Cf. L, Vitet, Études sur l'Histoire de PArt, ch. 1x
Le Ras
que mon admiration s’appuie d’abord sur les lois naturelles, nous |
l’avons déjà dit, sur les lois de la lumière et de l'optique. LEE:
Voilà le secret de l’art du vitrail. On a cru longtemps en France | que ce secret était perdu. Illusion : nos chimistes ont fait des verres “ colorés aussi beaux qu’au moyen-âge, même trop beaux, trop purs, trop limpides. Ils ont ensuite fabriqué des verres gauchis, marqués | de stries et de bulles, de défauts qui détachaient les couleurs et mettaient les tons en valeur. Mais chimistes et peintres n'ont pas assez raisonné les effets de la couleur translucide. Là gisait une partie du secret.
Maintenant pour tout le monde une dernière observation pratique qui nous fera, non pas toucher du doigt, mais voir à distance et comprendre, comme ils doivent être vus et compris, nos vitraux du xime siècle.
Un vitrail ne peut être fait pour être vu de près; autant vVaudrail
examiner à la loupe une peinture à fresques. Pour regarder un vitrail, ei l'on veut avoir l’image nette, l’image vraie, il faut se mettre au point, à distance, comme pour la photographie, quoique avec plus de facilité, puisque l'œil humain est l’appareil qui s'adapte le plus merveilleusement aux distances. Soyez, par exemple, à 10 ou 15 mèêtres des verrières à petits personnages ; à 40 ou à 50 mètres des werrières à grands personnages des nefs supérieures, distance moyenne pour la masse des fidèles dans l’église. Car c'est précisément à ces distances, que le rayonnement de la lumière à travers le verre et les diffé: rentes couleurs du verre se produit, en modifiant les tons et lesformes. Par ce simple phénomène naturel, la couleur s’'adoucit sansrien perdre de sa justesse et de sa clarté; ces sertissures de plomb quide près élaient pour nous d'affreuses raies noires zébrant Ales ligues, viennent se dégrader en demi-teintes éclairées par les tens chäirsdes Chairs, et tracert admirablemept les contours tout en se meer les ombres. Le masque d’une exécution si brutale dOnHE ciuE Ra véritable expression ; les corps démésurément ailongés se ratcourcissent suivant le rayon visuel formant un angle aigu de l'œil du spectaæ | teur à la surface plane des hautes verrières ; les extrémités, maïns“et pieds effilés, d’une longueur invraisemblable, semblent reprendreleurs proportions et leur modelé naturel dans une lumière plus où moins diffuse suivant les tons des couleurs. Tel est le procédé de l'artiste du moyen-âge, tel est le secret dont il se sert merveilleusement.
Sans doute ce procédé et ce jeu ne sont plus un secret pour nous; et cependant il reste du secret de la peinture sur verre, quelque chose que la science moderne ne s’est pas encore approprié. Ce quel-
et —
que chose, c’est l’idée religieuse qui inspire ces œuvres. Mais de ce sentiment chrétien si profond, de cette science théologique si étendue, que nous découvrons dans nos antiques verrières, nous n'avons pas à parler davantage; car ici s’arrête notre tâche. Que le lecteur entre maintenant dans la cathédrale : y prenant pour guide notre docte collaborateur, M. le chanoine Clément, il saisira dans les détails et dans l’ensemble la grande pensée chrétienne qui a élevé l’art du vitrail à une si haute perfection, il entendra la lumineuse harmonie qui remplit la basilique, et porte les âmes au ciel.
A. GUITARD. 1er Mars 1900.