‹ Vittore CarpaccioChapitre 36 sur 87 · PLAQUE DE BRONZE, AU MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE DU PALAIS DUCAL, VENISE · texte numérisé non relu

PLAQUE DE BRONZE, AU MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE DU PALAIS DUCAL, VENISE

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Planche 42. Page )

LA LEGENDE DE SAINTE URSULE

ressemblance avec un portrait signé de Jean Bellini, qui est aujourd'hui au Musée de Campidoglio, et qui, selon les critiques les plus autorisés, est le portrait authentique de ce grand artiste. Peut-être Carpaccio eut-il la délicate pensée de représenter sous les traits de ces conseillers du roi certains peintres vénitiens de ses amis ; et peut-être (l'hypothèse n'est pas sans fondement) a-t-il peint son maître Bastiani dans le personnage du dernier des conseillers, personnage que nous retrouvons dans un très beau dessin du même Carpaccio au Musée Britannique. Autour du monarque entouré de ses conseillers se déploie toute la splendeur du temps sur les armures élégamment ornées de pierres précieuses, dans le scintillement joyeux de l'or, dans la magnificence de la fête vénitienne. Toutes choses sont représentées avec une précision et un soin minutieux, depuis la coupe des habits jusqu'aux couleurs des étoffes, jusqu'à la façon de porteries chaînes d'or, non pas autour du cou, mais en guise d'écharpes, qui était sans doute la marque de l'élégance la plus raffinée. Sur les eaux du fond se balance un magnifique navire, copie fidèle d'un de ceux auxquels Venise était redevable de sa gloire et de ses richesses et qui figuraient aussi dans les réceptions des ambassadeurs.

Avec un égal bonheur, le peintre a su profiter de l'espace compris entre la porte et le mur, et dans le troisième compartiment du tableau il a représenté le roi Mauro, appuyé à un lit, dans une attitude méditative, préoccupé à la pensée du mariage de sa fille avec un prince païen. En face de lui est Ursule, qui, poussée par l'espoir de convertir son fiancé, exhorte son père à accepter, et elle appuie ses arguments d'une si vive expression de la physionomie et d'un mouvement si naturel des mains qu'on ne peut contenir son admiration. A voir ces mains si vivantes, si persuasives, si parlantes, pourrait-on dire, on ne peut s'empêcher de penser que Carpaccio a subi l'influence de la fresque de Sainte- Marguerite de Trévise, où dans la même scène les gestes d'Ursule et des ambassadeurs sont analogues, et il nous vient à l'esprit

le mot de Gœthe que les hommes du Nord ne parlent qu'avec la bouche, tandis que les Italiens ont une si vive animation dans tout le corps que leurs mains elles-mêmes savent être éloquentes. Dans la Cène de Léonard, cette qualité trouve son expression la plus haute et la plus raffinée ; mais déjà dans leur histoire de sainte Ursule le peintre du xme siècle des fresques de Trévise et notre Carpaccio se montrent les vrais fils de leur race.

Au pied de l'escalier, dans un coin laissé libre, on voit une vieille femme, avec une étoffe blanche sur les épaules, merveilleusement peinte, qui peut avoir donné au Titien l'idée de la vieille vendeuse d'œufs de la Présentation au Temple. Celle de Carpaccio est une des figures les plus caractéristiques de l'art du xve siècle; le peintre l'a prise dans la réalité et l'a fait revivre sous nos yeux.

On verra que le tableau que nous reproduisons ne correspond pas exactement à celui de l'Académie. Avec l'aide des estampes de Del Pian, nous avons pu reconstituer l'œuvre originelle de Carpaccio. Dans le portique, à la gauche du spectateur, nous avons remis la colonne qui fut enlevée quand le tableau fut porté à l'Académie. De même, nous avons ajouté la frise enlevée dans la restauration de la chapelle de 1647. Cette frise courait le long de la partie supérieure du tableau, et nous avons pu la reconstituer d'après des traces de festons qui sont encore visibles si l'on regarde avec attention. Le même dessin reparaît au troisième tableau, le Retour des Ambassadeurs. De la sorte, nous avons pu rester fidèles au style de Carpaccio, sans avoir besoin d'y mêler aucun élément arbitraire. Nous avons aussi reproduit le tableau avec la coupure qu'on y voyait à l'origine. On sait qu'en 1504 fut construite une chapelle spéciale pour l'autel, et que le chœur fut mis de plain-pied ; de sorte que la coupure n'avait plus de raison d'être et, peut-être, Carpaccio lui-même la recouvrit-il avec la peinture qu'on voit encore aujourd'hui. Si l'on examine les changements opérés à l'intérieur de l'édifice, on peut comprendre ,1a composition de la peinture et sa division en trois compartiments.

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LA LEGENDE DE SAINTE URSULE Si nous nous sommes si longtemps attardés à reconstituer l'ancienne Ecole, c'est qu'autrement on ne saurait comprendre et apprécier convenablement le génie de l'artiste.

Le second tableau, représentant le roi congédiant les ambassadeurs anglais (i ), nous transporte dans les splendides salles du Palais Ducal. Les ambassadeurs étaient, d'ordinaire, introduits d'abord dans la salle de l' Anticollège, où ils attendaient sur des sièges recouverts de riches étoffes. A l'heure dite, on ouvrait la porte et l'ambassadeur s'avançait en faisant trois saluts, l'un sur la porte même, l'autre au milieu de la salle, et le troisième sur l'estrade. Mais Carpaccio à ce cérémonial a ajouté celui de la cour de Rome, où, au lieu de trois saluts, on faisait trois génuflexions, comme on le voit dans notre tableau. Dans la salle du Conseil, en même temps que les ambassadeurs, entraient de nombreux personnages de distinction, qui venaient assister à la réception (2). Le secrétaire du Collège lisait à haute voix la lettre apportée par l'ambassadeur, le Sénat ne répondait presque jamais oralement, mais toujours par une lettre dictée par le grand Chancelier (3), qui était un chefd'œuvre d'habileté, de sagesse et de style. Le roi Mauro, lui aussi, après sa conversation avec sa fille, devait remettre aux ambassadeurs une lettre, où il exposait toutes ses conditions. Et en effet le tableau, qui, dans l'intention de l'artiste, devait correspondre exactement au récit, nous montre dans le fond un homme qui écrit sous la dictée d'un autre ; ils forment un groupe que tous les connaisseurs s'accordent à reconnaître admirable tant pour la

Venetiton^6 * Y-ta\a-.»3- T°^aut. : 2 m. 79, long. : 2 m. 53. Signé : Victoris Carpatio Veneti opus. Dimensions primitives : haut. : 2 m. 95, long. : 2 m 75

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£ Tu mta r? d,U P6lntre VinCent Catena' éta" notaire de la Chancellerie. Un autre ami et héri-

Ï a^àlaChane5,6 • rrSteier'BaPtiSte EgnaZi°* ^^ de 1>ACadémie Aldine' ét-t MM lahn à la Chancellerie, à charge de former les jeunes secrétaires aux élégances de la langue latine.

vérité de l'expression et du mouvement que pour la simplicité de l'exécution. Et le peuple de Venise, à cause de ce groupe caractéristique, appelle le tableau tout entier l'Écrivain. Le roi est majestueux et digne; il est assis sur le trône, et, devant lui, sur les degrés, sont agenouillés les ambassadeurs, dans une attitude de profond respect, fréquente chez les personnages de Carpaccio. Ce tableau, comme le précédent, a été par nous remis en l'état où il se trouvait avant les coupures sacrilèges qui l'ont abîmé. En fait, aujourd'hui, dans la partie gauche, derrière le trône, il manque une bande de quelques centimètres ; à droite, un chambranle de la magnifique porte et un fragment du plafond ont disparu : mais il nous a été facile de les reconstituer, de même que la suspension et les trois guirlandes, qui soutiennent les trois belles patères. Ainsi complété, le tableau gagne beaucoup en ampleur

et en effet.

Pour le troisième tableau (i), l'architecte du xvne siècle, qui devait donner à la chapelle de l'air et de la lumière, rencontrait une grande difficulté.

A vrai dire, au xvie siècle on ne se faisait pas scrupule de toucher aux tableaux d'un peintre, même d'un grand peintre; mais l'architecte n'était cependant pas assez profane pour abîmer complètement un chef-d'œuvre de l'art. Or ce troisième tableau était trop haut, comme les autres, mais il ne pouvait pas, comme eux, être coupé parce que les beaux édifices qui y sont peints en auraient trop souffert. Comme remède, on imagina de baisser le tableau et de cacher la partie qui était de trop — c'est-à-dire une surface d'environ 17 centimètres — derrière le dossier des bancs.

Ainsi, on enleva l'inscription avec le nom de Carpaccio, et on lui en substitua une autre plus haute, qui fut enlevée lors de la restauration des tableaux (2). Grâce à cette combinaison, ce

(1) Académie de Venise, n° 574- Toile, haut. : 2 m. 95. long. : 5 m. 27. Signé : Victoris Carpatio Veneti opus. ...

(2) Au xvin» siècle on y lisait encore : Res* T» P. T°. MDCXXIII (Onorio Arrigoni, Laprdt scpolcmli di SS. Giovanni e Paolo, ms. au Mus. Civ. Cfr. aussi: Moschini, Guida di Venezia, II, p. 493).

CARPACCIO. -- NICOLAS LORÉDAN, DIT Tavta°Ua.

fragment du quatrième tableau de la Légende de Sainte Ursule. {Voir Page 134.

LE CYGNE AU JARDIN (DESSIN POUR BRODERIE). {Voir Page IJI.

iCarpaccio.

Planche 43. Page 128.

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vittore carpaccio. — dessin pour le tableau : Le Départ des Fiancés

(COLLECTION DU DUC DE DEVONSHIRE). (Voir Page IjS.)

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