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Cependant ne nous contentons pas de cette impression d'harmonie. Il nous faut faire œuvre de critique, et par conséquent analyser et
examiner ces effets.
Ce serait d’abord se tromper grossièrement que de s'imaginer que
cette richesse et cette harmonie des tons se rencontraient là parun pur … dl
effet du hasard, dans une juxtaposition quelconque de verres colorés. Non, ces artistes primitifs que nous nous représentons naiïivement à
nous-mêmes comme de grands enfants ignorants, à demi-barbares, étaient des ornemauistes de première force que l’on n’a encore jamais dépassés, des maîtres possédant une science profonde de l'harmomie et du rayonnement des couleurs translucides, de la valeur relative-des tons, de ce qui les altère et les modifie, de l'intensité de chaque
nuance et de toutes les influences que les couleurs exercent les “unes sur les autres. Nous ne pouvons aborder cette partie technique des l’art du verrier dans le cadre étroit de cette étude. Qu'il nous suffise.
de renvoyer le lecteur à ces purs chefs-d’œuvres de mosaiqueslumis
neuses, aux cinq roses du fond de la nef supérieure de Saint-Étienne
dont l'éclat et la netteté apparaissent, surtout lorsqu'on les compare aux roses violacées d’une époque plus récente.
De la couleur passons au dessin de nos admirables verrières “Ici s'élève le préjugé qui ne voit qu'une caricature de la nature, desformes orotesques, en un mot la plus grande laideur d'expression qui doive
révolter le goût des gens habitués aux formes acidémiques ebaux
purs modèles de la Renaissance.
Certes l’objection est sérieuse, ou même dirai-je, spécieuse, carilMfaut se placer au point de vue de l’art du vitrail proprement dit, «pour s'apercevoir que nos artistes primitifs connaissaient le dessin, quelles incorrections que nous croyons pouvoir relever dans leur œuvre étaient presque toujours voulues, cherchées et conformes à leurs principes d'esthétique. Ils ne copiaient pas, ils n’imitaient pas la natu= re, ils se contentaient de l’interpréter. Et cette interprétation; quiMest l'action propre de l’art, est chez eux supérieure à notre pauvre dessin d'imitation. Dans les œuvres du xur siècle, cette interprétation c'est la paix, la sérénité du ciel, les formes humaines idéalisées, où l'expression de l'énergie, du sentirnent profond. Au xrm° c’est une expression peut être déjà moins pure, mais c’est encore l’action dramatique, lemouven ment et la vie.
Par ce dessin le moyen-âge ne fait que continuer ce stylenéo*grec,
qu'on est convenu d'appeler l’art byzantin. Celui-ci a ses défauts assurément, mais aussi ses qualités supérieures.
L. Vitet a eu raison de dire : « Le génie de l'Orient a modifié etravivé notre goût national ; il a exercé sur nos artistes et sur notre architec-
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» ture décorative une influence d’abord presque insensible jusqu’au
xe siècle, puis active et puissante quoique partielle dans les deux siècles suivants; cette influence ne disparait que dans le grand mouvementtout national du xine* » Certes l’on peut préférer, meltre au-dessus de tout les fresques et les tableaux de la Renaissance italienne, la forme parfaite, le modelé, la pureté des lignes, la suave expression des maitres de l’école florentine et de la première école flamande. Mais si nous nous en tenons à l’art spécial du vitrail, si nous n’allons pas contre sa destination et à l'encontre des lois mêmes qui régissent sa matière nous devrons forcément reconnaître que le style byzantin a trouvé Sur le verre ses meilleures expressions. Ce dessin, que le populaire croit barbare, a au contraire un caractère éminemment artistique: il a la netteté, la vigueur, une admirable sûreté de contours, une allure puissante, une forte expression de vie, même avec son exécution parfois
“brutale, même à travers ses exagérations et ses incorrections qu’une
critique rigoureuse ne peut taire, tout en faisant valoir d’autres qualités.
Mais ceci demande plus-ample explication; car nous nous heurtons encore au grand'préjugé des profanes. En notre temps surtout où le gout à été si bien faussé par le culte de la forme et par l’esprit de la Science positive, le public a peine à s’imaginer qu'un sujet en dessin Ou en peinture soit d’une expression vraie, s’il n’est la copie matériellement exacte de la nature. L'École impressionniste a eu du moins le mérite de réagir contre ce préjugé. Elle a aidé ceux qui aujourd'hui sont tant soit peu initiés aux choses de l’art, à mieux comprendre le style; le dessin et la couleur des figures légendaires des xn° et xme siè, cles. Aussi l’on commence à revenir aux magots du moyen-âge, comme aux magots de Téniers, traités avec tant de dédain par Louis XIV.
On voit que ces types hiératiques, ces formes et ces couleurs de convention, sont voulues, calculées en vue de l'expression. Quel calme, quelle paix céleste sur ces figures du xn° siècle ; quelle grandeur et
quelle majesté dans leur pose et leur allure. Cette maigreur hors de
toutes proportions, ces allongements excessifs viennent spiritualiser ces corps. Ces traits accusés jusqu’à la charge, ces gestes forcés, d’une anatomie impossible, qui nous déconcertent à première vue finissent par rendre un mouvement étonnant de vie. Ce grotesque devient du sublime, et ces bizarreries choquantes de dessins et de couleurs nous . portent tout à coup aux sommets du beau.
Et pourquoi ? Est-ce l'imagination qui transfigurera Ja laideur. Est-ce un engouement irréfléchi, un entraînement de la mode qui nous feront admirer des vieilleries. Non, car si j'en appelle à la raison, je trouve