L'ARRIVÉE DE SAINTE URSULE A COLOGNE (ÉGLISE DE LA SAINTE. A COLOGNE
(Voir Page 115.)
ittore Carpaccio.
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LA LEGENDE DE SAINTE URSULE parmi lesquelles il faut citer une Rappresentazione di S. Orsola Vergine et Martire, nnovamente stampata (Florence, mars 1554).
Le livret est de beaucoup postérieur à Carpaccio, mais les gravures sur bois qui l'illustrent, et dont, on le sait, les planches se conservaient de longues années pour servir à plusieurs éditions (1), doivent remonter au siècle précédent, car elles sont du plus pur style florentin du xve siècle. Le texte lui-même dérive évidemment de sources plus anciennes, et il abonde en dialogues vifs et curieux. Il est intéressant aussi de noter que, dans les légendes italiennes, on sent le souffle de la Renaissance, le goût du pittoresque et l'instinct de l'art et du luxe, alors que, dans les légendes du Nord, le sujet est traité avec plus de simplicité et de sobriété. Voici, par exemple, comment ce goût de la pompe et des belles couleurs se révèle dans un passage de la Rappresentazione florentine de 1554, où l'ambassaduer dit à son serviteur :
Procure-toi, majordome, des habits et des ornements
et de l'or et des perles et des joyaux et mille étoffes
et une foule d'écuyers et de sergents,
des sièges, des bancs, de l'hermine et du vair,
des rubis, et des rubis balais, et une foule de pendants
et tu mettras tout en place...
Et je veux qu'il y ait des bals et des chants et que chacun donne des signes d'allégresse. Prends des serviteurs de bonne volonté, et ordonne avec tact et intelligence et surtout use de gentillesse.
C'est là une légende toute vivifiée par l'esprit artistique de la Renaissance, et, par suite, en parfait contraste avec l'aride récit de Jacques de Voragine. C'est ce que prouvent encore mieux les magnifiques xylographies; celle du martyre est un petit chefd'œuvre du genre.
Les variantes de ces légendes sont nombreuses et remarquables.
J^^^SSSr^ qUe U P^-LiVre Xylogr«pMq«e, imprimé à Venise, ofire déjà
Dans toutes, sainte Ursule est la fille du roi de la Grande-Bretagne, mais, sur le nom de ce roi, elles ne s'accordent pas; les unes l'appellent Théonote, d'autres Théodat, d'autres encore Mauro. Elles concordent de nouveau dans le récit de l'arrivée des ambassadeurs du roi païen d'Angleterre, qui vient demander la main de la princesse Ursule pour le prince Hereo ou Eterio ou Conon, fils de leur maître, et pour nous apprendre que le roi, après un entretien avec sa fille, consentit à une double condition : l'époux se ferait baptiser, et Ursule, avant son mariage, ferait un long voyage accompagnée de dix demoiselles nobles, qui, comme Ursule elle-même, devaient être suivies chacune de mille vierges. Les conditions acceptées, les vierges s'embarquent. Mais une violente tempête les force à aborder à Cologne où, le fait est notable, selon presque toutes les légendes, à commencer par les plus anciennes, a lieu le songe de la sainte : un ange lui apparaît dans son sommeil et lui commande d'aller à Rome, puis de revenir à Cologne, où elle recevra la palme du martyre. Ainsi presque toutes les légendes s'accordent pour faire voyager Ursule seule. Son fiancé est resté dans un couvent pour se préparer au baptême. Mais ici, Carpaccio ne voulut pas suivre la tradition, et il imagina que le jeune homme accompagnait la sainte dans son pèlerinage.
De Cologne, les pèlerins remontent le fleuve, s' arrêtent à May ence, et à Bâle ils laissent les vaisseaux, pour continuer à pied vers Rome, où, à leur arrivée, le pape Cyriaque leur fait un accueil fort empressé. Lui aussi, le vieux pontife, avait reçu en songe l'annonce du martyre, et, à la suite de ce songe, renonçant à la papauté, avec un cortège nombreux d'évêques et de cardinaux, il accompagna Ursule dans son voyage de retour. A Cologne, le pieux cortège tomba au milieu des Huns, qui en firent une boucherie. Dans cette dernière scène, la légende introduit l'amour. Ursule, par sa beauté, toucha le cœur du roi des Huns, ou, selon d'autres sources, du fils de ce roi. Mais elle résista aux avances du prince, et elle subit le martyre avec ses compagnes.
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LA LEGENDE DE SAINTE URSULE Une légende aussi variée et aussi riche, avec ses ambassades solennelles, ses réceptions royales et pontificales, avec ces trois grandes cités, Rome, Bâle et Cologne pour fond, devait naturellement devenir très populaire auprès des peintres; en effet, nous trouvons qu'elle sollicite très vite et non sans profit leur imagination. C'est ainsi qu'à Cologne, outre les innombrables représentations de la sainte, elle inspira de grands cycles qui sont très intéressants ; l'un d'eux porte la date de 1546, et la signature de l'artiste,
Gûrgen von Scheiven. A Bruges, tout le monde connaît le chefd'œuvre qu'elle a inspiré au génie si pur de Memling. Mais Carpaccio, plus que tous les autres, eut la force de s'éloigner des vieilles et arides traditions d'école pour sentir et rendre dans tout leur effet les scènes de la légende d'Ursule.
Il avait eu, cependant, lui aussi, des précurseurs en Italie, et en particulier dans la région de Venise. Comme à Orvieto le Jugement dernier de Luca Signorelli fit pressentir la Sixtine et Michel-Ange, de même à Trévise, vers la fin du xiv* et le début du xve siècle, un modeste peintre précéda le grand Vénitien et le prépara à nous faire sentir la poésie de sainte Ursule (1).
(1) Rappelons, pour être complets, les mauvaises fresques, que Carpaccione doit pas avoir connues.
LE MARTYRE DE SAINTE URSULE (GRAVURE SUR BOIS, DU STYLE FLORENTIN DU XVe SIÈCLE ).
L'église de Sainte-Marguerite, à Trévise, était un monument d'architecture lombarde du xiv* siècle. Sous Napoléon, elle servit de fenil, puis de manège, et enfin, il y a quelques années, elle fut démolie. Dans une chapelle de cette église se trouvaient des fresques d'un ancien peintre, qui, alors que l'art était dans l'enfance, eut une main habile et une imagination très originale. Ces fresques auraient été perdues si un citoyen de Trévise, soucieux de la gloire artistique de son pays, le professeur Louis Bailo, ne les avait détachées avec beaucoup de soin et transportées au Musée de la ville. Dans une étude consacrée à ce peintre, le professeur Bailo croit qu'il s'agit probablement de Thomas de Modène, qui, dans la seconde moitié du xive siècle, orna Trévise de ses œuvres (i).
qui représentent certaines scènes de la vie de la sainte dans l'église de Sainte-Ursule à Vigo di Pieve del Cadore Elles sont du xive siècle. Dans un des tableaux figure, un drapeau à la main, la sainte entourée de ses compagnes, et elle se tourne vers un homme et une femme à genoux dans l'attitude de la prière, qui devaient représenter les donateurs du tableau, c'est-à-dire Osvald de Sacco et sa
femme. . . . 0
(i) Bailo Degli affreschi salvatinella demolita chiesa Ai Santa Marghenta m Treviso. Trévise, 1883.
Pour marquer la ressemblance qui existe entre les œuvres de Carpaccio et celles de son prédécesseur inconnu, voici la description des douze tableaux qui ornaient l'église de Trévise.
i» Dim 5 me. Le roi d'Angleterre, païen, entendant louer les hautes qualités de beauté et de vertu d'Ursule, fille de Mauro, roi chrétien d'Irlande, décide de la demander en mariage pour son fils. Il écrit sa demande et confie la lettre à deux ambassadeurs, à qui il parle et fait signe de son doigt tendu. Un des ambassadeurs touche ce doigt, l'autre montre le cortège déjà prêt pour le départ ; on voit deux pages, dont l'un a un faucon au poing. Tableau de six personnages en deux groupes.
2° Dim 5 me. Les deux ambassadeurs agenouillés devant Mauro lui ont présenté la lettre qu'il ht d'un air de satisfaction pensive. La mère présente sa fille à qui est laissé le soin de décider ; la sainte enfant parle ; des rayons de sagesse sortent de sa bouche.
30 Dim. 5 me. La sainte reçoit ses compagnes et servantes ; beaucoup d'autres personnes se joignent à sa suite, parmi lesquelles des jeunes hommes et des jeunes filles et aussi deux évêques, celui de Baie et celui de Gratz. Tableau de vingt-trois personnages en trois groupes.
40 Dim. 5 me. Baptême, suivant l'ancien rite, du fils du roi d'Angleterre. Il est déjà nu dans une vasque. Un autre jeune homme se déshabille pour suivre son exemple.
5° Dim. 5 me. La sainte remonte le Rhin avec ses compagnes et les deux évêques dans quatre barques à voile. Elle est en vue de Cologne, et un ange lui révèle qu'à son retour elle y trouvera la palme du martyre.
6° Dim. 5 me. Entrée solennelle à Rome où la sainte, ses compagnes et les deux évêques sont reçus par le pape entouré de cardinaux et de prélats. La perspective est riche en motifs de style gothique.
7° Dim. 5 me. Le pape dort dans son Ut, dans une alcôve, avec ses ornements pontificaux; un ange ml ordonne de suivre, lui aussi, la sainte.
8» Dim. 5 me. Le pape au consistoire annonce aux cardinaux sa résolution d'abdiquer, pour suivre la sainte. Un prélat est agenouillé devant lui et le conjure de renoncer à son dessein. Les cardinaux témoignent des sentiments divers : l'étonnement, le dédain, le dépit, la terreur. Un d'entre eux parait également persuadé ; un autre, sérieusement compris, étudie sur un livre. Le pape enlève sa tiare.
9° Dim. 5 me. Sortie de Rome de la procession des prélats et du pape qui donne sa bénédiction. La sainte suit en portant le drapeau, et elle est accompagnée par les vierges.
10» Dim. 2 me. La sainte et ses compagnes descendent le Rhin en barque, et arrivent en vue de
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LA LÉGENDE DE SAINTE URSULE
Nous ne pouvons discuter ici cette hypothèse, qui attend la confirmation des documents. Ce qui nous importe seulement, c'est d'indiquer la grande ressemblance qui existe entre l'œuvre de Carpaccio et celle de son prédécesseur, ressemblance qui nous amène à croire que Carpaccio dut connaître les fresqves de Sainte-Marguerite. Il est vrai que Carpaccio, quand il peignit, en 1515, pour l'église de Saint-François à Trévise, la Rencontre de sainte Anne et de saint Joachim (aujourd'hui à l'Académie de Venise), avait déjà depuis plusieurs années achevé le cycle de l'Ecole de Sainte- Ursule, mais il n'est pas illogique de supposer que ses relations avec Trévise sont beaucoup plus anciennes. Le fait est que non seulement les deux cycles représentent les mêmes sujets, mais dans les détails, et notamment dans la scène du martyre, les ressemblances sont si précises qu'on ne peut les croire accidentelles. C'est ainsi que chez les deux peintres l'ambassadeur présente la lettre à genoux, suivi de pages le faucon au poing; la sainte
Cologne. Elle instruit et encourage les siens. Ce sont deux fragments des extrémités d'un grand tableau; le reste est détruit.
ii° Dim. 11 me. Martyre de la sainte et de ses compagnes près de Cologne, des mains des Huns.
12° Dim. 2 me. La pale. Sainte Ursule au milieu de six de ses compagnes : personnage grandiose de la sainte qui seule a l'auréole et tient le drapeau ; à ses pieds sont agenouillés deux fidèles (à la proportion de 1,7) portant le costume de xive siècle.
Bailo ajoute encore :
» Ces tableaux de l'histoire de sainte Ursule dénotent une époque d'art avancée, encore dans le XIVe siècle, mais dans la seconde moitié. Si l'on regarde l'architecture, elle est du plus beau gothique italiennes meubles aussi; les costumes sont du xivc siècle, non seulement ceux des personnages de l'histoire, mais aussi ceux des deux fidèles qui sont aux pieds de la pale. Les yeux sont encore en amande, mais ils ont déjà du caractère et de l'expression. Les extrémités sont encore défectueuses, mais certaines d'entre elles prouvent que l'art est en progrès et se rapproche de la vérité. La perspective est inexacte sans doute, mais on voit que le peintre la figure, et cherche la manière de la figurer. Un fait important pour l'époque, c'est que la tiare du pape n'a encore qu'une seule couronne. Donc, bien que le peintre vécût à une époque où elle avait deux ou trois couronnes, il avait un souvenir fidèle de la tradition, oubliée ensuite parles peintrespostérieurs, que jusqu'à Boniface VIII la tiaren'eutqu'uneseule couronne. Quant au dessin des contours, il est fait, comme d'ordinaire, avec la pointe, et cependant il n'est pas trop dur, et la façon en est grandiose. La décoration des habits, là où peut-être on devait mettre de l'or et de l'argent, est à grafito. Les couleurs des habits sont splendides et d'un ton très juste, les étoffes sont magnifiques; certaines teintes plus belles, à sec, doivent s'être perdues dans le vêtement de la sainte, qui apparaît toujours comme dessiné dans la chaux. L'azur outremer du ciel était à sec, et posé sur une préparation foncée.
« Ce qui est le plus admirable, c'est la vérité et la douceur des visages ; ils sont tous de teintes claires, avec un contour chaud dessiné d'une ligne rouge sombre ; mais la chair, d'une seule couleur, se présente avec un parfait relief ; les chevelures toutes blondes sont une de ses caractéristiques.
« L'invention grandiose et la disposition heureuse des groupes comme la variété des situations dénotent un grand peintre. S'il a subi l'influence de Giotto, il s'en éloigne à beaucoup d'égards et montre qu'il se rattache à l'école vénitienne. »
de Carpaccio, en discutant au sujet du mariage, fait du doigt le même geste que les ambassadeurs dans les fresques de Trévise; le songe du pape, dans ces dernières, ressemble en plusieurs points à celui de la sainte tel que l'a représenté Carpaccio. Naturellement, il est à peine besoin de le remarquer, tandis que l'artiste des fresques de Trévise, avec tout son talent, laisse voir l'inexpérience d'un art encore dans l'enfance, nous trouvons, au contraire, chez Carpaccio un art en pleine jeunesse florissante, des mouvements plus libres, une forme gracieuse et un mélange admirable d'allégresse sereine et de vigueur incomparable.
Charles Ridolfi, dans ses Meraviglie delïArte, nous a laissé la description suivante de la composition et de l'effet des tableaux de Carpaccio à l' Ëcole de Sainte-Ursule :
« Remarquables furent les œuvres exécutées par Victor pour la compagnie de Sainte-Ursule, située à côté de l'église de Saint- Jean et Saint-Paul, auxquelles il dut le meilleur de sa gloire. Là donc, en sept tableaux de grandeur inégale, il déroule avec une extraordinaire habileté la vie de cette sainte reine.
« Dans le premier, on voit les ambassadeurs du roi d'Angleterre introduits auprès de Mauro ou, selon d'autres, de Theonote, roi de Bretagne, pour demander la main de la princesse sa fille pour le prince son fils. Ils sont vêtus de riches vêtements avec des manteaux à franges d'or, des chaînes d'or, des joyaux suspendus à leur cou. D'un autre côté, se tient le roi dans une salle, méditant sur ce mariage, car le roi d'Angleterre est un païen, et sa fille vient le consoler et le persuade de consentir au mariage. Au pied de l'escalier est assise une vieille femme, avec une étoffe blanche sur les épaules, d'une saisissante réalité.
« Dans le second, le roi Mauro renvoie les ambassadeurs, après leur avoir indiqué les conditions réclamées par sa fille, dont l'une était que son fiancé lui envoyât dix demoiselles nobles qui amèneraient chacune avec elle mille vierges.
« Dans le troisième, les mêmes ambassadeurs sont rencontrés
LA LEGENDE DE SAINTE URSULE à leur retour par le prince, et de là, conduits en présence du roi (qu'on voit entre trois de ses conseillers), ils lui rapportent les demandes du roi de Bretagne. Cet épisode est orné de nombreux palais et de vêtements aux modes curieuses, de telle sorte qu'en certains endroits il paraît un peu de confusion.
« Le prince anglais apparaît dans la quatrième pour prendre congé de son père, suivi de la Cour, et dans la même toile, qu'un étendard divise en deux, on voit le prince avec ses cavaliers dans une barque, qui a accosté la jetée, richement décorée. Il rencontre la princesse Ursule, accompagnée de demoiselles nobles ; et plus loin, les époux royaux prennent congé du roi de Bretagne pour s'embarquer. En bas sont écrits ces mots : Victoris Carpatii Veneti opus anno 1495.
«Dans le tableau suivant apparaît la ville de Rome et le môle d'Adrien; près des murs du môle on voit, en une longue procession, le pape Cyriaque avec beaucoup de cardinaux et d'évêques, et devant eux sont agenouillés les deux royaux époux ainsi que des vierges qui reçoivent la bénédiction pontificale. Ici Victor a représenté le môle même et toutes choses avec un tel soin qu'elles apparaissent réelles, comme s'il avait imité la nature avec son pinceau.
« Au sixième tableau, dans une belle salle, Ursule endormie est étendue sur un lit somptueux. Un ange lui apparaît qui lui annonce la fin de son pèlerinage, et que, par le moyen du martyre, elle doit monter au ciel avec les vierges ses compagnes.
« Dans le septième, on peut admirer le vaisseau qui porte les vierges, arrivé au port de Cologne, alors assiégée par les Huns, qu'abordent dans une barque des soldats vêtus à l'antique pour qu'on les reconnaisse; d'autres sont sur le môle, et on voit la cité dans le lointain.
« Et dans le huitième se déroule le glorieux martyre des vierges saintes, du pontife et des bienheureux héros qui sont massacrés de différentes manières par les Barbares cruels avec des épées
et des flèches ; et la première apparaît la généreuse reine, qui offre son sein délicat aux coups du roi barbare, tandis que lvi, ajustant une flèche à son arc, après qu'elle a refusé d'être son épouse, assouvit sa cruauté sur ce noble sein en la privant de la vie. De la sorte, Ursule, grâce au louable stratagème de ce pèlerinage, trouva le martyre, conservant sa virginité pour son céleste époux. Dans une autre partie du tableau, on célèbre de somptueuses funérailles en l'honneur de la reine défunte, que portent des évêques, et qui, par sa mort, vient augmenter dans les demeures célestes le glorieux chœur des vierges martyres. Et le nom de l'auteur s'y trouve inscrit comme dans les autres avec la date
de 1493.
« La même sainte fut aussi représentée sur l'autel au-dessus d'un bouquet de palmes, entourée d'un certain nombre de ses vierges, embellies par de nobles ornements, et parées d'élégants vêtements : deux d'entre elles tiennent des bannières de pourpre. »
L'ordre suivi par Ridolfi dans sa description fut adopté par les autres écrivains, qui s'occupèrent des peintures de l'École. Mais ni Ridolfi ni les autres ne nous disent avec précision de quel côté de la chapelle commençait l'histoire, si c'est a cornu Epistolae ou a cornu Evangelii. Et c'est un point très important à fixer, car l'effet décoratif en dépend en grande partie. Aujourd'hui les tableaux de Carpaccio, tels qu'ils sont exposés dans la salle de l'Académie de Venise, commencent a cornu Epistolae, et la grande pale d'autel est placée entre le Départ des fiancés et V Arrivée à Rome, au lieu d'être, comme nous croyons, à sa place primitive entre les Funérailles et la Première Réception des Ambassadeurs. Tout en rendant hommage à la direction des galeries de l'Académie pour l'idée qu'elle a eue de réunir en une salle octogonale tous les tableaux du cycle de sainte Ursule, nous ne pouvons approuver cette disposition. Selon l'opinion que nous avons déjà exprimée, la série devait commencer a cornu Evangelii. Voici pourquoi. D'abord on sait que les peintres anciens, attentifs aux