CARPACCIO. LE CARDINAL DOMINIQUE GRIMANI
fragment du sixième tableau de la Légende de Sainte Ursule. (Voir Page 143.)
Vit tore Carpaccio.
Planche 46. Pag'
LA LEGENDE DE SAINTE URSULE
le bureau. Le compartiment le plus petit du tableau se trouvait donc au-dessus de la porte, le plus grand au-dessus du bureau.
A gauche du spectateur, le tableau représente un paysage de collines, grandiose et accidenté, où s'élèvent des tours.
Nous avons dit que l'esquisse à la plume de ce paysage se trouve au Musée Britannique, et qu'elle a servi à Sydney Colvin pour montrer que les dessins de Reuwich avaient inspiré Carpaccio.
la tour française de rhodes (Gravure sur Bois de Reuwich).
Dans ce dessin, indiqué à tort comme le port d'Ancône, et dans la peinture il est aisé de voir que la tour la plus élevée et la plus massive, comme celle qui est moins haute et un peu plus éloignée, sont copiées de deux dessins de Reuwich, qui représentent la tour de Rhodes et celle de Candie. De même, la petite tour blanche couronnée d'une coupole, et qui dans le tableau s'aperçoit à travers les arbres de la colline, fut copiée d'un dessin de Reuwich qui représente l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem.
Dans le fond, dans un pli de l'autre colline, sortant des eaux, repose, inclinée sur la rive, une grande barque, dont la quille est
à l'air, et qui est en réparation. On voit autour de la barque des calfats qui travaillent. Peut-être le peintre, en représentant cet épisode, voulut-il évoquer un souvenir de famille?
Dans une rue voisine, on aperçoit un groupe de personnes qui jouent de divers instruments. Une esquisse de ce groupe, à la plume, se trouve dans la collection du duc de Devonshire à Chatsworth.
A gauche, nous voyons encore un groupe nombreux d'assistants qui sont probablement des membres de l'Ëcole de Sainte- Ursule. Puis vient le roi accompagné du majordome, qui a une bourse suspendue à la ceinture ; et, agenouillé devant son père, le fiancé d'Ursule, le prince Hereo, suivi de ses compagnons. Le dernier est un austère vieillard, qui porte dans la main droite un fragment de banderole à peine ébauché. Probablement Carpaccio eut l'intention d'écrire sur cette banderole la dédicace du tableau; il changea ensuite d'avis, il mit l'inscription dans les mains d'un jeune homme, assis tout près, sous l'étendard qui divise le tableau en deux parties. A ce détail, jusqu'ici négligé, nous pourrons reconnaître dans le vieux patricien qui est debout le portrait de Nicolas Lorédan dit Tartaglia. Nicolas, né en 1433, avait soixantedeux ans à l'époque où Carpaccio peignait son tableau.
Le beau jeune homme qui tient la banderole avec l'inscription est vêtu avec une élégance raffinée : un riche justaucorps et deux bas de même couleur. Sur la banderole, on lit les lettres : N. L. D. D. W. G. V. I. Ces lettres, selon les règles de l'épigraphie, devaient signifier : Nicolaus Lauretanus donum dédit vivens gloria Virgini Inclytae.
De nombreux exemples nous montrent que deux V voisins signifient vivens ; mais on ne peut citer d'un W avec ce sens qu'un exemple, dans l'église des Servi, publié dans les Iscrizioni de Cicogna. Nous avons cru légitime de fonder notre hypothèse sur cet exemple.
Le jeune homme qui tient la banderole est probablement Antoine Lorédan, fils aîné de Nicolas, qui, à cette époque,
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LA LEGENDE DE SAINTE URSULE avait dix-sept ans. La richesse de l'habit et l'insigne brodé d'or, d'argent et de perles sur la manche gauche, montrent qu'il est membre d'une des compagnies de la Colza. La broderie représente un soleil qui lance ses rayons sur un médaillon ovale, au milieu duquel une dame habillée à la mode de Bourgogne, avec une