‹ Vittore CarpaccioChapitre 62 sur 87 · ÉGLISE SAINT-MARC. VENISE · texte numérisé non relu

ÉGLISE SAINT-MARC. VENISE

(Voir Page 22 5.)

MICHEL GIAMBONO.

LA VIE DE LA VIERGE. MOSAÏQUE DE LA CHAPELLE DEI MASCOLI (ÉGLISE SAINT-MARC. VENISE).

Planche Si. Page 226.

VICTOR OU BÉNÉDICT CARPACCIO. FIGURE DE FEMME REPRISE DU TABLEAU : La Naissance de la

Vierge (galerie bf.nson, Londres). (Voir Page 228.)

BBÊÊM

VITTORE CARPACCIO. -- ÉTUDES DE PERSONNAGES POUR L'ESQUISSE DE LA PRESENTATION

(galerie des uffizi, Florence). [Voir Page 232.)

Planche 82. Page 2

LES TABLEAUX DE LA VIE DE LA VIERGE

Marie, qui porte aujourd'hui la signature apocryphe de Carpaccio. Comme à l'ordinaire, le grand artiste nous ouvre, pour ainsi dire, une fenêtre sur le passé, nous fait vivre dans l'intimité de la maison, et nous montre une chambre à coucher vénitienne avec cette fidélité minutieuse d'inventaire, qui ne nuit pas à l'impression d'ensemble et, loin de diminuer, augmente la valeur de l'œuvre.

Tandis que l'amateur de costumes y trouve des détails précieux sur la vie intime de Venise, le connaisseur d'art admire la science de la composition, la splendeur du coloris, la pureté du dessin. Ensemble merveilleux de qualités qui ne se rencontre pas chez beaucoup d'autres peintres.

Le lit, placé dans une alcôve, d'où descendent de riches courtines arrêtées en haut par le ciel et les pentes de lit {bonagrazia, bandinella) avec des franges à boules, repose sur une haute prédelle [banco da letto); sur le dernier degré de la prédelle pend un magnifique tapis oriental. La belle couverture du lit est semblable à celles qui sont décrites dans les inventaires, qui étaient si appréciées des Vénitiens, et qui, avec leurs teintes voyantes, mais harmonieuses, dénotaient toujours un goût inné de la couleur.

Sainte Anne, à demi couchée, le bras appuyé sur l'oreiller et une main soutenant sa tête, regarde, d'un air calme et affectueux, deux femmes, qui sont occupées à donner les soins d'usage à la nouvelle-née. A côté, saint Joachim, un beau vieillard à la flottante barbe blanche, appuyé sur un bâton, regarde, lui aussi, d'un air d'affectueuse satisfaction, les deux femmes qui s'empressent autour de l'enfant. L'une, déjà vieille, la tête couverte d'un mouchoir, assise sur une marche de la prédelle, tient du bras gauche l'enfant, dont la tête est entourée d'une petite auréole, et elle allonge l'autre main vers le baquet du bain, pour prendre la température de l'eau (i). L'autre, jeune encore,

(i) Déjà dans le Menologio grec de 1205, qui est à la Vaticane, on voit Arma couchée sur le lit, tandis que trois femmes lui apportent à manger et qu'une autre se prépare à laver l'enfant et plonge la main

montre un beau profil, et est assise sur le tapis, en train de rouler les langes. La même figure a été reprise par Vittore ou par son fils Bénédict dans un fragment de tableau, qui se trouve actuellement à la galerie Benson à Londres. Une troisième femme, avec une coiffe blanche, s'approche du lit avec une écuelle (piadena) (i) de bouillon, qu'elle refroidit en la remuant d'une cuiller. Dans le mobilier vénitien, ces piadene, qu'on appelle aussi impalliate da puerpere, représentaient un objet assez curieux, qui est aujourd'hui une pièce de collection très recherchée. Elles sont en fine porcelaine, certaines sont peintes, les autres blanches, de dimensions variées et calculées de façon qu'elles puissent entrer l'une dans l'autre, composant ainsi une espèce d'urne dont le sommet est formé par la salière et le coquetier.

Impalliata da puerpera.

Salière. Ongaresca ou piadena. Couvercle. Coquetier. L'impalliata complète.

Si nous portons nos regards autour de la pièce représentée par Carpaccio, nous nous trouvons entourés du luxe sobre du xve siècle, à l'époque où, dans les formes et l'ordonnance extérieure des ob-

dans l'eau pour prendre la température. Une scène semblab e est représentée dans une miniature des Homélies du moine byzantin Jacques, également à la Vaticane. Les grandes lignes de la composition des autres épisodes de la vie de Marie se trouvent aussi reproduites avec de légères variantes dans les peintures et les sculptures plus anciennes. Carpaccio suit l'antique tradition iconographique, adoptée par les artistes du Trecento et à laquelle ceux du Quattrocento n'ajoutèrent rien ou presque rien.

(i) Piccolpasso (Arte delvasaio, Rome, 1857) dit que les Vénitiens appelaient piadena Yongaresca des Urbinates. Vimpalliata se composait de l'écuelle (piadena) et du couvercle (taier) qui, renversé, servait de plat (Lazari, Notice du Musée Carrer, p. 63. Venise, 1859). Il existe au Musée de Venise une superbe impalliata de Francesco Avelli de Rovige. L'extérieur de l'impalliata est à dessms sur fond bleu avec deux cartouches ; sur l'un est l'année (MDXXXI), l'autre porte les initiales de l'auteur (F X A. R > (François Xante Avelli Rodigino). A l'intérieur est représentée une femme étendue sur le lit, tandis qu'une jeune fille fait sécher au feu des langes et en face Lucine tient un enfant sur les genoux. Le couvercle (taier) représente la Nativité de Jésus (Lazari, cit., p. 62).

UA 30H3IV AJ 3G OJ

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