DOME
Vittore i arpaecii
Planche 120. l'âge 299.
AUTRES ŒUVRES DE CARPACCIO ET DE SON FILS Beneto Carpathio Veneto fingeva MDXXXVII, et la Vierge entre
MDXXXVIII. Un autre mauvais tableau, plusieurs fois repeint avec 1 inscription : Beneieto Carpathio pingeva MDXXXX oui
la c!Tf ,d7 ^ T°Ur ^ P°rt ^ TrieSte" 6St -iourd'hui dans a cathédrale de Saint-Just. Le peintre y a représenté la Vierge a l Enfant avec deux anges à droite et deux à gauche, et aux deux ex reuntes samt Just tenant à la main une réduction de ville symbolisant Trieste, et saint Serge, jeune guerrier. Dans le dôme de
MnylT.r™ 3Utre taWeaU' Signé Bmdt° Carïalhi° *-*" MDXXXXI, représente le Nom du Christ adoré par Saint Paul
Saml Jean-Baptiste, Saint François et Saint Bernardin. Le nom de Jésus peint en jaune et entouré de rayons est écrit en haut dans une couronne de têtes de chérubins. Au bureau des Salines de Pirano se trouve un tableau provenant de l'église de Sainte-Lucie de Val de Fasano sur lequel est représentée la Vierge avec Sainte Luae et Saint Georges et qui porte l'inscription : B. Carpathio pmgeva MDXXXXI. Enfin une Madone du Musée de Carlsruhe est auss. de Bénédict à qui il faut restituer encore la Madone de l'autel de Saint-Georges des Esclavons à Venise, attribuée à tort à Vincent Catena. En effet, cette figure est identique à celle de la Vierge du tableau de Bénédict qui est au bureau des Salines de Pirano ; et les anges qui dansent aux pieds de la Madone dans l'oratoire des Esclavons ont trop de ressemblance avec ceux qui entourent la Sainte Ursule dans sa gloire de Vittore pour qu'on ne suppose pas que Bénédict a copié le motif de l'œuvre paternelle. Il n'y a aucun doute donc que le tableau soit de Bénédict Carpaccio. Il lui fut probablement commandé après la mort de son père pour être placé dans l'oratoire au rez-de-chaussée, après la reconstruction de l'Ecole des Esclavons.
Bénédict, très inférieur à son père, a un dessin faible et indécis, encore qu'il ne manque pas d'un certain tour de main, et un coloris mou et trouble, bien que savamment fondu.
Il n'apparaît pas non plus original dans la composition : il demande avec trop de complaisance son inspiration non seulement aux œuvres paternelles, mais encore à celles de Jean Bellini. Ainsi, dans le tableau de Bénédict qui est au Musée de Carlsruhe, la figure de sainte Catherine ressemble beaucoup à la sainte du même nom de la table de Jean Bellini à l'Académie de Venise que nous avons rapprochée de la Vierge de Carpaccio qui est au Musée de Berlin.
En vérité, l'imagination de Bénédict ne devait pas être très féconde, puisqu'il lui arrivait assez souvent de reproduire si exactement les mêmes figures dans divers tableaux, comme il advint pour la Vierge du bureau des Salines de Pirano et celle de Saint- Georges des Esclavons, tous deux tableaux inspirés de la Vierge à l'Enfant bénissant de Jean Bellini qui est à l'Académie Carrara de Bergame. Dans la même peinture des Salines et dans celle de Saint- François de Pirano, deux médiocres figures de saint Georges sont évidemment copiées du splendide Saint Georges que Vittore avait peint — avec une tout autre vigueur — dans le tableau de l'église de Saint-Vital à Venise.
Vittore Carpaccio eut recours sans doute, surtout dans les dernières années, à l'aide de son fils Bénédict, car son coloris pâle et son dessin mou se retrouvent, à bien regarder, dans telle des œuvres de son père. Mais il est à croire que Vittore a quelquefois aussi eu recours à l'aide de son autre fils Pierre, et l'on peut penser qu'il faut surtout attribuer au pinceau de Pierre, ou d'un autre disciple inconnu du grand maître, le dessin raide et le coloris criard des deux tableaux : les Dix mille Martyrs et la Rencontre d'Anna et de Joachim. En effet, le style y est trop différent de celui de toutes les autres œuvres de Carpaccio. Cela est si vrai que Zanetti trouvait fort singulier et avait peine à croire que la table des dix mille martyrs fût peinte par un habile artiste de l'époque de Giorgione, après la mort même de Giorgione, quand naissait la gloire du Titien, alors qu'on n'y retrouvait pas un seul trait du style nouveau
AUTRES ŒUVRES DE CARPACCIO ET DE SON FILS si plein de vie et d'éclat. Et l'on ne saurait comprendre de même que l'autre peinture, raide et lourde, de sainte Anne et de saint Joachim, exécutée cette même année 1515, fût tout entière de la main de l'artiste qui, depuis 1490, faisait des tableaux dignes pour la poésie de la composition, la beauté du coloris, l'élégance des figures, d'être rangés parmi les œuvres les plus sincères et les plus libres de l'école vénitienne.
Carpaccio, par l'intimité de son réalisme, par ses sentiments mesurés, la sérénité de son art narratif, prélude aux amples compositions de Titien, et aux somptueuses décorations de Véronèse Mais dans le royaume de l'art vénitien, il a apporté une note unique, que personne n'a retrouvée après lui, ni Zorzi de Castelfranco, malgré son génie pourtant sublime, ni les grands maîtres du siècle d'or. Il y a chez le peintre de Sainte-Ursule la réserve et a concision des forts à qui il faut peu de chose pour se faire ' comprendre.
L'influence de l'art merveilleux de Vittore est à peine visible chez un ou deux de ses contemporains, comme Mansueti ou Diana ; on n'en trouve guère qu'un pâle reflet chez son fils Bénédict. Et le grand maître ne laissa après lui ni disciple ni imitateur. Quand la mort l'enleva, les âmes et les talents étaient tournés vers d'autres sentiments et d'autres idées. La flamme de son génie s'éteignit avec lui.