‹ Vittore CarpaccioChapitre 37 sur 87 · SS · texte numérisé non relu

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vittore carpaccio. — dessin pour le t.ableau : Le Départ des Fiancés

(MUSÉE BRITANNIQUE, LONDRES). (Voir Page JJJ.)

Planche 44. Pal

LA LEGENDE DE SAINTE URSULE

tableau est le seul de la série qui nous soit parvenu intact. Et c'est aussi l'un des plus beaux.

Il nous ramène en plein air. Les ambassadeurs devraient être de retour en Angleterre, mais avec Carpaeeio nous sommes toujours a Vemse ; ce sont ses splendides édifices, ses portiques majestueux ses vestibules magnifiques, toute cette incomparable architecture' qui rappelle la Porte délia Carta, l'Escalier des Géants, les églises de Samt-Zacharie et des Miracles, et cent autres édifices qui s'élevèrent sur les lagunes au xVe siècle, comme par enchantement Sur la façade du splendide palais, qui occupe le fond du tableau et ressemble au Palais des Doges, sont sculptés deux bas-reliefs. L'un représente, dans le plus pur style de la Renaissance, Vulcain forgeant les ailes d'un Amour, et très attentif à son travail Cette composition n'est qu'une copie, réduite, d'une plaque con- ' servee au Musée archéologique du Palais Ducal. Pour le second bas-relief, qui représente un héraut avec le caducée et un guerrier avec un trophée, il ne nous a pas été possible de retrouver l'origine de la composition : mais il existe dans les collections publiques et privées de nombreuses targettes de bronze, qui représentent des scènes de victoire analogues.

Sous un merveilleux auvent à arceaux et à colonnes, apparaît le roi anglais entouré de ses conseillers. Un des ambassadeurs a remis la lettre au secrétaire qui la lit au roi. Sur les degrés du trône un singe épluche gracieusement une noix, tandis qu'un coq d'Inde s approche de lui pour avoir sa part : ce n'est que dans la peinture vénitienne qu'un coq d'Inde est associé aux légendes des saints La scène a un air de fête et un mouvement joyeux : sur les tours les bannières claquent au vent, comme sur le clocher de Saint- Marc aux jours de grande solennité. Un des ambassadeurs est près du roi ; un autre, qui porte de splendides bas de gala, est reçu par deux gentilshommes. Près de la rive est assis le majordome avec son majestueux bâton doré qui se trouve aussi dans le manuscrit de Grevembroch du Musée civique de Venise : Gli habtii Veneziani.

Le majordome, accompagné de musiciens, invitait les ambassadeurs aux fêtes solennelles des Doges.

Dans ces tableaux, tout est élégance et apparat, en particulier dans les personnages de cavaliers de la Colza, cette association de gentilshommes assemblés dans le but de préparer des fêtes de toute sorte. Pouvaient en faire partie non seulement les nobles Vénitiens, mais aussi les étrangers et les femmes qui prenaient le nom de compagnes et qui portaient l'insigne de la compagnie sur une manche de leur robe. Les compagnies avaient chacune un chef particulier, et étaient distinguées sous divers noms : Immortels, Toujours vivants, Perpétuels, Eternels, Paons, Ortolans, Jardiniers,

Heureux, etc.

Comme on le voit, encore dans les tableaux de Carpaccio, les compagnons de la Calza, rois de la mode à Venise, portaient des justaucorps de velours et de soie brodés d'or et serrés à la taille par une ceinture. Les manches, brodées, étaient ouvertes sur toute leur longueur et retenues par des rubans de façon à laisser sortir les bouffants de la chemise. Les bas, collants, avaient, en haut de la jambe, des bandes de couleurs diverses. Les souliers étaient à jour à la pointe. Les compagnies de la Calza portaient en outre sur les épaules un mantelet damassé de drap d'or, avec un capuchon qui avait au revers l'insigne de la compagnie. Ces insignes, brodés de perles, étaient d'une rare élégance, comme on peut le voir d'après l'ambassadeur du quatrième tableau.

De même, au premier tableau, les Ambassadeurs anglais chez le roi Mauro, nous voyons à côté du roi un cavalier, qui a sur la manche l'insigneque nous reproduisons. Quesignifie cet ornement? Auquel des groupes de la Calza appartenait-il? Il représente une haie entrelacée d'osier. Or l'héraldique et la comparaison avec d'autres tableaux symboliques nous apprennent que de telles haies servent à indiquer des jardins. Ainsi, dans le Christ au Jardin des oliviers de Jean Boccati à Pérouse, le jardin est représenté par une haie touffue d'osier, et la même haie, avec la même

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signification, se retrouve dans une miniature de la Bibliothèque Nationale de Paris, mentionnée par Silvestre, qui représente sainte Catherine de Sienne recevant les stigmates dans un jardin. Mais il y a plus. Dans un livret de broderies de la fin du xme Siècle conservé à la Bibliothèque de Bergame, on voit, entre autres sujets, un cygne dans un jardin, et le jardin est formé par une espèce de gros buisson d'osier (i). Un buisson analogue désigne aussi un jardin avec une biche blanche au milieu dans le blason du roi Richard d'Angleterre, qui était sculpté sur la tombe de Thomas Mowbray, duc de Norfolk.

Cette tombe, du temps de Carpaccio, se trouvait dans l'atrium de Saint -Marc; aujourd'hui, elle est dans le plus triste état, et elle est en la possession des descendants du duc en Angleterre. Mais l'insigne de Carpaccio ressemble encore plus à

celui qu'on voit dans les broderie de manche de armes parlantes de la gala d'une compagnie

r -«I , de la Calza.

lamille veronaise des Orti. On peut en conclure que l'insigne brodé sur l'habit des cavaliers dans le tableau de Carpaccio était celui de la compagnie des Ortolani.

broderie de bas de gala d'une compa- GNIE de la Calza.

(i) Toesca, Mich. di Besozzo , Giov. de'Grassi (dans L'Art, liv. V. Rome. 1905),

L'hypothèse est confirmée par l'analogie de ce costume avec une description de Cicogna, dans un document du Musée civique, où nous apprenons que la compagnie des Ortolani n'avait pas, comme les autres, des bas différents et portait l'insigne brodé sur une manche (i).

Venons maintenant au quatrième tableau, le Départ des Fiancés (2), qui, comme nous l'avons dit, couvrait entièrement la porte d'entrée de l'oratoire de Sainte- Ursule.

Le tableau est divisé en deux parties inégales par un grand éten-

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