‹ Vittore CarpaccioChapitre 33 sur 87 · DESCRIPTION DES TABLEAUX ET IDENTIFICATION DES PRINCIPAUX PERSONNAGES · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES TABLEAUX ET IDENTIFICATION DES PRINCIPAUX PERSONNAGES

Pour mieux comprendre les sujets que Carpaccio a peints dans l'Ecole consacrée au culte de sainte Ursule, il nous semble nécessaire d'étudier d'abord avec quelques détails la légende dont l'artiste s'est inspiré.

Le culte de sainte Ursule et de ses compagnes a pris naissance à Cologne.

Les hagiographes écrivent qu'une légion composée de onze mille vierges, professant la foi du Christ, ayant à leur tête la vierge Ursule, et de vingt mille chrétiens guidés par Eterio-Conone, venant de l'île de Bretagne, fut massacrée par les Germains sous les murs de Cologne vers l'année 385 (1). Au pied du Greesberg, à l'endroit où furent ensevelies les martyres, s'éleva au ive siècle la basilique de Sainte-Ursule, ainsi qu'il appert d'une ancienne inscription. Mais en 451, pendant l'invasion des Huns, l'église fut détruite de fond en comble et un grand nombre d'habitants de Cologne furent tués. Aussi, quand, au début du vie siècle, on construisit

(i) Maugenre, Sainte Ursule et ses Légions, Lille, Paris, 1904. Il n'est pas inutile de dire que d'autres hagiographes réduisent l'immense légion ursulienne à une seule vierge, compagne d'Ursule dans le martyre et appelée Onzemille. du nom de qui serait née la légende des onze mille martyres.

une nouvelle église, et qu'on trouva dans les ruines de l'ancienne une grande quantité d'ossements, qui provenaient évidemment de l'ancien massacre de 451, le peuple, crédule aux légendes et peu soucieux de la chronologie, confondit en un seul les deux massacres de Cologne, celui des Huns, et celui où avaient trouvé la mort un siècle auparavant les vierges compagnes d'Ursule. Et c'est de la confusion des deux événements qu'est résultée, semble-t-il, la légende du martyre des onze mille vierges.

La première légende date du Xe siècle et elle est due à Gerone, archevêque de Cologne (1). Elle fut insérée dans les Analecta Bollandiana, et, dans ses grandes lignes, elle est telle que l'a représentée Carpaccio.

La littérature de cette légende est des plus abondante, mais les sources les plus intéressantes pour nous sont les sources italiennes.

De ces sources, la plus ancienne et la plus importante est la Légende Dorée, le vaste ouvrage où Jacques de Voragio ou de Voragine, mort archevêque de Gênes en 1298, à l'âge de quatre-vingtseize ans, a recueilli les innombrables légendes religieuses. Du livre de Voragine, source première et principale, où puisèrent les artistes du moyen âge, nous avons une traduction italienne de Nicolas Manerbi, dont Carpaccio eut certainement connaissance, car elle fut imprimée à Venise en 1465 chez Nicolas Jenson (2).

Il faut voir une autre source dans les Sacre Rapftresentazioni, livrets, plusieurs fois réimprimés au XVe siècle, sur la vie et le martyre des saints. Brunet, dans son Manuel, en cite un seul sur sainte Ursule : «La storia di Santa Orsola con le undici mila Vergini quali tutte da lei furono convertite insieme con alcuni santi huomini e poi gloriosamente martirizzate (Firenze aile scale di Badia, 1561) ».

Mais la Bibliothèque Saint-Marc de Venise en possède d'autres,

(1) Maugenre, Sainte Ursule, etc., p. 394-

( 2) Légende di tutti i Sancti e le Sancte dalla romana sedia acceptati et honorait, traduites du latin de J acques de Voragine par Nicolas de Manerbi Vénitien, moine de l'ordre de Camaldale. Imprimées par Maître Nicolas Jenson, français. Venise, le Ier juillet 1475. Nouvelles éditions du livre] de Manerbi ea 1477, 148X1 1487.

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