‹ Vittore CarpaccioChapitre 1 sur 87 · BOULEVARD SAINT- GERMAIN, PARIS I9IO · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT- GERMAIN, PARIS I9IO

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PROVO. UTAH

PRÉFACE

IL est contraire au bon goût et à la modestie de parler de soi. Mais je manquerais au devoir de respect qui m' incombe envers la mémoire vénérée de mon collaborateur, si je n' établissais la part qui revient à Gustave Ludwig dans ce livre, et la mienne.

Je demande la permission, pour faire plus exactement V histoire de ces pages, d'évoquer quelques souvenirs personnels.

Il y a un quart de siècle environ, l'art vénitien, gonflé d'une sève nouvelle, brisait les antiques moules du formalisme académique K et puisait des forces nouvelles dans l'étude minutieuse et libre de la vérité sous toutes ses formes. La jeune école de peinture unissait à ses patientes études de la réalité l'amour et le culte de deux artistes d'autrefois : Carpaccio et Tiepolo. La lumière limpide de la peinture vénitienne à son aurore et les feux de son couchant excitaient des sensations également vives et profondes. Et les noms de Carpaccio et de Tiepolo, ces deux maîtres, l'un et l'autre si grands et si différents, étaient réunis par les jeunes artistes dans une commune admiration. Vivant dans l'intimité des artistes de mon âge, je partageais leurs enthousiasmes. Avec un tel état d'esprit et dans ces circonstances, je lus, en 1881, une étude sur Carpaccio (1), que je fis suivre quatre ans après d'un livre intitulé : Carpaccio et Tiepolo (2).

L'étude était d'une critique pitoyable et d'un style gonflé de rhétorique académique ; le livre ne valait guère mieux et V enthousiasme de l'art y était une faible compensation au manque d'originalité.

(1) Vittore Carpaccio. Discours lu le 7 août 1881 à l'Académie des Beaux-Arts de Venise. Bologue, Zamichelli, 1881.

(a) Turin, Roux, 1885.

PRÉFACE

A ces travaux de jeunesse, s'ajouta en 1893 une autre étude sur Carpaccio, en français, dans laquelle (1), à défaut d'autres qualités, on trouvera, je crois, quelques indications nouvelles qui ne sont pas sans intérêt pour la biographie du peintre. Je poursuivis ensuite ces recherches avec un plan mieux arrêté, en exposant au fur et à mesure les résultats dans diverses publications et dans un mémoire lu à r Institut de Venise (2).

Ce culte consacré à Carpaccio m'apporta la plus précieuse des récompenses : l'amitié de Gustave Ludwig.

Ludwig était né à Bad Nauheim en 1852 d'une famille aisée et honorable dont le nom avait été illustré par le distingué philosophe Charles Ludwig, oncle de Gustave Ludwig. Fils d'un médecin, Gustave, ses études faites à Darmstadt, se consacra lui-même à la médecine et il alla exercer son art avec bonheur et honneur en Angleterre, en qualité de médecin attaché à l'hôpital allemand de Londres. Il y resta plus de vingt ans, ne se contentant pas d'exercer la médecine avec l'intelligence et la conscience qu'il apportait à toute chose, mais se consacrant aussi, dans ses brefs moments de loisir, à l'étude de l'art, visitant les musées publics et privés et contribuant de ses conseils et de ses recherches à la formation de l'importante collection de tableaux de Henri Doetsch, vendue plus tard aux enchères à Londres en 1895. C'est en cette année 18 ç5 justement que se manifestèrent chez Ludwig les premiers symptômes de l'arthrite qui dès lors fit le tourment de sa vie, et tant pour apporter un adoucissement à ses souffrances physiques que pour satisfaire l'inclination qui le poussait vers les études d'art, il quitta l'Angleterre et se mit à voyager, visitant les plus importants musées d'Europe, y recueillant des trésors d' observations et de documents. L'art vénitien, dont l'éclat illumine, hors d'Italie même, les principaux musées, l'attirait particulièrement, et pour le mieux étudier il vint à Venise dont le climat doux et tempéré était

(1) Carpaccio, son temps et son œuvre. Venise, Ongania, MDCCCXCIII.

(2) La patria dei Carpaccio (Atti del R. Jstit. veneto di scienze, lettere ed arti, série VII, t. III. Venise, 1892).

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