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IO

L'ECOLE DE SAINTE-URSULE

La tombe, à en juger par la description de Luciani, devait être

semblable à celle qu'on voit dans l'École de la Charité, c'est-à-dire

faite de grandes plaques de marbre ou de pierres d'Istrie, fixées

au mur par une entaille.

A l'intérieur de l'oratoire de Sainte-Ursule, il y avait d'autres tombes, dont la connaissance importe davantage à notre étude. A lire le manuscrit de Marc-Antoine Luciani, qui était prieur," au xvie siècle, du couvent de Saint-Jean et Saint-Paul (i), et lé manuscrit d'Honorat Arrigoni (tous deux dans la collection Cicogna au Musée de Venise) (2), lesquels traitent des sépulcres de Saint-Jean et Saint-Paul, on reste étonné du grand nombre des tombes de la famille Lorédan. Les morts de ce nom, enterrés dans l'église, appartenaient à la branche de la famille Lorédan, qui demeurait à San Canciano, la paroisse voisine. Et Luciani atteste : « Dans la chapelle de la confrérie de Sainte-Ursule se trouvent deux autres tombes de la famille Lorédan, qui témoigna sa bienfaisance en faisant peindre de précieux tableaux par Victor Carpaccio. Cet artiste accomplit son œuvre avec beaucoup d'habileté et il y mit les armes des Lorédan, donnant ainsi un témoignage de leur magnificence ». Et, de fait, en parcourant la liste des bienfaiteurs de l'Ecole, nous trouvons à plusieurs reprises le nom des Lorédan.

L'ancien palais de cette famille n'existe plus et aujourd'hui s'élève à sa place le palais Widmann-Rezzonico. Mais il subsiste aux alentours un souvenir des Lorédan. Au-dessus d'une porte, qui donne sur le canal, on aperçoit encore le blason de cette famille, noirci par le temps et comme caché sous les pierres en ruines, seul témoignage de la gloire passée.

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En utilisant les travaux de deux fameux généalogistes vénitiens, Capellari et Barbare-, nous avons pu reconstituer l'arbre généalogique de Lorédan de San Canciano. Cette famille eut pour fondateur un certain Albert. Son descendant, Marc, mort le 23 septembre 1363, fut enseveli dans un des murs internes de la chapelle de Sainte-Ursule; mais plus tard, quand on y plaça les tableaux de Carpaccio, sa tombe fut transportée ailleurs (1).

Pour ne parler que des Lorédan qui ont rapport à notre sujet, nous trouvons un autre Marc mort en 1488 et enseveli aussi dans la chapelle de Sainte-Ursule. Les successeurs de ce Marc furent parmi les plus généreux bienfaiteurs de l'École.

Le premier, Pierre Lorédan, né en 1456 à San Canciano, profita, en 1474, de la grâce dite de Sainte-Barbe (2 ), qui permettait aux jeunes patriciens d'entrer au grand conseil de la République à dix-huit ans au lieu de vingt. La même année 1474, il fut élu podestat de Capodistria, et dans les dernières années de sa vie conseiller de Chypre (3); c'est en cette qualité que nous le trouvons mentionné dans Y Histoire de l'île de Chypre de Mas-Latrie et dans une Histoire de la Maison des Lusignan, écrite par un certain Jean-François Lorédan sous le pseudonyme de « chevalier Henri Giblet ». Pierre Lorédan mourut à Chypre, mais ses restes furent transportés à Venise par ses fils Bernard et Marc, qui le firent ensevelir dans l'oratoire de Sainte-Ursule, à la place d'honneur, devant les degrés de l'autel, avec cette épitaphe :

Petro lauretano senatori opt. Redditis patris ossibus

PER MARCUM FR. EX CYPRO UBI MAGISTRATU DECESSERAT FILII PIENTISS. POS. OBIIT MDVIII.

Parmi les autres dons faits à l'Ecole par Pierre Lorédan et

(i) Archives d'État. Manuscrits MiscelL Généalogies de Barbaro.

(2) Ibid. Balle d'or. Reg. III, G. 203 tg.

(3) Son testament est du 26 nov. 1504, Sez. Not. Ludovic Talenti, B. 950, G. 539- Celui de Claire Bondumier du 27 nov. 1504. Ibid. B. 955, G. 147-

L'ECOLE DE SAINTE-URSULE

mentionnés dans ses archives, il faut citer en particulier le calice précieux, qui fut volé plus tard (i).

Quand son père Marc Lorédan présenta le jeune Pierre pour prêter serment devant les magistrats, il avait avec lui encore un autre fils plus jeune, Georges, dont nous ne savons rien, sinon qu'il épousa en 1478 une Vitturi, et après la mort de celle-ci s'unit à une descendante des Lion.

Un troisième fils de Marc et de Morosini, Gérôme, est mentionné dans un testament de sa mère qui demande qu'on l'admette dans le couvent de la Madonna dell'Orto; et, craignant que les religieux ne consentent pas à accipere et tenere ac regere et gubernare cet enfant, leur laisse en legs des maisons et autres biens (2). Il s'agissait sans doute d'un fou, comme le prouve aussi le silence des documents sur ce Jérôme, qu'on ne retrouve dans aucune' fonction publique, et qui est uniquement mentionné dans le testament de sa mère.

Marc et Morosina Lorédan eurent en outre cinq filles ; deux, Hélène et Bénédicte, prirent le voile à Torcello ; les trois autres, Madeleine, Christine et Agnès, héritèrent chacune d'une rue de maisons à la Giudecca. Les testaments de Christine et d'Agnès nous apprennent qu'elles voulurent être ensevelies dans la chapelle de Sainte-Ursule ; et leur vœu fut exaucé. C'est cette branche des Lorédan qui revit dans les tableaux de Carpaccio (3).

Une autre branche de la famille des Lorédan de San Canciano descendait du même Albert ; c'est à cette branche qu'appartenait Fantin Lorédan, qui fut enseveli lui aussi à Sainte-Ursule, mais à l'extérieur, près de l'endroit où furent déposés plus tard les restes

(1) Sur le don de ce calice, nous lisons dans le Livre des dépenses de l'École : « 1517 (18), 10 janvier. Pour l'École sur la recommandation de messire Marc Lorédan, de messire Pierre, un calice et sa patène d'argent à leurs armes, que messire Bernard confrère remit ce jour à notre gardien au nom de l'École. »

(2) Testament de Morosina Lorédan du 19 mars 1471. Sez. Not. Pietro de Rubeis, B. 870.

(3) Autre testament de Morosina, du 24 mai 1481, Sez. Not. Ludovic Talenti, B. 956, c. 474. Testament de Christine du 2 mai 1504, Sez. Not., Ibid. B. 955, c. 120. Testament d'Agnès du 3 octobre 1523, Sez. Not. François Bianco, B. 124, c. 93.

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