BÉNÉDICT CARPACCIO. — LA VIERGE ET LES SAINTS (MUSÉE DE CARLSRUHE
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Vittore Carpaccii
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Hn. C'est une scène d'horreur et d'effroi. Au premier plan et sur
presque oute.aIongueurdutab.eau,s'étendunep1auehe,suPpr aux quatre coins par des pieds de bois tourné et au mil eu par un large prédestal de marbre. Sur cette planche est placé cadavre ngrde du Christ. Le cadavre est modelé avec un soin la I„ tt a tête appa^t pleme de noblesse dans la paix majestueuse de la mort. Sous le cercueil on voit épars sur le sol des crânes, des o t des membres d'hommes et d'animaux. En arrière, derrière cadavre, s'élève un grand arbre, où s'appuie un vieillard, à moit nu avec une longue barbe et des cheveux crépus, qui a les yex fixes sur le corps du maître. De l'autre côté de l'arbre, Marie éT nome dans les bras d'uue femme dont la tête est c uvert Xn" turban et sa.nt Jean debout, vu de dos et pieusement to rné vers les deux femmes prostrées à terre. Dans le fond, à gauche au mrheu de nuages sombres, s'élève l'horrible sommet du Calvaire ' avec les trois crorx; les pentes dévalent parmi des rochers et des' avrns ou s'ouvre une caverne carrée.qui doit recevoir le grand tombeau de marbre, dont Nicodème et un autre personnaffe habrlles à l'orientale s'efforcent de lever le couvercle, tandi 1 Joseph d'Anmathie, penché sur une bassine de métal, est en tri de préparer les onguents pour l'embaumement du cadavre Au mrheu de la scène, la roche éboulée laisse apercevoir, par une larg ouverture en forme de porte, un sentier serpentant le long de la montagne, avec un grand nombre de petits personnages à pied et a cheval, qm se dirigent vers le sommet du Calvaire. Sur la point du rocher, une cabane, des arbres, deux bergers, dont l'un joue de la cornemuse, et sur les pentes des cadavres et des tombes découvertes par le tremblement de terre, qui annonça la mort du Christ
sentier "", 1 "" W"8B "** * """**»*• *™ ™ autre sentier sur lequel marchent des Orientaux et Madeleine s'avance avec un vase de parfums à la main.
Le tableau était primitivement dans la Galerie Canonici de ferrare et portait la fausse signature Andréas Mantinea F., et il
était attribué à Mantegna par les catalogues (i) et par les connaisseurs. Cavalcaselle l'attribua à l'école de Carpaccio, encore qu'il s'éloigne du faire du maître par la prédominance d'une teinte rougeâtre. Le critique ajoute que si le tableau n'est pas de Carpaccio lui-même, il est sans doute de Michèle de Vérone (2). Mais, bien que cette teinte feu ne soit pas la belle et harmonieuse teinte d'un grand nombre de tableaux de Carpaccio, un examen attentif ne peut laisser de doutes : le tableau est assurément de Carpaccio. Tout le prouve : l'originalité de la conception, la facture soignée, presque trop soignée, le drapé des étoffes, la ressemblance d'une foule de traits caractéristiques avec d'autres peintures du même auteur (3). Le paysage, avec son étrange colline rocheuse, ressemble à celui de la Sainte Famille du Musée de Caen, et ne laisse pas de ressembler aussi beaucoup au fond de la Vierge avec les Saints du Musée de Berlin. Le saint Jean vu de bas a l'air du même saint Jean dans la Mort de la Vierge du Musée de Berlin, et l'un des cadavres, qu'on voit appuyé à un quartier de roche dans le Christ mort, est absolument identique à l'un de ceux qui sont représentés dans le Combat de Saint Georges avec le dragon de l'Ecole des Esclavons.
Des deux tableaux exécutés en 1523 pour le patriarche de Venise, il ne reste que la mention du document que nous avons cité, et, il n'y a pas longtemps encore, on croyait que la Prédication au peuple de l' Ecole de Saint-Etienne, qui est au Louvre, et porte la date encore visible de 1520, était le dernier tableau de Carpaccio. Or il existe encore un autre tableau de lui, très peu
(1) Dans les Catal. et Invent. inêd. (p. 127) de Campori (Modène, 1870), le tableau est ainsi décrit : « Un Christ mort de A. Mantegna, placé sur la civière au milieu de la campagne. A côté est un vieillard qui est assis par terre appuyé à un arbre. Saint Jean pleure, et la Vierge est évanouie dans les bras d'une femme ; il y a des montagnes, des rochers, des cimetières, une grotte au-dessus de laquelle on voit deux bergers, l'un qui est assis et l'autre qui joue de la cornemuse ; deux vieillards ouvrent un tombeau et un troisième prend un bassin ; il y a des têtes de mort, hommes, chiens, chats, oiseaux, avec des personnages qui ressuscitent. Cadre doré. 300 écus. »
(2) Hist. of paint. in North. It., vol. I, p. 213.
(3) Bode, Carpaccios Bestattung Christi im Kaiser Friedrich-Muséum (in Jahrbuch der k. Preuss Kunstsammlungen, p. 145. Berlin, 1905).
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connu, qui doit être considéré comme la dernière de ses œuvres qui nous sont parvenues.
Non loin du débarcadère des bateaux à vapeur qui font le service entre Venise et l'ancienne cité de pêcheurs de Chioggia, sur une petite île, s'élèvent l'église et le couvent de Saint-Dominique. Dans l'église est suspendu à un pilier le tableau, mentionné pour la première fois dans l'inventaire des objets d'art de 1819, qui se trouve aux Archives d'État. Peut-être la peinture, qui né porte pas la marque de cette dureté qui caractérise la dernière manière du peintre, a-t-elle été exécutée pour l'église et y est-elle heureusement restée dans l'oubli et à l'abri des restaurations.
Elle est sur toile (hauteur : 2 mètres, largeur : 1 mètre) et au bas, sur un cartouche replié, on lit les mots suivants, clairement écrits en caractères d'imprimerie : Victor Carpathius pinxit mdxx. Dans un pré émaillé de fleurs se tient saint Paul en veste verte aux manches doublées de jaune, un manteau rouge sur les épaules. De la main droite il tient une épée levée et de la main gauche un livre ouvert, sur lequel on lit distinctement ces mots : « Vivo Ego, jam non ego, vivit in me Xstus », « Stigmata Jesu Christi in corpore meo porto (1) ». L'austérité de cette idée mystique est empreinte sur le visage de l'apôtre; il est absorbé dans la contemplation d'un crucifix taillé en forme de poignard qui lui perce le cœur d'où coulent des gouttes de sang. Un tel sujet, insolite dans l'art italien, montre que l'esprit du peintre était devenu, dans sa vieillesse, profondément religieux.
Le temps n'est plus où l'artiste puisait son inspiration dans les fêtes magnifiques, qu'animaient de leur présence d'élégants cavaliers et des femmes d'une rare beauté. Dans ses dernières œuvres, on dirait que l'esprit du peintre, cherchant, au déclin de la vie, à rendre avec des lignes et des couleurs les images sacrées et austères, s'éloigne mélancoliquement de cet art joyeux, qu'il chérissait au
(1) Ep. ad Galatas, chap. 2.
temps de sa jeunesse et auquel les maîtres nouveaux apportaient chaque jour une vie et une grâce nouvelles. Il ne voulait ni ne pouvait comprendre certaines nouveautés. L'art n'est qu'une suite de changements : quand une forme d'art a atteint sa perfection, une autre se développe. D 'aucuns, comme JeanBellini, comprennent et accueillent ces nouveautés; mais il en est qui, comme Carpaccio, ne s'aperçoivent pas, ou ne veulent pas s'apercevoir qu'un art nouveau apparaît, et ils sont considérés par leurs contemporains comme des esprits retardataires, alors qu'il serait peut-être plus juste de les considérer comme des artistes constants, convaincus, d'une conscience exclusive.
Carpaccio légua son nom, mais non son génie, à ses deux fils, Pierre et Bénédict, sur la vie de qui nous avons déjà donné les quelques renseignements que nous avons pu recueillir. Il n'y a pas beaucoup plus à dire de leur œuvre.
De Pierre, qui fut probablement l'aîné, il ne reste aucun tableau qui puisse lui être attribué avec certitude. Certains connaisseurs veulent voir sa main dans la Vierge avec l'Enfant et les Saints du Musée de Berlin, qui est attribuée à Vittore Carpaccio, bien qu'on y remarque, outre un faire trop rigide et trop dur, une imitation bellinienne insolite chez Vittore. Et, en vérité, les personnages de la Vierge et de la sainte, les mains croisées sur la poitrine, et surtout la forme des mains des trois personnages, paraissent inspirés de la Vierge avec Sainte Catherine et Madeleine de Jean Bellini, qui est à l'Académie de Venise. Mais d'autres connaisseurs, non moins qualifiés, continuent à croire que le tableau de Berlin est de la dernière manière de Vittore Carpaccio, et il est indiqué sous son nom dans le Catalogue du Musée.
Le nom de l'autre fils, Bénédict, se tient dans l'ombre de la gloire paternelle. Étant venu se fixer à Capodistria, Bénédict exécuta divers tableaux qui se trouvent presque tous dans les villes ou les villages de la côte opposée de l'Adriatique : à l'Hôtel de Ville de Capodistria, le Couronnement de la Vierge avec l'inscription