mi soiniglia ».
Questo sonetto ha moite parti : la prima de le quali dice come io mi senti svegliare lo tremore usato nel cuore, e come parve che Amore m'apparisse allegro nel mio cuore da lunga parte ; la seconda dice come me parea che Amore mi dicesse nel mio cuore, e quale mi parea ; la terza dice come, poi che questi fue alquanto stato meco cotale, io vidi ed udio certe cose. La seconda parte comincia quivi : dicendo : Or pensa ; la terza quivi : E poco stando. La terza parte si divide in due : ne la prima dico quello che io vidi ; ne la seconda dico quello che io udio. La seconda comincia quivi : Amor iiti disse.
contemplait la beauté de cette gentille Primavera ; et je dis ce sonnet lequel commence : Je me sentis éveiller.
Je me sentis éveiller dans le cœur un Esprit amoureux qui dormait :
et puis je vis venir de loin Amour joyeux tellement, qu'à peine le connaissais ;
il disait ; « Ore donc pense à me faire honneur » ; et chacune de ses paroles riait.
Et comme un peu restait avec moi mon Seigneur, en regardant vers ce côté d'où il venait,
je vis Monna Vanna et Monna Bice venir vers le lieu où j'étais, l'une après l'autre merveille ;
et, ainsi que ma mémoire me le redit, Amour me dit : « Celle-ci est Primavera, et celle-là a nom Amour, tant me ressemble. »
Ce sonnet a plusieurs parties : la première desquelles dit comme je me sentis éveiller en le cœur le tremblement familier, et comme il sembla qu'Amour m'apparut de loin joyeux en mon cœur ; la seconde dit comme il me semblait qu'Amour me parlait dans mon cœur, et quel il me semblait ; la troisième dit comment, après que celui-ci fut ainsi resté quelque peu avec moi, je vis et j'entendis certaines choses. La seconde partie commence là : disant : Ore donc ; la troisième là : Et comme lin peu. La troisième partie se divise en deux : en la première je dis ce que je vis ; en la seconde je dis ce que j'entendis. La seconde commence là : Amour me dit.
IIO VITA NOVA
POTREBBE qui duhitare persona degna da dichiararle onne dubitazione, e dubitare potrebbe di ciô, che io dico d'Amore come se fosse una cosa per se, e non solamente sustanzia intelligente, ma si come fosse sustanzia corporale : la quale cosa, secondo la veritade, è falsa ; chè Amore non è per se si come sustanzia, ma è uno accidente in sustanzia. E che io dica di lui come se fosse corpo, ancora si come se fosse uomo, appare per tre cose che dico di lui. Dico che Io vidi venire ; onde, con ciô sia cosa che venire dica moto locale, e localmente mobile per se, secondo Io Filosofo, sia solamente corpo, appare che io ponga Amore essere corpo. Dico anche di lui che ridea, e anche che parlava ; le quali cose paiono essere proprie de l'uomo, e spezialmente essere risibile ; e perô appare ch'io ponga lui essere uomo. A cotale cosa dichiarare, secondo che è buono a présente, prima è da intendere che anticamente non erano dicitori d'amore in lingua volgare, anzi erano dicitori d'amore certi poète in lingua latina : tra noi, dico
Îci pourrait avoir un doute une personne digne que tous ses doutes fussent éclaircis ; elle pourrait avoir un doute au sujet de ceci, que je parle d'Amour comme s'il était une chose par soi-même, et non pas seulement comme s'il était une substance intelligente, mais encore comme s'il écait une substance corporelle. Laquelle chose, selon la vérité, est fausse ; car Amour n'existe pas, par soi, comme une substance, mais est un accident en la substance. Et que j'aie parlé ici de lui comme s'il était corps, et encore même comme s'il était homme, cela appert par trois choses que je dis de lui. Je dis que je le vis venir ; et donc, étant donné que venir désigne le mouvement local, et que le corps seulement, selon le Philosophe, est mobile localement, il appert que je pose ainsi qu'Amour est corps. Je dis aussi de lui qu'il riait, et encore qu'il parlait ; lesquelles choses semblent propres à l'homme, et spécialement être capable de rire ; et par là appert que j'établis qu'il est homme.
Pour éclaircir une telle chose, selon qu'il est bon pour le présent, il faut entendre d'abord ceci, qu'anciennement il n'y avait pas de diseurs d'amour en langue vulgaire ; mais étaient au contraire diseurs d'amour certains poètes en langue latine ; chez nous, dis-je, —
(avegna forse che tra altra gente adivenisse e adivegna aiicora, si corne in Grecia), non \olgari ma litterati poète queste cose trattavano. E non è molto numéro d' anni passati, che appariro prima questi poète volgari ; cliè dire per rima in volgare tanto è quanto dire per versi in latino, seconde alcuna proporzione. E segno che sia picciolo tempo è, che, se volemo cercare in lingua d'oco e in quella di s}, noi non troviamo cose dette anzi lo présente tempo per cento e cinquanta anni. E la cagione per che alquanti grossi ebbero fama di sapere dire, è che quasi fuoro h primi che dissero in lingua di si. E lo primo che cominciô a dire si come poeta volgare, si mosse perô che voile fare intendere le sue parole a donna, a la quale era malagevole d' intendere li versi latini. E questo è contra coloro che rimano sopra altra matera che amorosa, con ciô sia cosa che cotale modo di parlare fosse dal principio trovato per dire d'amore. Onde, con ciô sia cosa che a li poète sia conceduta maggiore licenza di parlare che a li prosaici dittatori, e questi dicitori per rima non siano altro che poète volgari, degno e ragionevole è che a loro sia maggiore licenzia largita di parlare, che a li altri parlatori volgari : onde, se alcuna figura o colore rettorico è conceduto a li poète, conceduto è a li rimatori. Dunque, se noi vedemo che li poète hanno parlato a le cose inanimate, si come
VIT A NOVA ITj
(encore peut-être que chez d'autres nations il soit arrivé et arrive encore de mème^ comme en Grèce), — ce n'étaient pas des poètes vulgaires, mais lettrés qui traitaient de ces choses. Et il n'y a pas un grand nombre d'années passées, qu'apparurent d'abord les poètes vulgaires; car dire par rime en vulgaire est autant que dire par vers en latin, à quelque chose près. Et la preuve qu'il y a peu de temps, c'est que, si nous voulons chercher, en langue d'or et en langue de 5/, nous ne trouverons pas de choses ainsi dites, avant le présent temps, depuis plus de. cent cinquante ans. Et la raison pour laquelle certains hommes épais eurent renommée de savoir dire, c'est qu'ils furent quasi les premiers à dire en langue de s). Et le premier qui commença à dire comme poète vulgaire, l'entreprit parce qu'il voulut faire entendre ses paroles à une dame, à laquelle il était malaisé d'entendre les vers latins. Et ceci est contre ceux qui riment sur autre matière qu'amoureuse, alors qu'une telle façon de parler fut trouvée dès le principe pour dire d'Amour.
Aussi, comme il est concédé aux poètes une plus grande licence de parler qu'à ceux qui écrivent en prose ; et comme ces diseurs par rime ne sont autre que les poètes vulgaires, il est juste et raisonnable que leur soit accordée une licence de parler plus grande qu'aux autres parleurs vulgaires : par suite, si quelque figure ou couleur rhétorique est concédée aux poètes, elle est concédée
se avessero senso e ragione, e fattele parlare iiisieme; e non sola mente cose vere, ma cose non vere, cioè che detto hanno, di cose le quali non sono, che parlano, e detto che molti accident! parlano, si corne se fossero sustanzie ed uomini ; degno è lo dicitore per rima di fare lo somigliante, ma non sanza ragione alcuna, ma con ragione, la quale poi sia possibile d' aprire per prosa. Che 11 poète abbiano cosî parlato corne detto è, appare per Virgilio ; lo quale dice che Juno, cioè una dea nemica de li Troiani, parloe ad Eolo, segnore de li venti, quivi nel primo de lo Eneida : EoJe, nanqnc tibi, e che questo segnore le rispuose, quivi : Tuiis, o rcgina, qiiid optes explorare labor ; michi jussa capesserefas est. Per questo medesimo poeta parla la cosa che non è animata a le cose animate, nel terzo de lo Eneida, quivi : Dardauide duri. Per Lucano parla la cosa animata a la cosa inanimata, quivi : Miiltiim, Roiiia, tamen dches civilibus annis. Per Orazio parla 1' uomo a la sua scienzia medesima, si come ad altra persona ; e non solamente sono parole d'Orazio, ma dicele quasi recitando lo modo del buono Omero, quivi ne la sus. Poctria : Die )iiichi, Musa, virnni. Per Ovidio parla Amore, si come se fosse persona umana, ne lo principio de lo libro c' ha nome Libro di Remédia d'Amore, quivi : Bella inichi, video, bella parantur, ait. E per questo puote essere manifesto a chi dubita in
aux rimeurs. Donc, si nous voyons que les poètes ont parlé aux choses inanimées, comme si elles avaient sens et raison, et les ont fliit parler ensemble ; et non seulement des choses véritables, mais des choses non véritables ; — (et ils ont dit, en effet, de choses qui ne sont pas, qu'elles parlent ; ils ont dit que beaucoup d'accidents parlent, comme s'ils étaient des substances et des hommes) ; — • il est juste dès lors que le diseur par rime fasse semblable chose, non pas certes sans avoir aucune raison de son dire, mais avec une raison qu'il soit possible ensuite d'expliquer au moyen de la prose.
Que les poètes aient parlé ainsi que je l'ai dit, cela apparaît par Virgile ; car il dit que Junon, c'est-à-dire une déesse ennemie des Troyens, parla à Eole, seigneur des vents, — là — au premier de l'Enéide : Eok, nanqiie tibi, et que ce seigneur lui répondit, — là, — : Tniis, oregina, quid optes explor are lahor ; iiiicbi jussa capessere fas est. Par ce même poète, la chose qui n'est pas animée parle aux choses animées, au troisième de l'Enéide, — là — : Dardanide duri. Par Lucain, la chose animée parle à la chose inanimée, — là — : Midiitm, Ronia, tanien debes civilibiis armis. Par Horace, l'homme parle à sa science même, comme à une autre persone ; et non seulement ce sont paroles d'Horace, mais il les récite presque en la façon du bon Homère, — là, dans sa Poetria — ; Die michi. Musa, viriim. Par Ovide, parle Amour comme s'il était une personne humaine, au commencement du livre
Il6 VITA NOVA
alcuna parte di questo mio libello. E acciô che non ne pigli alcuna baldanza persona grossa, dico che ne li poète parlavano cosî sanza ragione, ne quelli che rimano deono parlare cosî, non avendo alcuno ragionamento in loro di quello che dicono ; perô che grande vergogna sarebbe a colui che rimasse cose sotto vesta di figura o di colore rettorico, e poscia, domandato, non sapesse denudare le sue parole da cotale vesta, in guisa che avessero verace intendimento. E questo mio primo amico ed io ne sapemo bene di quelle che cosi rimano stoltamente.
QUESTA gentilissima donna, di cui ragionato è ne le precedenti parole, venue in tanta grazia de le genti, che quando passava per via, le persone correano per vedere lei ; onde mirabile letizia me ne giungea. E quando elhi fosse presse d'alcuno, tanta onestade giungea nel cuore di quello, che non ardia di levare li occhi, ne di rispondere a lo suo saluto ; e di questo molti, si corne esperti, mi potrebbero testimoniare a chi
qui a nom : Livre du Remède d'Amour, — là — ; Bella michi, video, bella parantur, ait.
Et par cela peut être éclairé qui a des doutes sur quelque partie de ce mien petit livre. Et afin que n'en prenne aucune hardiesse une personne d'esprit épais, je dis que ni les poètes ne parlaient ainsi sans raison ni ne doivent ainsi parler ceux qui riment, sans avoir quelque raisonnement en eux-mêmes sur ce qu'ils disent ; car grande honte serait-ce à qui rime des choses sous vêtement de figure et de couleur rhétorique^ si ensuite interrogé, il ne savait dépouiller ses paroles d'un semblable vêtement, de façon qu'elles eussent une intelligence véritable. Et ce mien premier ami et moi, nous en connaissons bien, de ceux qui riment ainsi sottement.
CETTE très gentille Dame, dont il est parlé dans les précédentes paroles, vint en telle grâce auprès des gens, que quand elle passait par le chemin, les personnes couraient pour la voir ; d'où m'en arrivait une merveilleuse joie. Et quand elle était près de quelqu'un, une telle pudeur venait en le cœur de celui-ci, qu'il n'osait lever les yeux ni répondre à son salut. Et de cela, plusieurs, comme l'ayant éprouvé, me pourraient porter
rr8 VIT A KOVA
non lo credesse. Ella coronata e vestita d'umilitades' andava, nulla gloria mostrando di cio ch' ella vedea e udia. Diceano molti, poi che passata era : « Questa non è femina, anzi è uno de li bellissimi angeli del cielo ». E altri diceano : « Questa è una niaraviglia ; che benedetto sia lo Segnore, che si mirabilemente sae adoperare ! ». lo dico ch' ella si mostrava si gentile e si piena di tutti li piaceri, che quelli che la miravano comprendeano in loro una dolcezza onesta e soave, tanto che ridicere non lo sapeano ; ne alcuno era lo quale potesse mirare lei, che nel principio nol convenisse sospirare. Queste e più mirabili cose da lei procedeano virtuosamente : onde io pensando a ciô, volendo ripigliare lo stilo de la sua loda, propuosi di dicere parole, ne le quali io dessi ad intendere de le sue mirabili ed eccellenti operazioni ; acciô che non purcoloro che lapoteano sensibilementevedere, ma li altri sappiano di lei quello che le parole ne possono fare intendere. Allora dissi questo sonetto, lo quale comincia : Tanto eentik.
Tanto gentile e tanto onesta pare la donna mia, quand' ella altrui saluta, ch' ogne lingua deven tremando muta, e li occhi no 1' ardiscon di guardare.
Ella si va, sentendosi laudare, benignamente d' umilti vestuta ; e par che sia una cosa venuta
témoignage à qui ne le croirait pas. Et elle, couronnée et vêtue d'humilité, s'en allait, ne montrant aucune gloire de cela qu'elle voyait et entendait. Beaucoup disaient, après qu'elle était passée : « Celle-ci n'est pas une femme, mais elle est un des très beaux anges du ciel ».
— Et d'autres disaient : « Celle-ci est une merveille ; que béni soit le Seigneur qui si admirablement sait faire ».
— Je dis qu'elle se montrait si gentille et si pleine de toutes les plaisances, que ceux qui la contemplaient recevaient en eux une douceur honnête et suave, tellement qu'ils ne le savaient redire ; et il n'était personne qui la pût contempler, et en l'abord ne dût soupirer. Ces choses et de plus admirables procédaient d'elle par l'effet de sa vertu : d'où vint que pensant à cela, et voulant reprendre le style de sa louange, je résolus de dire des paroles en lesquelles je donnerais à entendre sur ses admirables et excellentes opérations ; à telle fin que non seulement ceux qui la pouvaient sensiblement voir, mais les autres encore, sachent d'elle ce que les paroles en peuvent faire entendre. Alors je dis ce sonnet, lequel commence : Tant gentille.
Tant gentille et tant honnête paraît ma Dame, quand elle salue les gens, que toute langue en tremblant devient muette, et les yeux ne l'osent regarder.
Elle s'en va, lorsque s'entend louer, béniguement d'humilité vêtue ; et il semble qu'elle soit une chose venue
lia ciclo in terra a miracol mostrare.
Mostrasi si piacente a chi la mira, che dà per li occhi una dolcezza al core, che 'ntender no la pu6 chi no la prova :
e par che de la sua labbia si mova un spirito soave pien d' aniore, che va dicendo a 1' anima : « Sospira ».
Questo sonetto è si piano :\d intendere, per quelle che narnito è dinanzi, clie non abisogna d' alcuna divisione ; e perô lassando lui, dico che questa mia donna venue in tanta grazia, che non solamente ella era onorata e laudata, ma per lei erano onorate e laudate moite. Ond' io veggendo ciô e volendo manifestare a chi ciô non vedea, propuosi anche di dire parole, ne le quali ciô fosse significato : e dissi allora questo altro sonetto, che comincia : Vcde perjettamente onne sainte, \o quale narra di lei corne la sua vertude adoperava ne 1' altre, si come appare ne la sua divisione.
Vede perfettamente onne salute chi la mia donna tra le donne vede ; quelle che vanno con lei son tenute di bella grazia a Dio render merzede.
E sua bieltate é di tanta vertute, che nuUa invidia a l'altre ne procède, anzi le face andar scco vestute di gentilezza d' amore e di fede.
La vista sua fa onne cosa umile, e non fa sola se parer piacente, ma ciascuna per lei riceve onore.
Ed è ne li atti suoi tauto gentilc.
du ciel en terre à miracle montrer.
Elle se montre si plaisante à qui la voit, que donne par les yeux une douceur au cœur, que comprendre ne peut qui ne l'a éprouvée.
Et il semble que de sa semblauce se lève un Esprit suave plein d'amour qui va disant à l'âme : « Soupire ».
Ce sonnet est si clair à entendre, par cela qui est ci-dessus narré, qu'il n'a besoin d'aucune division ; aussi le laissant là, je dis que cette mienne Dame vint en telle grâce, que non seulement elle était honorée et louée, mais par elle plusieurs étaient honorées et louées. Aussi moi voyant cela, et le voulant manifester à qui ne le voyait pas, je résolus encore de dire des paroles, en lesquelles cela serait signifié ; et je dis alors cet autre sonnet qui commence : Il voit parfaitement tout salut, lequel narre d'elle comment sa vertu opérait dans les autres, (ainsi qu'il appert en sa division).
Il voit parfaitement tout salut qui voit ma Dame parmi les dames ; celles qui vont avec elle sont tenues de rendre à Dieu dune belle grâce merci.
Et sa beauté est de telle vertu, qu'aucune envie aux autres n'en procède, mais bien les fait aller avec elle, vêtues de gentillesse, et d'amour et de foi.
Son aspect fait humble toute chose, et non pas elle seule fait paraître plaisante ; mais chacune par elle reçoit honneur.
Et elle est en son action tant gentille,
che nessun la si puô recare a mente, che non sospiri in dolcezza d'amore.
Questo sonetto ha tre parti : ne la prima dico tra che gente questa donna più mirabile parea ; ne la seconda dico si corne era graziosa la sua compagnia ; ne la terza dico di quelle cose che vertuosamente operava in altrui. La seconda parte comincia quivi : quelle che vanno ; la lerza quivi : E sua hieltatc. Questa ultima parte si divide in tre : ne la prima dico quello che operava ne le donne, ciô è per loro medesime ; ne la seconda dico quello che operava in loro per altrui ; ne la terza dico corne non solamente ne le donne, ma in tutte le persone, e non solamente ne la sua presenzia, ma ricordandosi di lei, mirabilemente operava. La seconda comincia quivi : La vista sua ; la terza quivi : Ed é ne li atti.
APPRESSO ciô, cominciai a pensare uno giorno sopra quello che detto avea de la mia donna, cioè in questi due sonetti précèdent! ; e veggendo nel mio pensero che io non avea detto di quello che al présente tempo adoperava in me, pareami defetivamente avère parlato. E perô propuosi di dire parole, ne le quali io
que nul ne se la peut rappeler à l'esprit, qu'il ne soupire en douceur d'amour.
Ce sonnet a trois parties : en la première je dis parmi quelles gens cette Dame paraissait plus admirable ; en la seconde je dis comme était gracieuse sa compagnie ; en la troisième je parle des choses qu'elle opérait par sa vertu en autrui. La seconde partie commence Là : celles qui vont ; la troisième là : Et sa beauté. Cette dernière partie se divise en trois : en la première je dis ce qu'elle opérait en les dames, à savoir pour elles-mêmes ; en la seconde je dis ce qu'elle opérait en elles pour autrui ; en la troisième je dis comment non seulement elle opérait en les dames, mais en toutes les personnes, et non seulement elle opérait merveilleusement par sa présence mais encore quand on se souvenait d'elle. La seconde commence là : Sa vue ; la troisième là : Et elle est en son action.
APRÈS cela, je commençai à penser un jour sur ce que j'avais dit de ma Dame, (à savoir en ces deux sonnets précédents) ; et voyant en ma pensée que je n'avais pas parlé de cela que, présentement, elle opérait en moi, il me semblait avoir parlé de façon défectueuse. Et donc je résolus de dire des paroles en
dicesse corne me parea essere disposto a la sua operazione, e corne operava in me la sua vertude : e non credendo potere ciô narrare in brevitade di sonetto, cominciai allora una canzone, la quale comincia : Si lungiamente.
Si lungiamente m'ha tenuto Amore e costumato a la sua segnoria, che si com' elli m' era forte in pria, cosi mi sta soave ora nel core.
Per6 quando mi toile si '1 valore, che li spiriti par che fuggan via, allor sente la fraie anima mia tanta dolcezza, che '1 viso ne smore, poi prende Amore in me tanta vertute, che fa li miei sospiri gir parlando, ed escon for chiamando la donna mia, per darmi più salute.
Questo m' avene ovunque ella mi vede, e si è cosa umil. che nol si crede.
QUOMODO sedet soJa civiîas pJeiia populo ! facta est quasi vidua domina gentiu)ii '. lo era nel proponimento ancora di questa canzone, e compiuta n'avea questa soprascritta stanzia, quando lo signore de la gius-
I. Comme seule est assise la ville pleine de peuple ! Elle est devenue comme veuve, la dame des nations. (Jérémie, Lamentations, 1,1).
lesquelles je dirais comment il me semblait être disposé à son opération, et comment en moi opérait sa vertu. Et ne croyant pas pouvoir narrer cela en la brièveté d'un sonnet, je commençai alors une chanson, laquelle commence : Si longuement.
Si longuement m'a tenu Amour et accoutumé à sa seigneurie, que, comme il m'était puissant d'abord, ore ainsi dans le cœur me reste-t-il suave. Et donc quand il m'enlève tellement le courage qu'il semble que les Esprits s'enfuient, alors éprouve mon âme frêle tant de douceur que le visage en pâlit, puisqu'Amour prend en moi telle vertu, qu'il fait que mes soupirs s'en vont parlant : et ils sortent dehors clamant ma Dame, pour me plus donner Salut.
Cela ni'advient où qu'elle me voie, et c'est chose si humble que ne se peut croire.
QuoMODO sedet sola civitas pkua populo ! fada est quasi vidua domina gentiuni. — J'étais encore dans le projet de cette chanson et j'en avais achevé cette susdite stance, quand le Seigneur de la justice appela cette
tizia chiamoe questa gentilissima a gloriare sotto la insegna di quella regina benedetta virgo Maria, lo cui nome fue in grandissima reverenzia ne le parole di questa Béatrice beata. E avegna che forse piacerebbe a présente trattare alquanto de la sua partita da noi, non è lo mio intendimento di trattarne qui per tre ragioni : la prima è che ciô non è del présente proposito, se volemo guardare nel proemio che précède questo libelle ; la seconda si è che, posto che fosse del présente proposito, ancora non sarebbe sufficiente la mia lingua a trattare, come si converrebbe, di ciô ; la terza si è che, posto che fosse l'uno e l'altro, non è convenevole a me trattare di ciô, per quello che, trattando, converrebbe essere me laudatore di me medesimo, la quale cosa è al postutto biasimevole a chi lo fae : e perô lascio cotale trattato ad altro chiosatore. Tuttavia, perô che moite volte lo numéro del nove ha preso luogo tra le parole dinanzi, onde pare che sia non sanza ragione, e ne la sua partita cotale numéro pare che avesse molto luogo, convenesi di dire quindi alcuna cosa, acciô che pare al proposito convenirsi. Onde prima dicerô come ebbe luogo ne la sua partita, e poi n asegnerô alcuna ragione, per che questo numéro fue a lei cotanto amico.
VTA NOVA 127
Très Gentille à se glorifier sous les enseignes de la reine benoite Vierge Marie, dont le nom fut en très grande révérence en les paroles de cette béate Béatrice. Et bien que peut-être il pourrait convenir de traiter maintenant quelque peu de sa départie d'avec nous, ce n'est pas mon intention d'en traiter ici, pour trois raisons : la première est que cela n'est pas de mon présent dessein, si nous voulons regarder au préambule qui précède ce petit livre. La seconde est que, fût-ce encore du présent dessein, ma langue ne serait pas capable d'en traiter comme il conviendrait. La troisième est que, encore l'une et l'autre chose fût-elle, il n'est pas convenable à moi de traiter de cela, pour cette raison que, en traitant, il me faudrait être louangeur de moi-même, laquelle chose est par-dessus tout blâmable à qui la fait ; et donc je laisse à traiter de cela à un autre glossateur. Toutefois parce que maintes fois le nombre neuf a pris place dans les paroles ci-dessus, d'où il paraît que cela n'est pas sans raison, et parce que, dans sa départie, ce nombre semble avoir eu beaucoup de place, il sied donc d'en dire ici quelque chose, car cela semble convenir au propos. Je dirai donc d'abord comment il eut place dans sa départie, et puis j'en donnerai quelques raisons, par quoi ce nombre fut à elle si ami.
10 dico che, seconde l'usanza d'Arabia, l'anima sua nobilissima si partio ne la prima ora del nono giorno del mese : e secondo 1' usanza di Siria, ella si partio nel nono mese de 1' anno, perô che lo primo mese è ivi Tisirin primo, lo quale a noi è Ottobre : e secondo l'usanza nostra, ella si partio in quello anno de la nostra indizione, cioè de li anni Domini, in cui lo perfetto numéro nove volte era compiuto in quello centinaio nel quale in questo mondo ella fue posta, ed ella fue de li cristiani del terzodecimo centinaio. Perché questo numéro fosse in tanto amico di lei, questa potrebbe essere una ragione : con ciô sia cosa che, secondo Tolomeo e secondo la cristiana veritade, nove siano li cieli che si muovono, e secondo comune oppinione astrologa li detti cieli adoperino qua giuso secondo la loro abitudine insieme ; questo numéro lue amico di lei per dare ad intendere che ne la sua generazione tuti e nove li mobili cieli perfettissimamente s' aveano insieme. Questa è una ragione di ciô ; ma più sottilmente pensando, e secondo la infallibile veritade, questo numéro fue ella medesima ; per similitudine dico, e ciô intendo cosi. Lo numéro del tre è la radice del nove, perô che sanza numéro altro alcuno, per se medesimo fa nove, si
JE dis que, selon l'usage d'Arabie, son âme très noble partit en la première heure du neuvième jour du mois ; et, selon l'usage de Syrie, elle partit en le neuvième mois de l'année ; car le premier mois est là-bas Tisirin premier^ lequel pour nous est Octobre. Et, selon notre usage, elle partit en cette année de notre Indiction, c'est-à-dire des ans du Seigneur, en laquelle le nombre parfait était neuf fois achevé dans cette centaine où elle fut en ce monde placée : et elle fut des chrétiens de la treizième centaine. Pourquoi ce nombre lui fut tant ami, voici une raison qui en pourrait être : étant donné que, selon Ptolémée, et selon la chrétienne vérité, neuf sont les ciels qui se meuvent, et que, selon la commune opinion astrologique, lesdits ciels opèrent ici-bas selon leur situation réciproque, ce nombre lui fut ami pour donner à entendre qu'en sa génération tous les neuf ciels mobiles se trouvaient réciproquement en situation très parfaite. C'est une des raisons de cela ; mais plus subtilement y pensant, et selon l'infaillible vérité, ce nombre fut elle-même ; je le dis par similitude, et je l'entends ainsi : le nombre trois est la racine de neuf, car sans autre nombre et multiplié par lui-même, il
corne vedemo manifestamente che tre via tre fa nove. Dunque se lo ire è fiUtore per se medesimo del nove, e lo fattore per se medesimo de li miracoli è tre, cioè Padre e Figlio e Spirito santo, li quali sono tre ed uno, questa donna fue acompagnata da questo numéro del nove a dare ad intendere ch' ella era uno nove, cioè uno miracolo, la cui radice, cioè del miracolo, è solamente la mirabile Trinitade. Forse ancora per più sottile persona si vederebbe in ciô più sottile ragione ; ma questa è quella ch' io ne veggio, e che più mi piace.
Poi che fue partita da questo secolo, rimase tutta la sopradetta cittade quasi vedova dispogliata da ogni dignitade ; onde io, ancora lagrimando in questa desolata cittade, scrissi a li principi de la terra alquanto de la sua condizione, pigliando quello cominciamento di Geremia profeta che dice : Quoniodo sedct sola civilas. E questo dico, acciô che altri non si maravigli perché io 1' abbia allegato di sopra, quasi corne entrata de la nuova materia che appresso vene. E se alcuno volesse me riprendere di ciô, ch' io non scrivo qui le parole che seguitano a quelle allegate, escusomene, perô che lo intendimento mio non
fait neuf, comme nous voyons manifestement que trois fois trois font neuf. Donc, si le trois est par lui-même facteur du neuf, et que le flicteur des miracles par luimême est trois, à savoir : Père, Fils et Esprit-Saint, lesquels sont trois et un, cette Dame fut accompagnée de ce nombre neuf, pour donner à entendre qu'elle était un neuf, c'est-à-dire un miracle, dont la racine — (la racine, veux-je dire, du miracle) — ne peut être que l'admirable Trinité. Peut-être encore par plus subtile personne se pourrait-il voir en cela plus subtile raison ; mais celle-ci est celle que j'en vois, et qui plus me plaît.
APRÈS que cette Dame fut partie de ce siècle, toute la susdite cité resta comme veuve, et dépouillée de toute dignité ; d'où vint que moi, pleurant encore en cette ville désolée, j'écrivis quelque chose aux principaux du pays sur sa condition ; et je pris ce commencement de Jérémie prophète qui dit : Oiioniodo scdd sola civitas. — Et je dis cela, afin que nul ne s'étonne que j'aie allégué ci-dessus ces paroles comme entrée du nouveau sujet qui venait ensuite. Et si quelqu'un voulait me reprendre de cela, que je n'écris pas ici les paroles qui suivent celles qui sont alléguées, je m'en excuse par ceci,
fue dal principio di scrivere altro che per volgare : onde, con ciô sia cosa che le parole che seguitano a quelle che sono allegate, siano tutte latine, sarebbe fuori del niio intendimento se le scrivessi. E simile intenzione so ch' ebbe questo mio primo amico, a cui io ciô scrivo, cioè ch' io li scrivessi solamente volgare.
Poi che li miei occhi ebbero per alquanto tempo lagrimato, e tanto affaticati erano che non poteano disfogare la mia trestizia, pensai di volere disfogarla con alquante parole dolorose ; e perô propuosi di fare una canzone, ne la quale piangendo ragionassi di lei, per cui tanto dolore era flitto distruggitore de r anima mia ; e cominciai allora una canzone, la quai comincia : Li occhi doknii per pietà del core. Ed acciô che questa canzone paia rimanere più vedova dopo lo suo fine, la dividerô prima che io la scriva : e cotale modo terrô da qui innanzi.
Io dico che questa cattivella canzone ha tre parti : la prima è proemio ; ne la seconda ragiono di lei ; ne la terza parlo a la canzone pietosamente, La seconda parte ''.omincia quivi : Ita n è Béatrice ; la terza quivi : Pietosa
que mon dessein, dès le principe, n'a pas été d'écrire autrement qu'en vulgaire : aussi, étant donné que les paroles qui suivent celles qui sont alléguées, sont toutes latines, ce serait hors de mon dessein si je les écrivais. Et je sais que semblable intention a eu ce mien premier ami pour qui j'écris ceci, assavoir que je le lui écrivisse seulement en vuleaire.
APRÈS que mes yeux eurent quelque temps pleuré, •ils étaient si fatigués qu'ils ne pouvaient soulager ma tristesse; je pensai donc la vouloir soulager avec quelques paroles douloureuses ; et ainsi je me résolus de taire une chanson, en laquelle en pleurant je parlerais de Celle, par qui une telle douleur s'était faite destructrice de mon âme ; et je commençai alors une chanson, laquelle commence : Les yeux dolents par pitié du cœur. Et afin que cette chanson semble rester plus veuve après sa fin, je la diviserai avant que je l'écrive : et dorénavant je tiendrai cette manière.
Je dis que cette pauvrette chanson a trois parties : la première est un préambule ; en la seconde je parle d'Elle ; en la troisième je parle à la chanson piteusement. La seconde commence là : Béatrice s'en est allée ; la troisième
mia can~orie. La prima parte si divide in tre : ne la prima dico perché io mi muovo a dire ; ne la seconda dico a cui io voglio dire ; ne la terza dico di cui io voglio dire. La seconda comincia quivi : E perché me ricorda ; la terza quivi : e dicerà. Poscia quando dico : Ita ne Béatrice, ragiono di lei ; e intorno a ciô foe due parti : prima dico la cagione per che tolta ne fue ; appresso dico come altri si piange de la sua partita, e comincia questa parte quivi : Partisi de la sua. Questa parte si divide in tre : ne la prima dico chi non la piange ; ne la seconda dico chi la piange ; ne la terza dico de la mia condizione. La seconda comincia quivi : ma ven trestixja e voglia ; la terza quivi : Dannoini angoscia. Poscia quando dico : Pietosa mia can- T^one, parlo a questa canzone, disignandole a quali donne se ne vada, e steasi con loro.
Li occhi dolenti per pietà cel core hanno di lagrimar sofferta pena, si che pervinti son remasi ornai.
Ora, s' i' voglio sfogar Io dolore, che a poco apoco a la morte mi mena, convenemi parlar tracndo guai.
E perché me ricorda che io parlai de la mia dona, mentre che vivia, donne gentili, voloutier con vui, non voi parlarealtrui, se non a cor gentil che in donna sia ; ■• e dicerô di lei piaugendo, pui
VTTA NOVA 135
là : Ma piteuse Chanson. La première partie se divise en trois : en la première je dis pourquoi j'entreprends de dire ; en la seconde je dis à qui je veux dire ; en la troisième je dis de quoi je veux dire. La seconde commence là : Et comme il me souvient ; la troisième là : Et je dirai. Puis quand je dis : Béatrice s'en est allée, je parle d'elle, et à ce sujet, je fais deux parties : d'abord je dis l'occasion par quoi elle fut enlevée ; après je dis comment les gens pleurent de son départ ; et cette partie commence là : Elle s'est départie. Cette partie se divise en trois : en la première je dis qui ne la pleure pas ; en la seconde je dis qui la pleure ; en la troisième je parle de ma condition. La seconde commence là : Mais vient tristesse et volonté ; la troisième là : Ils me donnent angoisse. Puis quand je dis : Ma piteuse Chanson, je parle à cette mienne chanson, lui désignant les dames vers lesquelles elle doit aller pour rester avec elles.
Les yeux dolents par pitié du cœur ont de pleurer souffert la peine, si bien que pour vaincus ils restent désormais. Or, si je veux soulager la douleur, qui peu à peu à mort me mène, il convient que je parle en tirant des soupirs. Et comme il me souvient que je parlai de ma Dame tandis qu'elle vivait, dames gentilles, volontiers avec vous, je ne veux pas parler à autre, sinon à cœur gentil qui soit en une dame. Et je dirai d'Elle en pleurant,
che si n' è gita in ciel subitamente, e ha lasciato Amor meco dolente.
Ita n' è Béatrice in l'alto cielo, nel reame ove li angeli hanno pace, e sta con loro, e voi, donne, ha lassate no la ci toise qualità di gelo ne di calore, corne 1' altre face, ma solo tue sua gran bcnignitate ; chè luce de la sua umilitate passô li cieli con tanta veitute, che fe' maravigliar l'etterno sire, si che dolce disire lo giunse di chiamar tanta salute ; e fella di qua giù a se venire, perché vedea ch' esta vita noiosa non era degna di si gentil cosa.
Partisi de la sua bella persona piena di grazia 1' anima gentile, ed èsi gloriosa in loco degno.
Chi no la piange, quando ne ragiona, core ha di pietra si malvagio e vile, ch' entrar no i puote spirito benegno.
No è di cor villan si alto ingegno, che possa imaginar di lei alquanto.
e pero no li ven di pianger doglia :
ma ven trestizia e voglia di sospirare e di morir di pianto, e d' onne consolar 1' anima spoglia chi vede nel pensero alcuna volta quale ella fue, e com' ella n' è tolta.
Dannomi angoscia li sospiri forte, quando '1 pensero ne la mente grave mi reca quella che m' ha '1 cor diviso : e spesse fiate pensando a la morte, venemene un disio tanto soave.
puis qu'ainsi est partie au ciel subitement, et a laissé Amour avec moi dolent.
Béatrice s'en est allée en le haut ciel, en le royaume où les anges ont paix, reste avec eux, et vous, dames a laissées. Ce ne fut pas force de gel qui nous l'a prise, ni de chaleur, comme font pour les autres ; mais ce fut seulement sa grand bénignité ; car la lumière de son humilité passa les ciels avec telle vertu, que fit émerveiller l'Eternel Sire, tellement qu'un doux désir lui vint d'appeler un tel salut ; et il la fit d'ici-baa à lui venir, parce qu'il voyait bien que cette vie d'ennui n'était pas digne de si gentille chose.
Elle s'est départie de sa belle personne pleine de grâce l'àme gentille, et, glorieuse, elle est en un lieu digne. Qui ne la pleure pas quand il en parle, a cœur de pierre si mauvais et vil, qu'entrer n'y peut un Esprit de bonté.
Il n'est en cœur vilain, si haut talent qu'il puisse d'elle imaginer quelque chose ; ^ c'est pourquoi ne lui vient pas deuil à on pleurer. Mais vient tristesse et volonté de soupirer et de mourir de pleurs, (et de tout soulas dépouille l'àme), à qui voit dans le penser parfois quelle elle fut, et comme elle nous fut prise.
Ils me donnent angoisse, les forts soupirs, quand le penser dans l'âme lourde m'amène celle-là qui m'a fendu le cœur : et bien des fois, songeant à la Mort, il m'en vient un désir tant suave.
che mi tramuta lo color nel viso.
E quando 1 magioar mi ven ben fiso,
giugnemi tanta pena d'ogne parte,
ch' io mi riscuoto per dolor ch' i' sento ;
e si fatto divemo,
chc da le genti vergogna mi parte.
Poscia piangendo, sol nel mio lamento
chiamo Béatrice, e dico : « Or se' tu morta ? »
e mentre ch' io la chiamo, me conforta.
Pianger di doglia e sospirar d' angoscia mi strugge '1 core ovunque sol mi trovo, si che ne 'ncrescerebbe a chi m'audesse : e quale è stata la mia vita, poscia che la mia donna andô nel secol novo, lingua no è che dicer lo sapesse :
e perô, donne mie, pur ch' io volesse, non vi saprei io dir ben quel ch' io sono, si mi fa travagliar 1' acerba vita ; la quale è si 'nvilita,
che ogn' om par che mi dica : « Io t'ahandono », veggendo la mia labbia tramortita.
Ma quai ch' io sia, la mia donna il si vede, ed io ne spero ancor da lei merzede.
Pietosa mia canzone, or va piangendo ; e ritruova le donne e le donzelle, a cui le tue sorelle erano usate di portar letizia ; e tu, che se' figliuola di trestizia, vatten disconsolata a star con elle.
qu'il me change la couleur au visage.
Quand l'image m'en vient bien fixe,
il m'arrive telle peine de toute part,
que je m'agite par la douleur que je sens ;
et deviens ainsi fait
que des gens la honte m'éloigne.
Puis, pleurant, seul, en mon gémissement,
j'appelle Béatrice ; et dis : « Ore es-tu morte ? »
Et tandis que l'appelle, elle me réconforte.
Pleurer de douleur et soupirer d'angoisse me détruit tant le cœur, où que seul je me trouve, que peine en serait à qui m'ouïrait :
et quelle fut ma vie, depuis que ma Dame est allée en le Siècle nooaveau, il n'est langue qui dire le saurait :
et donc, mes dames, pour tant que je voulusse, ne vous saurais pas bien dire ce que je suis, tant me fait peiner l'amère vie :
car tant vile elle est devenue,
qu'il semble que tout homme dise : « Je t'abandonne », en voyant ma face pâlie.
Mais quel que je sois, ma Dame le voit bien, et j'en espère encor d'elle merci.
Ma piteuse Chanson, ore pars, en pleurant, et retrouve les dames et les damoiselles, à qui tes sœurs
avaient coutume de porter joie ; et toi, qui es fille de tristesse, va-t-en, inconsolée, à rester avec elles.
Poi che detta fue questa canzone, si venne a me uno, lo quale, secondo H gradi de l'amistade, è amico a me immediatamente dopo lo primo ; e questi fue tanto distretto di sanguinitade con questa gloriosa, clie nullo più presso 1' era. E poi che fue meco a ragionare, mi pregoe cil' io li dovesse dire alcuna cosa per una donna che s' era morta ; e simulava sue parole^ acciô che paresse che dicesse d'un' altra, la quale morta era certamente : onde io accorgendomi che questi dicea solamente per questa benedetta, si li dissi di fare ciô che mi domandava lo suo prego. Onde poi pensando a ciô, propuosi di fare uno sonetto, nel quale mi lamentasse alquanto, e di darlo a questo mio amico, acciô che paresse che per lui 1' avessi fatto ; e dissi allora questo sonetto, che comincia : Venile a inieuder li sospiri iiiici. Lo quale ha due parti : ne la prima chiamo li fideli d'Amore che m'intendano ; ne la seconda narro de la mia misera condizione. La seconda comincia quivi : // quai discousolati.
Vcnite a intender li sospiri mici, oi cor gentili, chè pietà '1 disia, li quai disconsolati vanuo via, e s' e' non fosser, di dolor morrei ;
APRÈS qu'eut été dite cette chanson, il vint vers moi un homme qui, selon les degrés de l'amitié, m'est ami immédiatement après le premier : et celui-ci fut si lié par la parenté à cette Glorieuse, que nul ne l'était de plus près. Et lorsqu'il fut avec moi à causer, il me pria que je lui dusse dire quelque chose pour une dame qui était morte ; et il déguisait ses paroles, afin que pût sembler que je parlerais d'une autre dame^ (laquelle, à la vérité, était morte elle aussi) : et donc m'étant aperçu que celui-ci parlait seulement pour cette Bénie, je répondis que je ferais ce que sa prière me demandait. D'où vint qu'ensuite, y pensant, je résolus de faire un sonnet en lequel je me lamenterais quelque peu, et de le donner à ce mien ami, afin qu'il semblât que pour lui je l'eusse fait. Et je dis alors ce sonnet qui commence : Fene::^ pour ouïr tues soupirs. Ce sonnet a deux parties : en la première j'appelle les fidèles d'Amour pour qu'ils m'entendent ; en la seconde je narre ma misérable condition. La seconde commence là : inconsolés.
Venez pour ouïr mes soupirs, ha ! cœurs gentils, car pitié le désire ; inconsolés ils sortent ; et si point ils n'étaient, de douleur je mourrais ;
perô che gli occhi mi sarobber rci, nioltc fiate più ch' io non vorria, lasso ! di pianger si la donna mia, che sfogasscr lo cor, piangendo lei.
Voi udirete lor chianiar sovente la mia donna gentil, che si n' é gita al secol degno de la sua vertute ;
e dispregiar talora questa vita in persona de 1' anima dolente abandonata de la sua salute.
Poi che detto ei questo sonetto, pensandomi chi questi era a cui Io intendea dare quasi corne per lui fatto, vidi che povero mi parea lo servigio e nudo a cosi distretta persona di questa gloriosa. E perô anzi ch' io H dessi questo soprascritto sonetto, si dissi due stanzie d' una canzone, l'una per costui veracemente, e l'altra per me, avegna che paia l'una e l'altra per una persona detta, a chi non guarda sottilmente ; ma chi sottilmente le mira vede bene che diverse persone parlano, acciô che 1' una non chiama sua donna costei, e r altra si, come appare manifestamente. Questa canzone e questo soprascritto sonetto li diedi, dicendo io lui che per lui solo fatto 1' avea.
pour cela que mes yeux me seraient défaillants, maintes fois, plus que je ne le voudrais, hélas ! pour pleurer tant ma Dame qu'ils pussent soulager mon cœur en la pleurant.
Vous les entendrez appeler souvent ma Dame gentille, qui s'en est allée au Siècle digne de sa vertu,
et médire alors de cette vie, au nom de mon âme dolente, abandonnée de son salut.
APRÈS que j'eus dit ce sonnet, considérant en moi quel était celui à qui j'entendais le donner, ainsi fait quasi comme par lui-même, je vis que pauvre me paraissait le service rendu, et nu, au regard d'une personne aussi liée à cette Glorieuse. Aussi, avant que je lui donnasse le sonnet ci-dessus écrit, je dis deux stances d'une chanson, ainsi : l'une pour lui véritablement, et l'autre pour moi, encore que l'une et l'autre paraissent dites au nom d'une seule personne, à qui ne regarde pas subtilement ; mais qui subtilement les considère voit bien que des personnes différentes parlent : en ce que l'une n'appelle jamais celle dont il parle sa Dame, et l'autre oui, comme il appert manifestement. Cette chanson et ce susdit sonnet, je les donnai à mon ami en lui disant que pour lui seul je les avais faits.
La canzone comincia : Quanitinque volte, e ha due parti : ne 1' una, cioè ne la prima stanzia, si lamenta questo mio caro e distretto a lei ; ne la seconda mi lamento io, cioè ne 1' altra stanzia che comincia : E si raccoglic ne li viici. E cosi appare che in questa canzone si lamentano due persone, 1' una de le quali si lamenta corne fnue, F altra corne servo.
Quantunque volte, lasso ! mi rimembra ch' io non debbo giammai veder la donna ond' io vo si dolente, tanto dolore intorno '1 cor m' asembra la dolorosa mente,
ch' io dico : « Anima mia. chè non ten vai chè li tormenti che tu porterai nel secol, che t' è già tanto noioso, mi fan pensoso di paura forte ».
Ond' io chiamo la Morte, come soave e dolce mio riposo ; e dico : « Vieni a me » con tanto amore, che sono astioso di chiunque more.
E si raccoglie ne li miei sospiri un sono di pietate, che va chiamando Morte tuttavia : a lei si volser tutti i miei disiri, quando la donna mia fu giunta da la sua crudelitate ; per che '1 piacere de la sua bieltate, partendo se da la nostra veduta, divenne spirital bellezza grande, che per Io cielo spande luce d' amor, che li angeli saluta
La chanson commence : Toutes les fois, et a deux parties : en l'une, à savoir dans la première stance, se lamente ce mien très cher, lié de près à Elle ; en la seconde je me lamente moi-même, à savoir dans l'autre stance qui commence : // se rassemble. Et ainsi appert-il que dans cette chanson se lamentent deux personnes, l'une desquelles se lamente comme frère, l'autre comme serviteur.
Toutes les fois, las ! qu'il me souvient que je ne dois jamais plus voir la Dame dont je vais si dolent, tant de douleur au cœur m'assemble le penser douloureux, que je dis . « Mon âme, que ne pars-tu ? Car les tourments que tu supporteras dans le siècle qui t'est déjà si plein d'ennui me font craintif de forte peur. « Et donc j'appelle la Mort, comme mon suave et doux repos ; et je dis : « Viens à moi » avecque tant d'amour, que je suis envieux de quiconque se meurt !
Il se rassemble en mes soupirs un son de pitié
qui va clamant la Mort sans cesse.
A elle se tournèrent tous mes désirs, quand ma Dame fut atteinte par sa cruauté :
car le plaisir de sa beauté, en s'éloignant de notre vue, devint beauté spirituelle grande, qui par le ciel répand lumière d'amour, qui salue les anges,
e lo intelletto loro alto, sottile face maravigliar, si v' è gentilc.
IN quello giorno nel quale si compiea 1' anno che questa donna era flitta de li cittadini di vita eterna, io mi sedea in parte ne la quale, ricordandomi di lei, disegnava uno angelo sopra certe tavolette ; e mentre io lo disegnava, volsi li occhi, e vidi lungo me uomini a li quali si convenia di fiire onore, E riguardavano quello che io facea ; e secondo che me fu detto poi, elli erano stati già alquanto anzi che io me ne accorgesse. Quando li vidi, mi levai, e salutando loro dissi : « Altri era testé meco, pero pensava ». Onde partiti costoro, ritornaimia la mia opéra, cioè del disegnare figure d'angeli : e faccendo ciô, mi venue uno pensero di dire parole, quasi per annovale, e scrivere a costoro li quali erano venuti a me ; e dissi allora questo sonetto, lo quale comincia : Era veniita ; lo quale ha due cominciamenti, e perô lo dividero secondo l'uno e secondo 1' altro.
Dico che secondo lo primo questo sonetto ha tre parti : ne la prima dico che questa donna era già ne la mia memoria ; ne la seconda dico quello che Amore perô mi fil-
et fait leur intellect haut et subtil émerveiller, tant elle v est gentille.
EN ce jour, en lequel s'accomplissait l'année où cette Dame avait été faite des citoyens de la vie éternelle, je m'étais assis en un lieu où, me souvenant d'elle, je dessinais un ange sur des tablettes ; et pendant que je le dessinais, je tournai les yeux et je vis, près de moi, des hommes, auxquels il était convenable de faire honneur. Et ils regardaient ce que je faisais, et d'après ce que l'on me dit ensuite, ils avaient été là déjà quelque temps, avant que je m'en aperçusse. Quand je les vis, je me levai, et les saluant leur dis : « Une autre personne était tout à l'heure avec moi, et c'est pourquoi je pensais. » — D'où advint que, ceux-ci étant partis^ je retournai à mon travail, c'est-à-dire à dessiner des figures d'anges, et, ce faisant, il me vint un penser de dire des paroles comme pour anniversaire, et d'écrire à ceux-là qui étaient venus près de moi ; et je dis alors ce sonnnet qui commence : Elle était venue, lequel a deux commencements ; c'est pourquoi je le diviserai selon l'un et selon l'autre.
Je dis que selon le premier, ce sonnet a trois parties : en la première je dis que cette Dame était déjà dans ma mémoire ; en la seconde je dis ce qu'Amour pour cela me
cea ; ne la terza dico de gli effetti d'Amore. La seconda comincia quivi : Ainor che ; la terza quivi : Piangendo uscivafi for. Questa parte si divide in due : ne 1' una dico che tutti li miei sospiri uscivano parlando ; ne la seconda dico che alquanti diceano certe parole diverse da gli altri. La seconda comincia quivi : Ma qiiei. Per questo medesimo modo si divide secondo V altro cominciamento, salvo che ne la prima parte dico quando questa donna era cosi venuta ne la mia memoria, e ciô non dico ne 1' altro.
Primo Cominciamento Era venuta ne la mente mia la gentil donna, che per suo valore fu posta da F altissimo signore nel ciel de 1' umiltate, ov' é Maria.
Secondo Cominciamento Era venuta ne la mente mia quella donna gentil cui piange Amore, entro 'n quel punto che le suo valore vi trasse a riguardar quel ch' eo facia.
Amor, che ne la mente la sentia, s' era svegliato nel destrutto core.
e diceva a' sospiri : « Andate fore » ; per che ciascun dolente si partia.
Piangendo uscivan for de lo mio petto con una voce che sovente mena le lagrime dogliosc a li occhi tristi.
Ma quel che n' uscian tor con maggior pena, venian dicendo : « Oi nobile intelletto, oggi fa 1' anno che nel ciel salisti ».
faisait ; en la troisième je parle des effets d'Amour. La seconde commence là : Amour qui ; la troisième là : Us sortaient pleurant. Cette partie se divise en deux : dans l'une je dis que tous mes soupirs sortaient en parlant ; dans l'autre je dis comme quelques-uns disaient certaines paroles différentes des autres. La seconde commence là : Mais ceux. — Il se divise en la même fliçon selon le second commencement^ sauf que dans la première partie je dis à quel moment cette Dame était ainsi venue dans ma mémoire, et je ne le dis pas dans l'autre.
Premier Commencement
Elle était venue en ma pensée la gentille Dame qui pour sa vertu fut placée par le très-haut Seigneur dans le ciel de l'humilité où est Marie.
Second Commencement Elle était venue en ma pensée cette Dame gentille que pleure Amour, en ce point même où sa vertu vous mena regarder cela que je faisais.
Amour qui dans ma pensée la sentait, s'était éveillé dans le cœur détruit, et disait aux soupirs : « Allez dehors » ; par quoi chacun dolent se départait.
Ils sortaient pleurant hors de ma poitrine avec une voix qui souvent amène les larmes de deuil aux yeux tristes.
Mais ceux qui en sortaient hors avec plus grand peine, venaient disant : « Ha 1 noble esprit, aujourd'hui finit l'an qu'en le ciel tu montas ! »
Poi per alquanto tempo, con ciô fosse cosa che io fosse in parte ne la quale mi ricordava del passato tempo, molto stava pensoso, e con dolorosi pensamenti, tanto che mi faceano parère de tore una vista di terribile sbigottimento. Onde io, accorgendomi del mio travagliare, levai li occhi per vedere se altri mi vedesse. Allora vidi una gentile donna giovane e bella molto, la quale da una finestra mi riguardava si pietosamente, quanto a la vista, che tutta la pietà parea in lei accolta. Onde, con ciô sia cosa che quando li miseri veggiono di loro compassione altrui, più tosto si muovono a lagrimare, quasi come di se stessi avendo pietade, io senti allora cominciare li miei occhi a volere piangere ; e perô, temendo di non mostrare la mia vile vita, mi partio dinanzi da li occhi di questa gentile ; e dicea poi fra me medesimo : « E' non puote essere che con quella pietosa donna non sia nobilissimo amore ». E perô propuosi di dire uno sonetto, ne Io quale io parlasse a lei, e conchiudesse in esso tutto ciô che narrato è in questa ragione. E perô che per questa ragione è assai manifesto, si nollo dividerô. Lo sonetto comincia : Videro li occhi miei.
ENSUITE, après quelque temps, comme il arriva que je me trouvais en un lieu en lequel je me ressouvenais du temps passé, très fort je demeurais pensif et avec si douloureux pensers qu'ils me faisaient montrer au dehors une figure de terrible confusion. D'où vint que, m'apercevant du trouble où j'étais, je levai les yeux, pour voir si quelque autre me voyait. Alors je vis une gentille dame, jeune et très belle, laquelle, d'une fenêtre, me regardait avec tant de pitié en son aspect que toute la pitié paraissait en elle recueillie. Aussi, parce que les malheureux, quand ils voient quelqu'un avoir d'eux compassion, plus tôt se mettent à pleurer, comme si d'eux-mêmes ils avaient pitié, je sentis alors commencer mes yeux à vouloir pleurer. C'est pourquoi, ayant peur de faire connaître ma lâche vie, je m'éloignai des yeux de cette gentille. Et je disais ensuite en moimême : « Il ne peut être, qu'avec cette pitoyable dame, ne soit très noble Amour. » — Et donc je résolus de dire un sonnet en lequel je parlerais à elle, et je renfermerais tout ce qui est narré en cet argument. Et comme, par cet argument, il est très clair, je ne le diviserai pas. Le sonnet commence : Mes yeux ont vu.
Videro li occhi miei quanta pietate era apparita in la vostra figura, quando guardaste H atti e la statura cli'io faccio per dolor moite fiate.
AUorni' accorsi che voi pensavatc la qualità de la mia vita oscura, si che mi giunse ne lo cor paura di dimostrar con li occhi mia viltate.
E tolsimi dinanzi a voi, sentendo che si niovean le lagrime dal core, ch' cra sommosso da la vostra vista.
lo dicea poscia ne 1' anima trista :
« Ben è con quella donna quelle Amore lo quai mi face andar cosi piangendo ».
AVENNE poi che là ovunque questa donna mi vedea, si si fiicea d'una vista pietosa e d'un colore palido quasi corne d'amore ; onde moite fiate mi ricordava de la mia nobilissima donna, che di simile colore si mostrava tuttavia. E certo moite volte nonpotendo lagrimare ne disfogarela mia trestizia, io andava per vedere questa pietosa donna, la quale parea che tirasse le lagrime fuori de li miei occhi per la sua vista. E perô mi venue volontade di dire anche parole, parlando a lei, e dissi questo sonetto, lo quale comincia : Color d'amore ; ed è piano sanza dividerlo, per la sua précédente ragione.
Mes yeux ont vu quelle pitié était apparue en votre figure, lorsque vous regardâtes le geste et l'attitude que je fais par douleur maintes fois.
Alors je m'aperçus que vous considériez ■ la qualité de ma vie sombre ; tellement qu'il me vint dans le cœur une peur de montrer par mes yeux ma lâcheté.
Et m'éloignai de devant vous, sentant que les larmes se levaient dans mon cœur, que votre vue avait touché.
Je disais ensuite en l'âme triste :
« Il est bien avec cette dame, cet Amour lequel me fait aller ainsi pleurant. »
IL advint ensuite que partout où cette dame me voyait, elle se faisait d'un aspect pitoyable et d'une couleur pâle, comme d'amour. Aussi maintes fois elle me faisait penser à ma très noble Dame, qui de semblable couleur se montrait sans cesse. Et certes, maintes fois, ne pouvant pleurer ni dissiper ma tristesse, j'allais pour voir cette dame pitoyable, qui semblait tirer les larmes de mes yeux par son aspect. Et donc il me vint volonté de dire encore des paroles, en parlant à elle ; et je dis ce sonnet qui commence : Couleur d'anmir, et, il est facile à entendre, sans que l'on le divise, par l'argument qui précède.
Color d' amore e di pietà sembianti non preser mai cosî mirabilmente viso di donna, per vedor sovente occhi gentili o dolorosi pianti,
come le vostro, qualora davanti vedetevi la mia labbia dolente ; si che per voi rai ven cosa a la mente, ch' io temo forte no lo cor si schianti.
Eo non posso tcner li occhi distrutti che non reguardin voi spesse fiate, per desiderio di pianger ch' elli hanno :
e voi crescete si lor volontate, che de la voglia si consuman tutti ; ma lagrimar dinanzi a voi non sanno.
Io venni a tanto per la vista di questa donna, che li miei occhi si cominciaro a dilettare troppo di vederla ; onde moite volte me ne crucciava nel mio cuore ed aveamene per vile assai. Onde più volte bestemmiava la vanitade de li occhi miei, e dicea loro nel mio pensero : « Or voi solavate fare piangere chi vedea la vostra dolorosa condizione, ed ora pare che vogliate dimenticarlo per questa donna che vi mira ; che non mira voi, se non in quanto le pesa de la gloriosa donna di cui piangere solete ; ma quanto potete fate, chè io la vi pur rimembrerô molto spesso, maladetti occhi, chè
Couleur d'amour et semblants de pitié ne parurent jamais si merveilleusement en visage de dame, (pour avoir vu souvent gentils yeux ou bien douloureuses plaintes),
comme en le vôtre, alors que devant vous vous voyez ma figure dolente ; si bien que de par vous me vient chose en pensée, dont je crains fort que mon cœur ne se fende.
Je ne peux pas tenir mes yeux détruits, qu'ils ne vous regardent maintes fois, pour le désir qu'ils ont de pleurer ;
et vous avez tant accru leur volonté, que de vouloir ils se consument tout ; mais larmoyer devant vous ils ne savent.
J'arrivai à ce point, par la vue de cette dame, que mes yeux commencèrent à se trop délecter de la voir ; d'où, maintes fois, je m'en tourmentais en mon cœur et me tenais pour très lâche ; et bien des fois je maudissais la vanité de mes yeux, et je leur disais dans ma pensée : « Ore vous aviez coutume de faire pleurer qui voyait votre douloureuse condition, et maintenant il semble que vous vouliez oublier cela, pour cette dame qui vous regarde, — qui vous regarde seulement en tant qu'elle a souci de la glorieuse Dame, pour qui vous avez coutume de pleurer. Mais pour autant que vous pouvez taire, faites ; car je vous la rappellerai bien
156 VITA KOVA
mai, se non dopo la morte, non dovrebbero le vostre lagrime avère restate ». E quando cosi avea detto fra me medesimo a li miel occhi, e 11 sospiri m' assalivano grandissimi ed angosciosi. E acciô che questa battaglia, che io avea meco, non rimanesse saputa pur dal misero che la sentia, propuosi di fare un sonetto, e di comprendere in ello questa orribile condizione. Edissi questo sonetto, lo quale comincia : L'amaro lagrimar. Ed hae due parti : ne la prima parlo a li occhi miei si come parlava lo mio cuore in me medesimo ; ne la seconda rimuovo alcuna dubitazione, manitestando chi è che cosî parla ; e comincia questa parte quivi : Cosi dice, Potrebbe bene ancora ricevere più division i, ma sariano indarno, perô che è manifesto per la précédente rasione.
« L'amaro lagrimar che voi faceste, oi occhi miei, cosi lunga stagione, taccva lagrimar l'altre persone de la pietate, come voi vedeste.
Ora mi par che voi 1' obliereste, s' io fosse dal mio lato si fellone, ch' i' non veu disturbasse ogne cagione, membrandovi colei, cui voi piangeste.
La vostra vanità mi fa pensare, e spaventami si, ch' io temo fone del viso d'una donna che vi mira.
Voi non dovreste mai, se non per morte, la vostra donna, ch'è morta, obliare ». Cosi dice '1 meo core, e poi sospira.
souvent, maudits veux ! car jamais, sinon après la mort, vos larmes n'auraient dû s'arrêter. » — Et quand en moi-même j'avais ainsi parlé à mes yeux, les soupirs m'assaillaient très grands et angoisseux. Et, afin que cette bataille que j'avais avec moi-même ne restât pas connue seulement du malheureux qui la ressentait, je me résolus de faire un sonnet et de comprendre en lui cette horrible condition ; et je dis ce sonnet, lequel commence : L'amer pleurer. Et il a deux parties : en la première, je parle à mes yeux, comme parlait mon cœur en moi-même ; en la seconde, j'écarte un certain doute, faisant connaître qui est celui qui ainsi parle ; et cette partie commence là : Ainsi dit. Il pourrait bien encore recevoir plus de divisions, mais elles seraient vaines, car il est clair, par l'argument qui précède.
« L'amer pleurer que vous fîtes, ha ! mes yeux, un temps si long, faisait émerveiller les gens par la pitié, ainsi que vous le vîtes.
Ore me semble que vous l'oublieriez, si j'étais pour ma part tant félon, que ne vous en ôtasse toute cause, en vous remembrant celle que vous pleurâtes.
Votre vanité me donne à penser, et tant m'épouvante, que je crains fort le visage d'une dame qui vous contemple.
Jamais ne devriez, sinon par mort, votre dame, qui est morte, oublier ».
Ainsi dit mon cœur, puis soupire.
REcÔMi la vista di questa donna in sî nuova condizione, che moite volte ne pensava si corne di persona che troppo mi piacesse ; e pensava di lei cosi : « Questa è una donna gentile, bella, giovane e savia, e apparita forse per volontade d'Amore, acciô che la mia vita si riposi ». E moite volte pensava più amorosamente, tanto che lo cuore consentiva in lui, cioè nel suo ragionare. E quando io avea consentito ciô, e io mi ripensava si corne da la ragione mosso, e dicea fra me medesimo : c« Deo, che pensero è questo, che in cosi vile modo vuole consolare me e non mi lascia quasi altro pensare ? » Poi si rilevava un altro pensero, e dicea a me : « Or tu se' stato in tanta tribulazione, perché non vuoli tu ritrarre te da tanta amaritudine ? Tu vedi che questo è uno spiramento d'Am.ore, che ne reca li disiri d'amore dinanzi, ed è mosso da cosi gentil parte, com'è quella de li occhi de la donna che tanto pietosa ci s'hae mostrata ». Onde io avendo cosi più volte combattuto in me medesimo, ancora ne volli dire alquante parole ; e perô che la battaglia de' pensieri vinceano coloro che per lei parlavano, mi parve che si convenisse di parlare a
LA vue de cette dame m'amena en si étrange condition, que maintes fois je pensais à elle comme à personne qui trop me plaisait ; et je pensais à elle ainsi : « Celle-ci est une dame gentille, belle, jeune et sage, et apparue peut-être par volonté d'Amour, afin que ma vie se repose. » — Et bien des fois je pensais plus amoureusement, si bien que mon cœur consentait en ce penser, c'est-à-dire en son discours. Et quand j'y avais presque consenti, je me prenais à repenser, comme poussé par la raison, et je disais en moi-même : « Hélas ! quel penser est celui-ci, qui en si lâche façon me veut consoler et ne me laisse quasi pas autre chose penser ! » — Puis s'élevait un autre penser, et il me disait : « Maintenant que tu as été en telle tribulation, pourquoi ne te veux-tu pas retirer de telle amertume ? Tu vois que ceci est un soufle d'Amour, qui amène devant nous les désirs d'Amour, et il part d'aussi gentil lieu comme est celui des yeux de cette dame, qui si pitoyable à nous s'est montrée. » — D'où vint qu'ayant ainsi plusieurs fois combattu en moi-même, j'en voulus dire encore quelques paroles ; et comme, dans la bataille des pensers, étaient vainqueurs ceux qui pour elle parlaient, il me sembla qu'il convenait de parler à elle ; et je dis
léO VITA NOVA
lei ; e dissi questo sonetto, lo quale comincia : Gentil pensera ; e dico « gentile » in quanto ragionava di gentile donna, chè per altro era vilissimo.
In questo sonetto fo due parti di me, secondo ciie li miei pensieri erano divisi. L'una parte chiamo cuore, cioè l'appetito ; l'altra chiamo anima, cioè la ragione ; e dico come I' uno dice con l'altro, E che degno sia di chiamare l'appetito cuore, e le ragione anima, assai è manifesto a coloro a cui mi place che ciô sia aperto. Vero è che nel précédente sonetto io fo la parte del cuore contra quella de li occhi, e ciô pare contrario di quello che io dico nel présente ; e perô dico, che ivi lo cuore anche intendo per lo appetito, perô che maggiore disiderio era lo mio ancora di ricordarmi de la gentilissima donna mia, che di vedere costei, avegna che alcuno appetito n' avessi già, ma leggero parea : onde appare che r uno detto non è contrario a 1' altro.
Questo sonetto ha tre parti : ne la prima comincio a dire a questa donna come lo mio desiderio si volge tutto verso lei ; ne la seconda dico comme 1' anima, cioè la ragione, dice al cuore, cioè a lo appetito ; ne la terza dico come le risponde. La seconda parte comincia quivi : L'aiùtna dice ; la terza quivi : EiJe risponde.
Gentil pensero, che parla di vui, sen vene e dimorar meco sovente,
VITA NOVA l6l
ce sonnet, lequel commence : Un gentil penser. Et je dis gentil pour autant qu'il parlait d'une gentille dame : car autrement il était très lâche.
Je fais dans ce sonnet deux parts de moi-même, selon que mes pensers étaient divisés en deux. L'une des parties, c'est-à-dire l'appétit, je l'appelle cœur; l'autre, c'est-à-dire la raison, je l'appelle ànie, et je dis comment l'un parle à l'autre. Et qu'il soit juste d'appeler l'appétit cœur, et la raison âme, est bieri manifeste à ceux de qui il me plaît que cela soit entendu. Il est vrai que, dans le précédent sonnet, je tiens le parti du cœur contre celui des yeux, et cela paraît contraire à ce que je dis à présent ; et c'est pourquoi je dis que là aussi j'ai entendu le cœur pour l'appétit; et en effet mon désir était plus grand encore de me rappeler ma très gentille Dame, que de voir cette autre, encore que j'en eusse déjà quelque appétit, mais il paraissait léger : d'où il appert que l'un des propos n'est pas contraire à l'autre.
Ce sonnet a trois parties : en la première je commence à dire à cette dame comment mon désir se tourne tout vers elle ; en la seconde je dis comment l'âme, e'est-à-dire la raison, parle au cœur, c'est-à-dire à l'appétit ; en la troisième, je dis comme il lui répond. La seconde partie commence là : L'âme dit ; la troisième là : // lui répond.
Un gentil penser, qui parle de vous, s'en vient demeurer avec moi bien souvent.
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e ragiona d' amor si dolcemente, che face consentir lo core in lui.
L'anima dice al cor : « Chi è costui, che vene a consolar la nostra mente, ed è la sua vertu tanto possente, ch' altro penser non lascia starcon nui ? »
Ei le risponde : « Oi anima pensosa, questi è un spiritel novo d' amore, che reca innanzi me li suoi desiri :
e la sua vita, e tutto '1 suo valore, mosse de li occhi di quella pietosa che si turbava de' nostri martiri »
CONTRA questo aversario de la ragione si levoe un die, quasi ne 1' ora de la nona, una forte imaginazione in me, che mi parve vedere questa gloriosa Béatrice con quelle vestimenta sanguigne co le quali apparve prima a li occhi miei, e pareami giovane in simile etade in quale io prima la vidi. AUora cominciai a pensare di lei ; e ricordandomi di lei secondo r ordine del tempo passato, lo raio cuore cominciô dolorosamente a pentere de lo desiderio a cui si vilmente s'avea lasciato possedere alquanti die contra la costanzia de la ragione : e discacciato questo cotale malvagio desiderio, si si rivolsero tutti li miei pensamenti a la loro
et il discourt d'Amour si doucement, qu'il fait consentir le cœur en lui.
L'âme dit au cœur : « Qui est celui-ci, qui vient pour nous consoler ; et sa vertu est-elle si puissante, qu'il ne laisse avec nous rester autre penser ? »
Il lui répond : « Hélas ! âme pensive, ceci est un nouveau petit Esprit d'Amour, qui devant moi amène ses désirs ;
et sa vie, et tout son pouvoir, il les a pris des \-eux de cette dame pitoyable qui se troublait de nos martyres. >»
CONTRE cet adversaire de la raison se leva un jour, quasi sur l'heure de none, une forte imagination en moi, telle qu'il me sembla voir cette glorieuse Béatrice^ avec ces vêtements rouges, avec lesquels d'abord elle apparut à mes yeux ; et elle me semblait jeune, en âge semblable à celui où d'abord je la vis. Alors je commençai à penser à elle ; et me souvenant d'elle, selon l'ordre du temps passé, mon cœur commença douloureusement à se repentir du désir par lequel si lâchement il s'était laissé posséder quelques jours, contrairement à la constance de la raison : et chassé que fut ce tel mauvais désir, tous mes pensers se
gentilissima Béatrice. E dico che d' allora innanzi cominciai a pensare di lei si con tutto lo vergognoso cuore, clie li sospiri manifestavano ciô moite voltc ; perô clie tutti quasi diceano nel loro uscire quello clie nel cuore si ragionava, cioè lo nome di quella gentilissima, e come si partio da noi. E moite volte avenia che tanto dolore avea in se alcuno pensero^ ch' io dimenticava lui, e là dov' io era. Per questo raccendimento de' sospiri si raccese lo sollenato lagrimare in guisa che li miei occhi pereano due cose che disiderassero pur di piangere ; e spesso avenia che per lo lungo continuare del pianto, dintorno loro si facea uno colore purpureo, lo quale suole apparire per alcuno martirio che altri riceva. Onde appare che de la loro vanitade fuoro dcgnamente guiderdonati ; si che d' allora innanzi non pctero mirare persona che li guardasse si, che loro potesse retrarre a simile intendimento. Onde io volendo che cotale desiderio malvagio e vana tentazione paresse distrutto, si che alcuno dubbio non potessero inducere le rimate parole ch'io avea dette dinanzi, propuosi di fare uno sonetto, ne lo quale io comprendesse la sentenzia di questa ragione. E dissi allora : Lasso ! per for:;a di moJti sospiri ; e dissi « lasso » in quanto mi vergognava di ciô, che li miei occhi aveano cosi vaneggiato.
Questo sonetto non divido, perô che assai lo manifesta la sua ragione.
retournèrent à leur très gentille Béatrice. Et je dis que dorénavant je commençai à penser à elle tellement, avec tout mon cœur plein de honte, que les soupirs le manifestaient maintes fois ; car presque tous répétaient, en sortant, ce qui se disait dans le cœur, à savoir le nom de cette Très Gentille, et comme elle se partit de nous. Et maintes fois il arrivait que tant de douleur avait en soi certain penser, que je l'oubliais, lui et le lieu où j'étais. Par cette reprise de soupirs se rallumèrent les larmes qui avaient été apaisées, en telle façon que mes veux paraissaient deux choses qui désiraient seulement pleurer ; et souvent il arrivait que par la longue continuation des larmes, se fiisait autour d'eux une couleur pourpre, comme il en parait d'habitude pour quelque martyre que l'on reçoit. D'où il appert qu'ils furent de leur vanité dignement récompensés, si bien que dorénavant ils ne purent contempler aucune personne, qui les regardât ce fliçon à les pouvoir induire en semblable dessein. Aussi moi, voulant qu'un tel désir mauvais et vaine tentative parussent détruits, tellement qu'aucun doute ne pût être amené par les paroles rimées que j'avais dites auparavant, je me proposai de fiire un sonnet en lequel j'enclorais le sens de ce discours. Et je dis alors : HcJas ! par la force de nombreux soupirs ; — et je dis : Hélas ! pour autant que j'avais honte de ce que mes yeux avaient ainsi fait œuvre de vanité. Je ne divise pas ce sonnet parce que son argument est assez clair.
l66 VITA XOVA
Lasso ! p>er forza d\ raolti sospiri, che nascon de'penser cho son nel core, li occhi son vinti, e non hanno valore di riguardar persona che li miri.
E fatti son, che paion due disiri di lagrimare e di mostrar dolore, c spesse volte piangon si, ch' Amore li 'ncerchia di corona di martiri.
Questi penseri, e li sospir che eo gitto, divcntan ne lo cor si angosciosi, ch' Amor vi tramortisce, si lien dole ;
perô ch' elli hanno in lor li dolorosi quel dolce nome di madonna scritto, e de la morte sua moite parole.
Dopo questîi tribulazione avenne, in quello tempo che moka genre va per vedere quella imagine benedetta la quale Jesu Cristo lasciô a noi per esemplo de la sua bellissima figura, la quale vede la mia donna gloriosamente, che alquanti peregrini passavano per una via, la quale è quasi mezzo de la cittade ove nacque e vivette e morio la gentilissima donna. Li quali peregrini andavano, secondo che mi parve, molto pensosi ; ond' io pensando a loro, dissi fra me medesimo : « Questi peregrini mi paiono di lontana parte, e non credo che anche udissero parlare di questa donna, e non
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Héks ! par la force de nombreux soupirs qui naissent des pensers qui sont dedans le cœur, les yeux sont vaincus et n'ont pas pouvoir de regarder personne qui les contemple,
Et ils sont ainsi faits qu'ils semblent deux désirs de larmoyer et de montrer douleur ; et, maintes fois, tant ils pleurent qu'Amour les ceint de la couronne des martyrs.
Ces pensers et les soupirs que je jette deviennent dans le cœur si angoisseux, qu'Amour s'y meurt, tant il en a douleur ;
parce qu'ils ont en eux, les douloureux, ■ce doux nom écrit de Madame, et sur sa mort maintes paroles.
APRÈS cette tribulation, (en ce temps où beaucoup de gens s'en vont pour voir l'image bénie que Jésus-Christ nous laissa en mémoire de sa très belle figure, que voit ma Dame glorieusement) —, il advint que quelques pèlerins passaient par une rue qui est à peu près au milieu de la ville où naquit, vécut et mourut la très gentille Dame. Ces pèlerins allaient, selon qu'il me parut, fort pensifs ; or moi, songeant à eux, je dis en moi-même : « Ces pèlerins me semblent de lointains parages, et je ne crois pas qu'ils aient même entendu parler de cette Dame, et ils n'en savent rien ; mais leurs
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ne sanno neente ; anzi H loro penseri sono d'nltre cose che di queste qui, chè forse pensano de li loro aniici lontani, li quali noi non conoscemo ». Poi dicea fra me medesimo : « lo so che s elli fossero di propinquo paese, in alcuna vista parrebbero turbati, passando per lo mezzo de la dolorosa cittade ». Poi dicea fra me medesimo : « Se io li potesse tenere alquanto, io li pur fiirei piangere anzi ch' elli uscissero di questa cittade, perô che io direi parole le quali farebbero piangere chiunque le intendesse ». Onde, passati costoro da la mia veduta, propuosi di flire uno sonetto, ne lo quale io manifestasse ciô che io avea detto fra me medesimo ; e acciô che più paresse pietoso, propuosi di dire comese io avesse parlato a loro ; e dissi questo sonetto, lo quale comincia : Dcb peregrini che pensosi ûndcitc. E dissi « peregrini >' seconde la larga significazione del vocabulo ; chè peregrini si possono intendere in due modi, in -uno largo e in uno stretto : in largo, in quanto è peregrino chiunque è fuori de la sua patria ; in modo stretto non s' intende peregrino, se non chi va verso la casa di sa' Jacopo o riede. E perô è da sapere che in tre modi si chiamano propriamente le genti che vanno al servigio de l'Altissimo : chiamansi palmieri in quanto vanno oltremare, là onde moite volte recano la palma ; chiamansi peregrini in quanto vanno a la casa di Galizia, perô che la sepultura di sa' Jacopo fue più lontana de la sua patria che d' alcuno altro apostolo ; chiamansi romei in quanto
pensées sont d'autres choses que de celles d'ici ; car peut-être ils pensent à leurs amis lointains, que, nous, nous ne connaissons pas. » — Puis je disais en moimême : « Je sais que s'ils étaient de pays voisin, ils paraîtraient troublés en quelque chose en leur aspect, passant par le milieu de la douloureuse ville. » — Puis je disais en moi-même : « Si je pouvais les retenir un peu, je les ferais aussi pleurer, avant qu'ils sortissent de cette ville, parce que je dirais des paroles qui feraient pleurer quiconque les entendrait. » — D'où vint que, ceux-ci étant passés hors de ma vue, je résolus de fliire un sonnet, en lequel je ferais connaître ce que j'avais dit en moi-même ; et afin qu'il parut plus piteux, je résolus de dire en la même façon que si j'avais parlé à eux : et je dis ce sonnet qui commence : Ah ! pèlerins, qui alle:^^ pensant. Et j'ai dit pèlerins selon la large signification du mot : car pèlerins, se peuvent entendre en deux sens, en un large et en un étroit : en sens large, en tant qu'est pèlerin quiconque est hors de sa patrie. En sens étroit, on n'entend par pèlerin (peregrino) que qui va vers la maison de saint Jacques, ou en revient. Et donc il faut savoir qu'en trois façons se nomment proprement les gens qui vont au service du Très-Haut ; ils se nomment pahnieri en tant qu'ils vont outremer, d'où maintes fois ils rapportent la palme ; ils se nomment percgrini, en tant qu'ils vont à la maison de Galice, parce que la sépulture de saint Jacques fut plus lointaine de sa patrie,
vanno a Roma, là ove questi eu' io chiamo peregrini andavano.
Questo sonetto non divido, perô che assai lo manifesta la sua ragione.
Deh peregrini che pensosi andate, forse di cosa che non v' è présente, venite voi da si lontana gente, com' a la vista voi ne dimostrate,
che non piangete, quando voi passate per lo suo mezzo la città dolente, corne quelle persone che neente par che 'ntendesser la sua gravitate ?
Se voi restaste per volerlo audire, certo lo cor de' sospiri mi dice che lagrimando n' nscireste pui.
Eir ha perduta la sua Béatrice ; e le parole ch' om di lei po dire, hanno vertu di far piangere altrui.
Poi mandaro due donne gentili a me pregando che io mandasse loro di queste mie parole rimate ; onde io, pensando la loro nobilitade, propuosi di mandare loro e di fare una cosa nuova, la quale io mandasse a loro con esse, acciô che più onorevolemente adempiesse li loro prieghi. E dissi allora uno sonetto, lo quale narra
que celle d'aucun autre apôtre ; ils s'appellent roniei, en tant qu'ils vont à Rome, là où allaient ceux que j'appelle peregriui.
Ce sonnet, je ne le divise pas, parce que son argument le rend assez clair.
Ah I pèlerins, qui allez pensant peut-être à chose qui pour vous est absente, venez-vous d'aussi lointains pays comme à l'aspect vous nous le faites voir,
vous qui ne pleurez pas, alors que vous passez par le milieu de la cité dolente, comme des hommes qui en rien ne sembleraient entendre sa grand peine ?
Si vous vous arrêtiez, pour vouloir écouter, certes le cœur des soupirs me dit que larmoyant lors vous en sortiriez.
Elle a perdu sa Béatrice ; et les paroles que d'elle l'on peut dire ont la vertu de faire pleurer les gens.
PUIS deux gentilles dames envoyèrent vers moi, me priant que je leur envoyasse de ces miennes paroles rimées ; moi donc, considérant leur noblesse, je résolus de leur en envoyer, et de faire une chose nouvelle que je leur enverrais avec celles-ci, afin d'accomplir plus honorablement leurs prières. Et je dis alors un
del mio stato, e mandàlo a loro co lo précédente sonetto acompagnato, e con un altro che comincia : P\')iitc a intcnder.
Lo sonetto lo quale io feci allora, comincia : OUrc la spera ; lo quale ha in se cinque parti. Ne la prima dico là ove va lo mio primo pensero, nominandolo per lo nome d' alcuno suo effetto. Ne la seconda dico perche va là suso, cioè chi lo fa cosi andare. Ne la terza dico quello che vide, cioè una donna onorata là suso : e chiamolo allora « spiritoperegrino », acciôchespiritualmente va là suso, e si come peregrino, lo quale è fuori de la sua patria, vi stae. Ne la quarta dico come elli la vede taie, cioè in taie qualitade, che io no posso intendere, cioè a dire che lo mio pensero sale ne la qualitade di costei in grado che lo mio intelletto no lo puote comprendere ; con ciô sia cosa che lo nostro intelletto s'abbia a quelle bencdette anime, si come 1' occhio debole a lo sole : e ciô dice lo Filosofo nel secondo de la Meîafisica '. Ne la quinta dico che, avegna che io non possa intendere là ove lo pensero mi trae, cioè a la sua mirabile qualitade, almeno intendo questo, cioè che tutto è lo cotale pensare de la mia donna, perô ch' io sento lo suo nome spesso nel mio pensero : e nel fine di qucsta quinta parte dico a donne mie care », a dare ad intendere che sono donne coloro a cui io parlo. La seconda parte comincia quivi :