‹ Vittore CarpaccioChapitre 18 sur 87 · PEINTURES DU PALAIS DES DOGES · texte numérisé non relu

PEINTURES DU PALAIS DES DOGES

LES GRAPHIES DU NOM DE CARPACCIO. li LES FAUX PORTRAITS.

Les tableaux de Carpaccio, image fidèle de la vie vénitienne du xve siècle, inspirent naturellement le désir de connaître la vie de ce peintre admirable; mais, après tant d'années, nous ne saurions nous en faire une idée assez claire et déterminer tous les rapports qui peuvent unir l'homme à l'artiste. Il faudra donc nous contenter de donner au lecteur les renseignements que nous avons pu recueillir, au cours de plusieurs années de recherches assidues, sur la famille et la vie privée de l'artiste.

Georges Vasari, parlant de certains peintres vénitiens et lombards (i), met en tête Vittore Scarpaccia, qui fut toujours considéré comme Vénitien, jusqu'au moment où, au xvme siècle, le chanoine Stancovich de Capodistria, par patriotisme, avança et soutint très chaleureusement l'hypothèse que Carpaccio était originaire de l'Istrie (2) ; et nous aussi, avant que des documents nouveaux nous vinssent tirer d'erreur, nous nous plûmes un moment à revendiquer cette gloire italienne pour une terre noble,

(1) Vasari, Op. cit., page 627.

(2) Pierre Stancovich, Chanoine, Biografia degh uomim distmti delVIstria, 2e édition. Capodistria, 1878.

forte et infortunée qui est et veut être italienne (i). Mais au-dessus du sentiment s'élèvent les raisons sévères de l'histoire, et les recherches les plus actives, les études les plus approfondies nous ont démontré que Victor Carpaccio naquit à Venise, d'une famille originaire de Mazzorbo, île de la lagune dans le gouvernement de l'évêché de Torcello.

Charles Ridolfi avait déjà dit que Carpaccio descendait d'une famille vénitienne, d'ancienne bourgeoisie anoblie (2), et Antoine Marie Zanetti parle de l'antique famille des bourgeois Scarpazza, éteinte en 1760. Avec plus de force, Louis Lanzi, que ses études actuelles révèlent chaque jour davantage comme un historien et un critique des plus consciencieux, nie que Victor et son fils Bénédict soient nés à Capodistria, et il affirme que la famille Scarpazza est certainement venète, et probablement de Murano (3). Le premier qui en a découvert la véritable origine est Jean-Marie Sasso, qui assure qu'au xive siècle les Scarpazza étaient parmi les notables de l'évêché de Torcello ; l'un était chanoine de la cathédrale et les autres étaient juges.

En effet, les documents abondent, du xme siècle au xvir9 siècle, pour prouver que cette famille est d'une antique origine vénitienne. Dans la confusion des familles et des noms, il n'était pas facile de retrouver la branche d'où descendait le peintre. Il a donc été nécessaire de recueillir le plus grand nombre de documents possible sur la famille Scarpazza ou, comme on l'appela dans la suite, Carpaccio ; et le résultat de cette recherche c'est que la branche principale habitait vraiment dans l'évêché de Torcello, exactement dans l'île de Mazzorbo, maintenant déserte, mais qui était au xive siècle florissante et populeuse.

Dès le 2 décembre 1284, nous trouvons un Barthélémy Scarpazzo de Mazzorbo et un Marino de Frison, procurateurs de l'église

(1) Molmenti, Carpaccio e Tiepolo, p. 57. Turin, 1885.

(2) Ridolfi, Le maraviglie dell'Arte, p. 61.

(3) Zanetti, Délia pittura veneziana, 1, 1, Venise, Tosi, 1777-

LA VIE DE CARPACCIO

de San Pietro de Mazzorbo qui promettent de payer à Rovino, tailleur de pierre, n lire pour des pierres et des colonnes acquises au compte de ladite église (i).

Les Carpaccio possédaient un chantier pour les navires et leur nom se présente presque à chaque page dans les actes du podestat de Torcello ; ils étaient dans l'aisance et apparentés à un évêque et ils occupaient les plus hautes charges du pays.

Mais ce n'est ni de cette famille, ni d'une autre famille Carpaccio di Chioggia, que descend notre Victor, et pour reconstituer son arbre généalogique il nous paraît nécessaire de connaître d'abord les branches collatérales de Mazzorbo qui étaient déjà passées à Venise au xive siècle.

En 1360, un Ludovic Scarpazza est en relations de commerce avec l'île de Majorque. Nous ne connaissons ni ses descendants ni ses collatéraux ; mais comme c'était la coutume que les membres d'une même famille exerçassent le même métier, il est probable que Ludovic appartenait à la famille de Martin Scarpazza qui en 1356 était aussi en relations d'affaires avec des Génois. Six ans plus tard, un certain Marinus Scarpazza est aussi en relations d'affaires avec les Génois, et ce doit être le même que le susdit Martin, Martin étant devenu Marin par une facile erreur de transcription. Ce Marin habitait à San Toma où en 1371 demeurait aussi un Marc peintre — Marcus Scavpazio pictor S. Thomae a ca Faledro (2) — sur lequel nous n'avons pas d'autre renseignement. Dans le testament de Christine, femme de Marin, qui ne porte pas de date, mais qui est probablement de 1414, on peut

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