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jets, régnait encore l'austérité élégante du moyen âge et où cependant apparaissaient déjà les grâces de la Renaissance. Sur le mur qui est à côté du lit court cette espèce de console fixée au mur appelée soaza (corniche), et sur ce meuble caractéristique, dans un désordre élégant, sont placés une coupe et un chandelier de bronze de forme orientale, ciselés, et d'autres vases et pots de verre ou de porcelaine. « Vases et pots sans valeur surla console », lit-on souvent dans les inventaires du temps, dressés par des notaires, qui ne prévoyaient certainement pas que ces objets sans valeur deviendraient un jour précieux et recherchés. Sous la soaza est étendue une étoffe verte, avec des ornements (frixi) d'or. D'ordinaire, audessus de ces soaze était pendue une table avec une Madone byzantine. Carpaccio, très judicieusement, y suspend au contraire une petite lampe (cesendelo) et une targe portant un fragment en hébreu du «Scir hameloth », une prière qui, suivant l'usage des Hébreux, devait être pendue aux quatre coins des chambres des femmes en couches.
Ici encore, Carpaccio est fidèle à son habitude d'introduire dans le tableau un animal, et dans le fond deux lapins rongent une feuille de chou. La porte est ouverte et laisse voir d'abord la cuisine avec le vaste manteau de la cheminée; devant, une servante est assise en train de plumer un poulet, et les beaux plats d'étain et de cuivre sont pendus en ordre le long des murs. Non seulement dans les maisons des gens du peuple, mais aussi dans celles des bourgeois aisés, la cuisine, placée à côté de la chambre à coucher, servait aussi de salle à manger, coutume qui subsiste encore chez quelques modestes familles anciennes, que n'ont pas encore transformées les prétentieux usages modernes.
Après la cuisine, au fond, se perdent d'autres pièces, peintes avec des effets de perspective et de lumière qui font penser à Pierre de Hooch.
Dans l'ordre d'emplacement, le tableau de la Présentation delà Vierge au Temple venait le second. Comme le raconte la légende
de la Vierge, les jeunes filles israélites se consacraient au temple, y restant quelques années, et s'occupant, en attendant, à des travaux de broderie ou autres pour le culte divin. Dans la scène représentée par Carpaccio, le temple s'élève à droite avec l'escalier, qui coupe le tableau diagonalement de gauche à droite du spectateur. Dans le fond se dresse une tour à horloge, dont les heures sont indiquées en chiffres hébraïques. La tour a quelque ressemblance avec celle de l'horloge élevée sur la place dei Signori à Padoue vers i45o,et embellie ensuite en 1533 de la majestueuse porte construite sur les plans de l'architecte Jean-Marie Falconetto. Au haut de l'escalier se tient le grand prêtre avec deux prêtres derrière lui. Les mains tendues, il accueille l'enfant agenouillée sur le troisième des dix degrés. Au pied des marches, saint Joachim, tête nue, et le groupe des saintes, parmi lesquelles se détachent en première ligne, modestement vêtues et les mains jointes, sainte Anne et sainte Elisabeth. Ce groupe des trois femmes se retrouve dans d'autres tableaux ou dessins de Carpaccio, qui s'était peut-être inspiré lui-même d'un détail caractéristique de la vie populaire vénitienne, telle qu'elle se déroulait dans les rues et sur les places. Aujourd'hui encore, on rencontre dans les rues de Venise ces groupes de femmes, d'ordinaire la mère, la belle-sœur et la marraine qui accompagnent quelque enfant à la communion ou au baptême. Le peuple est attaché à ses usages, et si Carpaccio pouvait revivre de nos jours, il apercevrait sans doute beaucoup de changements, souvent malheureux, dans l'aspect de sa chère ville, mais en revanche il trouverait encore vivants des usages et des coutumes populaires, qu'il a mis dans ses tableaux. Le goût de l'antiquité, qu'on venait de découvrir, se décèle dans le bas-relief qui est sur le mur de l'escalier, où le peintre a voulu reproduire une sculpture antique, probablement un côté de sarcophage romain. Mais nous n'avons pu déterminer le sujet de la composition, comme il nous avait été possible de le faire pour le troisième tableau de l'École de Sainte-Ursule.
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Ici encore, les animaux accoutumés ne font pas défaut : à droite, dans le coin de l'escalier, on voit un chevreau couché, tenu en laisse par un enfant.
Cette habitude de représenter des animaux, qu'on remarque dans les tableaux de Carpaccio, ne doit pas être considérée comme un caprice de l'artiste; c'est un trait curieux de la vie vénitienne intime, qui ne pouvait échapper à un aussi perspicace observateur des coutumes. En effet, les Vénitiens qui demeuraient dans leurs boutiques en Orient, un peu à cause de leur religion, un peu à cause des grands profits qu'ils retiraient du commerce, et aussi pour leurs airs de commandement, étaient regardés par les indigènes avec une colère et une défiance non déguisées. Tous les vendredis, jours de fête pour les Orientaux, les boutiques restaient fermées et les marchands chrétiens ne pouvaient pas sortir. Pour combattre l'ennui des longues heures de cette espèce d'emprisonnement, les chrétiens se livraient à des passe-temps et à des jeux, qui consistaient spécialement dans les exercices d'animaux dressés, parmi lesquels figurait toujours un gros porc, qu'ils tenaient en réserve contre le musulman qui aurait été assez hardi pour franchir le seuil de la boutique. Les Turcs tournaient immédiatement les talons à la vue de l'animal immonde, qui, selon les rites de la religion musulmane, leur faisait horreur. Les pèlerins revenus de Terre Sainte, les marchands qui retournaient dans leur patrie racontaient ces traits de la vie des Vénitiens en Orient (i), et le peintre, ayant souvent à peindre des scènes orientales, ne néglige pas d'y introduire les animaux.
Sur ce sujet de la Présentation au Temple, on a deux dessins de Carpaccio, sortes d'ébauches où la composition est très différente de celle du tableau exécuté pour les Albanais.
Ils font partie de cette importante série des dessins de Carpaccio, épars en divers musées, et qui nous font assister à la naissance
(r) Hevd, Geschichte des Levantehandels in Mittelalter, II, p. 31. Stuttgart, 1879.
et au développement des compositions dans l'esprit de l'artiste.
Le dessin de la Présentation, qui est à la Bibliothèque Royale de Windsor, est fait à traits de plume légers et ininterrompus. La composition, encore qu'elle ait une certaine grandeur, montre de l'indécision dans la disposition des groupes et dans la représentation architectonique. Dans le fond s'élève un édifice circulaire, qui ressemble beaucoup au Baptistère de Pise.
Carpaccio a traité le même sujet dans une autre esquisse, très belle, qui est aujourd'hui à la Galerie des Ufïïzi, et qui est rapportée par une erreur de catalogue au cycle de Sainte-Ursule. Ici, comme dans le tableau des Albanais, nous voyons le grand prêtre au haut de l'escalier, la Vierge agenouillée, les saintes, Joachim et l'enfant, mais pas le chevreau. En outre — autre différence — nous voyons une grande foule, qui anime la scène et le riche fond architectonique avec le temple au milieu, d'où part un portique qui ressemble aux Procuraties, de même que tout le tableau rappelle grandement la place Saint-Marc. Certaines études de personnages pour cette esquisse se trouvent dans un dessin de Carpaccio de la galerie des Ufïizi.
Cette riche et magnifique composition s'accommodait mal de la peinture à l'huile dans des tableaux de proportions modestes, comme ceux de F Ecole des Albanais. Aussi Carpaccio ne prit pour son tableau de la Présentation que la partie droite du premier dessin, représentant sans changement les principaux personnages.
Le dessin de Windsor et celui des Ufïizi furent certainement faits dans une intention spéciale, au sujet de laquelle nous proposons l'hypothèse suivante.
Dans les actes de l'antique et riche Ëcole de la Charité on relève que ces confrères, dans les premières années du xvie siècle, manifestèrent l'intention de faire peindre une toile avec une histoire à la louange de Notre-Dame pour la salle de l'hôtel (i). Le sujet
(i; «M. Brevio, actuellement président et ses collègues à l'hôtel de l'École de Notre-Dame-Sainte- Marie de la Charité, désirant faire exécuter une très belle œuvre pour le dit hôtel, laquelle soit à la
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ittore Carpaccio.
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LES TABLEAUX DE LA VIE DE LA VIERGE de l'histoire devait être la Présentation au Temple, et des peintres se mirent aussitôt sur les rangs, suivant l'expression même des présidents de l'École. Mais une délibération du 20 janvier 1506 nous apprend que M\ Pasqualin de Venise, peintre, s'était offert pour exécuter l'œuvre dans des conditions exceptionnelles, présentant même une esquisse qui, pour l'invention et le dessin, paraissait meilleure que les autres. Pasqualino promettait en outre d'employer de bonnes et belles couleurs, et il ne demandait que cent soixante ducats; aussi ses offres furent-elles sans plus acceptées.
Est-il improbable que parmi les peintres qui s'étaient mis sur les rangs et qui avaient été joués par l'habile sinon délicate proposition de Pasqualino, se soit trouvé Carpaccio, et qu'il ait préparé à cette occasion les deux dessins que nous avons décrits?
L'esquisse de Pasqualino, qui plut tant aux administrateurs de l'Ecole de la Charité, ne nous est pas parvenue, mais nous pouvons nous faire une idée de la façon dont il a pu traiter le sujet en regardant une autre Présentation de la Vierge de son maître Cima de Conegliano, actuellement à la galerie de Dresde. Cima a suivi plus rigoureusement que Carpaccio le récit de Voragine, jusque dans ses plus minutieux détails, comme pour l'escalier,' qui a quinze marches et non dix.
Pasqualino, dans son esquisse, ne devait pas être très éloigné de la conception, des formes, des procédés du maître de Conegliano puisqu'il fut l'élève et l'imitateur de Cima. Mais il ne put exécuter son tableau, étant mort en décembre 1504 (1).
On ne parle plus du tableau jusqu'en 1534, date à laquelle une nouvelle Présentation au Temple fut commandée par l'École
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de la Charité à Titien Vecellio, qui l'exécuta en 1538. Titien conserva dans ses grandes lignes la composition traditionnelle, y introduisant seulement la note vivante et réaliste d'une vieille paysanne avec un panier d'œufs, personnage caractéristique qui en rappelle deux autres de Carpaccio et de Cima.
La peinture fut placée au-dessus de la porte de la petite salle de l'hôtel de la Charité, à l'admirable plafond sculpté de fleurs d'or sur fond bleu d'azur. Quand, au début du siècle passé, on transforma en musée les salles de l'Ecole de la Charité, le tableau fut enlevé du mur, où Vecellio lui-même l'avait fixé après l'avoir mis en harmonie avec cet emplacement et en avoir distribué les tons en tenant compte de cet éclairage, et il fut déshonoré par un restaurateur, qui y ajouta du sien. Aujourd'hui le tableau a retrouvé sa place primitive et son ancienne forme, et il a repris son charme
d'autrefois.
A la Présentation au Temple faisaient suite les Épousailles de la Vierge, où, les formes rituelles de convention ayant été laissées de côté, la composition est réglée, suivant l'un de ces motifs décoratifs si chers à Carpaccio.
En effet, tous les peintres qui ont précédé Carpaccio, Giotto, Taddeo Gaddi, Jean de Milan, Barthélémy de Fredi, Ottaviano Nelli, Laurent de Viterbe, Dominique Ghirlandaio, Beato Angelico, suivent dans la représentation de la scène des Epousailles une règle quasi invariable : au milieu le prêtre, et les deux époux de chaque côté. Carpaccio adopte au contraire une disposition originale. Au haut des quatre larges degrés de l'autel, sur lesquels sont étendus des tapis, se tient, suivi de deux prêtres, le grand prêtre, la tête levée vers le ciel, bénissant de la main gauche la Vierge agenouillée, la tête inclinée et les mains jointes. Joseph monte l'escalier avec la vergette fleurie à la main, le corps penché en avant dans un mouvement, que nous retrouvons dans d'autres figures de Carpaccio. Au fond, les saintes et le vieux Joachim, et, à l'écart, les autres aspirants à la main de la Vierge
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qui, ayant été évincés, rompent les vergettes, selon le rite hébraïque.
L'architecture du temple, où abondent les précieux marbres jaspés, porte la marque de la belle époque de la Renaissance. Il faut signaler dans le tableau un de ces raffinements de décorateur expert, qui ne sont pas rares chez Carpaccio et dont nous avons vu des exemples dans le cycle de Sainte-Ursule. Comme le tableau d'à côté, la Présentation est coupé par l'escalier de gauche à droite; pour qu'il y ait accord entre les motifs décoratifs, le peintre représente dans les Epousailles un autre escalier, qui monte au contraire de droite à gauche. De sorte que les deux tableaux réunis présentaient une agréable harmonie de lignes descendantes en sens contraire.
Nous devons encore remarquer deux objets : le candélabre caractéristique à sept branches, appelé lampe hébraïque, posé dans un coin de la corniche, qui court tout autour, et les deux vases de parfums placés aux deux côtés de l'autel.
\J Annonciation est le quatrième tableau qui porte le nom du gastaldo de l'École : Zuanne de Nicolo Cimador.
Cette composition ne s'écarte pas des formes traditionnelles. L'ange, avec un lis dans une main et l'autre main levée pour bénir, salue la Vierge, à genoux, qui accueille d'un air modeste la céleste nouvelle. L'appartement de Marie s'ouvre sous de grandes et magnifiques arcades de style desLombardi. Les deux piliers composites, avec une frise de gracieux et délicats ornements et des chapiteaux finement sculptés, la courbe harmonieuse de l'arceau supérieur et les justes proportions des deux petits arceaux inférieurs, qui se rejoignent en forme de feuilles de trèfle, font penser aux merveilles de l'église dei Miracoli et du palais Vendramin Calergi.
Le mobilier de l'appartement est tout à fait remarquable : par la porte du fond on voit l'oreiller du lit et les draps relevés. La porte n'est protégée que par une riche tenture, ce qui nous est
une nouvelle preuve, confirmée par les documents, qu'au moyen âge les portes des appartements privés étaient fermées rarement par des battants de bois, mais seulement par des tentures ou des tapisseries. Les meubles de la première pièce, où la Vierge est agenouillée, sont élégants. Le prie-Dieu, couvert de velours rouge avec des clous (broche) de bronze doré, est du même style et de la même fabrication que les meubles représentés par Carpaccio dans la pièce de Saint Jérôme de l'Ecole des Esclavons. A côté du chambranle de la porte se trouve l'habituelle soaza, et sous la fenêtre un coffre de bois sur lequel est posé un vase de porcelaine contenant une plante.
A gauche du spectateur, s'ouvre le jardin avec une terrasse audessus d'une porte grillée. Au-dessus des murs crénelés se dressent des pins élevés et des arbres antiques. Trois colombes, un faisan, un paon et d'autres oiseaux épars çà et là donnent au tableau comme un air de paix et d'intimité.
Le cinquième tableau, la Visitation, qui fut plusieurs fois reproduit par Carpaccio dans une forme analogue, est particulièrement riche en figures d'animaux. Dans le fond de ce tableau, les lignes de la Renaissance vénitienne, qui apparaissent dans les édifices à droite du spectateur, se mêlent aux formes d'un Orient idéal, représenté par une espèce de minaret, par de maigres palmiers, imités de ceux de Lazare Bastiani, et par les costumes des personnages principaux, qui sont tous orientaux, sauf ceux de Marie et d'Elisabeth, qui s'embrassent au milieu. Surtout, notre attention est attirée par trois personnages traités d'après les dessins de Reuwich : un Sarrasin qui se tient debout auprès d'un vieillard à barbe blanche qui est assis, et plus loin deux femmes qui s'entretiennent. Plus loin encore se détachent deux personnages à cheval, qu'on retrouve dans un dessin de Carpaccio du Musée du Louvre, où sont d'autres études qui servirent spécialement pour les personnages du fond dans le tableau de l' École des Esclavons : Saint Georges baptisant les Gentils.
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Le dernier tableau du cycle des Albanais est la Mort de la Vierge. Le peintre a figuré Notre-Dame étendue sur le cercueil recouvert de riches étoffes, et, avec son sens réaliste, il a représenté la mère de Jésus non plus endormie, ainsi qu'on le faisait par respect religieux, mais vraiment raidie dans cette immobilité de mort que personne, comme nous l'avons remarqué à propos des Obsèques de Saint Jérôme de l'École des Esclavons, n'a su exprimer avec plus de vérité.
La morte est entourée du cercle des apôtres, venus pour lui rendre, avec douleur, les derniers devoirs. -Vers le milieu du cercueil, saint Pierre tient un livre à la main et, les yeux fixés sur les pages, il paraît prononcer des paroles de bénédiction et de prière. Dans ce tableau, comme dans tous ceux de Carpaccio, le détail des mains est étudié avec un grand soin, comme il appert des dessins de la galerie des Uffizi ; on y trouve la main de saint Pierre ' qui tient le livre, une autre main de saint Pierre d'un dessin vigoureux, qui tient les clefs dans le poing, et une troisième main qui serre une pierre, et servit pour le tableau de la Lapidation de Saint Etienne.
A gauche du tableau de la Mort de la Vierge, dans un chœur d'anges, sont peints les portraits des donateurs à genoux, le gastaldo Zuan de Nicolô zimador, le vicaire Andréa di Piero coffaner et le secrétaire, un autre Albanais. Les portraits des trois donateurs, administrateurs de l'Ecole, représentés, comme d'habitude, dans le tableau, placé à côté de l'autel in cornu Evangelii, regardent donc l'autel.
Dans le haut, dans un nimbe de têtes et de figurines, apparaît Jésus, descendu du ciel, rayonnant de lumière, qui reçoit amoureusement dans ses mains l'âme de Marie, que le peintre, suivant la tradition iconographique, a représentée sous la forme d'une petite fille.
Dans les ouvertures des deux arceaux, disposés symétriquement à droite et à gauche, se dessinent des édifices d'une belle archi-
tecture, où la courbe à plein cintre se rapproche de l'arc ogival.
Plus tard, Carpaccio représenta une seconde fois la Mort de la Vierge sur une table large de 144 centimètres et haute du double environ, qui, après avoir été dans le Baptistère de Santa Maria del Vado de Ferrare, est aujourd'hui au Musée de cette ville. Un cartouche porte l'inscription : Victor Carpathius Venetus MDVIII. Le tableau, d'un dessin parfait et d'un admirable coloris, ressemble beaucoup, pour la composition, à celui du même sujet de l' École des Albanais. Il y manque les portraits des donateurs et le groupe des anges, mais il y a de très grandes ressemblances dans l'architecture, le paysage et certains personnages, comme celui de saint Pierre qui apparaît de profil, absorbé dans la lecture des prières à la tête du cercueil, et celui d'un vieillard appuyé sur un bâton, qui rappelle un autre vieillard de la Mort de Saint Jérôme à l'Ecole des Esclavons.
Les tableaux de l'Ecole des Albanais réunissent assurément certaines des qualités les plus séduisantes du maître : le réalisme naïf, la science harmonieuse de l'invention, la composition caractéristique des scènes. Cependant ce sont, à notre avis, les moins remarquables des œuvres de Carpaccio. La faiblesse du dessin, le coloris effacé et peu harmonieux, dans lequel prédomine fâcheusement le jaune d'ocre, la mollesse de l'expression qui n'a pas son énergie habituelle, les négligences même de détail, dans les petits anges de la Mort de la Vierge, par exemple, laissent supposer que, si l'idée et la première ébauche de ces tableaux sont de Carpaccio, l'exécution en est très probablement, du moins en grande partie, l'œuvre de ses élèves. On s'explique dès lors l'opinion d'un critique judicieux, Edwards, qui attribuait ces œuvres à Bénédict Diana.
Il ne suffit pas que ces tableaux soient aujourd'hui dispersés, comme les membres séparés d'un même corps ; ils eurent encore à souffrir les injures du temps et des hommes. La Naissance de la galerie de Bergame, bien qu'abîmée par les années,