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PALAIS DUCAL, VENISE

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Planche 14. Page ig.

LAZARE BASTIANI ET SON ÉCOLE

lemeiït confondre avec Vincent Bastiani, également auteur de mosaïques qui sont à Saint-Marc. Mais ce Vincent, peintre, mourut le 18 mars 1512, en tombant d'un échafaudage, tandis qu'il travaillait dans la basilique à la mosaïque de sainte Thérèse, et il n'y a rien de commun entre lui et l'autre Vincent Bastiani, fils de Lazare, dont nous avons une signature autographe de 1513.

Un autre fils de Lazare, du nom de Sébastien, reçut les ordres et exerçait son ministère à l'église de Saint-Raphaël, qui s'élevait en face de la maison paternelle. D'un caractère beaucoup plus doux et paisible que son cousin Paul, qui cachait une épée sous son surplis, Sébastien joignait à son office ecclésiastique l'humble exercice d'un art décoratif, et il se faisait un honnête revenu en peignant pour les fêtes religieuses des figures d'anges et autres ornements.

Le prêtre Sébastien avait encore un frère, Jacques, qui était préposé à l'emploi modeste de porter les urnes de vote dans la salle du Grand Conseil; enfin nous ne croyons pas nous tromper en voyant un autre fils de Lazare dans ce Zuano de Lazzaro depentor, dont on lit le nom dans un document, à côté de ceux déjà connus des cortineri Marc et Simon, sans doute ses parents et collègues.

Ainsi, autour d'un bon artiste comme Lazare Bastiani croissait une famille de peintres obscurs, consacrés à un art qui touchait à l'industrie. Mais l'action de Lazare eut plus d'effet sur certains de ses disciples qu'il initia à la peinture par ses leçons et par ses œuvres.

Si Lazare Bastiani, on l'a vu, signait pictor dès 1449, H est évident qu'à cette époque il n'était plus un enfant. On peut donc, sans grand risque d'erreur, placer sa naissance aux environs de 1425.

Et puisque les meilleures qualités du peintre se révèlent dans son tableau, signé mais non daté, de Sainte Vénérande, exécuté pour l'église du Corpus Domini de Venise, et passé ensuite à l'Académie de Vienne, on peut croire que ce chef-d'œuvre a été accompli

quand l'artiste était dans la force de l'âge, entre 1460 et 1470.

Sur un trône massif, est assise, majestueuse et couronnée, sainte Vénérande, tenant dans une main un livre ouvert et la palme du martyre, et dans l'autre une petite croix. La riche mais lourde architecture du fond, où subsiste encore le style du moyen âge, laisse apparaître, dans les ornements des colonnes et des arcs, les premières traces de la Renaissance. Détail curieux : sur le premier degré du trône est placé, en un heureux raccourci, le chevalet du peintre, en guise de naïf ex voto. L'austérité des types, la correction et la sobriété du dessin, les plis simples et naturels des étoffes ne sont pas égalés par le coloris, un peu faible et pâle.

C'est encore à la maturité du peintre, c'est-à-dire aux environs de 1470, qu'il faut rapporter le tableau signé représentant saint Antoine de Padoue prêchant, assis entre les branches d'un noyer, et à ses pieds deux saints franciscains, le cardinal Bonaventure et le moine Léon, le fidèle compagnon de saint François. Ce tableau fut placé sur l'autel de l'École de Saint- Antoine à l'église des Frari, orné plus tard, par Pordenone, de cinq saints franciscains peints sur la prédelle. Quand, en 1666, le goût corrompu du temps transforma l'autel, y prodiguant des marbres rares et des fioritures baroques, le tableau de Bastiani fut transporté dans l'École de Saint-Antoine, et la prédelle, peinte par Pordenone, fut pendue au sommet d'un mur de l'église des Frari; elle y resta cachée jusqu'à ces temps derniers, où elle fut mise en un endroit moins indigne de la même église.

Nous ne croyons pas nous tromper en plaçant les deux tableaux de l'École de Saint- Jérôme, la Dernière Communion et les Funérailles du Saint, entre 1470 et 1480. Vers 1470, Lazare était, nous l'avons dit, inscrit à l'École de Saint-Jérôme, et il doit avoir commencé aussitôt après les deux tableaux, dont l'un, les Funérailles du Saint, fut ensuite copié sur la prédelle qui est conservée au Musée de Brera. Un dessin de la tête de l'Oriental, qui converse avec les deux frères sous le portique de l'église, où a lieu la com-

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