VI
PREFACE
agréable aussi à sa santé, il s'y fixa et il devint Vénitien de cœur. Avec la simplicité de ses goûts, une modeste chambre de l'hôtel du Cappellonero, près la place Saint-Marc, lui suffisait comme logement, et là, à moitié enseveli parmi les piles de livres, les papiers, les photographies, voyageant en quelque sorte en esprit dans un passé plein de charmes, il se sentait heureux. Aux brefs moments de répit que lui laissait la maladie, il se rendait en terre ferme aux environs de Venise pour chercher des renseignements et étudier les œuvres de ces artistes qui de leur pays étaient venus, à l'époque glorieuse de la Renaissance, dans les lagunes, offrir à Venise, amoureux prémices de leur naturalisation, les fruits de leur talent (i).
De haute taille, avec un air de santé et de force qui ne faisait pas soupçonner le mal qui le minait, et une physionomie pleine de dignité et de noblesse, Ludwig gagnait de prime abord la sympathie et le respect de tous ceux qui l'approchaient, mais il préférait vivre loin du monde, se contentant de la société de quelques amis ; et c'est dans le royaume de l'art que s'écoulait sa véritable existence, c' est à l'art qu'il consacrait toute la force de son esprit, toutes les puissances de son cœur, passant dans les musées de longues journées à étudier les tableaux avec un soin minutieux, découvrant avec un zèle infatigable, aux archives des Frari, des documents inédits sur la vie des peintres auteurs de ces tableaux. Ce n'est qu'incertitude et obscurité autour de la vie des anciens artistes vénitiens, et si l'éclat de leur âme est resplendissant de gloire et de beauté dans les œuvres qu'ils ont laissées, les actes et les événements de leur vie n'ont pu devenir clairs et certains que grâce aux recherches patientes et ininterrompues des critiques modernes. Parmi ces critiques, Gustave Ludwig est, sans nul doute, un des plus illustres.
Le premier résultat de ses recherches fut les documents concernant Vivarini et V école de Murano et la famille des peintres Bastiani, documents publiés en collaboration avec le professeur Pierre Paoletti dans le Repertorium fur Kunstwissenschaft de Berlin (i88ç-içoo).
(i) Bodk, Gustav Ludvig (in Kuntschronik, 3 février 1905).